« Chartreuse de Parme », un chef d’œuvre sans manuscrit

Aaah cette « Chartreuse de Parme ! «  dictée en 53 jours  du 4 novembre au 26 décembre  1838 au copiste Bonavie  !… pas de plan du roman (« les plans me glacent » dit-il)  pas de ces croquis à la plume, rapides, que Stendhal multipliait  dans « Henry Brulard « . On sut plus tard  que  durant cette dictée orale précipitée  Bonavie  a perdu  le grand épisode  de la prison dans la tour Farnèse(on suppose que le secrétaire revenait chez lui  le soir pour mettre au propre ce qui avait été dicté dans le feu de la parole dans le journée )ce qui a obligé Stendhal à le re-dicter  en entier.. Donc aucune trace  écrite de ce qui s’est passé  avant, pendant  et après ces 53 jours….Pas de notes en marge.. pas de conversations ou confidences  avec ses amis sur la performance de cette « dictée », rien ! Ou si peu.  Il subsiste cette rare remarque quand il  note le 10 décembre 1838 (donc 16 jours avant d’avoir achevé l’ouvrage)  qu’il relit les 40 premières pages  de son roman  « Le  Rouge et le Noir ».Jugement implacable et  savoureux : »Je trouve ceci étroit pour le genre d’idées .C’est l’intérieur d’une cuisine hollandaise. ».Bref, il ne veut plus de cette sècheresse de ton. Evidemment, en comparaison de l’exaltation allègre,  de la furia , de l’improvisation heureuse, de « la chartreuse.. », la chronique de « Le Rouge et le Noir »,   est un récit- couperet, , une  ascension sociale   froide comme une vengeance , austère, un règlement de compte contre  l’esprit bourgeois de la Restauration,  époque   «éteignoir ».

  Là où Julien ,fils d’un charpentier abruti, grimpe  âprement  dans l’échelle sociale avec acharnement, rage  mal retenue, et  ayant tué  la femme qu’il a jadis séduite, finit par cracher au visage de ses juges, et de tout l‘establishment légitimiste ,Fabrice del Dongo, lui, de bonne naissance,  montre une exubérance vitale, légèreté et insouciance  distraite, enthousiasme. Confiance en son étoile et aux bonnes fées. Fabrice ne se bat pas comme le  fils du charpentier.   Il s’ébat dans  cette  petite cour de Parme, oubliant qu’elle pullule d’espions, de jaloux, de bas de plafond. Fabrice   cherche  le côté ensoleillé, épicurien, de la  vie. Stendhal dans « la Chartreuse »   ouvre des  perspectives heureuses  malgré  les obstacles. Les femmes  adorent Fabrice -qui est de leur monde – car Stendhal les peint généreuses  , souveraines, actives  et protectrices comme la Sanseverina( on pense qu’un des modèles de la Sanseverina , c’est cette Madame Roland, guillotinée  sous la Terreur avec ses amis girondins que Stendhal admira toute sa vie)  ou  cette intrépide    Clélia Conti qui cache bien son jeu, sa passion,  en  faisant semblant de ne s’intéresser qu’a sa cage à oiseaux. 

Dans « le rouge et le noir » Stendhal règle ses comptes avec la société francaise qui l’ennuie  et les cercles parisiens  légitimistes. Dans « la chartreuse » il chante son Italie bien aimée, son air sec, ses mélodies, ses femmes  qui sacrifient tout à la passion….Fabrice bénéficie également  du soutien  d’un homme  de pouvoir   mûr , intelligent,  roué, calculateur-un double de Stendal  idéalisé-ce Mosca au cœur si sensible que ,par amour de la Sanseverina, aide son rival Fabrice, et  intrigue malicieusement pour dominer  une cour  de pures canailles !Il y a du Talleyrand amusé, joueur, dans ce Mosca. Mais dans ce Mosca , ancien napoléonien ne l’oublions pas, devenu réactionnaire, Stendhal  glisse aussi les subites mélancolies, les flous à l’âme, le vertige de vieillir, les moments de  solitude celibataire   qui l’assaillaient   dans son trou de Civita-vecchia, ce qui rend Mosca si proche et émouvant.

Stendhal à l’époque où il écrit « la chartreuse de Parme »

Mais tous –même l’Evêque-  sont  étonnés et souvent stupéfaits par l’étourderie adolescente et charmeuse de Fabrice qui ressemble à une grâce de vivre. Elle va  loin cette grâce de vivre – avec ce paradoxe ultime que Fabrice, menacé de mort par empoisonnement, mis au cachot,   trouve le bonheur en prison en séduisant-par signes-la fille d’un geôlier 100 mètres plus bas.. Dans ce roman  le bonheur,  la gaieté  picaresque, le crissement voluptueux, les rebondissements ,les coincidences, les  bousculades d’émotions, une exubérance d’évènements  brusquent  et bousculent tout. Ajoutez à cela les interventions directes si soudaines,  si  audacieuses du narrateur  qui témoignent de  cette énergie naturelle d’un Stendhal emporté par son amour de  raconter l’Italie. Le narrateur s’adresse au lecteur par-dessus ses personnages un peu comme un souffleur en coulisse  commenterait les scènes avec un pétillement et un esprit bouffon. Stendhal  glisse même régulièrement, sans s’en rendre compte dans le monologue intérieur.

