Relire la "Montagne Magique" (1)

Je suis en train de relire, pour la seconde fois, à 30 ans de distance, « la Montagne Magique ». Je découvre la nouvelle traduction de Claire de Oliveira de 2016, chez Fayard. C’est un enchantement de précision, de fidélité au rythme de la phrase mannienne, avec cette qualité  qui consiste à  nous faire sentir  la saveur et la brutalité des  grivoiseries des personnages, et leur vraie façon de parler, ce qui avait été si amorti  dans la précédente traduction…

Thomas Mann et sa femme Katia

Commencée en 1913, la rédaction de » la Montagne magique » s’achève en 1924.Ce qui est troublant dans cette œuvre (avec ce narrateur omniscient qui intervient à la première personne du pluriel) et si puissant,  tout au long de cette lecture c’est  qu’elle déploie un chant de l’ Ironie macabre sur paysage étincelant. Mort et pureté de neige. Des vivants en train de tous mourir dans le luxe.  Ce Sanatorium de Davos   est face à un ciel pur. Panorama sublime,  Nature splendide. Une lumière de cristal baigne des corps pourrissants. En haut, une aristocratie des malades, qui méprise  ceux d’en bas, avec ce   paradoxe si mannien dans son ironie que les gens de la plaine   sont vus par les tuberculeux  comme  des    malades qui s’ignorent…En haut, on médite en  s’empiffrant de rôtis  en sauce,  d’oies truffées  et de pâtisseries meringuées ; en bas, l’humanité ordinaire  se bat dans le brouillard d’évènements politiques troubles .En haut la philosophie  abstraite, la méditation, la vie horizontale scandée par des prises de température qui marquent autant les effets de l’amour que ceux  de la maladie. Dans ce faux roman nonchalant, presque mathématique dans son découpage du  Temps,  l’auteur note avec une précision clinique les conséquences de  l’oisiveté, du luxe, des jeux de société, les sinueuses sismographies du désir et   des  échanges érotiques,  les ragots, les promenades, l’inaction ; en bas on touille  la marmelade des vrais problèmes.

Dans ce sanatorium élégant, refuge quatre étoiles, phalanstère d’intellos,  domaine de la Mort  retardée  mais programmée pour de riches  grands bourgeois, un personnage central fait son éducation :  le jeune ingénieur Hans Castorp, à peine sorti de l’adolescence. Un malade qui ne va pas s’ignorer longtemps, lui qui  devait rester 7 jours pour une simple  visite à son cousin Joachim, et qui   y  séjournera  7 ans.

On  connait l’origine du roman. Après la naissance de Monika vers 1910, Katia Mann, l’épouse de Thomas Mann, tombe malade – tuberculose selon le diagnostic de l’époque, mais que plusieurs études ultérieures des radiographies de l’époque permettent d’infirmer. Katia souffrait  plutôt d’une maladie psychosomatique, dirions-nous aujourd’hui. Elle passe plusieurs mois  en sanatorium : l’atmosphère de cet établissement inspire à Thomas Mann  cette Montagne magique.et, pendant les années de rédaction, Mann n’a cessé d’interroger des médecins, de visiter des cliniques, et d’enquêter auprès de radiologues de l’époque.

le sanatorium du temps de Thomas Mann

Le sanatorium est  à la fois une clinique, un couvent , hôtel de luxe , club intellectuel,  infusoire  de maladies psycho somatiques, et surtout une serre chaude où se développent les maladies pas seulement physiques . S’affrontent également les idéologies   de l’époque de la rédaction (la république de Weimar)n  les querelles théologiques. Mann  tricote aussi , avec son ironie à  facettes,  les plaisirs  et fantasmes des uns et des autres. Ainsi  prospèrent  dépravations de toutes sortes, plongée dans le bain irisé des mondes intérieurs blottis dans leurs préjugés,  satire des snobs dans leurs banalités et parfois leur évidente inculture.Il y a comme un trésor archéologique sur la haute bourgeoisie européenne, et un pessimismes impitoyable de toutes les observations sociologiques , et là Proust n’est pas loin, lui aussi, allongé dans ses fumigations.. Une  exception : Hans Castorp. Il échappe aux cancans, complexes de supériorité, gourmandises (on s’empiffre pendant  et entre les repas)   mépris  de classe dans cette forteresse en altitude pour « ceux de la plaine », ceux « d’en bas ». Il voit tout  avec intelligence.

Le  paradoxe, c’est que  les malades perchés sur leur montagne,   méprisent les bien-portants  .C’est la  Comédie des vanités examinée avec cette ironie que Settembrini  condamne  dans une page  anthologique et qui subsiste  sans doute des conversations entre Thomas Mann et son frère Heinrich..  La prolifération de détails physiques ou moraux offre une étonnante galerie bouffonne .Dialogues  faussement amicaux,  congratulations mutuelles hypocrites, piété dégoulinante  d’insincérité .Il y a quelque chose de psychiquement  pourrissant  dans cette micro- société.  Chaque semaine, une luge emporte  un ou deux cadavres vers le cimetière, dans un curieux climat de soulagement collectif  car, enfin, ceux qui restent veulent déguster les nouveaux arrivants, en insectes.

