Scott Fitzgerald avec vue sur Hollywood

Le 20 décembre 1940, Scott Fitzgerald succombait en moins de dix minutes à une crise cardiaque. La veille, il avait  écrit la première partie du chapitre VI de son roman « le dernier Nabab », qui reste inachevé.

4 ans auparavant il avait tenté de se suicider deux fois après des  cures de désintoxication alcoolique. Mais en 1937, il  quitte la clinique et travaille comme scénariste à Hollywood. Il raconte  les mœurs d’ Hollywood dans une  série de nouvelles  avec pour personnage principal « Pat Hobby »  qui mêle drôlerie, autodérision,  raillerie mais décrit déjà avec une  précision professionnelle, comment  ça marche l’industrie cinématographique  et ses  grands studios.

Le meilleur  de son expérience reste à venir : ce « Dernier Nabab ». Ce roman nous fait découvrir avec davantage de complexité et de nuances, la vie de Monroe Stahr ,  directeur de production de l’un des plus importants studios de cinéma, directement inspiré de  Irving Thalberg, un des patrons d’Hollywood les plus  doués , parti de rien,  acharné  de travail, veuf encore jeune,  homme austère, et se sachant  menacé par une faiblesse cardiaque.

Le producteur est  le rouage essentiel, le Jupiter tonnant  dans  ses studios ,l’oracle et le génie industriel. « L’oracle avait parlé.Il n’y avait pas à mettre sa parole en doute ni à discuter.il fallait que Stahr eût toujours raison-non pas le plus souvent, mais toujours- sans quoi toute la structure aurait fondu comme du beurre, de proche en proche. »

Scott Fitzgerald à la fin de sa vie



Quand le roman commence,  l’histoire  est racontée par Cecilia Brady, fille d’un producteur  associé à Stahr, et amoureuse de Stahr. «  Je n’ai jamais paru à l’écran, mais j’ai été élevée dans le cinéma.  Rudolph Valentino vint célébrer l’anniversaire de mes cinq ans- en tout cas c’est ce qu’on m’a raconté..Si je  le mentionne, c’est simplement pour montrer qu’avant même avoir atteint l’âge de raison, j’étais bien placée pour voir tourner les rouages. »

Effectivement, on est frappé  par   l’exactitude  de Fitzgerald  pour démonter  les rouages  de la machine industrielle implacable. ., l’élégance, la fluidité volubile, et la rapidité avec lesquelles  le roman  donne à voir les rôles des producteurs  , des metteurs en scène, des financiers, des scénaristes qui travaillent en bande,(les débutants, les confirmés, les égarés, les fumistes,  ceux qui passent mal du théâtre au cinéma) tous   interchangeables au gré des caprices des producteurs.  On  découvre l’importance du chef-opérateur(le meilleur est Pete Zavras, nom à consonance  centre-européenne)   le  monde des figurants, la docilité obligatoire des décorateurs,  des monteurs, les  visionnages quotidiens des bouts de film(les « rushes »)  tournés le matin même , les contraintes financières, le choix  délibéré de perdre de l’agent sur un « film de prestige » , le ballet des courtisans autour  de Monroe Stahr ; ne pas oublier non plus   ceux qu’ un réalisateur appelle « les sales cons de la publicité », le filtrage des casse-pieds par la secrétaire personnelle toute puissante  de Monroe. Les  certitudes impitoyables de Stahr sur  ce qu’il convient de tourner.

Irving Thalberg,le modèle de Monroe Stahr

 A cet égard le meilleur est dans la scène   du metteur en scène tâcheron qu’on vire, car  il  est mené par le bout du nez  par  la comédiennes-vedette, une « garce »,  dont  on précise « elle était  un mal nécessaire, empruntée pour un seule film à une autre compagnie ».

 Les metteurs en scène sont de   simples exécutants des désirs de Stahr. on  les  remplace en plein milieu du tournage devant  l’équipe stupéfaite :« -Vous avez filmé de la merde. Vous savez à quoi elle e fait penser (la comédienne) dans les rushes ? A une réclame de charcuterie ! » Fitzgerald est virtuose quand il fait donner une leçon de cinéma par Monro Stahr à un scénariste  désemparé ou quand il explique le système  des « transparences » en trois lignes. Il y a aussi  les « invités de marque,  hommes politiques et VIP qui viennent visiter la « Mecque du cinéma » et qu’il faut ménager, parce que la communication, les services de presse, les échotiers sont les rouages de la machine.

Irving Thalberg et son épouse Nora Shearer

 Le roman   ne cache pas  les rapports  brutaux qui sont en train de s’installer à cette époque entre producteurs et  syndicats .Dans cet ultime chapitre VI Monroe demande à Cecilia « je voudrais que vous m’arrangiez quelque chose Celia :je veux rencontrer un membre de Parti communiste »  et le moins qu’on puisse dire , c’est que la rencontre entre Stahr et un syndicaliste de New-York prendra une tournure psychologique et sportive inattendue. Catch entre deux pointures.  Et cette relation   annonce la « chasse aux sorcières » et le Maccarthysme  galopant dans les milieux d’Hollywood qui prendra dans  ces années 40 une tournure tragique avec dénonciations entre metteurs en scène, entre comédiens, mises à l’index, scénaristes « blacklistés »  virés, ou obligés de travailler avec prête-nom.

Le roman ne cache pas non plus  la réalité du commerce  sexuel avec  « tapées de filles » derrière les canapés. Une seule scène, cruelle, résume tout quand Cécilia, poussant  la porte du bureau de son père, producteur,   et le découvre mal à l‘aise,  en sueur, congestionné,  chemise mal reboutonnée  et qu’elle entend gémir  dans un placard une pauvre fille qui en sort  nue…

   Les lieux sont parfaitement présents , de la salle à manger privée du producteur jusqu’à la cantine des figurants, grands plateaux,  salles de montage, salles de projection pour les rushes, également  traversée  d’Hollywood, avec les hiérarchies des quartiers à la mode ,les banlieues avec bungalows pour les techniciens,  quartiers à l’abandon,villas décaties, drugstores,  plages, les restaurants où il faut être vu, c’est toujours   croqué en trois traits d’une grande justesse   avec un  côté mi- sombre ,mi bouffon, mi -désenchanté, mi-burlesque qui  fait merveille.

Enfin, arrivons à cette histoire d’amour qui charpente l’intrigue. C’est d’abord une enquête lancée par Stahr  qui  a assisté au sauvetage de deux promeneuses égarées, aperçues le soir  de l’inondation dans les studiosIl faut retrouver  l’insaisissable Kathleen, qui  ressemble étrangement à l’ épouse disparue de  Stahr. Monroe cherche à la revoir, puis à la séduire, dans l’espoir de vivre avec elle le bonheur qui lui a échappé avec sn épouse  Minna. C’est le cœur battant,passionné, frémissant,  réussi du texte.

De Niro dans l’ adaptattion d’Elia Kazan

Notons que la rencontre entre Stahr et Kathleen n’a lieu qu’au milieu du manuscrit de Scott. Vers la page cent qui en compte deux cents environ. Mais là, entre la jeune fille et le roi d’Hollywood, les pages flambent.

Sous ces faux airs d’histoire prévisible et facile, Scott  nous entraine dans la complexité des rapports amoureux, du sacrifice de soi et presque d’une mystique de la vie , avec ce processus du Temps  inéluctable, destructeur au milieu duquel  la grâce et le salut   viennent de l’amour.

 Le coup de foudre initial, les différentes rencontres, les intermittences du cœur,  sont exprimées avec un génie de l’instant. Conversations difficiles, caudes et froides,  dans une voiture, approches en prudence, puis audaces,  regards absolus, confiance, l’histoire s’accélère, ralentit, s’accélère à nouveau, se déchire, se recolle, avec fugues  fuites et reprises des sentiments, tout ça est  si musicale et naturelle avec cette touche d’ironie noire qui  offre  à cette   histoire d’amour  sa splendeur tragique.

Difficile de ne pas faire coïncider  le personnage de Stahr à l’auteur lui-même En effet, Stahr, veuf, meurtri si mal consolé de  la mort de sa femme, et si seul au milieu d’une gloire dont il connait si bien  la fragilité ,ressemble au  Scott dans Hollywood,  lié une femme enfermée dans un asile parce qu’elle  souffre de schizophrénie.

Le personnage du producteur  est aussi complexe que le Dick de « Tendre et la nuit » .Ce qui frappe c’est que cette histoire, sur quelques jours et si peu de nuits, dans sa discrétion, son vif-argent,  se déroule au bord de l’abîme .Les moments  éphémères de ce couple comme volés à la machine hollywoodienne sont imprégnés d’une urgence  qui mène  au tragique.

Le paradoxe, c’est que ce livre, inachevé, avec des notes qui nous restent (données en fin de volume)  prouve que Scott  avait  acquis sa pleine maturité.  sa prose est  nimbée de sa douceur typique, touche si personnelle. On sent le  naturel à l’abandon   du grand Fitzgerald. Il avait trouvé   les solutions artistiques et techniques  qu’il cherchait confusément depuis L’Envers du paradis », publié en 1920.