Mais d’où vient donc cette « chartreuse » dont Stendhal ne nous  a jamais rien dit rien directement 

Un indice.

 le 16 aout 1838, il inscrit dans ses notes la volonté  d’écrire un « romanzetto » 4 ans prés avoir dégusté et annoté  une vieille chronique  rédigée  en  vieux patois romain :« L’origine des grandeurs de la famille Farnèse » ce vieux manuscrit lui avait fait   une forte  impression. Il  note : » Courier avait bien raison. C’est par une ou plusieurs catins que la plupart des grandes familles de la noblesse ont  fait fortune ».Dans  cette chronique on retrouve les modèles des personnages de la « Chartreuse ». On retrouve Alexandre qui fut emprisonné au Château Saint-Ange après avoir enlevé une jeune fille noble, on retrouve  le rôle capital d’une tante, on retrouve l’ascension dans la carrière ecclésiastique,  on retrouve aussi un amour secret pour une certaine Cléria (qui deviendra Clélia). On retrouve également dans cette chronique ancienne une promenade sur le Tibre qui tourne mal avec un homme qui se jette à l’eau, et cela annonce Fabrice se jetant à l’eau sur le lac de Garde  pour sauver la Sanseverina. On retrouve également  un cavalier blessé mortellement au cours d’une rixe qui annonce bien sûr le meurtre de Giletti. Evidemment, la Sanseverina n’est pas une « catin », Fabrice n’est pas le débauché décrit dans la chronique et la Parme réactionnaire metternichienne n’est pas le XV° siècle.

le Château Saint -Ange de Rome qui devient la tour Farnèse de Parme

Dans une autre vieille chronique  du XV° et XVI° siècle des états romains,  Stendhal a aussi trouvé des rendez-vous secrets dans des églises et surtout des amants qui ne peuvent communiquer que par signes. Tout se passe comme s’il avait trouvé dans la poussière des archives italiennes, des situations qui l’ont enchanté. Il a  aussi transposé des  personnages  du XV° siècle dans son XIX° siècle. Il a simplement   modifié  le caractère des personnages. Comme le procès Berthet avait été la source de « Le Rouge et le Noir »,  « l’origine des grandeurs de la famille Farnèse » fut le premier canevas de cette « chartreuse ».

Mais pas que. L’intervalle , chez Stendhal, entre la fiction romanesque et l’autobiographie reste  poreux. Il navigue sans cesse entre les deux.   Les stendhaliens(Beatrice Didier, Del Litto, Hamm, Berthier)  notent  que la « vie de henry Brulard »1836) ,cette autobiographie interrompue , s’arrête lorsque Beyle, à 17 ans et débarque à Milan en 1800..La « chartreuse »(1838)  commence lorsque les français entrent à Milan en 1796. Fabrice se lance dans l’action au même âge que celui de  Beyle débarquant  à Milan. Coïncidence ?  Non .le roman prolonge l’autobiographie et la développe. Les conflits latents de l’autobiographie se dramatisent et s’enrichissent dans l’imagination du romancier. Mais on retrouve toujours dans « le rouge » et dans « la chartreuse » un père biologique antipathique. Cherubin Beyle   devient le père Sorel, puis  le sinistre marquis del Dongo. Zénaïde, la petite sœur de Stendhal, décrite comme  une « rapporteuse » devient Ascagne, le redoutable  frère de Fabrice. Les figures maternelles dans tous les romans viennent d’une idéalisation de la mère trop tôt disparue de l’auteur. Enfin, quand il compose le comte Mosca, qui a l’âge de Stendhal quand il  dicte « la chartreuse », l’auteur lui prête sa passion pour les fouilles archéologiques, pour  l’ opéra ,la  musique, une rouerie gaie, un gout du secret, du chiffrage  et de la manipulation , tout ce que cultivait Stendhal diplomate bedonnant qui pensait « Quand Dieu s’en va, reste la police. »

                               ***

« Chasse au bonheur »

Rome à l époque de Stendhal

C’est une expression qui revient plusieurs fois sous la plume de Stendhal. Effectivement, Fabrice del Dongo  quitte sa famille et l’Italie   pour  une   « chasse au bonheur » tres picaresque. Il cherche ce bonheur  d’abord dans la gloire militaire en rejoignant Waterloo, puis à Parme, le comte Mosca l’oriente vers une carrière ecclésiastique mondaine, et l’expédie à Naples pour y être formé,afin de  devenir évêque. Puis cette chasse au bonheur atteint un sommet –o combien  paradoxal. Fabrice trouve tant  le bonheur en prison, avec  son amour par signes  pour Clélia. Il se sent si bien dans cette forteresse qu’il ne veut las quitter. Enfin, dernière étape : c’est  dans le renoncement et le recueillement dans la retraite d’une Chartreuse  près de Parme que Fabrice trouve la paix.. D’où le titre qui a bien embarrassé  une partie des stendhaliens. Ce dernier point,  la présence  du religieux chez Fabrice  ne colle pas avec  les convictions athées de Stendhal et sa haine tant de fois affirmée  du « parti prêtre »..  Il est pourtant évident que les deux grands héros stendhaliens, Julien Sorel et Fabrice del Dongo,  des prêtres jouent un rôle capital dans sa formation.  Ses héros deviennent adultes  dans des séminaires, et ils  ont comme  mentor et confidents des prêtres (l’abbé Pirard dans « le rouge.. » et l’abbé Blanès dans « la Chartreuse.. ) C’est donc  un paradoxe stendhalien de voir  combien, chez cet athée si ouvertement déclaré ,  la question religieuse revient sans cesse dans ses fictions.  On oublie que vers la fin de « la chartreuse »  Fabrice qui est un archevêque   apprécié  par ses sermons.

