Arno Schmidt l’insurgé

Un des auteurs allemands  les plus singuliers et des plus originaux  de l’après- guerre   est incontestablement Arno Schmidt (1914-1979) . Un anarchiste en rage. Du noir presque  désespéré. Il  provoque un scandale   en 1953, à 39 ans  avec la publication en janvier de « Scènes de la vie d’un faune » que la critique littéraire catholique rejette comme pur charabia. Nous sommes sous l’ère Adenauer. Ce texte se remarque d’abord par son  style haché, disjoncté, avec ses  images  expressionnistes qui casse tout continuum narratif. Cette chronique d’un village  se construit par brefs paragraphes  et  avance par petites unités de sensations, d’images,  fragments de monologue mental, à- parte rageurs,    sarcasmes, traits mordants, portraits à l’acide des villageois, puis soudain,  digressions érudites sur  Swift, ou Walter Scott, ses auteurs favoris, ou sur l’art officiel nazi au cours d’une mémorable visite au grand Musée de Hambourg..L’ arpenteur lyrique  de la lande (avec couleurs crues  systématiquement  saturées) collectionne des  choses vues et  entendues, un peu comme un reporter photographe  attraperait  des instantanés  de scènes quotidiennes, enregistrerait  des  enfants  apprenant des chants nazis dans une cour d’école, ou le   bla- bla  de Goebbels à la radio,  dans un village du nord de l’Allemagne entre février1939 et aout/septembre 1944 .

 Le personnage principal est Düring  , agent administratif du Reich, fonctionnaire municipal, la cinquantaine, travaillant  à la sous- préfecture de Fallingsbostel, dans la lande de Lunebourg. Sous une apparence d’employé serviable, ce Düring dissimule un révolté qui déteste ses collègues, son chef, son épouse, ses enfants,  vomit  l’embrigadement national socialiste .L’érotisme est sa délivrance.  Düring  se libère de la prison idéologique du village par  ses ébats avec  une lycéenne, Käthe Evers, qu’il nomme « la grande louve blanche » ,sauvageonne qui aime se promener nue devant lui..

 Quand le sous- préfet, nazi exemplaire,  le charge de rassembler les archives du district, il saute sur cette occasion pour  échapper à l’asphyxie idéologique et  parcourir la lande dans une foisonnante jubilation face aux ciels, aux pluies, aux sureaux, aux rafales de vent, toute une Nature consolante,  ses odeurs de pin et ses feuillages verts crissant.  La beauté tourmentée  du paysage  reste son ultime son refuge,  sa respiration, et son vrai dialogue . Sa mission administrative lui permet également  livrer à sa passion  pour les cartes, les editions anciennes, rares de Wieland ou de La motte Fouqué, les cadastres, les plans, les archives oubliées et les documents couverts de moisissures. Il se passionne entre autres pour les documents à propos d’un déserteur de l  ‘armée de Napoléon qui terrorisait la région  au début du XIX° siècle . Il s’identifie à lui. Düring ,  fasciné par ce soldat réfractaire  qu’on appelait « le loup  garou », finit par découvrir  sa cachette de l’époque,   une cabane dans les marais. Düring , réfractaire lui aussi. Au fil des mois de  la guerre et la propagande s’intensifient,, les tickets de rationnement apparaissent, l’ambiance  devient de plus de plus  toxique .Düring  aménage cette cabane  pour survivre.  Le roman s’achève sur    un bombardement des Alliés en 1944 sur  une fabrique de munitions, raconté sur le mode d’une bouffonnerie hallucinée , dans  une transe de peintre expressionniste . Brasier  cadavres en flammes.C’est spectral. Langue ardente.Le Verbe devient feu. Düring échappe par miracle, avec sa compagne lycéenne et rejoint la cabane dans les marais.

Le livre provoque un énorme scandale, notamment avec ce récit  convulsif de bombardement rédigé  dans une sorte de transe  convulsive, d’extase ricanante, rédigé-selon sa femme- en une nuit.  Loin de se cantonner à une critique du nazisme, l’auteur attaque la cellule familiale,le mariage les institutions, la renaissance catholique à Bonn  voulue par  le chancelier Adenauer.  Ce roan est  vu comme un pamphlet anti- humaniste et antichrétien.