 Donc sentiment de décadence d’une haute bourgeoisie  douillette, narcissique, désœuvrée, ravie  d’être auscultée et infantilisée par le corps médical. Ce dernier,  lui,  prospère financièrement sur le dos de  cette  haute bourgeoisie européenne  en multipliant les diagnostics  médicaux alarmistes afin  de rallonger le séjour et   alourdir  la  note mensuelle. Ce qui frappe au premier abord c’est la continuité de Mann  sur ses  thématiques.

 En 1912 il publiait « Mort à Venise », réflexion  sur un écrivain célèbre, Aschenbach,  pris dans la bourrasque de l’érotisme face à un adolescent, dans le cadre d’une Venise atteinte  par le choléra. Dans cette Venise funèbre Mann  déconstruisait la Raison et l’image sociale  convenue   d’un écrivain grand bourgeois, face  la torture  du Désir devant un  adolescent blond  croisé dans un palace.

la salle pour les repas, si importants

En 1924  -donc 12 ans plus tard, après une première  guerre mondiale-  Mann reprend le thème en l’inversant. Le vieux  bourgeois célèbre Aschenbach, à Venise,   est remplacé par  un jeune bourgeois Hans Castorp, ingénieur, venu rendre visite  son cousin, le malade Joachim dans un sanatorium. Mais  c’est le même cadre d’un hôtel de luxe mais avec cette nuance capitale, c’est que -tous les clients  ici, simplement menacé de choléra à Venise, ici, à Davos, sont voués à la mort. Le choléra vénitien devient ici tuberculose suisse exterminatrice. Aschenbach se  défaisait sous nos yeux  à Venise ; ici  Hans Castorp,  se construit sous nos yeux,  à Davos. Donc, roman de formation.

 Il s’édifie notamment grâce à deux professeurs, Settembrini et Naphta .Tous deux  veulent convertir Hans à leur idéologie. Settembrini   est le lumineux démocrate, l’humaniste voltairien, amoureux du progrès, de l’émancipation des peuples, des droits de l’homme, qui rêve d’une république universelle .Il est inspiré en partie par le frère de Thomas Mann, l’écrivain Heinrich (l’auteur  de « l’ange bleu » et d’une biographie magnifique d’Henry IV), démocrate, homme de Gauche ,défenseur d’une Europe de progrès social.

 Leo  Naphta, lui,  est le philosophe  sombre, le pessimiste schopenhauerien, le religieux, l’homme des tentations extrêmes en politique,    corps francs prussiens d’extrême droite, ou Spartakistes d’extrême gauche. Naphta représente les forces de décomposition,  les enragés des deux camps, de Gauche et de Droite,  qui  diviseront  et anéantiront   la  République de Weimar. Ces deux camps se livrant à des batailles  dans les rues de Berlin ou de  Munich, pas loin de la villa où Mann  écrit. Naphta, dans sa radicalité, aspire  à un régime totalitaire. Son idéologie combine des morceaux hétérogènes venus de toutes sortes de radicalités, avec une vision collectiviste. Naphta incarne un mode de pensée anti-humain et opposé aux Lumières. Ce qui pourrait apparaitre comme un roman à thèse dépassé, se révèle au contraire, aujourd’hui un roman profond, urgent à redécouvrir , examinant   la crise de notre Europe  contemporaine , tiraillée entre des Settembrini et des Naphta. Les populismes politiques  qui montent  dans les sondages  de nos journaux  sont déjà traités par Mann  comme des périls (voir aussi « Mario et le magicien » ciblant Mussolini) , avec  ce mélange d’ironie, de pessimisme lucide, et surtout une  souveraine liberté d’esprit.

                                               Le Chant de L’Eros

Dans ce roman où l’action est rare, ce qui importe, c’est l’expérience intérieure. La plus surprenante, la plus exaltante  et la plus profondement  analysée  est celle de Hans Castorp et sa fascination   érotique pour Madame Chauchat. L’évènement qui le bouleverse n’est pas son début de tuberculose, mais la présence foudroyante, explosante-fixe,  de cette femme slave. Qui est  Clawdia Chauchat ?  Une belle russe aux  yeux en amande -de kirghize- à la nuque  troublante, aux gestes relâchés et surtout elle  ne porte pas de corset comme les autres ce qui lui permet des poses alanguies. Le corps vit et tressaille chez elle comme chez aucune autre.    Elle porte  nom français étrange (un Chaud chat ?)  et symbolise  la séduction érotique dans tout son vertige  et sa pente fatale (sommes-nous si loin de « l  ‘ange bleu » du frère Heinrich ?). La Chauchat  distille un parfum, une séduction féline, c’est la parfaite Fleur du mal baudelairienne. Exotique, câline, ensorceleuse, griffue, libre, souveraine.  Et c’est bien ce qui attire Castorp. Il est bouleversé, transformé, irradié, exalté, essoré  et illuminé par cette présence Cauchat. Mais il en est aussi malade puisque sa vue fait monter sa fièvre.  Castorp  ne vit que pour croiser le regard de Clavdia. Au milieu des jacasseries de l’insupportable madame Stohr, jacasseuse stupide, et son « exaltation d’une pitoyable inculture », et la pondération un peu fade du cousin  Joachim, Castor vit dans une  fièvre érotique de plus en plus intense. Castorp guette, surveille, rêve, rumine, s’exalte d’elle  pendant ses songeries et   ses siestes. La sensualité  devient un tourment, une obsession maladive .L’envoutement a quelque chose de wagnérien, Tristan et Isolde ne sont jamais loin.  