Alors ? Si Fabrice se retire dans une chartreuse  pour prier et méditer c’est aussi- hypothèse   d’une grande stendhalienne  Béatrice Didier-  chez cet archevêque-   pour   consacrer toutes ses pensées  à son amour pour  Clélia, car seule la religion ouvre  une perspective   avec la promesse d’un au-delà qui réunit les êtres aimés.   Retrouver Clelia  pour l’éternité, voilà le vœu.  On voit bien le grand écart que fait Stendhal entre le dogmatisme de la religion catholique et la poétique  la fidélité  amoureuse qui lui est si personnelle. Il est évident que la religion de l’amour pour Fabrice l’invite  à prier pour retrouver Clélia dans l’au-delà, d’autant  que  la mort de leur  enfant, Sandrino  ajoute à cet amour  une dimension de remords .Si l’on ajoute que le nombre de chapelles et églises dans lesquels les héros de Stendhal retrouvent en cachette  la femme aimée( qui ne pouvait être perçu à l’époque que pour une insupportable insolence par « le parti prêtre ») .. on comprendra  que le Romantisme chez Stendhal associe l’amour profane et l’amour sacré. La carrière  ecclésiastique, souvent commencée  par Julien ou Fabrice comme un  simple tremplin pour l’ascension sociale finit par une apothéose de l’amour grand A. religiosité de l’amour, Absolu de l’amour caché sous des dehors désinvoltes ou cyniques .Voilà bien « le romanticisme »  stendhalien, fait d’ellipses,  qui traverse  la  mince paroi de la mort .

la ville de Parme du temps de Stendhal

Comme toujours chez Stendhal,  la rupture amoureuse engendre une souffrance intolérable, voire une folie suicidaire (avec Métilde Viscontini nomment ) ,  mais tout  ceci s’exprime en ineur, en silences,  et  se métamorphose en  une persistante  mélancolie ruminante  qui occupe l’espace  affectif comme un mal sans issue. Cette   fin qui, chez Fabrice( archevêque !) tourne à la prière et au rachat, continue de laisser perplexe pas mal de stendhaliens. A moins que dans le feu la fatigue d’ une telle improvisation, Stendhal ait subitement en mémoire son cri du cœur « Tous les bonheurs dont j’avais pu jouir disparurent avec ma mère. »  C’est son secret.

Le lac de Côme

Je ne sais pas pourquoi mais un des moments les plus troublants du roman est à la page  572 de mon  édition de poche,  75 pages donc  avant la fin, donc très tardivement- Pour. la première fois Clélia tutoie Fabrice. Imaginons la scène. Elle sait que, ce soir Fabrice risque d être empoisonné  Elle se précipite, brave les guichetiers, déchire sa robe pour échapper à un gardien, nargue les geôliers avec  audace  ,  s’ enferme  à double tour dans la geôle ( on tourne la clé de de l’intérieur ? curieuse prison, entre nous…) avec  Fabrice. Elle renverse la table  et tous les plats « et saisit le bras de Fabrice, lui dit :

« As-tu mangé ? »

Ce tutoiement ravit Fabrice. Il nous ravit tous, lecteurs d’aujourd’hui. «  Stendhal ajoute : »dans son trouble Célia  oubliait pour la première fois la retenue féminine et laissât voir son amour. »

572  pages pour attendre ce tutoiement si tardif, quel   plaisir dans cette  déclaration amoureuse litote dans le pire moment du péril. Ce qui ravit aussi c’est que pour ce moment d’affolement amoureux,  d’aveu total  , de précipitation héroïque spontanée, Stendhal s’est inspiré –là encore- des archives de la famille Farnèse. Il a découvert  que  le pape Sixte Quint avait fait enfermer et condamner à mort  dans le château saint-ange le fils d’un grand homme de guerre,  duc de parme. Et l’oncle  du jeune condamné, cardinal, supplie le pape d’épargner son neveu. Vicieuse ruse du pape  qui fait durer l’entretien, persuadé  que les préparatifs pour l’exécution sont achevés et que le condamné est bien  mis à mort. Mais ruse  contre  ruse, le condamné à mort a intelligemment  fait durer son ultime confession, ce qui permet à l’oncle  archevêque d’arriver à temps pour le sauver.  Au fond dans cette Italie « heureuse » ,Stendhal offre  le spectacle   d’un gouvernement despotique, odieux, policier, duché  truffé  d’espions,   régime    qui se nourrit  d’arrestations et des enlèvements. cete «Chasse au bonheur »  dans une Italie « éteignoir » , duché de parme avec déchaînement de haines, règlements de compte politiques ou domestiques,  vengeances, offenses, police, cachots, armes, gendarmes et  hommes en noir  à tous les coins de rue .Seul Ferrante Palla respire l’air de la liberté avec  son extravagance lyrique  de  brigand au grand cœur,  de Robin des bois, de chevalier  libertaire pour une Italie libre ,dans la forêt de Sacca. Il plane au-dessus de toutes les mesquineries et annonce le Risorgimento.

Maria Casares dans le rôle de la Sanseverina dans une adaptation de la « Chartreuse de parme »

Je me suis quand même souvent demandé pourquoi, en 1838, Stendhal dictant la  « chartreuse » avait transformé le jeune et souple et fringant   Fabrice, si adolescent maladroit -et qui n’a rien d’un dévot-   en massive et solennelle silhouette d’archevêque  ,avec son anneau pastoral, sa  carapace dorée, sa mitre , sa croix pectorale bénissant les belles écouteuses  . Et je me suis souvenu que le 5 décembre 1823 le Stendhal de 40 ans, à Rome, écrit dans une lettre ceci :