Les  galipettes érotiques radieuses de son héros (plus de 50 ans)   avec une lycéenne choque aussi. Ce qui scandalise aussi  c’est la    une conduite hypocrite de Düring  face au sous- préfet. Dans une scène emblématique, ce fonctionnaire au sourire onctueux  écoute avec docilité les consignes de son chef de bureau, sous-préfet, et  prend des notes avec zele  mais il inscrit sur son calepin entre les lignes,  « tête de veau » ou souligne le mot « crétin ». Courbettes face aux nazis et révolte intérieure. Soumission apparente  mais dégoût de la société. La leçon de non- héroïsme frontal est rude. la grande  consolation de Düring -outre les  ébats et escapades  avec la lycéenne- ce sont les  randonnées à vélo  sur les chemins détrempés  des landes du Lunebourg, souvent la nuit. respiration spirituelle  du faune dans ses feuillages contre l’asphyxie de la société. Enfin exaltation et  défense acharnée  d’une solitude qui se nourrit de lectures , notamments romans historiques et textes grecs.. Tres original aussi la volonté de   combattre l’engrenage de l’Histoire, la morale courante,  d’insulter  le  bon gout bourgeois, la science officielle ,le mariage,  bref de  renaitre en étudiant  les autres civilisations .Parfois un bon coup de patte  contre  l’académisme  de Goethe et ses « maximes de vieux barbon revenu de tout » !

    Ce qui agace dans les années 50  c’est que Schmidt  affirme clairement que le peuple allemand reste gangrené, au-delà de la chute du nazisme. «  (« mais il y a une chose que je sais : tous les politiques, tous les généraux, tous ceux qui, d’un façon ou d’une autre ,commandent, donnent des ordres, sont des pourris !Sans exception ! tous !.. ») La reconstruction morale  d’après- guerre ne trouve pas grâce à ses yeux. Il décrira  d’ailleurs la  guerre froide dans une œuvre de science- fiction « Miroirs noirs », magnifique texte halluciné   qui décrit un monde dévasté par une guerre nucléaire.

Evidemment  le message anarchique  rageur, survolté, farouche, la bouffonnerie si sarcastique  swiftienne  passe très mal dans une partie  de la  presse de l’époque. C’est un brûlot qui effraie, déstabilise critiques , libraires, lecteurs, éditorialistes bien- pensants. Façon Louis- Ferdinand Céline avec qui les points de ressemblances sont évidents ( truculence de la langue,  déconstruction  de la narration classique, jubilation du  langage populaire,  expressions  argotiques,  néologismes à foion, concassage de la syntaxe) Schmidt  déploie  une danse crépitante  de mots lancés comme des projectiles, passage  typographique du  romain à l’italique,  parenthèses, crépitement de mots inattendus, danse sauvage mêlant monologue et dialogue,  tout ça  pour une dénonciation de la vacherie humaine universelle. Dénonciation d’un immonde  panurgisme  idéologique qui aboutit fatalement à des pogroms. Enfin  son ironie dégoupillée reste   assez  irrécupérable par un parti politique, quel qu’il soit.

 Mais  le livre est aussi incompris dans sa forme novatrice.   Le lecteur est déconcerté  par  le style déjanté, mosaïqué, fragmenté. Dans son genre il est aussi novateur que   Joyce dans  « Ulysse ». Ca    s’explique en partie  par un  travail par fiches, notes accumulées depuis des années,  clichés photographiques, documents divers soigneusement  conservés dans des boites, fragments de journaux intimes, montagnes de notes  prises sur le vif. Schmidt conserve aussi bien  des dépêches d’agence que des  prévisions météo,   accumule  des portraits vifs («  De bonnes grosses joues avec un grand nez, doux aquilin :la fille du pasteur(et, en arrière-plan  un joli petit jardin :les bouleaux pleureurs portaient leur feuillage peigné en arrière par le vent, et il soufflait pas mal.. »),  il rapporte aussi des comptines dans les écoles des comptabilités personnelles ou  administratives. Il fait de la digression et des poèmes romantiques ,ode à la lune, tout ça pris dans son grand jeu  narratif. Ajoutez les  mentions  des rites païens oubliés, simples notations sonores d’un village à l’aube (chuchotement de femmes dans un bureau, grincement et couinement d’un vélo à chaque coup de pédale..). Notations de voyeur pour choquer la pudibonderie. Crudités de langage   ,court-circuit entre une langue triviale et  des digressions universitaires  . Il colle soudain pleine page   un mode d’emploi  sur  les manières de nettoyer et graisser un vélo, puis  échappées lyriques   pour décrire une nage dans  un petit lac (« dans le Grundloser See :faire la planche, le moins possible de mouvements, quasiment la béatitude. Un ciel berçant de taches blanches fatiguées (je me passerait bien de cet abruti en canoë !) »

On surprend comme en photo-minute une servante en tablier violet qui vide  des seaux d’eau grasse. Prose étonnamment ciselée pour déformer  la réalité objective et la transformer une puissance  onirique.