Tout ce qui avait été dans l’enfance, pulsions sexuelle refoulées (voir l’épisode Hippe si important) ,  grandit et s’étale ici grâce à cette femme mi-Circé, mi sirène. Là Mann se montre un maître. Il y a un équilibre assez bluffant entre ce que la Chauchat inhibe et désinhibe chez Castorp. Elle l’émancipe et l’emprisonne, C’est celle belle malade  qui introduit la féerie, le Venusberg , ouvre un infini  de vitalité dans  ce lieu clos, disons-le :ce mouroir. « C’était oppressant d’avoir cette main si près des yeux :bon gré malgré, on était bien obligé de la contempler, d’étudier comme à travers une loupe toutes les imperfections  et les caractéristiques humaines qu’elle comportait. Non elle n’était nullement aristocratique, cette courtaude main d’écolière aux ongles taillés à la va-vite –on était même en droit de se demander si le bout des phalanges était vraiment propre ; les cuticules étaient rongées, à  n’en point douter. Hans fit la grimace mais sans détacher ses yeux de cette main et il repensa vaguement à ce que le docteur venait de dire sur les résistances bourgeoises qui s’opposaient à l’amour…Le bras était plus beau, ce bras mollement plié sous la nuque et à peine vêtu, car le tissu  des manches, cette gaze aérienne, était plus fin  que la blouse et sublimait d’un simple nuage vaporeux le bras qui, sans aucun voile, eût sans doute été moins gracieux. Il était à la fois délicat, plein, et on le supposait bien frais.Il excluait toute espèce de résistance bourgeoise. »

On voit dans cet extrait que Castorp se défait du statut moral qui le corsetait et de sa nature  haute bourgeoise qui l étouffait. L’armure des convenances  s’évanouit. Et ce n’est pas un hasard si le mythe du Docteur Faust revient sans cesse, leitmotiv  comme si  il y avait un pacte diabolique entre l’Eros  et le jeune personnage bourgeois. Hans est  soumis, hypnotisé, transformé  par    l’ébouriffante initiation à l’ivresse sensuelle de la Chauchat.  C’est la partie superbe de cette Montagne que le vernis d’une prose d’une miraculeuse précision rend dans sa diversité et sa bousculade d’émotions.

Enfin et surtout,  on remarquons ce « on » !… du narrateur qui associe Thomas Man a son héros et forme , tout au long du roman, un fond de tendresse détachée. Les jeux de couleurs, les tournures délicates qui ne cessent de qualifier la Chauchat se retrouveront sans doute, filtrées par un autre sensuel, le Nabokov de « Lolita ».

les malades

Thomas Mann, avec son ironie diaprée, ciselée, omniprésente là où on ne l’attend pas, nous chuchote cette vérité : l’art est à la fois vision d’une comédie humaine , et  commentaire érotique posé sur tout : êtres humains comme  paysages.

A suivre….

25 commentaires sur “Relire la "Montagne Magique" (1)

  1. Magnifique papier, Paul. On attend la suite avec impatience !
    La Montagne magique est l’un des mes livres préférés.
    Il doit bien aussi y avoir trente ans de passés depuis que je l’ai lu et jamais relu…
    N’y-a-t-il pas du Homais en Settembrini ?
    Et du Stendhal dans la Chauchat ?
    Quel beau film Visconti en aurait fait !
    Et quel dommage que Thomas Mann ne nous ait pas donné la suite de la Montagne magique d’après la Seconde Guerre mondiale !

    J'aime

    1. oui tu as raison Jazzi il y a du Homais dans Settembrini mais aussi une nuance affectueuse… une rivalité fraternelle étalée évidente entre Thomas et son frère ,Heinrich, brillantissime écrivain de Gauche, jouant un rôle capital parmi le cercle des intellectuels de la république de Weimar.. tout à son honneur.!. et alcoolique.m
      avec Thomas Mann l’identification d’un personnage de son roman à un modèle dans la vie réelle n’est jamais évidente ni simpliste , l’imaginaire de Thomas enrichit chaque personnage d’autres éléments et aussi d’une analyse approfondie et d’un examen des tensions politiques de son époque avec une legère tendance schopenhaurienne et nietzschéenne + un gout pour les légendes germaniques wagnériennes qui laissait Thomas fasciné et perplexe devant les nazis qui -rappelons le- n’avaient pas jeté son oeuvre au bûcher..ce qui était le cas de son frère Heinrich!!. ., pour résumer: la galerie des personnages malades dans ce sanatorium est encore plus cruelle et dévastatrice que la galerie des personnages proustiens.

      J'aime

  2. À coup sûr un roman marquant, MAIS ce serait un jeu cruel (exclusivement réservé aux masochistes) & un peu étrange que de se risquer à parler de ce dont on se souvient après quelques années devant un lecteur actuel (au surplus : de ce qui n’est pas tout à fait le même texte, s’agissant de 2 traductions différentes) — sans tricher, puisque je n’ai plus le livre.
    Qd je dis « marquant » je pense surtout à mes réactions à la lecture d’un autre livre traitant d’un sanatorium : impossible de ne pas avoir en tête La Montagne magique, de faire des comparaisons (pas du tt pour établir un « classement », on s’en doute). Je suppose qu’il y a une prime à l’antériorité de la lecture (plutôt qu’au statut de l’œuvre, à « l’autorité » dont elle jouit), tjs est-il que cela a sans doute affecté ma découverte de livres aussi différents que Le Froid de Th. Bernhard & Siloé de P. Gadenne.