  Son Hollywood, c’est l’envers du paradis  du cinéma , sans acrimonie, mais sans complaisance, c’est aussi  l‘envers de la propre vie du romancier orphelin de sa gloire, pénible survivant d’un époque joyeuse disparue(ces années folles et radieuses » avant la Grande Dépression..) quand on lui payait une fortune  ses nouvelles dans les grands journaux

Le glorieux  jeune écrivain à la plume facile et superficielle s’était métamorphosé  en écrivain à l’écart, travailleur acharné-voir la minutie de ses notes et carnets- mais   comptant sa monnaie pour se payer un whisky.

 Quand le roman est publié dans son état inachevé   en 1941 ,je crois,   il n’attire plus  de  lecteurs que de monde  à son enterrement.

Depuis il est devenu un classique.

Il   a bénéficié  d’adaptations télévisées et cinématographiques  nombreuses qui sont  répertoriées sur Wikipedia .Celle d Elia Kazan, avec Robert de Niro, sur un scénario de Pinter est intéressante bien qu’un peu académique..    Cette version de déploie pas   l’histoire d’amour dans son irradiation ,ses moments impalpables d’émotion, et sa   fraicheur .C’est une   de ses œuvres les plus denses, les plus dépouillées .

Enfin les amateurs de techniques de narration admireront la manière dont Fitzgerald  raconte   son  histoire  avec deux points de vue en alternance. Le  point de vue d’une jeune fille enfant gâtée charmante , décontractée, mais vulnérable, amoureuse de Stahr sans trop d’illusion, cette Cecilia Brady, avec sa subjectivité  de fille riche, intelligente, primesautière , serviable, qui traine dans le milieu avec son statut  privilégié de » fille de producteur » et ses  pudiques soucis sentimentaux, et  puis on a le point de vue   d’ un narrateur plus  omniscient mais intermittent qui relaie Cecilia , et nous rapproche des sentiments  intimes du couple, leurs pulsions , et surtout le décentrement affectif, les désarrois    de Stahr, ses timidités face  de cette jeune inconnue au teint  lumineux.  Cette alternance, cette bi-focalisation  créent une variété de couleurs, d’ambiances, des changements de perspectives qui fouettent le récit.  

 Extrait du roman :

« Les gens passent leur temps à tomber amoureux et à en sortir, non ?
– Tous les trois ans à peu près, selon Fanny Brice. Je viens de le lire dans le journal.
– Je me demande comment ils font. Je sais que c’est vrai puisque je les vois. Ils ont l’air très convaincus chaque fois. Puis tout d’un coup ils n’ont plus l’air convaincus. Et les voilà qui retrouvent de nouveau toute leur conviction.
– Vous faites trop de films.
– Je me demande si cette conviction est la même la deuxième fois, la troisième ou la quatrième, insista-t-il.
– Elle est de plus en plus forte. Surtout la dernière fois. »

Confession de Scott Fitzgerald : « On dit des cicatrices qu’elles se referment, en les comparant plus au moins aux comportements de la peau. Il ne passe rien de tel dans la vie affective d’un être humain. Les cicatrices  sont toujours ouvertes. Elles peuvent diminuer, jusqu’à n’être qu’un pointe d’épingle Mais elles demeurent toujours des blessures » (Citations de Dick dans Tendre est la nuit).

88 commentaires sur “Scott Fitzgerald avec vue sur Hollywood

  1. Je laisserai le dernier mot à F.S. Fitzgerald :
    « There never was a good biography of a good novelist. There couldn’t be. He is too many people, if he’s any good. »

    (« L — Literary, « The Notebooks in The Crack-up)

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  2. Si j’avais relu l’article de Paul Edel avant de répondre à son commentaire du 4 avril à 10:04, je n’aurais pas répété (ds le dernier § de mon commentaire précédent) ce qu’il disait tr clairement de la complexité de la construction du personnage de Stahr & du caractère autobiographique, remanié, transposé, « prêté » à la relation du protagoniste avec Kathleen (ds la partie sous la photo du jeune De Niro) …Désolée.
    Si ces qq lignes-là ne font pas avancer le schmilblic, restent les principes généraux — on ne s’intéresse à la biographie qu’en raison de l’existence & de la qualité des textes & les textes, comme constructions & totalités distinctes, comptent bien davantage que la provenance des éléments qu’ils s’incorporent.

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  3. Je n’ai pas lu cette nouvelle.
    Cela dit, je suppose que c’est une autre œuvre, un autre système, une autre construction à partir de la même boîte de briques Lego — éléments communs, projet & « sens » qui peuvent être complètement différents, non ?
    Qu’il y ait des aspects autobiographiques, sans nul doute, mais transposition de gros « blocs » tels quels ?

    Je ne connais peut-être pas suffisamment bien l’œuvre (ni la vie) de Fitzgerald pour être capable d’en juger & par ailleurs je ne me suis intéressée à Thalberg qu’après & à cause de The last Tycoon. Pour moi c’est le personnage qui a été 1er (chronologiquement) & qui a « déteint » sur l’homme réel qui lui a, en tr grande partie, servi de modèle — au point que j’ai sursauté en lisant ds sa biographie que Norma Shearer lui avait survécu aussi longtemps ; comment, mais elle n’était pas censée être morte ?
    En revanche, ds The last Tycoon on est tt de même « avec » le producteur, ds son travail & accessoirement ds son histoire d’amour qui commence bizarrement (en faisant penser à Vertigo sans la machination & le crime : il s’agit qd même au départ de retrouver la morte aimée à travers une femme qui le séduit sans le vouloir, sans le chercher, par sa seule ressemblance avec l’épouse disparue)
    & peu importe sur ce plan que l’on « voie » une grande partie de l’histoire avec les yeux de Cecelia, puisque c’est un regard admiratif & aimant (& assez discret pour être au service du portrait & de l’histoire de Stahr, même si le personnage me semble plus élaboré & présenter davantage d’intérêt par elle-même que Nick Carraway ds The Great Gatsby).

    « Avec » aussi ds la mesure où Fitzgerald a mis de lui-même ds le personnage de Stahr en attribuant au producteur de son roman un type de relation qui était « ds la vraie vie » le sien avec sa dernière compagne, Sheila Graham, « pilotis » ou modèle ou ce que vs voulez de Kathleen, choisie pour sa ressemblance avec Zelda jeune… (Zelda encore bien vivante, évidemment, mais altérée & éloignée).
    & c’est ainsi que le roman de Scott est gd — sans cette grandeur littéraire (ni les qualités cinématographiques de Norma Shearer & de son sweetheart pour les cinéphiles ?), les potins hollywoodiens d’avant-guerre n’intéresseraient plus grand monde, je présume.

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  4. S’agissant du procédé : « [Les funérailles du général de Gaulle] C’est, après le débarquement sur la Lune, et avec les Jeux olympiques, l’une des Mondovisions les plus importantes jamais réalisées (L’Express,16 nov. 1970, p.75, col.1). »

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  5. voilà pourquoi ce site « cineclubdecaen » livre de brillantes recensions. A Paris les « spéciales » ont le bon goût vanillé, mais ne sais de quelles côtes la provenance. Pas vu ce Jouvet, à retenir. Etonnante chevalière à l’auriculaire du jeune Thalberg.

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  6. Court, on est loin du dépouillement de tout faste dans ce cliché de la place Saint-Pierre. Elle illustre au contraire la vacuité d’une opération de communication pur sucre et en mondiovision.

    Evocation de la scène de la messe dans La Pornographie, par Gombrowicz himself :

    « Une des scènes clés de l’œuvre est celle de l’église, quand, sous la pression de la conscience de Frédéric, la Messe s’effondre et avec elle le Dieu Absolu. Alors surgit des ténèbres et du vide du cosmos une nouvelle divinité, terrestre, sensuelle, mineure, composée de deux êtres pas encore développés formant un monde clos – car ils s’attirent mutuellement.
    Autre scène clé : les délibérations qui précèdent l’assassinat de Siemian – quand les Adultes ne sont pas capables d’accomplir le meurtre, sachant trop bien ce qu’il est, quel est son poids, et qu’ils doivent le faire exécuter par les mains des mineurs. Ce meurtre doit donc être transféré dans la sphère de la légèreté, de l’irresponsabilité – ce n’est que là-bas qu’il sera possible. »
    Journal, 1960

    On n’en est pas encore là.

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  7. Jazzi, j’ai vécu toute mon enfance à Caen. Ville très cultivée depuis Jo Trehard, dans la lignée JeanVIlar.. et le théâtre maison de la culture -merci Malraux!- jusqu’à Antoine VItez..

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  8. Le crash le débarasse du Mari importun? Là ce n’est plus Icare, c’est un polar noir…

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  9. Retour à Fitzgerald.
    On retrouve dans une nouvelle écrite en 1932, « Crazy sunday », la figure du scénariste alcoolique et celle du grnd patron de studio , Thalberg, avec détail fascinant, une tentative de drague de la femme de Thalberg.. Plusieurs critiques littéraires et biographes soutiennent que Scott Fitzgerald n’était pas insensible au charme de Norma Shearer et reciproquement. Autre détail troublant. la nouvelle se termine sur un crash d’avion.