Comme Céline dans « Guignols Band » ou « Nord » ,Schmidt   transforme  un bombardement au phosphore d’une usine   en une curieuse féerie . Voici ce qu’écrit Arno Schmidt dans les dernières pages: « deux rails s’étaient détachés et volaient dans l’air, croisés e pinces de homard ;leur tenaille décrivit un cercle en vrombissant affectueusement au -dessus de nos têtes(..) Et : voilà que la grosse femme de tout  ‘heure passa juste au-dessus de nos têtes, incandescente, à califourchon sur une poutre déchiquetée ? Ses mamelles d’amadou éclatées projetaient des flammèches.(..) une voix sifflante sortait d’un homme qui, le feu au derrière, semblait brûler de dire :On en grille une ? »

Ricanement misanthropique, énorme grimace littéraire dans le miroir allemand, la presse  se déchaine devant ces pages .Dans le très réputé, à l’époque,  journal Rheinischer Merkur,  on  lit  :  »ce livre est un attentat haineux contre l’esprit, la langue et l‘homme -et pour finir, contre Dieu et le christianisme » . Ca résumait assez bien l’opinion générale. Ce n’est que par la publication dans les années 60 des nouvelles de « Vaches en demi deuil » dans la revue Konkret, et le travail de l’éditeur Rowohlt qu’une génération de jeunes gauchistes et radicalisés  découvre cet écrivain prophète.

On a beaucoup de chance en France car après la première  traduction de Jean-Claude Hemery dans la collection de Maurice  Nadeau, en 1962, on peut aujourd’hui lire la plus grande partie des œuvres de Schmidt… « Scènes de la vie d’un faune »bénéficie   d’  une nouvelle  traduction remarquable  de Nicole Taubes, avec notes et postface de Stéphane Zékian,   aux éditions Tristram.  L’ éditeur courageux  propose  un travail systématique et remarquable de traduction de Claude Riehl. Aprés le texte  « Tina ou de l’immortalité », Riehl  offre un  essai–portrait  de l’œuvre et de l’homme : « Arno à tombeau ouvert »,  passionnant , et dans lequel j’ai puisé pas mal de précisions. A noter d’ailleurs que ces éditions Tristram ont  entrepris   d’ouvrir le chantier des traductions qui manquent. Je conseille en priorité les lectures de  « Brand ‘s Haide « (1950) et de « Miroirs noirs » qui forment trilogie avec « Le faune » sous le titre de « Nobodaddy’s Kinder » (les enfants de Nobodaddy).

Otto Mueller, son peintre préféré

                                                     ****

Notice biographique

Arno Schmidt est né à Hambourg1 en 1914. En 1928, après le décès de son père, sa famille s’installe à Lauban, en Silésie. Il écrit ses premiers poèmes en 1933 et entame des études de commerce à Görlitz qui le mènent à travailler dans les bureaux d’une grande fabrique de vêtements, où il fait la rencontre d’Alice Murawski, avec qui il se mariera en 1937.

En 1935, il fait parvenir des poèmes à Hermann Hesse et débute deux chantiers qui l’occuperont avec passion pendant de longues années : l’établissement d’une table de logarithmes de sept à dix chiffres d’une part, et l’écriture d’une biographie monumentale de Friedrich de La Motte-Fouqué d’autre part.

Durant la Seconde Guerre mondiale, on l’intègre d’abord à l’artillerie légère en Alsace, puis il est muté en Norvège, comme commis aux écritures. En 1945, obtenant à sa demande une mutation dans une unité combattante, il profite, début février, d’une permission pour aider Alice à fuir Greiffenberg. Il se rend en avril aux troupes britanniques et devient interprète au camp de prisonniers de Munster. Il est libéré fin décembre et s’installe avec son épouse au Mühlenhof à Cordingen, une région de landes qui lui rappelle son enfance.

Il écrit pendant cette période plusieurs nouvelles et romans, et publie ses premières nouvelles en 1949 (Léviathan), non sans avoir tenté auparavant de faire paraître sa table de logarithmes.

En 1950, les Schmidt déménagent pour Gau-Bickelheim près de Mayence, et commencent à sillonner à bicyclette l’Allemagne du nord et l’est de la France, à la recherche de documents sur Fouqué.

C’est à partir de cette époque que son travail commence à rencontrer son public et lui apporter des moyens de subsistance. Il écrit pour la radio, publie de nombreux romans et nouvelles, et obtient des prix de plus en plus prestigieux. En 1955, la parution de Paysage lacustre avec Pocahontas lui vaut un procès pour blasphème et pornographie. L’année suivante il découvre les textes de James Joyce, qui seront une révélation pour lui. Il traduit une partie de Finnegans Wake.