    Considérations extérieures au roman lui-même & probablement sans gd intérêt.

    J'aime

  3. « Considérations extérieures au roman lui-même & probablement sans gd intérêt. »

    Eventuellement pour un Goût du sanatorium, elena ?

    J'aime

  4. Herr Jazzi, Paul Edel t’a déjà répondu dans son texte, quelque chose de wagnérien, un poil vénérien – puisque nous sommes au coeur d’un Lazaret -, Visconti avec son Ludwig et ses châteaux-Berghof de fantaisie commentait, peut-être à juste titre, le livre de Mann.
    On retrouve d’autres échos dans des films comme le beau « Le Vent Se Lève » de Miyazaki, le fameux « Riget » et ses fantômes, série télé de Lars van Trier, qui réacidifiait l’humour mannien, si nécessaire.
    J’entends bien qu’au Sana la musique officielle qui fume depuis l’entonnoir du gramophone est celle du Lied du Lindenbaum de Schubert, mais Wagner guette, toujours ce même duel entre les musiciens allemands, Goebbels, qui ne mit jamais la Montagne au ban, sa liste noire concernant l’écrivain resta plate comme un Flachland, ainsi que le rappelle l’article, même si le livre fut brûlé les soirs d’autodafés – toujours ce double bind du contrôle propres à ces freaks de nazis -, préféra mettre le paquet sur Liszt pour solennellement illustrer sa Wochenschau.
    Castorp, lorsqu’il s’aperçoit que patine sa relation érotomaniaque (comme dirait Frau Stöhr) avec Clawdia, se met à développer l’amitié qu’il éprouve envers le Hollandais toussant Peeperkorn, comme le fit Louis de Bavière avec ses palefreniers, face à son grand compositeur, les yeux gourmands dans les yeux.
    Une sorte de compensation cardio-vasculaire puisque le coeur continue de battre quelles que soient les circonstances sanitaires.
    Cela tousse, cela passe puis cela bande, les effets naturels du repos chez des « arrêtés » considérables de la vie.
    Nietzsche parlait avec entrain des beautés de la convalescence.
    La suite est impossible, elle se fond dans la tempête de neige qui anticipe l’écroulement du Troisième Reich (Mann avait en tête 1918, d’accord), on a beau choisir la vie, en bon lecteur de La République (assez de Shopenhauer et de Nietzsche per favore, non je plaisante), Castorp sait le pouvoir faucheur de la grande mort qui fit florès au vingtième siècle.
    Le couple russe fait du bruit, comme en firent les T34 qui foncèrent de front vers les chars Tiger, lorsqu’à bout de munitions et d’obus serveurs et conducteurs choisirent d’aller leur labourer le blindage arrière (leur soft spot), dans un ultime sacrifice.
    Castorp, qui traite les deux philosophes en blouse blanche ou noire de bavards, de « Schwätzer », qui citent et qui commentent, encore et toujours à carnet de bal réel jusqu’au bout de la tempête de neige qui mangea la Nuit de Walpurgis, finit par en avoir soupé.
    Même les poussées de toux qu’il adorait comparer à des mets précieux, possédant leur succulence, pouvoir magique de l’évocation, le lassent.
    Tous les cadavres des établissements de santé alentours glissent vers le plat-pays sur des bobsleighs, terminé Balzac.
    Mann ne pouvait donner plus.

    J'aime

  5. Il semble me souvenir que Mann disait (ou faisait dire) des choses très dures contre les dangers de la musique, xlew ? Notamment Wagner…

    « Mann ne pouvait donner plus. »

    Hélas !