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  10. Adolescent, j’avais beaucoup aimé Malatesta. Cela pourrait-il toujours intéresser les ados d’aujourd’hui, âge où l’on se voit volontiers prince ?

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  11. je disais que des choses de Montherlant me tombaient des mains, et pas d’autres. Majoritairement certains ratages théâtraux comme La Guerre Civile, sorte de Sertorius en prose, se souvenir que l’ancetre Millon de Montherlant a illustré Le Corneille des Grands Ecrivains de La France, ou Port-Royal. Mais qu’en, revanche Le Maitre de Santiago, Pasiphaé, et Le Cardinal d’Espagne, alors oui. Je n’ai je crois jamais vu la Reine Morte au théatre, peut-etre à la télévision. Souvenir d’un beau texte, mais à morceaux de bravoures plus ou moins bien enchainés.
    Je m’interrogeais aussi sur la postérité des essais, qui semblent retrouver un jeune public. Pas tout le monde, mais un certain public. (Moi pas! Mais je peux me tromper)
    Je pensais que les romans sont bien plus complexes que ce à quoi les réduit la misérable lecture de Sipriot.
    Mais Montherlant lui-même s’expliquant , lisant un long texte à la télévision, pour dire que certaines de ses oeuvres représentent je cite ma pensée, d’autres une partie de ma pensée, et d’autres pas du tout, ça ne passerait plus aujourd’hui.
    Le reste à propos de la photo de Langoncet montrant une Place St Pierre Vide me faisait penser à une nouvelle de Geneviève Gennari ou un Pape dénué de tout faste, prend le train avec sa modeste valise dans l’indifférence générale. On en est pas là.
    Bien à vous.
    MC

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  12. Mon film préféré avec Louis Jouvet,c ‘est « Un revenant » (1946) tourné par un Christian Jaque de 42 ans .Dialogues de Henri Jeanson,parfaits,vachards sur la bourgeoisie Lyonnaise .Il y a aussi l apparition d’un jeune comédien fringant François Perier . On découvre aussi la ballerine pulpeuse Ludmilla Tcherina en parfaite jeune femme fatale desinvolte .
    Mais la critique sociale du film, le côté poisseux d’une certaine bourgeoisie ne prive pas le film, dans sa noirceur, d’avoir un rythme allègre .Les traits d’ humour noir sont portés par un Jouvet (dans le rôle d’un directeur de troupe ) en très grande forme. Le film s’inspire d’un fait divers dans le milieu des soyeux lyonnais,l’affaire Gillet.je ne dévoile rien de l’histoire.

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  13. Pour les huitres,oui,Phil je choisis les pleine mer du Cap Frehel, N° 3. On les trouve sur le marché de Saint Servan resté ouvert pendant le confinement.Je n’ai pas toujours été enthousiasmé par les creuses de Cancale, avec parfois dans quelques unes un petit gout de vase. Les plates, c’est mieux.

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  14. certes Paul Edel, les styles peuvent varier d’un livre à l’autre, mais voyez-vous, celui de Gide par exemple, ne me semble pas varier d’un iota, repérable au débotté ! n’ai pas le goût de disserter à cette heure et partage bien votre enthousiasme pour un Jouvet de derrière les fagots (lequel ? ) à la grappa. j’ai décidé de désintoxiquer du cinéma (par la force des choses, because pas de beamer en confinement), hier ai feuilleté une biographie de Bouvier (Nicolas), pour constater une fois de plus qu’il faut se contenter de l’oeuvre; nous ne savons pas toujours pas si vous consommez de l’huître en confinement et surtout de quel calibre.

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  15. Phil Quel est le style de Montherlant ?
    Impossible de répondre.
    Il n’y a jamais « un style »,mais il en a plusieurs.des styles. Comme les grands écrivains. regardez, Le Chateaubriand d »’Atala » n’a rien à voir avec celui des « mémoires d’outre-tombe ». L’Aragon surréaliste du »Paysan de Paris » n’a rien à voir avec celui de « la diane française » ou celui de « Blanche ou l’oubli ». Le Stendhal de « Rome Naples et florence » n’a rien à voir avec celui de « le rouge et le noir ». le Le clézio du procès verbal, voyant schizophrène,et en panique n’a rien à voir avec celui apaisé de « Désert ».Le rythme des phrases change… vous voyez ce que je veux dire.. bon laibteant saade de haricots rouges à l’oignons. (insalata di borlotti) et grappa pour regarder un film avec louis Jouvet.

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  16. merci Paul Edel pour cette motivante recension du « Chaos et la nuit ». je crois bien avoir le livre mais bibliothèques déconfinées inaccessibles pour le moment. je cherchais une bonne raison de lire Montherlant au delà des bribes de journaux et pièces qui parfois sont données. Sa prose romaine et grécophile semble riche de jouissances littéraires mais difficiles à saisir à la première lecture.
    vous rappelez justement l’admiration dont il jouissait de la part de ses contemporains, tout de même l’un des quatre « M » de la littérature française. Sipriot, oui bio fleuve, ne l’ai pas lue mais pas bien connue. ont suivi des volumes de sa correspondance avec Peyrefitte, pour achever sa réputation. est-ce la fin années 70 ? le public mal instruit commence à préférer les histoires d’alcôves aux classiques. peut-être Gide et son Journal a-t-il aussi contribué à flétrir sa postérité. qu’est-ce que le style Montherlant ? il nous faudrait quelques lignes

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  17. merci Paul Edel pour cette motivante recension du « Chaos et la nuit ». je crois bien avoir le livre mais bibliothèques déconfinées inaccessibles pour le moment. je cherchais une bonne raison de lire Montherlant au delà des bribes de journaux et pièces qui parfois sont données. Sa prose romaine et grécophile semble riche de jouissances littéraires mais difficiles à saisir à la première lecture.
    vous rappelez justement l’admiration dont il jouissait de la part de ses contemporains, tout de même l’un des quatre « M » de la littérature française. Sipriot, oui bio fleuve, ne l’ai pas lue mais pas bien connue. ont suivi des volumes de sa correspondance avec Peyrefitte, pour achever sa réputation. est-ce la fin années 70 ? le public mal instruit commence à préférer les histoires d’alcôves aux classiques. peut-être Gide et son Journal a-t-il aussi contribué à flétrir sa postérité. qu’est-ce que le style Montherlant ? il nous faudrait quelques lignes

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  18. Commentaire disparu ou jouant à cache-cache? Il n’était pourtant guère question que de Montherlant , et un peu de Geneviève Gennari…
    Crash d’avion: renvoie à un Icare moderne? cf la carrière du « modèle ».

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  19. De tous les romans de Montherlant, Phil, mon préféré reste « Le chaos et la nuit ». Avec le personnage central du réfugié espagnol à Paris, qui a combattu côté républicain et ne vit que pour sa fille, et revoir « son » Espagne. Ce personnage Don Celestino Marcilla Hernandez nous fait comprendre avec finesse la torture de l’exil, mais aussi burlesque. Suffit de le voir commenter la lecture des journaux espagnols.. . La scène au cours de laquelle, ce réfugié irascible (Montherlant est excellent pour montrer des célibataires irascibles et tres droles–autoportrait ? ) finit autour d’un banc par toréer des pigeons bien parisiens comme si c’était des taureaux ,c’est superbe !! Très grand plaisir à le lire deux fois ce roman qui est amour de l’Espagne sans mièvrerie. Evidemment, quand cet exilé va retourner en Espagne, il ne retrouvera rien de son Espagne aimée . Avec Montherlant, on a le type même d’un grand écrivain écrabouillé par les révélations de son biographe –homosexualité cachée etc..
    Ici Pierre Sipriot,( « Montherlant sans masque, » tome 1 et 2, chez Robert Laffont ).La bio comme nouveau pilori!… est celui qui lui a jeté la pierre .. Sopriot est entré « dans ce mort comme dans un moulin »(citation de Sartre) ..et régala les lecteurs qui cherchent surtout des détails sexuels croustillants, plutôt que de lire les œuvres.. On aboutit comme ce fut le cas ici à une mise à l’écart de Montherlant. Avec la pancarte « Homo honteux ».. Rappelons que Malraux et Bernanos avaient admiration et grand respect pour l’œuvre de Montherlant .Amen.

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  20. lieutenant Auligny…probablement une allusion à Deligny, la piscine.
    Les journaux de Montherlant peuvent agacer par cette impression de réécriture qu’ils donnent parfois. tout le contraire de Léautaud. Bon souvenir de la Reine Morte vue jouée à Paris et « La ville dont le Prince.. » vue jouée à …Bruxelles, impensable à Paris aujourd’hui où la pièce fût aussitôt « matzneffée ».
    Matzneff, encore lui, parle souvent de Montherlant dans ses journaux, nombreux sujets d’entente, les Romains, la décadence, etc…Montherlant, très entiché, à juste titre si l’on peut dire de son nom. Un jour un photographe vient faire de lui un portrait planté au milieu de ses bustes d’empereurs romains : « un peu à gauche, M’sieur Montrelant, plus à droite M’sieur Montrelant.. » paraît que l’écrivain a failli gifler le photographe. « buste à pattes », bien trouvé.
    Souvenir de la lecture du « Songe », pour les descriptions des fresques grecques. que regardent les personnages ? un personnage, un seul, regarde toujours le spectateur plutôt que la scène. Montherlant s’est pris pour celui-là.