 « Il y a trois ou quatre Romaines de la plus grande beauté. Elles ont tout  fait le ton assuré, décisif, tranchant, qui était jadis, dit-on, le ton de la cour de France. Elles portent des robes extrêmement décolletées, et il faudrait être bien difficile pour n’être pas reconnaissant envers leur couturière…Parmi les petits plaisirs que peut donner une haute société, un des plus grands c’est de voir un cardinal, en grand costume rouge, donner la main, pour la présenter dans un salon, à une jeune femme aux yeux vifs, brillants, étourdis, voluptueuse et vêtue comme je l’ai dit ». C’est donc ainsi qu’il raisonne, notre Stendhal.  On découvre  soudain ce que le rôle  de la « cristallisation » stendhalienne peut jouer d’un roman à l’autre.  Le prestige de l’uniforme-militaire ou   l’apparat vestimentaire  ecclésiastique se répercutent d’un texte à l’autre. On se souvient de la forte impression que  le jeune évêque d’Agde avait produit sur  Julien Sorel, béat d’admiration devant cette silhouette  si élégante et juvénile  dans  sa manière de  bénir, ce geste   savamment répété devant une glace, comme un pur rôle de théâtre. Huit ans plus tard,  on retrouve –ô surprise-  Fabrice évêque, couronné du succès après des femmes qui écoutent ses sermons. Ah, c’est donc  la pourpre cardinalice romaine ,ruminée pendant 15 ans qui métamorphose   le turbulent adolescent  étourdi  en un  fastueux prince de l’église  goutant la vue de  ses pénitentes décolletées.

33 commentaires sur “« Chartreuse de Parme », un chef d’œuvre sans manuscrit

  1. L’étourderie serait contagieuse (ni les masques ni le savon n’y peuvent rien) — mais c’est moi qui toussote devant ce raccourci expéditif « ayant tué la femme qu’il a jadis séduite ».
    C’est plutôt moi qui suis ergoteuse, pinailleuse sans doute, mais à mon avis (qui ne vaut peut-être rien) & ds mon souvenir (déformant ?) le roman n’aurait pas vraiment le même sens ni la même portée si son auteur avait rendu Julien moins maladroit. (Même si finalement, indirectement… mais quand même.)
    Rien à voir avec l’essentiel du billet, bien entendu. (Quoique, j’ai tendance à prendre les retournements au sérieux*. Mais il me faudrait d’abord relire, il m’arrive — n’étant plus tt à fait la même — de ne plus voir les choses de la même façon à la relecture des années après.)

    *avec Audiberti je suis servie… Pas encore remise de celui de Carnage.

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  2.  » ce qui avait été dactylographié  »

    Cela me paraît étrange.
    Quoique un petit détail.
    La machine à écrire était-elle déjà inventée?
    Sinon texte passionnant à lire, Paul Edel!

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  3. Une petite chose me gene: les églises comme lieu de rencontre entre amour sacré et profane, ce n’est pas spécifique à l’Italie. c’est toute l’Europe pré et post-tridentine, voyez entre autres le Roman Bourgeois.

    Et si cette machine à écrire était venue du futur puis y était retournée? Cela expliquerait le chef d’oeuvre sans manuscrit…

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    1. Je ne connais pas » l ‘Europe pré et poste tridentine », donc je vous fais confiance Marc Court!
      ce que je peux préciser, concernant Stendhal, c’est que tout est lié a son concept si précis et si personnel de « Sublime »
      Conception à la fois cornelienne du « sublime » et à son « espagnolisme ». Ce qui m’a le plus frappé dans les scènes d’église, de chapelle, Chez Stendhal, c’est ce le héros est, dans le cadre d’une église, comme soustrait à l’emprise du terrestre.Il écrit dans « Rome Naples et Florence » que c’est dans les peinture religieuses italiennes(Raphaël, mais surtout le Corrège,)que « se rencontrent les sensations célestes et les sentiments ».Il applique ça à la scène de Fabrice et de Clélia dans la chapelle de la prison. Enfin je note que Stendhal qui a toujours cherché « le sublime » dans une manière de se dépouiller de ce qui est « terrestre » et d’accéder« à des bonheurs au dessus de l’humain », comme il l’écrit dans une paraphrase cornélienne dans son « Racine et Shakespeare » ; je note que ce sont dans des lieux saints que ce « sublime » est atteint dans ses romans… Notons ce qui est capital : le « sublime » épuise chez lui les ressources du langage- et se révèle par l’action et un silence. Mais comme rien n’est simple chez Stendhal ce « sublime » est parfois ce mélange d’enthousiasme, de délivrance et aussi d’une angoisse (quand Julien tire sur Madame de Rénal) ou quand Fabrice se retrouve avec Clélia dans cette Tour Farnèse constamment surveillée. Clélia est sublime dans sa course dans les escaliers, renverse la table avec les plats empoisonnés, pour sauver Fabrice de la mort, à la seconde prés.. et qu’elle le tutoie pour la première fois.. C’est un pur mouvement ascensionnel qui s’accomplit dans les églises avec un renoncement au « moi » étriqué,terrestre, ordinaire,, une capacité de générosité,d’ouverture, une recherche d’altitude morale.. comme il le répète dans ses «Œuvres intimes ».
      Dans ce mouvement « sublime » l’esthétique et l’éthique se rejoignent et coïncident pour aller très haut et très loin, atteindre « le céleste » .. avec Julien Sorel visant au pistolet Madame de Rênal Stendhal nous dit que la violence est belle ,comme celle de Ferrante Palla, homme libre qui dépouille les voyageurs sur les chemins forestiers .Un certain égarement de soi prouve l’amour et caractérise « la grande âme passionnée »,obsession stendhalienne.
      Enfin ce que Stendhal aime à Rome, ce ne sont pas les vestiges antiques mais la Rome catholique, l’œuvre de la papauté. Il écrit dans « Rome Naples et Florence » « si la religion chrétienne n’eût pas fait une alliance aussi intime avec le beau; nous ne verrions aujourd’hui ni Saint-Pierre, ni tant d’églises magnifiques répandues dans toute la terre. Nous-mêmes, fils de chrétiens, nous serions moins sensibles au beau.» Et du beau au sublime, il n’y a qu’un pas..