    J'aime

    1. Mon cher Jazzi, la musique fait débat -ô combien- dans « la montagne magique » ; je te rappelle qu’elle est présente et centrale dans toute l’œuvre de Mann, depuis ses débuts avec « Tristan » (1903) jusqu’à l’énorme méditation finale du « Docteur Faustus (1947) avec la vie de ce musicien Leverkuhn qui signe un pacte avec le diable et transforme l’humanisme de la musique en un chant nihiliste inquiétant ! voire pernicieux et maudit.
      Dans « La montagne magique »,il y a des soirées musicales , ou même des concerts en matinée sur la terrasse du sanatorium, très suivis par les malades.. ; un épisode central est titré « Suspecte sur le plan politique ! »(p.117 de mon édition fayard) .Il comporte un discours de Settembrini ,l’homme de la Raison et du progrès qui lance une tirade contre la musique, ce qui stupéfie le jeune Hans Castorp. « La musique c’est le semi formulé, l’équivoque, l’irresponsable, l’indifférencié (..) elle peut enflammer notre cœur, mais c’est tout de même la Raison qu’il convient d’enflammer » » et il termine son discours par ce retentissant : »la musique est censée être le mouvement même ;or moi, je la suspecte de quiétisme. Permettez-moi de pousser la formulation à l’extrême : la musique m’inspire une aversion politique. » Là Hans croit un instant que Settembrini plaisante. Settembrini n’en démordra pas.
      La question musicale restera fichée au cœur de l ‘oeuvre et hantera l’esprit de Thomas Mann. Elle finira par se développer dans l’extraordinaire « Docteur Faustus » et son personnage du musicien Adrian Leverkuhn, compositeur de musique dodécaphonique ayant conclu (ou cru conclure?) un pacte avec le Diable. Ce Leverkuhn avec dans des éléments pris à la personnalité de Berg et de Schönberg(qu’il n’accuse jamais) pose la question du fourvoiement à un certain moment ,de la culture allemande qui a passé un pacte avec le Diable, par le biais de la musique, venant au secours d’une propagande politique pour « enflammer les cœurs » .. .Il faut avoir à l’esprit, Jazzi, que pendant des mois des discussions incessantes, ardentes, tres professionnelles se sont développées entre le philosophe Adorno et Mann. Dans ces années 1943-1947, quand Mann résidait aux états- unis il est tourmenté par l’impasse culturelle allemande et le dévoiement de la Culture sous le nazisme.. Le pacte entre les nazis et Wagner et ses légendes germaniques par exemple.Le crépuscule des dieux n‘est jamais loin.

      J'aime

      1. Jazzi, je vais te chipoter.
        Aschenbach est un écrivain munichois comme Mann, pas un musicien ; pas la peine d’aller chercher Mahler. Les enfants de Mann, Klaus et Erika ,savaient très bien que l’homosexuel -honteux- c’était leur père ! et pas du tout Gustav Mahler. Même si Visconti noie (trop à mon gré) trop cette « mort à Venise  » avec une bande-son de la musique de Mahler. Enfin ce que dit Thomas Mann dans un entretien, de la thématique de « La mort à Venise » est tout à fait proche de la thématique dans « la montagne magique ». C’est une thématique déployée et creusée à Davos .. « L’histoire est essentiellement une histoire de mort, dit-il, mort considérée comme une force de séduction et d’immortalité, une histoire sur le désir de la mort. Cependant le problème qui m’intéressait surtout était celui de l’ambiguïté de l’artiste, la tragédie de la maîtrise de son Art. La passion comme désordre et dégradation était le vrai sujet de ma fiction. » et cette « passion comme désordre » se retrouve à toutes les pages.. aussi bien sur le plan érotique que politique..

        Aimé par 1 personne

  6. L’adoré Wagner de la chancellerie hitlérienne n’a pas tant que cela résonné dans les salles de concert pendant les douze années du règne terroriste, les Allemands redemandaient du Puccini, sa Tosca en particulier.
    La Lulu de Berg fut atrocement insultée dans la presse en 1934, Furtwängler lâcha sa baguette en protestation des misères que le régime réserva à Hindemith, même Richard Strauss sut envoyer paître les pleutres fonctionnaires du Ministère Rosenberg quelquefois (son nom le protégeait de facto), seuls des mecs comme Böhm, Carl Orff et Karajan sucèrent le lait à la source.
    Les Nationaux-Socialistes n’avaient aucune culture musicale, aucun plan, Goebbels prévoyait de développer l’Unterhaltungmusik, la zique de divertissement, ce qu’il fit, naquirent des dizaines d’orchestre en uniforme, des milliers de fanfares militarisées, relire et revoir le Tambour de Grass et Schlöndorff.
    Klenau, leur unique représentant, ex-propagateur du douze tons, dut leur mâcher le boulot avec des « pièces totalitaires ».
    Mann a un beau passage dans La Montagne lorsqu’il écrit que la musique est « à tu et à toi avec l’Humanité », je crois qu’il met un autre paragraphe du même genre, dit, en français dans le texte, par la bouche de Hans lorsque ce dernier fait sa déclaration à la chatte sur le toit du monde brûlant, lady Chauchat, chaude comme un hotdog, plus panthère des nuages que des neiges d’antan.
    Son Faustus est d’une densité très lourde, et ses phrases souvent placées sous tente à oxygène, en regard de la légèreté d’expression, et son style au prodigieux gaz rare, du roman discuté aujourd’hui.
    Tout fait musique, y compris dans les rêves, témoin la scène où Hans s’est assoupi alors qu’il bouquinait des recueils d’anatomie (chapitre qui me rappelle le « Cetology » inséré dans le Moby Dick de Melville), une apparition de Clawdia le rejoignant dans son demi-sommeil, coeur battant, Spitzenstoss, magnifique beauté d’écriture.
    Ce qui me plaît beaucoup et m’amuse aussi dans ce livre c’est la façon dont il recycle ses anciennes amours schopenhaueriènnes, comme lorsque par exemple il fait dire à Behrens, le doc en chef, que le corps humain n’est que de l’eau, nur Wasser, mot pour mot ce qu’écrivit le philosophe dans son Monde comme Volonté et Représentation.
    Peerperkorn doit posséder une villa, si je me souviens bien, sur la plage de Schéveningue.