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  21. Non, Paul, à part Malatesta ou La Ville dont le prince… et quelques pages de son journal je connais assez mal Montherlant.

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  22. A propos de Montherlant, Jazzi, as-tu lu son roman « La rose des sables »? Il fut écrit entre 1930 et 1932, édition définitive et complète chez Gallimard, qui parait enfin en version intégrale en 1968.
    Le texte donne une image du Maroc colonial des années 30 à travers le personnage du Lieutenant Auligny, officier à burnous en poste au bord du désert ,dans un oued.. Aucun manichéisme dans ce roman , et des descriptions remarquables de paysages; aussi de des types humains bien tranchés. . je suis surpris que ce roman ne soit pas retiré de la vente, comme le journal de Matzneff, alors que la liaison de l’officier Auligny avec une petite prostituée arabe de moins de 15 ans est clairement décrite sans rien cacher de la violence de la situation. Le langage de maison close tenu par Ram, la fillette prostituée devrait faire hurler les féministes..… La question coloniale est traitée dans sa complexité.. On est très loin d’un manichéisme car le personnage d’ Auligny finit par refuser la violence militaire contre les arabes et là Montherlant analyse bien le trouble puis le sentiment de révolte du lieutenant face à la réalité coloniale.

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  23. Ds ce silence des rues, on entend d’autant mieux les sonneries des cloches — sont-elles réellement bcp plus fréquentes ou suis-je moins attentive en tps normal ? Difficile de ne pas penser à « never send to know for whom the bell tolls; it tolls for thee. »

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  24. Oui, transposé ds son « Ve acte », l’épave de l’avion devait être découverte & pillée (plusieurs mois après l’accident) par des enfants, dont l’un finirait par aller se dénoncer à la police. Problème: comment « dépayser » l’action & maintenir l’effet de surprise (le lecteur ignore encore l’accident) tt en le rassurant au début du chapitre (on est bien ds la même histoire malgré la présence de personnages différents, qu’on ne connaissait pas encore & dont on ne voyait pas tt de suite le rapport avec le récit).

    Ce que je voulais dire : le voyage aérien au début du roman (avec pbl de mauvais temps, arrêt prolongé à Nashville, etc.) offre un angle intéressant pour une exposition (présentation des personnages, de leur statut professionnel, de leurs rapports — & les souvenirs d’enfance suscités par les rêveries de Cecelia Brady donnent une épaisseur temporelle à l’histoire), mais c’est aussi une excellente occasion de replacer l’anecdote : Stahr comme le pilote comme les planificateurs de routes voient le monde « de ht », assument une position de surplomb.
    Transportée de « la vraie vie » au roman, l’anecdote se trouve enrichie ; elle gagne en résonance à être introduite ds 1 lieu & des circonstances plus appropriés (congruents) qu’un restaurant des studios (pas une question de decorum mais d’intégration artistique — ce qui différencie le « document » de l’œuvre).

    D’autre part, le voyage aérien (déjà commercial mais pas encore de masse) constitue aussi un moment d’incertitude (soumission aux aléas météorologiques notamment), & en cela il échappe à la maîtrise totale des « décideurs » aux manettes. Le retour du même motif à la fin du roman (la scène des funérailles fonctionnant comme un épilogue, the show must go on) en tant que véhicule du destin aurait « bouclé » le récit & (peut-être) conféré rétrospectivement un autre aspect au 1er vol (seul) raconté (puisque la catastrophe devait se dérouler « hors scène » & d’abord dissimulée ds une ellipse temporelle). À partir du moment où l’auteur choisit cette fin pour Stahr, l’ironie n’est plus celle du sort.
    Simple supposition car le moment de l’écriture pouvait modifier le schéma prévu (& le traitement des scènes où devaient intervenir les enfants pouvait bcp plus fortement mettre en valeur d’autres thèmes).

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  25. « cet événement est une course à trouver le remède au redémarrage de la civilisation. rien à voir avec une pause panne de civilisation. »

    C’est beau comme du Henri de Montherlant, Phil !

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  26. derniers commentaires bien stimulants.
    Lorsque Elena sans « h » pointe les « h » excédentaires, me demande si Thalberg avait le souvenir germanique de la définition de son nom, comme Stroheim pouvait l’avoir du sien, fraîchement débarqué d’Autriche. En ce cas Thalberg sonne doublement magistral, à ses oreilles et à celles de ses interlocuteurs germanophones. pas lu Walter Siti
    Paul Edel oppose le silence retrouvé d’une civilisation arrêtée comme un manège de foire débranché, à la nostalgie niaise des diaristes de l’événement. me semble qu’elle est bien niaise cette nostalgie parce qu’aucun de ces diaristes, pour ce qui est à lire, ne semble voir que cet événement est une course à trouver le remède au redémarrage de la civilisation. rien à voir avec une pause panne de civilisation.
    mieux vaut effectivement méditer sur ce silence offert par une atmosphère mortifère plutôt que songer creux aux terrasses à cafés vidées de leurs flâneurs.
    aucun diariste, en France au moins, n’a parlé du tremblement de terre qui eut lieu ce dimanche à Zagreb, le premier de cette force depuis celui de 1880 qui détruisit les fondations posées par l’empire austro-hongrois, du vols des stocks de masques et respirateurs par la république tchèque destinés à l’Espagne agonisante, des pillages des magasins d’alimentation en Sicile encouragés par la mafia, suivi du racket des petits commerçants par les mêmes mafieux, etc..

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  27. Elena, dans ce que vous rapportez: « à propos des auteurs (scénaristes) : « They are not equipped for authority […] There’s no substitue for will. Sometimes you have to fake will when you don’t feel it at all. […] You have to say ‘It’s got to be like this—no other way’— even if you’re not sure. […] Situations where there is no real reason for anything. You pretend there is. » il se trouve que dans dans les notes prises par Fitzgerald, il se souvenait que,dans une rencontre avec Thalberg, ce dernier avait insisté sur les décisions à prendrebonnes ou mauvaises- et à tenir, même si ce n’est pas la meilleure. enfin, dans l’épidode final – l’avion qui s’écrase à un flanc de montagne – ce qui l’avait fasciné dans ce fait divers de 1933 c’est que les gens du coin avaient pillé les cadavres..

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  28. Je ne sais plus si j’avais (com)mis un commentaire à propos de The Last Tycoon sur le blog précédent (si c’est le cas, je risque de me répéter).
    En dépit de ma grande méfiance envers le risque de mésusage des « références » & plus encore des « clefs » du personnel romanesque (ds la mesure où les critères de la réussite littéraire, de la valeur du personnage de Stahr & du roman ne se réduisent pas à une exactitude terme à terme, & où choisir de lire ce roman comme & seulement comme une illustration, un « document », reviendrait à l’appauvrir), je m’étais néanmoins précipitée, une fois la lecture terminée, pour me renseigner à propos de Thalberg.
    Bien difficile de dire lequel des deux (le personnage « historique » qui entretenait certainement sa propre légende, en homme de pouvoir avisé ou le personnage d’encre & de papier du roman) sert le mieux l’autre, peut-être parce que Thalberg présentait déjà des caractéristiques fitzgeraldiennes de jeunesse & de brio (qt à la fêlure, je ne sais pas, en dehors de la fragilité physique).
    (Ds les notes de travail : « Stahr as a sort of Rimbeau [sic]. Precocity and irony which is born young. »)

    Que l’on soit ou non sensible au charme juvénile (boyish) de l’homme photographié, ce charme s’exerce sur le lecteur non plus directement (c’est alors une question de goûts, plutôt que de physiognomonie), mais de manière indirecte, plus universellement convaincante — le texte ne disant pas (ou peu) le charme mais le montrant à travers les réactions de plusieurs personnages & y exposant le lecteur sous une forme verbale (que chacun peut ré-incarner à la façon qui lui convient).

    Sans accorder une importance excessive à l’onomastique ds le roman, je me pose tt de même la question du « h » excédentaire ds les deux noms (même s’il perdure souvent ds les toponymes germaniques) ; on se prend à rêver à l’oxymoron de ce T(h)al / berg (même si, en tant que donnée du réel, il n’a pas à être « motivé »
    Le personnage de Fitzgerald, une « star » avec qqch en plus ou qq dérivation/déclinaison/clinamen (ou l’aspiration du néant ?)