En 1958 il publie enfin sa biographie de Fouqué, et achète une maison à Bargfeld, dans la Lande de Lunebourg, une région dans laquelle il puisera son inspiration pour le roman On a marché sur la lande. Il n’a de cesse de perfectionner son écriture et développe une pratique tout à fait unique, érudite, impertinente, et toujours plus novatrice. Son ardeur au travail, sa rigueur obsessionnelle et son caractère bourru donnent de lui l’image d’un personnage tout à fait pittoresque, râleur, caractériel, mais salutaire dans sa bouffonnerie grinçante.

22 commentaires sur “Arno Schmidt l’insurgé

  1. Beau billet !
    Heureusement qu’il y a des fous dans son genre, ça nous change des fous raisonneurs, étriqués, dangereux ! ….
    N’ayant rien lu de lui, je vais tenter de m’y mettre.

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    1. traduit actuellement par Claude Riehl -grand maitre et redecouvreur de Schmidt- aux editions Tristram .Il existe aussi aux éditions Christian Bourgois « Brand ‘s Haide (Riehl) et « Miroirs noirs » traduit par Riehl) Roses et poireau(traduit par Riehl, Dubuy et Pierre Pachet, aux éditions Nadeau) « Soir bordé d’or » par Riehl chez Nadeau. ne pas oublier non plus « Le cœur de pierre »,traduit et commenté par Riehl, toujours aux editions Tristram.., « Tina ou l’immortalité », suivi d’un magnifique texte complet sur l’oeuvre par Riehl… »vaches en demi deuil »,nouvelles,traduites et commntes par Riehl, « Goethe et un de ses admirateurs(Riehl,chez Tristram), « Alexandre ou Qu ‘est-ce que la vérité », récit(traduit par Riehl, notes et postface de Jorg Drews, aux éditions Tristram .

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  2. Saisi par la curiosité littéraire, j’ai commandé sur Amazon deux livres de ce Schmidt inconnu de mes étagères neuronales : « Scènes de la vie d’un faune » et « Histoires ». Deux livres de poche pas chers….il n’y a pas de petites économies !

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  3. Le premier Schmidt de la première illustration regarde à la lorgnette, à tribord
    Le second, au centre
    Le troisième, regard lointain de l’intellectuel, à bâbord……

    Ce troisième n’est il pas un véritable sosie de Michel Legrand ?

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  4. Reçu hier les deux souple Tristram commandés avant-hier,
    « Scènes » et « Histoires ».
    Feuilleté les premières pages.

    Ça décoiffe !

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  5. Stop, page 40 de « Scènes »

    Ce que j’ai lu de plus novateur depuis notre génial Ferdine ….
    Un immense bonheur lié à une immense découverte.

    Compliments à NICOLE TAUBES qui traduit ce fou fabuleux comme si c’était naturel…

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  6. Précisons ben que Arno Schmidt fut reconnu dans les années 60 par un club de fanatiques(Döblin en tete Alfred Andersch….) ..Il obtint le prix Fontane à Berlin avec un éloge par Günter Grass(ce n’est pas un hasard..) en 1964; puis il obtint le très prestigieux prix Goethe à Francfort, consécration suprême, en 1973. Ce qui lui manquera, c’est, très longtemps, l’argent, la possibilité de vivre autrement que de textes alimentaires pour la radio..

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  7. Il y tellement de gens qui bouffent de la radio chaque matin pour se tenir en vie, devant la barre des émissions de France-Culture, etc., Schmidt était un avitailleur du grand navire des ondes.
    Sur les photos on le percevrait presque comme le metteur en acte des choses qu’il a pu traduire de Joyce, en bon arpenteur des marais du nord de l’Allemagne, le Finnegans Wake étant rongé par les zones humides, les tourbières, quand on lit l’Irlandais, on entend parfois des bruits de chaussures aspirées par leur propre clapotage dans la vase, une expérience jamais désagréable étonnamment à l’oreille.
    Dans son « Ecole des Athéistes » (idem chez sa « République des Crânes d’oeufs »), il évoquait clairement la situation actuelle, Chine versus Amérique (il aimait dire, je crois, qu’il avait raison avant tout le monde dans ses entretiens), avec cette constante mémoire historique germanique dans le rétro.
    1972, date de sortie du livre, peut-être un hommage caché à Philip K. Dick et son High Castle, un Château-bas à lui adressé, tant Schmidt met tout à plat des relations internationales dans son récit, fidèle en cela à la steppe nordiste balayant son pays dont une partie de la belle topographie n’en reste pas moins totalement nivelée.
    L’Anti-romance d’un pays, son arpentage mental, qui rappellerait, en tout cas pour moi, certainement à contrario, le Spaziergang de Robert Walser.
    Paul Edel ne sera pas d’accord, je risque tout de même le rapprochement.
    Enfin peut-être, un clin d’oeil à Stendhal, dont le Schmidt mystérieux des Souvenirs d’Egotisme pourrait prendre ses traits ?