    J'aime

  7. Bayreuth et sa Mythologie via Winifred ont tout de même beaucoup servi AH et son armée, et, dés l’Avant-Guerre , le personnage très Mannien de Siegfried W développe dans ses opéras toute une Mythologie ou de bons Ariens s’opposent à Byzance ou à Rome. tout un programme quasi Rosenbergien dans son délire historico-musical. Siegfried étant pour sa Moman le dernier Romantique alors que Strauss ne saurait l’être, d’après la même, ce qui condamne sa musique.
    Et il faudrait dire un mot de l’ambition, étayée par une correspondance récemment rendue publique, qu’eut Schoenberg de s’impatroniser Führer de la musique germanique avant de comprendre que ses origines ne le rendaient pas aptes à l’emploi. On peut aussi s’interroger sur l’absence au Catalogue discographique de la musique de Strauss pour Nuremberg.
    MC

    Aimé par 1 personne

  8. Ces considérations romanesques et historiques sont à la fois si vieilles…;et si actuelles ! Je n’arrive pas à intégrer, à comprendre profondément, ce qui s’est passé dans cette dizaine de décennies passées et si vite oubliées
    ….Expression de la folie des hommes ? Imbécillité des nationalismes guerriers ? Vide de la pensée géopolitique ? Accès cyclique des pulsions mortelles de masse ? Éruption solaire de la Mort, amusée par l’homme ?

    J'aime

    1. JC.. ce qui m’intéresse, c’est que Thomas Mann dans cette « montagne magique » en accélérant l’idée que nous avons de notre mort, en transformant la comédie humaine en une « comédie de notre mort très proche » avec s a cohorte tuberculeux d’une sexualité fiévreuse ..pulvérise notre morale traditionnelle et réussit une bouffonnerie macabre pleine de vérités.

      J'aime

  9. Mêmes causes, effets très différents chez (c’est-à-dire dans les livres de) Gadenne et Thomas Bernhard.

    Je ne saurais dire si j’ai véritablement été moins convaincue par l’évocation de la maladie & le sentiment d’urgence ds La Montagne magique ou si c’est une forme de « mauvaise foi », éventuellement rétrospective d’ailleurs, une manifestation chez moi de la dérive biographique (que je suis si prompte à « dénoncer » chez autrui). Si je les avais lus « en aveugle », sans rien savoir des auteurs, aurais-je réagi de la même façon ? (D’autant qu’a priori je ne me situe pas parmi les fossoyeurs empressés de la fiction & de l’imagination, ceux qui prétendent qu’il faudrait avoir vécu une situation en 1ère personne pour avoir le droit ou la capacité d’en bien parler…)

    Même interrogation sur l’éventuelle diversité sociale des patients : en est-il fait mention par Th. Mann ? Non que cela figure au cahier des charges, qu’il y ait là une obligation ; simplement pour vérifier la consistance de mes souvenirs ds ce domaine. Je me souviens d’avoir pensé « tiens, il n’avait pas été question de cela ds La Montagne magique » en lisant Th. Bernhard (à propos, me semble-t-il, de la différence des chambres, plus ou moins déprimantes, plus ou moins bien orientées, il me faudrait retrouver le passage). Ds Siloé c’est plutôt l’évocation de la découverte d’autres classes (bcp moins enthousiaste que celle de la nature, même si c’est une nature spiritualisée) par le jeune étudiant parisien du fait de ce voisinage forcé, de ce brassage par la maladie (ds un lieu de cure bcp moins international).

    Désolée de ce rapprochement purement thématique dont la pertinence n’est pas évidente mais dont je ne parviens pas à me débarrasser.

    Aimé par 1 personne

  10. Je vérifie pour les deux ultimes ouvrages .Rainulf und Adelasia, avec sa démentielle vocalise pour Tauber,1922, Die Heilige Linde , 1927;. Siegfried meurt en 1930. La vieille dichotomie corruption de Rome -Byzance, Vertu germaine, est réinstaurée dans ses œuvres jouées toutes avant 1933.

    J'aime

  11. Au sujet de la Musique de divertissement les musiques d’Orphéon et autres Harmonies Municipales se sont aussi développées en France au lendemain de la défaite de 1870, xLew… Et Poète et Paysan de Suppé y alterne avec Le Régiment de Sambre et Meuse, du doux Planquette, qu’on imagine certes pas là.

