Gombrowicz perturbe encore

Je reviens  à Gombrowicz.  Personnage décalé, impérial, plein de morgue et de dérision, histrionique, superbe bouffon angoissé par sa Pologne dévorée par l’ordre hitlérien suivi de l’ordre   stalinien. Tout commence par la publication en 1937,en Pologne,  d’un roman fourre -tout  inclassable, insolite ,mélange de  bouffonnerie et d’angoisse, tragédie et rigolade amère .Un roman qui, dans une scène d’ouverture, montre comment un oncle fait revenir son neveu au lycée pour le « rééduquer ». Cette scène de « rééducation » va éclairer  le sens d’une œuvre qui  refuse qu’on  plonge l’homme  dans le façonnement industriel  idéologique et qu’on  s’empare   de lui  pour démolir son « être intérieur »  vrai, authentique, pour le transformer en  un esclave idéologique. Combat gombrowiczien isolé, tragique, et insolent, contre  toutes les tentatives de rééducation des régimes.  Gombrowicz perturbe.

Gombrowicz et sa femme Rita

A la fois à la recherche d’un éden érotique(voir « la pornographie », 1960), et d’un homme délivré de la bêtise patriotique et des enrôlements religieux,  ce démolisseur  de clichés  réintroduit le jeu, la farce, en se souvenant d’un de ses auteurs préférés :Rabelais. Mais chez lui, dans ce rire grinçant face à l’insoutenable l de l’époque , c’est d’abord le grincement que le lecteur  non prévenu  perçoit.

 Ce polonais  me fait  penser au grand autrichien dégonfleur de baudruches : Thomas Bernhard, qui est  de la génération suivante.. C’est ça aussi l’Europe littéraire.. ces deux grands bouffons sortis tous deux confrontés à la seconde guerre mondiale,  et tous deux  rescapés du nazisme . « Je suis l’auteur de la « gueule » et du « cucul » – c’est sous le signe de ces deux puissants mythes que j’ai fait mon entrée dans la littérature polonaise. Mais que signifie « faire une gueule » à quelqu’un ou « encuculer » quelqu’un ? « Faire une gueule » à un homme, c’est l’affubler d’un autre visage que le sien, le déformer… Et « l’encuculement » est un procédé similaire, à cette différence près qu’il consiste à traiter un adulte comme un enfant, à l’infantiliser. Comme vous le voyez, ces deux métaphores sont relatives à l’acte de déformation que commet un homme sur un autre. Et si j’occupe dans la littérature une place à part, c’est sans doute essentiellement parce que j’ai mis en évidence l’extraordinaire importance de la forme dans la vie tant sociale que personnelle de l’être humain. « L’homme crée l’homme » – tel était mon point de départ en psychologie ». W.Gombrowicz

Witold Gombrowicz est donc   né le 4 aout 1904 à Maloszyce en Pologne,   mort à Vence en France le 24juillet  1969..Les français l’ont découvert  grâce à Maurice Nadeau son éditeur fidèle à Paris, et d’abord par ce  «  Ferdyduke »,livre qu’il considérait comme l’étape capitale, son roman matrice .

 Il serait facile de le réduire à un extravagant anarchiste, un casseur d’assiette surréaliste,  un histrion griffu, un  pamphlétaire  plein de morgue qui  démolissait  les certitudes des cercles littéraires avant-gardistes  qu’il fréquentait dans les cafés de Varsovie dans sa jeunesse. Cet ami de Bruno Schulz  écrit : »Je ne connais ni m vie ni mon œuvre. Je traîne le passé derrière moi comme la queue vaporeuse d’une comète, et sur mon œuvre j’en sais bien peu .Obscurité et magie ».