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      1. Les deux n’eurent pas beaucoup de lecteurs (1000, pour Walser, suffiraient à changer la marche du Monde, dit un jour quelqu’un avec humour, peut-être Kafka ou Canetti qui l’aimèrent sans détour), refusèrent de donner des ordres ou d’obéir (Schmidt), de dominer les autres (Walser), acceptèrent les bons comme les mauvais côtés des choses, heureux ou malheureux d’être au monde, qu’importe la liqueur de la vie pourvu que celui qui marche lui tende un flacon, ou mieux encore chez Walser qui disait toujours avoir un morceau de cette vie dans la bouche, calme ivresse, sa vie devenue son propre roman, l’important est alors de ne pas s’arrêter en route ou de trébucher, de peur de l’avaler (de peu).
        Une recherche du peu justement, du petit, qui n’a rien de l’exaltation d’une petitesse (ce que le flamboyant monsieur de Debray n’a probablement pas désirer saisir chez Stendhal), Walser notait d’ailleurs qu’il fallait laisser les rigolards rigoler, tout « destructeurs de vie » qu’ils fussent, Schmidt choisissant de les sabrer par une autre forme de rire, peut-être, avec les « Andere Augen » d’un Ernst Jandl, le poète, une hypothèse.
        Les deux, voyants, sans s’embarrasser de l’impression rimbaldienne ou plutôt dans la discrétion l’embrassant.
        L’oeuvre de Proust est traduite en BD, j’ai aperçu sur Wikisource une page consacrée à Schmidt par le dessinateur Jensch qui retrace une partie de sa carrière en images, pas mal du tout.
        Reconnaissance vous soit rendue de nous faire découvrir des auteurs comme Schmidt.

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  8. CHIRAC MORT
    Les meilleurs partent toujours les premiers
    Nous sommes sans crainte en ce qui nous concerne !
    C’est la nouvelle positive ….

    Le reste, on s’en fout.

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  9. CENSURE en République du Congo, pardon du CINEMA

    Je repose ma question pour la quatrième fois :
    « Annelise, pourquoi êtes vous si bavarde, au juste ? »

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    1. S’inspirant du comportement de cet insurgé rigoureux ARNO SCHMIDT, obsessionnel, bourru, pittoresque, râleur, caractériel, mais salutaire dans sa bouffonnerie grinçante, voilà pourquoi nous ne remettrons plus les pieds chez GRETANNELISE, qui préfère parler seule de fadaises à des benêts faciles à séduire que tolérer la critique de tiers invités à sa table. Bon vent ! Bonne route !

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  10. à
    A ceux qui voudraient en découvrir davantage à propos d’ Arno schmidt je conseille « Miroirs noirs »(1951) qui propose une errance dans l’Europe centrale dévastée par une guerre atomique entre les grandes puissances.de manière extraordinairement précoce (la bombe H américaine ne datera que de 1952, la soviétique de 1953), une paradoxalement presque paisible chevauchée post-apocalyptique, après que ne laissant sans doute que de très rares survivants ici ou là.
    Le héros, fin lettré il en reste queques uns dans ces années 5O..) , et possédant une solide culture scientifique, se révèle un étonnant bricoleur pour survivre dans ce paysage dévasté et contaminé. Un matin il décide se fixer, et de se construire une maisonnette pour y passer sans doute le restant de ses jours. Façon ermite dans les bois. Beaucoup d’humour dans ce texte.
    Extrait :
    « Frein-pédale : (qui couine quand je m’arrête ; je m’en vais te huiler demain). Par précaution je braquai le canon de ma carabine sur l’épave crasseuse : épaisse couche de poussière sur les vitres ; je dus taper dessus avec la crosse pour que la portière s’ouvre un peu. Vide à l’arrière ; une madame squelette au volant (donc comme toujours depuis ces cinq ans !) ; well : vous souhaite bien des félicités ! Mais il commençait déjà à faire sombre, et je ne faisais toujours pas confiance au crématorium : fougères-traquenards, railleries d’oiseaux : j’étais paré avec dix coups dans l’automatique : donc tricotez gambettes ! »

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