    Aimé par 1 personne

    1. La chanson de Planquette est un quasi commentaire de la sentence de Gambetta, « Y pensez toujours, n’en parler jamais », en France tout se définit en chantant, note bleue de la ligne mélodique des Vosges dans les yeux, je pense que si Offenbach avait dû traiter Fleurus, peut-être aurait-il élu le point de vue d’un personnage perché dans la nacelle d’un ballon captif, dont on dit qu’il fit sa première apparition lors de cette bataille, mythique pour le rayonnement français 😉
      Wagner misait aussi beaucoup sur la chanson populaire, pressée, imprimée sur le canevas de la plus haute poésie des trouvères, selon sa théorie de la musique, art total, vous l’avez signalé plus haut.
      Goebbels ne pouvait prendre la mesure de l’oeuvre wagnérienne, une musique au grand pouvoir visuel revendiqué par le compositeur, elle ne pouvait servir qu’à légender les images, comme des vignettes sonores idiotes utiles de la promotion de ses films.
      Nous, nos Planquette un peu neuneus nous emmenèrent vers la Belle Epoque, la finesse d’encre de Chine des préludes de Debussy, manufacturés à Sèvres, avec un passage clandestin dans les forêts rhénanes qui engloutirent une légion romaine au moins, en effet, Hitler ne se privait pas de le rappeler, minces filets d’une sève dans lesquels la musique française ne put se retenir de tremper une ou deux de ses plumes.
      En se souvenant de l’agenda caché de Wagner, casser le catholicisme allemand, supprimer l’idée juive, qui n’était pas si éloigné de celui des Nazis (pour s’exprimer ainsi), ces derniers dans leur entreprise ne purent que réduire ses Leitmotive à de vulgaires instruments de propagande, à des flonflons et des tsoin-tsoin lors des défilés costumés dans les rues, suintements d’un pangermanisme croisé de néo-paganisme de patronage.
      Thomas Mann, pour ça, me paraîtrait exemplaire d’un état d’âme et d’esprit, même s’il semble encore un peu ambigu dans son journal vers 1933, les thèmes de l’eau et de la forêt (mémoire d’une partie de barque sur un lac un soir de pleine lune, évoquée par Castorp) sont partout repris pourvus du savoir d’une haute poésie, comme dans la scène de La Mort à Venise où Aschenbach observe Tadzio depuis la fenêtre de sa chambre sans forcément regretter de ne l’avoir abordé, se délectant presque des effets de l’attraction maintenant soumise à un jeu d’ombres qui s’aimantent sur les murs, beaucoup de référence à la poésie grecque, « ses boucles d’or, etc. », mais aucun plongeon dans le pastiche ni la mièvrerie d’un premier degré, ça un Matzneff n’aura jamais prétendu savoir le faire, ce n’était pas du ressort de son long pouvoir.
      Comme Paul Edel a raison, ici, Aschenbach c’est lui, l’écrivain, accordant en direct son instrument, pour ne pas dire sa lyre, même si Mann n’avait peur ni de Rome ni d’Athènes (ni de Jérusalem, for that Mutter, la Mielein, l’Imma, la mère de ses enfants.)

      J'aime

  12. Hors sujet.
    En parcourant la dernière petite liste drillonnesque que vois-je ?
    « On trouve semblable tournure chez Bourget, chez Barrès, chez Hugo… » Absolument pas. On trouve cette tournure dans Bourget, dans Barrès, dans Hugo…

    Ma première réaction est celle de la (relativement) bonne élève prise en faute, puisque j’avais écrit ici le 16 janvier à 11:01 : « Mêmes causes, effets très différents chez (c’est-à-dire dans les livres de) Gadenne et Thomas Bernhard. » Che figuraccia ! J’ai beau savoir qu’il ne s’agit pas spécialement de moi, la sensation d’être englobée dans l’opprobre jeté sur un usage fautif m’a fait rougir.

    Avant d’aller vérifier ; que dit le CNRTL ?

    C.− 3. [Le subst. désigne une pers. définie] :
    19. Ce fut le choc qui déclencha chez lui l’impulsion définitive. Van der Meersch, Invasion 14,1935, p. 294.
    − Spéc. Chez + n. d’écrivain.Dans l’œuvre de :
    20. Chez Bergson, les métaphores sont surabondantes et, tout compte fait, les images sont très rares. Bachelard, La Poétique de l’espace,1957, p. 79.

    On se contenterait volontiers d’avoir tort avec Bachelard (plutôt que…) Mais que dit le grand arbitre Littré ?

    8. Dans un auteur. Chez le même poëte. Je lis chez certains auteurs.

    REMARQUE
    Vaugelas a condamné la locution : chez Plutarque, chez Platon, pour dire dans Plutarque, dans Platon ; Marg. Buffet et Chifflet sont de son avis ; Th. Corneille ratifie cette sentence, admettant toutefois qu’en parlant de toute une nation on peut fort bien dire chez : chez les Grecs, chez les Romains. À quoi on répondra d’abord que la locution est ancienne puisqu’elle est dans Montaigne, ensuite qu’elle se justifie, n’étant qu’une extension de chez signifiant dans l’esprit de. Une fois que chez a été ôté de sa signification propre, rien n’empêche qu’il ait pris celle que Vaugelas lui conteste.

    À quoi, courageuse mais pas téméraire, une fois rassurée de pouvoir invoquer qq autorités pour me justifier, j’ajouterai ceci (qui se rattache sans doute davantage à l’imaginaire, à la rêverie littéraires, qu’au « beau langage » proprement dit) : il suffit de penser à Hannah Arendt, prolongée sur ce pt par Barbara Cassin (ma patrie, mon « chez moi », c’est ma langue) & de mesurer combien plus intensément & spécifiquement cette dimension-là prédomine chez les écrivains qui sécrètent le fil de la toile qu’ils vont arpenter (Ponge: « De rien d’autre que de salive propos en l’air mais authentiquement tissus — où j’habite avec patience — sans prétexte que mon appétit de lecteurs. »)
    Il me semble que ns sommes bien chez eux, emberlificotés, pris au piège de leur toile de langage (le leur, tjs plus ou moins différent de celui de leurs compatriotes &/ou « collègues »).