Ferdyduke » fut publié en 1937 en Pologne, dans  ce livre si innovant, inclssble , dans lequel il montre que l’homme façonné par les ideologies mortfères   devient une caricature ,un homme amputé, déchiré,   reduit,bouilli, diminué, démonté, rééduqué,  assommé par le patriotisme, les mise au pas,  ça va du catholicisme au stalinisme,  surveillance  idéologique. Toute sa vie,il   se moque dans  une magique grimace  de  la solennité, de  tous les academismes,et de cette insupportable   prétention à la « maturité »  notamment chez les artistes et les  hommes de pouvoir .. La bouffonnerie est le royaume de Gombrowicz et son grand   panorama. Ou ce « « Ferdyduke »  est un peu son « discours de la méthode ». Ce  livre est  un immense éclat de rire décrassant , -un peu comme l’œuvre d’ Alfred Jarry-devant  toute cette humanité qui se la  joue, qui se joue  à « s’encuculer »,comme il dit, Gombrowicz.. c’est-à-dire traiter les adultes comme des enfants,  entreprise immense qui consiste à infantiliser :vaste boulot  de nos sociétés, vaste tâche des hommes politiques, des religieux, mais aussi des écrivains, des artistes,  des hommes de tv,.…  analyste aussi de ce qu’il nomme   « encuculage »  dans ce « Ferdyduke » auquel je reviens toujours avec ce livre bréviaire est un gant de crin, un décrassage parfait  pour nous  écarter  des propagandes  médiatiques  .« Il est facile de voir, résume-t-il  dans son » journal » de 1957 , de voir que tout notre patrimoine culturel, accumulé dans la dissimulation habituelle de notre immaturité par des hommes avides de se hisser au niveau supérieur, dont la sagesse ,le sérieux, la profondeur et la responsabilité ne sont que pure façade  et qui cachent l’envers de la médaille qu’ils n’oseraient pas révéler, de voir que tous nos beaux-arts, nos morales, et nos philosophies, qui sont plus mûrs que nous, ne réussissent qu’à nous compromettre et à nous faire sombrer dans une sorte de régression infantile. Dans notre propre for intérieur, nous n’arrivons guere à la hauteur de notre propre culture(..) Nous ne sommes, en profondeur,  que d’éternel blancs –becs »

« Ferdydurke » n’est pas facile à aborder. Haché par des digressions théoriques et autres apologues Gombrowicz veut  inciter  son lecteur    à se librer du constume social qu’n taille pour lui, et à sa place, le délivrer   des formes imposées par la société. Toutes plus  schématisantes, réductrices, abrutissantes  les unes que les autres.  Et il met en avant  «  la sainte immaturité »..

 Le 1° aout 1939, invité par une ligne de navigation pour inaugurer le bateau « Chrobry », c’est pendant son séjour à Buenos Aires que la guerre éclate. Coupé de la Pologne envahie,  il demeure en Argentine 24 ans. De ce séjour argentin,  nous reste les mille pages de son « Journal. »

Son journal est ce qu’il y a de plus plaisant,divers, ondoyant,  irritant, malicieux,  et de plus éclairant dans son œuvre. Commencé à Buenos Aires en 1953 et achevé à Vence en 1969….

Le 6 août 1952, Gombrowicz écrivit au directeur de Kultura revue mensuelle de l’émigration polonaise, publiée à Paris par Jerzy Giedroyc.: « Je dois devenir mon propre commentateur, mieux encore mon propre metteur en scène. Je dois forger un Gombrowicz penseur, un Gombrowicz génie, un Gombrowicz démonologue de la culture et encore beaucoup d’autres Gombrowicz indispensables. » Ce sont de multiples Gombrowicz qui s’emboitent, se démènent, se contredisent,s’embllent, se confessent,  s’insurgent,  s’enchevêtrent .Résultat sauvage.

Gombrowicz en Argentine

Devenu petit employé de banque, mais reçu dans les milieux littéraires argentins, il multiplie les gaffes auprès de ceux qui l’invitent , incapable de faire taire  son ironie naturelle, ses moqueries spontanées, son sens  burlesque dans ces réunions d’auteurs en  autocongratulations mutuelles .C’est  le bourreau des cénacles  d’ »artistes ».  Heureusement, il est séduit  par ses voyages au bord de l’ocean, des rencontres inattendues.Il cède à l’euphorie sensuelle et bien concrète  du pays. Beauté et sensualité, chasse au bonheur,  qu’il savoure  dans la ville de Tandil. L’Argentine le retient  par son  hédonisme.