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    2. Je ne connais pas » l ‘Europe pré et poste tridentine », donc je vous fais confiance Marc Court!
      ce que je peux préciser, concernant Stendhal, c’est que tout est lié a son concept si précis et si personnel de « Sublime » Tout est lié chez Stendhal à sa conception à la fois cornelienne du « sublime » et à son « espagnolisme ». Ce qui m’a le plus frappé dans les scènes d’église, de chapelle, Chez Stendhal, c’est ce le héros est, dans le cadre d’une église, comme soustrait à l’emprise du terrestre.Il écrit dans « Rome Naples et Florence » que c’est dans les peinture religieuses italiennes(Raphael, mais surtout le Corrège,)que « se rencontrent les sensations célestes et les sentiments ».Il applique ça à la scène de Fabrice et de Clélia dans la chapelle de la prison. Enfin je note que Stendhal qui a toujours cherché « le sublime » dans une manière de se dépouiller de ce qui est « terrestre » et d’accéder« à des bonheurs au dessus de l’humain », comme il l’écrit dans une paraphrase cornélienne dans son « Racine et Shakespeare » ; je note que ce sont dans des lieux saints que ce « sublime » est atteint dans ses romans… Notons ce qui est capital : le « sublime » épuise chez lui les ressurces du langage- et se révèle par l’action et un silence. Mais comme rien n’est simple chez Stendhal ce « sublime » est parfois ce mélange d’enthousiasme, de délivrance et aussi d’une angoisse (quand Julien tire sur Madame de Rénal) ou quand Fabrice se retrouve avec Clélia dans cette Tour Farnèse constamment surveillée. Clélia est sublime dans sa course dans les escaliers, renverse la table avec les plats empoisonnés, pour sauver Fabrice de la mort, à la seconde prés.. et qu’elle le tutoie pour la première fois.. C’est un pur mouvement ascensionnel qui s’accomplit dans les églises avec un renoncement au « moi » étriqué, une capacité de générosité,d’ouverture, une recherche d’altitude morale.. comme il le répète dans ses «Œuvres intimes ».
      Dans ce mouvement « sublime » l’esthétique et l’éthique se rejoignent et coïncident pour aller très haut et très loin, atteindre « le céleste » .. avec Julien Sorel visant au pistolet Madame de Rênal Stendhal nous dit que la violence est belle ,comme celle de Ferrante Palla, homme libre qui dépouille les voyageurs sur les chemins forestiers .Un certain égarement de soi prouve l’amour et caractérise « la grande âme passionnée »,obsession stendhalienne.
      Enfin ce que Stendhal aime à Rome, ce ne sont pas les vestiges antiques mais la Rome catholique, l’œuvre de la papauté. Il écrit dans « Rome Naples et Florence » « si la religion chrétienne n’eût pas fait une alliance aussi intime avec le beau; nous ne verrions aujourd’hui ni Saint-Pierre, ni tant d’églises magnifiques répandues dans toute la terre. Nous-mêmes, fils de chrétiens, nous serions moins sensibles au beau.» Et du beau au sublime, il n’y a qu’un pas..

      Conception à la fois cornelienne du « sublime » et à son « espagnolisme ». Ce qui m’a le plus frappé dans les scènes d’église, de chapelle, Chez Stendhal, c’est ce le héros est, dans le cadre d’une église, comme soustrait à l’emprise du terrestre.Il écrit dans « Rome Naples et Florence » que c’est dans les peinture religieuses italiennes(Raphaël, mais surtout le Corrège,)que « se rencontrent les sensations célestes et les sentiments ».Il applique ça à la scène de Fabrice et de Clélia dans la chapelle de la prison. Enfin je note que Stendhal qui a toujours cherché « le sublime » dans une manière de se dépouiller de ce qui est « terrestre » et d’accéder« à des bonheurs au dessus de l’humain », comme il l’écrit dans une paraphrase cornélienne dans son « Racine et Shakespeare » ; je note que ce sont dans des lieux saints que ce « sublime » est atteint dans ses romans… Notons ce qui est capital : le « sublime » épuise chez lui les ressources du langage- et se révèle par l’action et un silence. Mais comme rien n’est simple chez Stendhal ce « sublime » est parfois ce mélange d’enthousiasme, de délivrance et aussi d’une angoisse (quand Julien tire sur Madame de Rénal) ou quand Fabrice se retrouve avec Clélia dans cette Tour Farnèse constamment surveillée. Clélia est sublime dans sa course dans les escaliers, renverse la table avec les plats empoisonnés, pour sauver Fabrice de la mort, à la seconde prés.. et qu’elle le tutoie pour la première fois.. C’est un pur mouvement ascensionnel qui s’accomplit dans les églises avec un renoncement au « moi » étriqué,terrestre, ordinaire,, une capacité de générosité,d’ouverture, une recherche d’altitude morale.. comme il le répète dans ses «Œuvres intimes ».
      Dans ce mouvement « sublime » l’esthétique et l’éthique se rejoignent et coïncident pour aller très haut et très loin, atteindre « le céleste » .. avec Julien Sorel visant au pistolet Madame de Rênal Stendhal nous dit que la violence est belle ,comme celle de Ferrante Palla, homme libre qui dépouille les voyageurs sur les chemins forestiers .Un certain égarement de soi prouve l’amour et caractérise « la grande âme passionnée »,obsession stendhalienne.
      Enfin ce que Stendhal aime à Rome, ce ne sont pas les vestiges antiques mais la Rome catholique, l’œuvre de la papauté. Il écrit dans « Rome Naples et Florence » « si la religion chrétienne n’eût pas fait une alliance aussi intime avec le beau; nous ne verrions aujourd’hui ni Saint-Pierre, ni tant d’églises magnifiques répandues dans toute la terre. Nous-mêmes, fils de chrétiens, nous serions moins sensibles au beau.» Et du beau au sublime, il n’y a qu’un pas..