    J'aime

  13. . Gambetta eut des cotés tragiquement offenbachiens. Que privilégier, du Général Boum dont Léonie Léon fut la Grande Duchesse? L destruction par le froid de l’armée bretonne de Conlie assemblée sous et par Keratry puis confiée à l’imbécile Amiral Jaurès pour n’en rien faire? Ou le mot cruel qui courrait à Tours: « A trois kilomètres du front, à trois centimètres d’un chapon? » La comédie e Wagner, Une Capitulation, aurait pu prendre en compte cet aspect là. Un Tribun , mi Général Boum, mi parasite de Vie Parisienne dont la fin tragique commence à sortir de la pieuse fiction de l’accident de l’arme mal nettoyée, ceci au Musée des Jardies lui-même. Léon Daudet n’avait probablement pas tort sur le fond.

    Si le doux Louis Ganne ( L’homme du « C’est l’Amour qui flotte dans l’Air à la Ronde » etc et de moult marches) n’a pas fait l’effet de récupérations chansonnières, il n’en est pas de même de Planquette , dont Jules Jouy a repris le Sonne Sonne sonne » dans ses « chansons de Bataille » avec des paroles de circonstances dirigées contre Méline, à l’époque Président chahuté de l’Assemblée Nationale, la sonnette devenant celle dudit Président. Ceci pour la petite Histoire.

    Le passage dans les forets rhénanes était tout sauf clandestin chez les musiciens. Je ne vois guère qu’un refus, celui de Saint Saëns qui récuse ce que Debussy appelle « la ferblanterie tétralogique » et continue à faire du grand opéra pour le meilleur et pour le pire. On a vu que le Timbre d’Argent -sorte de super Contes d’Hoffmann -pouvait fonctionner. On doute un peu que ce soit théâtralement le cas pour Henri VIII ou tout autre. Il y a là une sorte d’académisme romantique, de rhumatisme musical atteignant jusqu’aux librettistes qui font du « a la manière de ». Mais Fervaal, mais Artus, mais Gwendoline regardent sérieusement du coté de Bayreuth. Chabrier et d’Indy briseront le sortilège, plus radicalement le premier que le second, mais à quel prix?

    J’ignore si le juvénile auteur de la Descente du St Esprit sur les Apôtres voulait casser le catholicisme allemand. Il me semble que c’est plutôt Bismarck. Pour le reste, l’anti sémitisme wagnerien a été étudié jusqu’à une thèse très inté -récente, parue il y a quelque deux ans. Je crois quand même que chez lui, l’esthetisme prime cette pensée. Pourquoi autrement choisit-il pour Karajan de l’époque Hermann Lévi?
    Bien à vous.
    MC

    J'aime

    1. Très beau tableau que vous nous donnez-là, un panorama qui rappelle bien les choses.
      J’aime bien votre développement sur Gerolstein et ses répliques dans l’Histoire de France, quelquefois vacillante, en tous les cas souvent tremblante sur ses pieds d’ex-colosse.
      Sur Convie, nous aurions presque un retour historique, mais depuis une scène très salement politisée cette fois-ci, avec la rébellion des soldats russes du camp de La Courtine en 1917, ouvriers de Moscou contre moujiks de la Volga.
      Aujourd’hui les Bretons sont à la pointe du dispositif, comme disent les militaires, de défense français, Île-Longue, aéronautique navale, obligent.
      Je crois malgré tout qu’ils traînèrent longtemps au vingtième siècle une injuste réputation dans les cercles de l’Armée, Mona Ozouf en expliqua peut-être les bancales raisons.
      En ce qui concerne Debussy et ses frères en musique française, d’accord avec vous, ce que je voulais dire c’est que, pour reprendre son cas, Debussy, et les effets de la grande guerre sûrement jouèrent encore plus après 1905, voyait Wagner comme un grand ancêtre, dont le rideau théorique était tombé, le glorieux coucher de soleil de son théâtre laissé derrière.
      Debussy eut peut-être dans l’esprit de passer le mur de l’image, de la vision, chères au maître-chanteur lipsien, sa musique étant devenue l’objet d’elle-même, une sphère cosmique autonome, loin de tout simulacre, de toute copie, même si une pensée de l’espace est bien à l’oeuvre dans les créations de Wagner, au coeur desquelles une vraie phénoménologie esquissait déjà une sorte de visage derrière les arbres de la forêt profonde.
      Fauré qui cache la futaie, troncs des arbres flottant sur La Mer.
      Je n’ai pas parlé à dessin d’antisémitisme le concernant, mais de volonté d’effacement de la présence d’une empreinte juive, à fond sur les épaules de Luther, toujours géant.
      Il choisissait les meilleurs exécuteurs de sa musique, Goering alla jusqu’à protéger un autre chef juif à un moment.
      Je me rappelle que Goebbels rata de peu un destin de prêtre à Rheydt avant de se transformer en destructeur du message chrétien, catholique en particulier.

      J'aime

    1. Un Touareg de la vieille école et des déserts antiques, mis là pour donner des dattes à Peer Gynt et de l’eau fraîche aux Ingrid du temps jadis, pour les orienter entre les repaires du Grand Courbe et du Worm des sables de Dune, enfin presque, c’est surtout l’image de mon compte Google qui permet de poster ici, il faut toujours se connecter, un peu la croix et la bannière, je ne sais pas comment vous faites pour entrer ici, vous, sans en passer par-là, j’ai essayé pourtant.

      J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s