« Dans notre embarcation à moteur, sur le miroir d’eau qui s’étend sombre et silencieux, nous glissons entre le taillis des îles. Il fait vert et bleu, il fait aimable et amusant. A l’arrêt une jeune fille monte qui… Comment m’exprimer ?La beauté a ses mystères. Que de belles mélodies par le monde ! Seules quelques-unes pourtant nous font l’effet d’une main qui commence à nous étreindre. Cette beauté-là était tellement poignante que nous avons tous eu un sentiment de dépaysement, peut-être même de pudeur, — et nul d’entre nous n’osait montrer aux autres qu’il la regardait, mais pas une paire d’yeux qui ne fussent aux aguets de cette étincelante existence.
Soudain la jeune fille le plus tranquillement du monde, entreprit de se curer le nez avec les doigts. »

Dns son Journal, il note :« Ô Tandil ! Ah Tandil ! C’est une obsession, avec ton vent frais, océanique, tes amphithéâtres de pierre !.. 

Plus loin :« Dans un wagon-. Cinq heures de l’après-midi. Nous approchons de Tandil qui d’ici fait penser à Salzbourg-la pointe élancée d’un clocher sur fond de montagne. L’espace ruisselle de lumière printanière, l’air ensoleillé frémit, des nappes de couleurs montent des prairies et se dispersent peu à peu au bord du ciel. »

Plus loin : » Tandil n’est pas une station climatique avec des hôtels, des touristes, mais une simple ville de province. En me lavant les dents au soleil j’ai médité  sur les moyens de pénétrer dans la ville devant laquelle on me mettait en garde. »Tu t’ennuieras à mourir à Tandis. »,me disait-on (..) Puis je suis entré dans la ville : des carrés, des rectangles, des maisonnettes d’une blancheur éblouissante, des toits plats, des angles aigus, du linge qui sèche, au pied du mur une moto et la place, grande et plate,  éclatante de verdure. On marche sous un soleil brulant mais l’air a une fraîcheur printanière. 

Les deux volumes  de son « journal », publiés en folio, sont  vigoureux, sarcastiques, obsessionnels sur l’état  culture de la Pologne, parfois lyriques(sur les bords de mer, les soirs de vent, ou la nuit et ses orages) mais aussi carnet d’un exilé qui  peste, sermonne sa génération d’écrivains polonais enlisés dans le réalisme  il s  ‘interroge beaucoup sur Sartre et l’existentialisme,  lance avec sa morgue coutumières  des ruades contre les poètes (« moi osant soupçonner que le rite de la Messe poétique est en train de se dérouler au milieu d’un vide absolu . ») ,contre les académismes,  la peinture abstraite* Ses diatribes contre « l’étouffante furie des nationalismes.

Ses portraits de Cioran ,Proust ,de Balzac sont succulents, arrogants,vachards, et  parfaits.. Il  commente les périodiques polonais après le discours de Kroutchev et les révélations des XXème congres. Il confie aussi son désarroi face à l’âge qui vient.

 A Mar del Plata,  se promenant seul face à l’océan.

« J’arrivais ici avec le ferme  espoir que l’océan balaierait mes angoisses, que cesserait cet état de menace qui m‘avait assailli dès Melo .Eh non ! les vents n’ont réussi qu’à étourdir ma peur. Le soir,  je rentre depuis le rivage tonnant jusqu’à la quinta, au jardin dont les arbres murmurent en détresse, j’ouvre avec ma clef la maison déserte, j’allume, je mange le repas froid que m’a préparé Formosa- et alors…Alors, tout en restant assis « j’éclate »- oui, j’éclate : mon drame, mon sort, ma destinée, l’incertitude de mon existence, tout  me cerne, et  m’assiège. Vu l’éloignement progressif qui me retranche de la nature, ces dernières années, des hommes, vu l’âge qui lentement m’accable, ces états d’âme se font de plus en plus menaçants. Avec l’âge, la vie de l’homme devient un piège d’acier. Au début, tout n’est que mollesse, on enfonce là-dedans comme dans du beurre, et puis la tendre étreinte de la vie commence à  faire sentir  son acier, et c’est l’inexorable froid du métal, la cruauté atroce de l’artère en train de se scléroser. »