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  4. Magnifique ! « on comprendra que le Romantisme chez Stendhal associe l’amour profane et l’amour sacré. La carrière ecclésiastique, souvent commencée par Julien ou Fabrice comme un simple tremplin pour l’ascension sociale finit par une apothéose de l’amour grand A. religiosité de l’amour, Absolu de l’amour caché sous des dehors désinvoltes ou cyniques .Voilà bien « le romanticisme » stendhalien, fait d’ellipses, qui traverse la mince paroi de la mort . » etc etc …

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  5. Aïe ! merci Soleil vert : la phrase de Paul Edel que vous citez ds votre commentaire montre que la réponse à ma question (à propos de « retournements ») figurait ds le texte… Pan sur le bec pour n’avoir pas été assez attentive. Obnubilée par un détail, je n’ai pas vu que cette idée de « conversion » était mentionnée qq paragraphes plus bas. Fichus écrans sur lesquels JE NE SAIS PAS lire.
    Plus Nescio qu’elena…

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  6. Il n’est pas impossible que ce sublime reposant sur la présence d’une ou plusieurs grandes âmes et non, pour faire vite, sur les seules recettes stylistiques, avec l’image de la foudre qui emporte le lecteur sur les cimes, et l’élévation obligée du personnage, doive quelque chose au vieux Traité Du Sublime prêté à Longin, dont la postérité est innombrable jusqu’à La Harpe et au delà…

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    1. Non,Jazzi… sans manuscrit? ça serait plutôt une naissance sans mère ni père..mais dans le cas de Stendhal on retrouve facilement le « capital génétique » de cette oeuvre dans ses œuvres précédentes;on retrouve les sources de ses obsessions , à la fois son égotisme,sa morale son espagnolisme,mais également son amour de l’opera italien,son amour du beau, ses lectures dans les vieilles archives italiennes.Aussi bien V.Del Litto que Beatrice Didier -et d’autres- ont tout retrouvé de cette « inscription génétique »..Cette « Chartreuse  » est également une suite romanesque et fantasmée idéalisé de ce qu’il a écrit quelques auparavantà savoir cette « vie d’Henry Brulard »,autobiographie inachevée . tout chez lui est mouvement,régénération paradisiaque par l’écriture dans cette « chartreuse »!!

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  7. Sauf exception du fait d’un détournement du à un secrétaire indélicat, Chateaubriand aussi détruisait ses manuscrits . Et les Mémoires, à quelques pages épargnées près, pourraient justifier de la formule edelienne! Sans parler d’oeuvres antérieures comme celle de Racine et des deux autres. Le « gout du manuscrit », pardon Jacques Barozzi, apparait au Dix-Huitième siècle, C’est tout récent.
    MC

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  8. A propos de Stendhal et de Chateaubriand – on sait Stendhal détestait entre autres, le style lyrique du vicomte qu’il moquait de la formule cinglante :« Ah les cimes indéterminées de Mr de Chateaubriand ! » .
    Dans ses « Mémoires d’un touriste » -drôles et d’un naturel parfait- Stendhal débarque donc à Saint-Malo en juillet 1837 .Il écrit :« j’aurais bien voulu voir la rue où sont nés MM. De chateaubriand et de Lamennais. «
    Il ajoute :« J’ai erré dans la ville. Tout y est d’un gris noirâtre ; c’est la couleur du granit de ce pays ».Il loge dans l’étroite rue des juifs (rebaptisée aujourd’hui, rue Chateaubriand)
    »Ma chambre donnait sur une rue affreuse de dix pieds de large ; il n’y en avait pas d’autre dans l’hôtel . J’ai demandé une bouteille de vin de Champagne ; et aussitôt l’on s’est souvenu comme par miracle qu’un monsieur venait de partir par le bateau à vapeur de Dinan, et l’on m’a conduit par un escalier de bois en escargot, à une grande chambre au troisième étage, d’où l’on aperçoit fort bien la mer par-dessus le rempart. Je me suis enivré de cette vue ,puis j’ai lu la moitié de l’admirable volume que je venais d’acheter. » (Il s’agit de « la princesse de Clèves »)
    Or on sait que le seul hôtel de la rue des juifs « l’hôtel de France » ,était tenu par un M. Blondin et que la chambre qui portait le numéro 5 passait à l’ époque pour être celle où est né Chateaubriand. Des stendhaliens ont soutenu que c’est dans cette chambre que Stendhal aurait couché.

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  9. Oui, il est pour la meme raison férocement anti-Hugolien. Des échos moins négatifs sur le voyage en Bretagne dans l’Histoire Culturelle de la Bretagne. J’ajouterais qu’à la différence de bien d’autres, Stendhal ne démarque pas Jacques Cambry, source révolutionnaire obligée de ceux qui prétendent avoir vus la Bretagne.

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  10. curieuse figure au reste que celle de Cambry, à la fois acquis à la Révolution mais en déplorant très sincèrement les destructions…D’où l’intérêt de ce Voyage et son role matriciel de carrière de documents…
    Bien à vous.
    MC