    L’anecdote recyclée (sur l’effet placebo d’un air convaincu plaqué sur un choix arbitraire) revient sous une forme à peine différente à l’autre bout du texte, (épisode 17), ds son échange avec l’homme du Parti qu’il a demandé à rencontrer, Brimmer ; à propos des auteurs (scénaristes) : « They are not equipped for authority […] There’s no substitue for will. Sometimes you have to fake will when you don’t feel it at all. […] You have to say ‘It’s got to be like this—no other way’— even if you’re not sure. […] Situations where there is no real reason for anything. You pretend there is. »
    Ds les deux occasions, elle opère comme un signe de reconnaissance entre personnes dépositaires d’une autorité, habituées à prendre des décisions — alors que les hommes en question (le pilote & Brimmer) ne pensaient rien avoir de commun avec lui.
    Cette anecdote aurait peut-être pris un aspect supplémentaire (au-delà de l’art du management, Hercule tjs à la croisée de ts les chemins) si le roman avait été terminé selon le « programme » prévu, qui incluait un accident d’avion, mais aussi les conséquences fatales d’un délai à décommander une exécution aboutissant à une destruction mutuelle quasi simultanée (l’étreinte mortelle des duellistes).

    Qqn ici (Paul Edel, Phil ?) a-t-il lu Walter Siti ? (à cause d’une coïncidence ds les réactions des protagonistes pourtant bien différents de Resistere non serve a niente & The Last Tycoon vis-à-vis de l’imperfection (physique) féminine, d’Edith & ici de Kathleen)

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  29. La littérature journalistique en période épidémie?
    Je pense aux proses de confinement d’un Eric Fottorino, ou celles de Leila Slimani qui publie son journal dans « Le Monde ».Ces proses ne sont ni originales,ni scandaleuses ni non plus affligeantes, c’est pire, c’st moyen, banal .
    Au fond ce que je leur reproche à ces deux là c’est de briser tout à coup le brusque silence des rues, des villes,des squares, des plages, le silence du pays .
    Enfin un peu de silence.Ce moment particulier apprend à chacun certaines choses.Dans la pénombre,dans la durée, le temps plus long…Ce moment épidémique perturbe tous les clichés journalistiques ,politiques,économiques, que nous dispense la télévision. II possède,ce silence, un pouvoir :celui de l’étonnement. Il nous délivre de cet énorme amas, de cette couche épaisse de clichés et certitudes qui nous ensevelit dans le train-train familier des jours. Le silence nous lessive enfin de tout ça.Ce silence créé un espace étrange,un désordre.Une aventure personnelle aussi .On sent mieux alors que tout société repose sur une espèce de rêve collectif.Que vaut-il?

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  30. schrewdness..sagacité dit le traducteur. le flair, quoi. 26 ans, âge impitoyable, ruthless comme l’est le monde du cinéma, ajoutez-y les projecteurs des feux de la rampe et le gars ne se tient plus.
    Remettons les pendules à l’heure: Zweig, écrivain le plus traduit dans le monde dans les années 30, rentre de sa visite à Hollywood qui veut adapter ses romans, profondément dégoûté, « un monde de gens vulgaires; »
    Résumons: « En quatrième vitesse », de Robert Aldrich, 1955, mieux en vo « Kiss me deadly », énième mais la meilleure adaptation du détective hollywoodien, Mike Hammer créé par Spillane, tout est dit: une brute, pornographe et crétin. Film à couper le souffle. Do not forget: Hammer = marteau !

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  31. Pour revenir au « Dernier Nabab », voici quelques éléments intéressants concernant les rapports entre le producteur Thalberg et Scott Fitzgerald.Ils sont extraits d’un blog d’un certain Mark.

    The Last Tycoon focuses on the struggle between Stahr and Pat Brady, another executive at the studio. The conflict between Stahr and Brady was based on the real-life differences between Irving Thalberg and Louis B. Mayer at MGM. In 1933, Mayer emerged victorious in the power struggle, as he stripped Thalberg of his role as head of production. However, Thalberg retained control over his own production unit and was still able to have creative control over the movies he produced. In retrospect, Mayer’s move seems like a pretty desperate power grab, since Thalberg only had three more years to live. But the move consolidated Mayer’s hold on power at MGM.

    Fitzgerald portrays the conflict between Stahr and Brady as the classic battle between art and commerce, which was a conflict that Fitzgerald felt quite intensely throughout his own life. Fitzgerald was always torn between turning out short stories for ready money and writing the serious novels that he felt his reputation would ultimately be judged upon. Fitzgerald biographer Andrew Turnbull wrote that the conflict between Stahr and Brady exemplified the battles of “art versus money, quality versus quantity, the individualist versus the industrialist.” (Scott Fitzgerald, p.306) This also fits in with Fitzgerald’s own romanticism—he saw Stahr as the last relic of a bygone age, and Brady as the technocratic bean-counter who is only interested in the bottom line. Guess which character Fitzgerald identified with more.

    Fitzgerald knew Thalberg a bit from his visits to Hollywood to work as a screenwriter. In 1927, Fitzgerald was working on the script for a movie called Lipstick, which was never produced. During this trip, Fitzgerald met Thalberg and had an interesting conversation with him in the MGM commissary. Fitzgerald later wrote a memo detailing a story Thalberg told him about a man deciding what route a railroad should take when there were several options that all seemed similar. Thalberg’s point was that the decision was ultimately quite arbitrary, but the person who chose the route had to act as though there was a good reason for their choice. The anecdote was obviously an allegory for the movie business, with Thalberg as the person choosing the railroad route, or making the artistic decisions for the movie. This story found its way into The Last Tycoon, in less detailed form, as the story that Stahr tells the pilot of his plane at the end of the first chapter. Fitzgerald wrote in his memo about this conversation with Thalberg: “I was very much impressed by the shrewdness of what he said—something more than shrewdness—by the largeness of what he thought and how he reached it at the age of 26.” (Some Sort of Epic Grandeur, by Matthew J. Bruccoli, p.257)

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  32. Lapouge, possible. Montandon, certainement, Phil!
    De Gobineau, cette phrase de Jean Castiglia, bouquiniste lettré qui s’ est intéressé à Huysmans, Céline, et quelques d’autres au point de piger pour quelques Pléiades;
    « C’est un écrivain!! » Ce qui remet les pendules à l’heure…

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  33. Portrait de Louis XIV, un roitelet nègre et juif, selon Céline ?

    « Tout de même, il suffit de regarder, d’un petit peu près, telle belle gueule de youtre bien typique, homme ou femme, de caractère, pour être fixé à jamais… Ces yeux qui épient, toujours faux à en blêmir… ce sourire coincé… ces babines qui relèvent : la hyène… Et puis tout d’un coup ce regard qui se laisse aller, lourd, plombé, abruti… le sang du nègre qui passe… Ces commissures naso-labiales toujours inquiètes… flexueuses, ravinées, remontantes, défensives, creusées de haine et de dégoût… pour vous !… pour vous l’abject animal de la race ennemie, maudite, à détruire… Leur nez, leur « toucan » d’escroc, de traître, de félon, ce nez Stavisky, Barmat, Tafari… de toutes les combinaisons louches, de toutes les trahisons, qui pointe, s’abaisse, fonce sur la bouche, leur fente hideuse, cette banane pourrie, leur croissant, l’immonde grimace youtre, si canaille, si visqueuse, même chez les Prix de Beauté, l’ébauche de la trompe suceuse : le Vampire… Mais c’est de la zoologie !… élémentaire !… C’est à votre sang qu’elles en veulent ces goules !… Cela devrait vous faire hurler… tressaillir, s’il vous restait au fond des veines le moindre soupçon d’instinct, s’il vous passait autre chose dans la viande et la tête, qu’une tiède pâte rhétorique, farcie de fifines ruselettes, le petit suint tout gris des formules ronronnées, marinées d’alcool… De pareilles grimaces comme l’on en trouve sur la gueule des Juifs, sachez-le, ne s’improvisent pas, elles ne datent pas d’hier ou de l’Affaire Dreyfus… Elles surgissent du fond des âges, pour notre épouvante, des tiraillements du métissage, des bourbiers sanglants talmudiques, de tout l’Apocalypse en somme !…  »

    Quelqu’un n’est ici pas à la hauteur et c’est à mon avis Gobineau et ses affidés qui ne font que cristalliser le racisme le plus ordinaire sur un fond vaguement scientifique qui se voudrait « distingué ». Du bullshit en paquet de douze

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  34. Bien vu sur le style de Gobineau. Sa vie était à l’unisson, il sautait d’une ambassade à l’autre dès que la population ne l’enchantait plus, ainsi les Brésiliens lui ont paru sans intérêt intellectuel, il met évidemment sa déception sur le compte des effets du métissage (« l’inégalité » était rédigée, je crois bien..), il brigue alors un poste à Stockholm.
    reste que cette « inégalité des races », lu quelques chapitres, est loin des présentations faites aujourd’hui au seul prisme des nazis allemands. Gobineau séduit aussi par l’étendue de ses connaissances, fondées ou pas, autre sujet.

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  35. Je crois que Gobineau a été marqué et influencé par Stendhal, l’ énergie, le petit fait vrai, l’écriture sèche,bref une prose assez vive, légère, seigneuriale.. ».Mademoiselle Irnois » a souvent été occulté, dans les dictionnaires, et a disparu des histoires littéraires, car l’essai sur » l’inégalité des races humaines « et le tampon massif « père du racisme »… font oublier un écrivain intéressant.