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  11. MC
    Pendant son voyage à Rennes, Stendhal s’est livré à un bricolage étonnant puisqu’il s’est souvent inspiré et a pastiché ou simplement recopié du « Guide pittoresque du voyageur en France, Il faut aussi savoir qu’il emprunte souvent à son ami Mérimée les « notes d’un voyage dans l’ouest de la France », ce Mérimée qui lui ai dessiné la différence entre le style roman et le gothique sur un petit carnet.. par exemple, dans « ses mémoires d’un touriste » de 1837, il parle de Rennes mais il ‘y a mis les pieds qu’à la fin de 1838, bien après la parution du livre.. quand il décrit Lorient, on sait qu’il n’y est pas allé à cette époque, mais sans doute plus tard. Quand il décrit Erdeven ou l’entrée de la presqu’île de Quiberon ou les alignements de Carnac, il recopie simplement Mérimée. Pareil pour la ville de Dol-de Bretagne -si magnifiquement décrite par Hugo- la cathédrale de Dol pure merveille du premier gothique..-mais il n’est pas allé à Dol !Il recopie simplement toujours Mérimée… Quand il veut décrire la mer en Bretagne, il note « ce matin en me levant, j’ai couru pour voir la mer. Hélas ! il n’ y a point de mer, la marée est basse ; je n’ai trouvé qu’ un tres large fossé rempli de boue et de malheureux navires penchés sur le flanc en attendant que le reflux le relève Rien de plus laid. » A Bayonne aussi ,il ne supporte pas les marées basses…
    ** Hors sujet : « Chanson bretonne » de JMG Le Clézio, raconte ses vacances d’enfant avec son frère, à Saint-Marine, face à Bénodet.
    Oui, bon, pas mal sans plus…Il ne faut surtout pas comparer avec la Bretagne si inspirée de Julien Gracq… Quelques passages émouvants sur lui, son ferre, les champs, les journées orageuses. Le meilleur st sans doute la fracture bien marquée entre l’enfant bourgeois venu de Nice,petit « méditerranéen » face aux enfants bretons qui parlent breton , regardant ces curieux « touristes » habillés etrangement ..Mais depuis quelque temps, quelque chose d’un peu appliqué et « scolaire » égrené dans son écriture.

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  12. MC
    Pendant son voyage à Rennes, Stendhal s’est livré à un bricolage étonnant puisqu’il s’est souvent inspiré et a pastiché ou simplement recopié du « Guide pittoresque du voyageur en France, Il faut aussi savoir qu’il emprunte souvent à son ami Mérimée les « notes d’un voyage dans l’ouest de la France », ce Mérimée qui lui ai dessiné la différence entre le style roman et le gothique sur un petit carnet.. par exemple, dans « ses mémoires d’un touriste » de 1837, il parle de Rennes mais il ‘y a mis les pieds qu’à la fin de 1838, bien après la parution du livre.. quand il décrit Lorient, on sait qu’il n’y est pas allé à cette époque, mais sans doute plus tard. Quand il décrit Erdeven ou l’entrée de la presqu’île de Quiberon ou les alignements de Carnac, il recopie simplement Mérimée. Pareil pour la ville de Dol-de Bretagne -si magnifiquement décrite par Hugo- la cathédrale de Dol pure merveille du premier gothique..-mais il n’est pas allé à Dol !Il recopie simplement toujours Mérimée… Quand il veut décrire la mer en Bretagne, il note « ce matin en me levant, j’ai couru pour voir la mer. Hélas ! il n’ y a point de mer, la marée est basse ; je n’ai trouvé qu’ un tres large fossé rempli de boue et de malheureux navires penchés sur le flanc en attendant que le reflux le relève Rien de plus laid. » A Bayonne aussi ,il ne supporte pas les marées basses…
    ** Hors sujet : « Chanson bretonne » de JMG Le Clézio, raconte ses vacances d’enfant avec son frere, à Saint-Marine, face à Bénodet.
    Oui, bon, pas mal sans plus…Il ne faut surtout pas comparer avec la Bretagne si inspirée de Julien Gracq… Quelques passages émouvants sur lui, son frère, les champs, les journées orageuses. Le meilleur st sans doute la fracture bien marquée entre l’enfant bourgeois venu de Nice,petit « méditerranéen » face aux petits bretons qui parlent breton , regardant ces curieux « touristes »..Mais depuis quelque temps. Quelque chose d’un peu appliqué et « scolaire » égrené dans son écriture.

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  13. (hors sujet) Je viens de recevoir les Œuvres complètes de Reverzy. Je ne promets pas de tout lire tout de suite, il va entrer ds une des « piles de chevet ».
    Information pas vraiment capitale, certes, mais fournie pour vous inciter à ne pas désespérer totalement (à quoi ça sert qu’on se décarcasse…) d’une lectrice cabocharde.

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  14. Coïncidence Elena ! Chaque soir depuis cinq jours, avant de m’endormir, je relis dix pages de « place des angoisses » (très actuel avec ce P.. de Corona..) dans lequel Jean Reverzy nous raconte ses années d’internat en médecine, à Lyon dans cet hôpital « qui tenait du pensionnat et de la prison ». Le bâtiment très Hôtel-Dieu (aujourd’hui les CHU ressemblent à de cubiques bâtiment administratifs..) fait songer à un couvent, avec chapelles et oratoires, religieuses à cornettes qui circulent dans de long couloirs voutés .Et ces malades où» l’on agonise à l’aise derrière un paravent sans troubler le bon ordre de la salle commune. » . Médecins vêtus de sarraus. Le « grand patron », Joberton de Belleville », fait sa tournée chaque matin .Il est suivi de lit en lit. de la blanche cohorte des internes qui l’écoutent. « Le Maitre » palpe , ausculte,questionne , accorde dix minutes à chaque malade. C’est complètement fascinant, cette ambiance XIX° siècle de chariots, avec des femmes de service qui apportent des soupes fumantes dans des marmites de cuivre, avec purée boueuse et pain ligneux.