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  36. assurément, dear Mister Court. Gobineau est une mine à côté de laquelle wikipédia, une flaque d’eau. Tocqueville eut du nez; ajoutez la nouvelle grecque. jusqu’à la correspondance avec sa soeur cloîtrée. Gobineau n’a jamais supporté le confinement. me semble que Lapouge était l’égérie de Céline;
    Stroheim, autopromu le moins juif d’hollywood, parle des fulgurances de son imagination nées de coups d’oeil volés au travers des palissades de son ghetto.

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  37. Gobineau a écrit Mademoiselle Irnois et Le Mouchoir Rouge, ce n’est pas rien. Quant au livre sur la Perse qui mystifia Renan, c’est autre chose. Mais ce n’est pas si déplorable que d’autres l’ont dit.
    Relire Taguieff, Un sang Pur, pour une généalogie crédible des doctrines racistes. Par rapport à Vacher de Lapouge, Gobineau, c’est de la Bibliothèque Rose. « O la pureté des races antiques », dira l’ Autre.
    MC

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  38. Ne vous méprenez pas, dear Baroz. Les paysages pestiférés, ciels délétères et autres retours de dauphins à Venise divertissent la sidération des citoyens aliénés par ce confinement stupide, accumulation de soirées perdues et journées inutiles, qui donnent le regret d’une vraie guerre infligée à la Chine.

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  39. dear Paul Edel, j’aime assez votre état en apesanteur où l’on distingue les volutes « entre cigarillos et cigarettes »

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  40. @Atmosphère sans touristes pleine de virus

    Puissent les touristes ne plus se défiler

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  41. ici,Phil à Saint-Malo le silence qui s’étend le soir,par nappes, comme la nuit,le ciel vidé de goélands, apporte une douceur qui se concrétise par quelques fumeurs isolés, , à des balcons, on voit des points rouges, entre cigarillos et cigarettes, hommes et femmes qui fument,chacun dans son coin avant le sommeil,quelque chose d étonnamment tranquille, apaisé, ,une immense paix de la mer,un paix de la terre, entracte pour tout un monde éteint.. et un mot gentil, d’une fenêtre à l’autre, « il va faire froid ce soir ».. « oui, mes enfants sont tranquilles » .. »a demain » comme d’infimes parcelles d’or de solidarité..dans un pays en état d’apesanteur

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  42. Coincé, non pas confiné, à Paris près de Montmartre, dear Baroz. Lumière sur la grande ville étonnante de clarté, air dépollué à la transparence cristalline, Tour Eiffel (enfin) désenguirlandée, et des couchers de soleil en carte postale polychrome années 50, uchronique avec Beaubourg surgissant casse-pétant. Atmosphère sans touristes pleine de virus, faut-il parler de ciels de pandémie comme on disait un temps d’Hitler le jour de ses défilés ? M. Langoncet nous donnera son avis gobinesque.

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  43. @Des trois visages photographiés ici, celui de Thalberg le plus riche, manque à de Niro ce regard bistre au désir de puissance retenue depuis des siècles.
    Fitzgerald, traits étonnamment doux de victime pour une vie qui finira fracassée.
    Thalberg, courte litanie de mogouls juifs montés en puissance jusqu’à la démence liquidée en crise cardiaque, Lubitsch le dernier.

    Eh bien, à quand un Gobineau surgi des profondeurs et enfin revenu à la raison pour nous signifier que nous avons tous des têtes de con ?

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  44. la vo évidemment, Elena. relis le Dracula de Stoker et goûte les délices du lexique anglophone des suceurs de sang. nous avions parlé sur le blog désormais en quarantaine de Annelise du verbe « Gloat », si difficilement traduisible en français pour exprimer la brillance des yeux avides de vice, mais lumineux (de sens) prononcé correctement.
    Plaisir aussi vampiresque de lire les errances de Paul Edel autour du tombeau de François-René sans virus à l’horizon, tandis que les mégapoles implosent à feu soutenu dans leur cluster infecté. Le déconfinement verra-t-il aborder des navires chargés de Dracula sur des rives dépeuplées.

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  45. Pas un pbl du site mais de mon impatience. Ou alors poisson d’avril en avance. Désolée pour le doublon.

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  46. Je signalais une faute de frappe : “The Producer’s Daughter,” (une virgule & pas un « n »), & curieusement le message n’est pas passé. Le site semble allergique au mea culpa & à tte forme de repentir…

    (Olga, pas mieux : pas de Buzzati en français ici ; plus ennuyeux : je ne sais pas où son passés les recueils en italien. Prêtés ? Mal rangés ? Peu importe, ce n’est pas ce dont vs aviez besoin.)

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  47. Though I haven’t ever been on the screen I was brought up in pictures. Rudolph Valentino came to my fifth birthday party — or so I was told. I put this down only to indicate that even before the age of reason I was in a position to watch the wheels go round.
    I was going to write my memoirs once, “The Producer’s Daughtern” but at eighteen you never quite get around to anything like that. It’s just as well— it would have been as flat as an old column of Lolly Parsons’. My father was in the picture business as another man might be in cotton or steel, and I took it tranquilly. At the worst I accepted Hollywood with the resignation of a ghost assigned to a haunted house. I knew what you were supposed to think about it but I was obstinately unhorrified.
    This is easy to say, but harder to make piople understand. Whe, I was at Bennington some of the English teachers who pretended an indifference to Hollywood or its products really HATED it. Hated it way down deep as a threat to their existence. […]
    You can take Hollywood for granted like I did, or you can dismiss it with the contempt we reserve for what we don’t understand. It can be understood too, but only dimly and in flashes. […]

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  48. À propos de The Last Tycoon.

    Je me suis demandé pourquoi l’on ne s’intéressait pas, cette fois, à la version originale (contrairement au poème de Brecht) :

    1) parce qu’il s’agit d’un roman et non d’un poème ? — & que l’on réduit, faussement, le roman à l’histoire racontée, supposée rester « à peu près la même » quel que soit le medium (texte ou film ou dessin animé), quelle que soit la langue (d’autres mots, d’autres moyens). La traduction ou l’adaptation filmique ou le résumé, la paraphrase passent pour des équivalents de l’œuvre, des substituts nécessaires à sa « circulation » (les impératifs de conservation étant censés s’effacer devant les impératifs d’efficacité et de diffusion maximale).
    Quelle perte ?

    2) parce que le roman est inachevé (non pas au sens où manquerait seulement la fin, mais d’une incomplétude générale : le dénouement non rédigé, des épisodes susceptibles d’être remaniés ou supprimés). Cette version non définitive ne serait pas à considérer comme « version originale » parce que ce ne serait pas une totalité artistique mais une simple ébauche (& que seuls les spécialistes ou les fétichistes en exigeraient le respect dû à une œuvre d’art).
    Les manques seraient tels qu’on n’en serait plus à une perte près (celle de la traduction).

    3) parce qu’on ne pense plus à l’anglais que comme une langue véhiculaire, un instrument de communication globale sans qualités propres, dépourvu de capacités stylistiques (vs. l’allemand langue de Culture) ?
    La perte (inévitable malgré le talent des traducteurs) ne serait pas aussi importante (grande ni grave).

    4) parce qu’il n’y a pas d’anglicistes parmi les commentateurs ? Leurs « premières impressions » décisives de l’ailleurs & de l’autrement se sont déroulées outre-Rhin & pas outre-Manche (ou outre-Atlantique).
    On sait bien que le texte en v.o. tel que son auteur l’a écrit c’est théoriquement important, mais bon… comme ça n’a rien à voir avec leur « doudou » personnel, ils s’en remettent ou s’en passent.
    D’autant qu’il y a souvent une différence entre « être capable de comprendre, en gros, le sens d’un énoncé », se « débrouiller » & pouvoir être sensible à une qualité d’écriture (surtout romanesque ; on en revient à un 1bis, si j’en juge par mes propres insuffisances en allemand notamment : mon vocabulaire trop restreint ne m’empêche pas d’entendre allitérations ou assonances ou « frappe » des vers, en revanche le « nouage » de la musique (du son) & du sens, & bien des allusions, des aspects culturels, etc., m’échappent. Je pourrais y remédier avec qq efforts & de la patience, hélas la plupart du tps la flemme l’emporte. Il y a tjs qqch de plus urgent à faire…)

    Tt cela pour me justifier de recopier l’incipit ds mon prochain commentaire, alors que personne n’a rien demandé.

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  49. Jazzi la proximité de la mer ouvre sur le large et la surprise,et aussi aussi l’émotion enfantine revenue : glisser ses pieds dans les vaguelettes et sentir le sable s’écouler et fuir avec l ‘eau sous la plante des pieds dans une curieuse chatouille glissante… c’est toujours une découverte,des variations infinies de couleur,un rêvé embarquement.. que le temps soit pluvieux, brumeux,grand beau, avec vagues blanches (comme aujourdhui) ou simple sanctuaire de chaleurs blanche et réverbérante l’été et je comprends Victor Hugo dans ses descriptions ébouriffantes des « Travailleurs de la mer ».. je comprends aussi qu’il soit resté si longtemps dans les îles anglo normandes..