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  15. Celui qui m’a jusqu’à présent le plus marquée ds ce registre, celui auquel vos lignes me font penser, c’est (du point de vue du patient) le Thomas Bernhard autobiographe (visites au grand-père puis son propre séjour, récits cauchemardesques des interventions).
    Matière à variations inépuisables, ni superflues ni redondantes.
    En France Audiberti et Perros marquants aussi, & pas seulement parce que ns connaissons l’issue & que ns entendons le compte-à-rebours en les lisant. L’aveu nu de la peur de la douleur chez le premier, consigné avec le mépris des infirmières pour un malade aussi « douillet », les descriptions elles aussi sans fard de Perros (réactions du médecin, des bien-portants qui l’évitent comme s’il était contagieux, la nostalgie & si je me souviens bien le regret du « sous-emploi » de sa vraie voix maintenant disparue).
    Derniers jours des condamnés à mort, peut-être des choses qu’on ne peut qu’écrire à destination des inconnus qui vs liront, mais qu’on ne peut pas dire ainsi à ses proches.

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    1. C’est dans « le souffle » de Thomas Bernhard qu’on a la pire des descentes aux enfers dans un mouroir tenu par un personnel indifférent. Âgé de dix-huit ans, Bernhard ,vec sa pleurésie,découvre une chambre commune,des vieillards agonisants et il est traité comme un garçon déjà perdu… il s’aperçoit que les cadavres sont emmenés à la chambre de dissection. Il échappera à la mort de justesse. Ajoutons aussi que derrière l’ironie de Thomas Mann, dans « la montagne Magique » la vérité d’une mort qui est déjà en nous,et qu’on porte dans son corps, reste glaçante ;c’est analysé avec lucidité ;sècheresse sans pathos ni effets mélo.. , et enfin l épidémie longtemps cachée de « la Mort à Venise », avec ces jeux d’Éros et de Thanatos,ces pulsions d’angoisse, sont particulièrement actuels et vécus « en direct »..aussi à méditer.

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  16. Ah, je n’avais pas pensé à Mérimée. Mais sur le chapitre des femmes, il est lui-même, j’espère? Il est question quelque part d’une jolie bretonne, je crois.
    Dol de Bretagne a produit un écrivain mystique de première grandeur mais d’une austérité granitique, Jean de St Samson. Le lieu, alors marécageux, était aussi connu pour sa forte mortalité religieuse.
    Ce que vous dites de Le Clézio, je pense qu’on peut le dire de Robbe-Grillet, dans un recueil de souvenirs bretons en partie. Ce n’est pas impérissable, mais il y a une ou deux choses intéressantes. 5le titre comporte le mot miroir)
    Lu dernièrement le Beylamour de Mandiargues. Joli exercice d’admiration.
    De Thomas Bernhardt, il n’y a ici que Maitres Anciens, qui s’en étonnerait.
    Bien à vous.
    MC

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  17. Sur le chapitre des femmes, Stendhal est bien sûr lui même! et au cours de son voyage en Bretagne, c’est en venant à Nantes sur le bateau qui remonte la Loire qu’eut lieu une rencontre féminine capitale. Il le note le 28 juin 1837 . » « je suis resté immobile et ébahi à regarder; ce n’était rien moins qu’une des plus belles têtes que j’ai rencontrée de ma vie »puis: « mon admiration s’est constamment accrue tout le temps qu’elle a passé dans le bateau », et c’est à la site de cette rencontre de la « jeune fille au chapeau vert » que Stendhal a décidé d’intituler « le rose et le vert » , ce roma qu’il était en train d ‘écrire. On a su en 1954 que cette jeune femme était Victoire Elisabeth Gicqueau, agée de 22 ans en 1837, et apparentée à une grande famille de nantes,les Crucy..
    ** MC j’ai lu votre post sur la RDL à propos de Bernanos .Vous écrivez :
    « La phase de Combat Spirituel commencée avec Le Journal puis le Soleil, prolongée par la Joie, tourne à la satire avec l’Imposture, et à la déliquescence avec Un Crime et surtout Ouine, quoi qu’on en pense. » Vous bouleversez la chronologie bernanosienne puisque « « le journal d’un curé de campagne » est de 1936, et que « Sous le soleil de Satan » est publié 10 ans plus tôt, en 1926, « L imposture » est de 1927…et » la joie » de 1929 !…
    Qu’avez voulu dire en bouleversant cette chronologie et faisant croire que « le soleil » et « la Joie » viennent après « le Journal » ?

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  18. Si je comprends bien, Ce fut comme une apparition…
    (Je sais, théoriquement une femme ça (devrait) s’empêche(r), mais là que voulez-vous, c’était irrésistible)

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  19. Encore une fois hors-sujet, hors littérature même, mais pas hors actualité italienne. (« ce P.. de Corona.. »)
    Pour ne pas se laisser abattre, comment surmonter l’isolement, refaire du collectif, sans contrevenir aux mesures de sécurité ?

    Naples, Turin, Cagliari, Rome, etc. (& à partir de 0:49 Sienne, ça se passe dans la Contrada dell’Oca, & l’on entend « Il canto della Verbena » : …viva la nostra Siena, la più bella delle città)

    https://video.repubblica.it/dossier/coronavirus-wuhan-2020/coronavirus-nelle-citta-deserte-si-canta-insieme-alle-finestre-l-effetto-e-struggente/355736/356302?ref=RHPPTP-BH-I250637705-C12-P2-S1.3-F3

    Haut les cœurs.
    (Je ne sais pas si ça marcherait à Saint-Malo avec « Le 31 du mois d’Août… » ? Bon, si ça se trouve on ne m’a pas attendue.)

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  20. C’est que je me suis trompé et que j’ai écrit au fil de la plume, pardon du clavier, malgré la présence de l’Estève racheté depuis peu sur la table de l’ordi…
    Cela dit, je pense qu’il y a bien une phase combat spirituel – déliquescence dans la création Bernanosienne et qu’il puisse arriver que les deux soient liées, avant que le noir ne l’emporte. L’erreur est de dire que c’est le héros qui n’est pas clair quand c’est le roman qui est très sombre.
    Merci de m’avoir signalé cette erreur.
    Bien à vous.
    MC

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