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  50. a propos d’huitres.. promenade matinale pres de chez moi….hier..

    9h10,heure d’été.Promenade matinale vers l’Anse des Sablons. Pour changer du confinement et l’oublier. Rafales du large, vent froid qui fouette le visage, revivifie, vision nette des villas bien alignées le long de la digue-promenade, leurs crépis beige, leurs jardinets, leurs balcons à croisillons, parfois un échafaudage et une bétonneuse. L’aire d’accastillage du port de plaisance est vide, avec ses étendues de goudron qui brillent comme des morceaux de verre. La vase et les algues au fond du bassin des Sablons avec graviers et sable micacé .Perchés sur une ligne de ciment, deux cormorans, ailes dépliées, silhouettes d’ oiseaux d’armoiries, l’un plonge et disparait plusieurs secondes. De l‘écume couleur calcaire , épaisse et poreuse, stagne dans les failles des rochers de la Cité d’Alet.
    Au-delà du quai Solidor, on découvre le promontoire à la verdure touffue du parc des Corbières avec ses allées sinueuses étouffantes, cachées, et humides, ses sentiers d’un vert chenal, tapissés d’aiguilles de pin, sa lumière filtrée d’aquarium, ses odeurs végétales de feuilles pourries, ses caches feuillues avec un banc pour adolescents amoureux, et nuées de moucherons qui dansent pendant les beaux jours, ses broussailles mouchetées d’or, ses ravines avec éboulis d’un terreau brun marc de café ,et surtout une trouée si insolite dans le rideau feuillu révèle vingt mètres plus bas une crique aux eaux turquoises, si improbable, si ensoleillée, qu’elle fait penser à un mirage de la Méditerranée. Le tout est dominé par les longs bâtiments gris d’un ancien séminaire devenu hôpital.
    Soudain vers le barrage, après une bourrasque qui tord les feuillages d’un vert laqué, l’estuaire devient miroir d’un bleu calme avec quelques courants de marée d’un vert épais cul de bouteille profond , qui semble déporter ses zébrures vers la pâle étendue délimitée par des balises . Des nuages se croisent très haut. Murmure d’eau, remous, quelques longues vagues lentes lavent les rochers .
    Eau évasion, eau dispersion, eau concentration, eau remous, eau murmure, si le regard s’y attarde, tout devient vertige onirique, oubli.

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  51. Phil, merci pour cette analyse.Le visage, et l’allure de Thalberg sont fascinant et la finesse ,la grâce féminine de Scott.. elle aussi.. retient..

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  52. Bonjour dear Paul Edel, n’ai pas lu ce Fitzgerald, pas plus que d’autres livres à cinéma mais irai bien voir la prose originale à l’occasion, déconfiné.
    souvenir du reflet oeil d’or de MacCullers, lu en bonne traduction mais parasitée par cette formidable copie dorée du film, avec Brando à voix de fausset et Taylor grenade sexuelle pas dégoupillée.
    Des trois visages photographiés ici, celui de Thalberg le plus riche, manque à de Niro ce regard bistre au désir de puissance retenue depuis des siècles.
    Fitzgerald, traits étonnamment doux de victime pour une vie qui finira fracassée.
    Thalberg, courte litanie de mogouls juifs montés en puissance jusqu’à la démence liquidée en crise cardiaque, Lubitsch le dernier.
    Grande misère de ne pouvoir entendre les conversations entre Thalberg et Stroheim.
    Consommez-vous des huîtres pour vous protéger de l’épidémie ? une pensée pour CP qui nous l’espérons redonnera ses éclairages sur ces sujets lorsque le goût reviendra.

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  53. Je propose, vous disposez, Paul Edel. La recette du cuissot de chevreuil est tirée d’une édition originale de 1958 de La Cuisine pour les hommes, toutefois amputée de son introduction dans laquelle RO mentionne quels sont à son goût les meilleurs morceaux de la bête. Peut-être en avez-vous hérité et se trouve-t-elle dans un rayon de vôtre bibliothèque que vous aurez le goût de redécouvrir, après carême.

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  54. J’ouvre ici une parenthèse alimentaire.

    Exercice de slowfood pour la quinzaine qui vient en métropole :

    temps de préparation, douze jours
    temps de cuisson, quinze minutes
    temps de lecture, variable

    « Cuissot de chevreuil.

    Compter un cuissot pour douze personnes, trois râbles de lièvre et de la purée de marrons.
    Bien imbiber le cuissot de chevreuil de bonne huile et le laisser dans l’huile pendant deux jours.
    Faire une marinade mais avec vin rouge, vin blanc et vinaigre à parties égales. Donner une ébullition à cette marinade et laisser refroidir. Placer alors le cuissot dans cette marinade et laissez-le pendant plusieurs jours (dix) en ayant soin le cinquième de faire rebouillir la marinade et d’y mettre le cuissot lorsqu’elle sera complètement refroidie. Ajouter à ce moment les râbles de lièvre qui eux ne restent que cinq jours dans la marinade.
    Retirer le tout de la marinade la veille du jour où vous désirez opérer la cuisson, égoutter cuissot et râbles et désosser ces derniers. Réserver cuissot et râbles au frais jusqu’au lendemain.

    La cuisson proprement dite.

    Couper en dés d’égale grosseur des carottes, des oignons, du lard de poitrine et faire revenir le tout dans beurre et huile. Ajouter une pincée de farine, laisser dorer. Mouiller avec la marinade, saler un peu, ajouter les os des râbles, les nerfs et laisser cuire doucement pendant plusieurs heures.
    Garder cette sauce sous une étamine. Placer dans une casserole un demi-verre de vinaigre et une forte pincée de poivre de Cayenne. Faire bouillir jusqu’à ce que le vinaigre soit presque complètement évaporé. Ajouter la sauce réservée et laisser bouillir doucement.
    D’autre part, prendre 250 g de marrons épluchés, les mouiller avec moitié lait, moitié bouillon. Ajouter sel, muscade, un petit oeuf de beurre et faire cuire à feu doux. Lorsque les marrons sont assez cuits pour s’écraser, les passer dans un tamis fin et terminer comme une purée en travaillant avec un peu de crème. Réserver au chaud.
    Faire chauffer à plein feu, dans un plat allant au four, deux bonnes cuillerées de graisse blanche. Lorsqu’elle est très chaude y placer le gigot de chevreuil (gare aux doigts !), le retourner presque aussitôt, saler, poivrer et faire cuire au four pendant quinze minutes.
    Opérer de même pour les filets de lièvre, mais en utilisant moitié graisse moitié beurre et ne les laisser que cinq minutes.
    Le tout étant prêt : découper le gigot de chevreuil, le dresser sur un plat, disposer autour les filets de râble. Porter la sauce à ébullition violente, bien la fouetter et y incorporer (en la fouettant) deux cuillerées de crème fraîche. Napper légèrement le cuissot et filets, servir le reste à part dans une saucière. Présenter les marrons dans un légumier. ».

    Raymond Oliver, La cuisine pour les hommes

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  55. En lisant Jazzi dans” Le monde” qu’ un sexagénaire était mort après avoir ingéré du phosphate de chloroquine pour aquariums., je me suis souvenu de cette phrase d’Alfred Jarry dans Ubu roi: “Vous êtes bien laide ce soir Mère Ubu, est-ce parce que vous avez bu l’eau des poissons rouges? ” oui j’ai transformé la fin de l phrase qui était”- est-ce parce que nous avons des invités? ”
    la phrase d’alfred Jarry dans Ubu qui me fait toujours rire:” Il est encore plus bête quand il est parti”…

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  56. En lisant Jazzi dans » Le monde » qu’ un sexagénaire était mort après avoir ingéré du phosphate de chloroquine pour aquariums., je me suis souvenu de cette phrase d’Alfred Jarry dans Ubu roi: « Vous êtes bien laide ce soir Mère Ubu, est-ce parce que vous avez bu l’eau des poissons rouges?  » oui j’ai transformé la fin de l phrase qui était »- est-ce parce que nous avons des invités?  »
    la phrase d’alfred Jarry dans Ubu qui me fait toujours rire: » Il est encore plus bête quand il est parti »…

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  57. Non, Paul. Mais j’ai vu tous les films auxquels elle a participé en tant que scénariste. Faudra nous faire un billet !

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  58. Dorothy Parker ne serait pas en odeur de sainteté dans le Hollywood d’aujourd’hui !

    « Je hais les Femmes : Elles me portent sur les nerfs.

    Il y a les Femmes d’Intérieur…

    Ce sont les pires.

    Chaque instant est ficelé de Bonheur,

    Elles respirent avec méthode

    Et pour l’éternité se hâtent à grand pas vers la maison

    Où il faut surveiller le dîner…

    Il y a aussi les douces

    Qui disent avec un tendre sourire « l’argent ne fait pas le bonheur »

    Et ne cessent de me faire admirer leur robe

    En me confiant : « je l’ai faite moi-même »…

    Et vont épluchant les pages féminines des magazines,

    Toujours à essayer de nouvelles recettes…

    Ah, que je les hais, ces sortes de femmes !

    Et puis il y a les Petites Fleurs Sensibles […]

    Et puis, il y a celles qui ont toujours des Ennuis […]

    Et puis, il y a les Madame-Je-Sais-Tout […] »

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  59. C’est un beau symbole que d’etre veillé par quelqu’un qu’on surnommait the wit, l’esprit, et qui en eut beaucoup….
    MC

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  60. A Hollywood Scott Fitzgerald participa, entre autre, à l’écriture du scénario d’Autant en emporte le vent, réalisé en 1939 par Victor Fleming. En 1976, Elia Kazan tournera Le Dernier Nabab (The last tycoon), avec Robert De Niro, Tony Curtis et Robert Mitchum. Les dialogues avaient été adaptés alors par le distingué dramaturge anglais Harold Pinter. Malgré ces noms prestigieux au générique, on peut affirmer que le livre est bien supérieur à l’adaptation cinématographique qui en a été faite. Sur le même thème, celui de l’écrivain-scénariste dont l’immersion dans l’univers de « l’usine à rêves » vire au cauchemar, on préfèrera le Barton Fink, des frères Coen, qui remporta à juste titre la Palme d’Or au Festival de Cannes en 1991. Ce film fascinant, qui nous replonge dans le Hollywood de 1941, nous permet de retrouver, en prime, dans un second rôle délirant, la figure légendaire de… Scott Fitzgerald lui-même. A moins que ce ne soit plutôt William Faulkner ?

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  61. ..Une intrusion décalée, j’en étais restée à Hardellet, dont je suis une fidèle lectrice depuis longtemps. « Lourdes et lentes » dont j’aurais aimé parler. . Je le ferai, sitôt après avoir retrouvé du temps. .J’en manque cruellement. Mon post est un appel:: qui connaît une édition, ou des éditions des Nouvelles de Dino Buzzati, en traduction française ou en édition bilingue. J’en ai grand besoin et je ne les ai qu’en italien,( ,que je lisais assez correctement… il fut un temps bien lointain) et qui sont coincées quelque part.
    Si Paul Edel ou quelque admirateur de Buzzati n’a aucune information sous la main, tant pis ; Ne pas perdre son temps. En attendant que le virus se soit fatigué et que les librairies soient redevenues des lieux de première nécessité,je vais essayer de me souvenir de qqs-unes (ce n’est pas le K dont j’ai besoin.)
    Avec mes excuses et mes remerciements éventuels.. Bon et riche confinement aux lecteurs et au maître du Blog. Olga

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  62. Faulkner, Jazzi, a travaillé sur un scénario pour raconter l’aventure historique du Jeune général De gaulle.. Il était l’ami du réalisateur Howard Hawks et tous deux ,fanatiques d ‘aviation(voir le superbe bref roman de Faulkner Pylone -1935).se sont achetés des avions de tourisme avec leur argent d’hollywood.
    Par ailleurs, Faulkner souffrait bcp à écrire des scénarios. En parlant d’ hollywood, dans ses lettres, il parlait des « mines de sel ».. tout un programme….

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  63. Oui, M. Court. Et on voit bien que Fitzgerald avait bien compris la singularité du langage cinématographique !
    Faulkner aussi me semble-t-il…

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  64. MC pardon pour les fautes .là où j ‘habite (Saint-Servan) pas vu de police depuis quatre jours..rues désertes .chaque après-midi je prends des sentiers sur les bords de Rance, impossible de rencontrer un flic dans ce désert d’herbages,d’eaux et de criques envasées avec cimetière d’embarcations pour les oiseaux et les chats..

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  65. « Fitzgerald est virtuose quand il fait donner une leçon de cinéma par Monroe Stahr à un scénariste désemparé »

    Extrait :

    « Stahr sourit à M. George Boxley. […]
    M. Boxley ne lui rendit pas son sourire. […]
    Stahr le regarda courtoisement.
    – Qu’est-ce qui ne va pas, monsieur Boxley ? […]
    – Je n’obtiens rien de ce que j’écris sur le papier, explosa Boxley. Vous avez tous été très corrects, mais c’est une sorte de conspiration. Les deux scribouillards que vous m’avez adjoints écoutent ce que je dis, mais ils en font de la bouillie. On dirait qu’ils disposent d’un vocabulaire d’une centaine de mots.
    – Pourquoi ne l’écrivez-vous pas vous-même ? demanda Stahr.
    – C’est ce que j’ai fait. Je vous ai envoyé quelque chose.
    – Mais ce n’était que conversation, échange de propos, dit Stahr doucement. Une conversation intéressante, mais rien de plus.
    Cette fois, il fallut toute la force des deux assistants fantômes pour retenir Boxley au fond de son fauteuil. Il se débattait pour se redresser ; il émit un jappement étouffé qui n’était pas sans rapport avec un rire mais totalement étranger à tout amusement, et dit :
    – Je crois qu’il ne se peut pas que vous autres lisiez ce qui est écrit. Les deux hommes sont en train de se battre en duel quand ce dialogue a lieu. A la fin, l’un d’eux tombe au fond d’un puits et on doit le remonter accroché au seau.
    Il poussa un autre jappement avant de retomber.
    – Est-ce que vous écririez une scène pareille dans un de vos livres, monsieur Boxley ?
    – Quoi ? Bien sûr que non.
    – Vous trouveriez cela de trop mauvaise qualité.
    – Les critères sont différents au cinéma, esquiva Boxley.
    – Vous y allez quelquefois ?
    – Non, presque jamais.

    – Ne serait-ce pas parce que les gens y passent leur temps à se battre en duel et à tomber au fond des puits ?
    – Oui, et qu’ils arborent des expressions crispées, et échangent des dialogues invraisemblables et peu naturels.
    – Oublions les dialogues un instant. Je vous accorde que les vôtres sont plus élégants que ce que pondent vos scribouillards – c’est pourquoi nous vous avons fait venir. Mais imaginons quelque chose qui ne soit ni du mauvais dialogue ni des cascades dans un puits. Est-ce qu’il y a dans votre bureau un poêle qu’on enflamme avec une allumette ?
    – Oui, je crois, répondit Boxley avec raideur, mais je ne m’en sers jamais.
    – Disons que vous êtes dans votre bureau. Vous avez passé toute votre journée à livrer des duels ou à écrire et vous êtes trop fatigué pour vous battre ou pour rédiger davantage. Vous êtes assis là, les yeux dans le vague, abruti comme cela nous arrive à tous. Une jolie sténodactylo que vous avez déjà remarquée entre dans la pièce et vous la regardez distraitement. Elle ne vous voit pas, bien que vous soyez tout près d’elle. Elle ôte ses gants, ouvre son sac et le renverse sur la table.
    Stahr de leva et il jeta son trousseau de clefs sur son bureau.
    – Elle a deux pièces de dix cents, une pièce de cinq et une pochette d’allumettes. Elle laisse sur le bureau la pièce de cinq cents, remet les deux autres dans son sac, elle prend ses gants noirs, s’approche du poêle, ouvre celui-ci et met les gants dedans. Il reste une allumette dans la pochette et elle se prépare à la frotter, agenouillée près du poêle. Vous remarquez qu’un fort courant d’air souffle de la fenêtre – mais juste à ce moment-là votre téléphone sonne. La fille décroche, elle dit allô, elle écoute, et répond délibérément : « Je n’ai jamais eu de ma vie une paire de gants noirs. » Elle raccroche, elle s’agenouille à nouveau près du poêle, et au moment précis où elle frotte l’allumette vous tournez la tête tout à coup et vous découvrez qu’il y a un autre homme dans le bureau, qui observe chaque mouvement de la jeune fille…
    Stahr se tut. Il ramassa ses clefs et les remit dans sa poche.
    – Continuez, dit Boxley en souriant. Qu’arrive-t-il ?
    – Je ne sais pas, dit Stahr. Je faisais seulement du cinéma.
    Boxley eut l’impression d’être pris en défaut.
    – Ce n’est que du mélo.
    – Pas forcément, dit Stahr. En tout cas, personne ne s’est démené violemment, personne n’a prononcé un dialogue de mauvaise qualité, personne n’a arboré la moindre expression. Il n’y a qu’une réplique faiblarde, et un écrivain comme vous saurait l’arranger. Mais cela vous a intéressé.
    – Pourquoi la pièce de cinq cents ? demanda Boxley d’un ton évasif.
    – Je ne sais pas, dit Stahr qui se mit soudain à rire. Ah, si : c’était pour le cinéma.
    Les deux assistants invisibles parurent lâcher Boxley. Il se détendit, s’appuya au dossier de son fauteuil et rit à son tour.
    – Pourquoi diable me payez-vous ? Je n’entends rien à votre fichu métier.
    – Ca viendra, dit Stahr en souriant, sans quoi vous n’auriez pas posé cette question sur la pièce de cinq cents. »
    (traduit de l’anglais par Suzanne Mayou, Editions Gallimard, 1976)

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  66. caudes pour chaudes?
    M’est avis, ma source est la Presse, que la Cité corsaire commence à être mise au pas par la Maréchaussée, Paul Edel! Méfiez-vous dans vos promenades.
    Bien à vous.
    MC

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