et surtout, dans ce « journal »  Gombrowicz donne énormément de clés pour comprendre ses positions littéraires si déroutantes, et qui furent  mal comprises ou sciemment déformées par dans la Pologne stalinienne des années cinquante et sa critique marxiste régnante.. Maus avec Gombrowicz rien n’est simple.On le voit bien    dans sa fascination hargneuse  face  à Sartre Il est fasciné par « l’être et le néant » et le coté philosophie concrète des chelins de la  liberté Mais sa fascination est moqueuse, avec des réserves abruptes.  Il est plus dubitatif  à propos de Camus

« Pourquoi donc en lisant les moralistes français  ai-je toujours l’impression que l’homme leur échappe? Leur morale me semble abstraite, théorique et sans ressources, comme si notre véritable existence se passait toujours quelque part en dehors d’elle. »

Il a ecrit des pages superbes sur l’ocean

Mais revenons aux obsessions gombrowiciennes : « Imaginez un vénérable artiste mûr et réfléchi qui, penché sur sa feuille blanche, est en train de créer, mais voici que lui monte sur le dos un adolescent ou un demi intellectuel, ou une jeune fille, ou n’importe quelle personne à l’esprit vague, plus que moyen,  ou n’importe quel être jeune, inférieur ou moins intelligent. Et être, cet  adolescent, cette jeune fille ou n’importe quel autre produit d’une triste sous- culture, se jette sur son esprit, le tiraille, le rétrécit, le pétrit de ses grosses pattes et en l’étreignant ainsi, en l’embrassant, en l’aspirant, le rajeunit par sa propre jeunesse, le contamine de sa propre immaturité et l’accommode à son propre modèle, le ramène à son  niveau, le prend dans ses bras !Mais l’artiste, au lieu de se mesurer avec l’intrus, feint de ne pas l’apercevoir et-quelle aberration !- croit qu’il évitera les violences en faisant comme si personne ne le violentait..des plus grands génies aux bardes de quatrième catégorie, n’est-ce pas cela qui nous arrive ?n’est-il pas exact que tout être mûr, supérieur, âgé, se trouve de mille façons dépendre d’individus arrêtés à un stade inférieur d’évolution ? Et cette dépendance  nous atteint au plus profond, à tel point qu’on pourrait dire : »le plus vieux est façonné par le plus jeune. » Quand nous écrivons, ne devons-nous pas nous adapter au lecteur ? Quand nous parlons, ne dépendons nous pas de la personne pour laquelle nous parlons ? Nous sommes-nous pas tragiquement épris de la jeunesse ? Ne devons-nous pas à tout moment rechercher les faveurs des personnes inférieures, nous accommoder à elles, nous soumettre à leur pouvoir ou à leur charme- et cette violence exercée sur nous par des gens inférieurs et ignorants n’est-elle pas la plus féconde ? Mais vous, malgré votre rhétorique, vous n’avez pas été capable jusqu’ici que de garder la tête enfoncée dans le sable et votre intelligence livresque et didactique, gonflée de vanité, n’est même pas parvenue à s’en rendre compte. Alors qu’en réalité vous êtes victimes d’un viol continu, vous faites comme si de rien n’était, oui, parce que, hommes mûrs, vous ne fréquentez que des hommes mûrs et votre maturité ne peut fraterniser qu’avec d’autres maturités ».

On n’en finit jamais avec cet écrivain. Un autre jour, je vous parlerai de son théâtre.

25 commentaires sur “Gombrowicz perturbe encore

  1. Bonjour Paul Edel, je m’étonne de trouver dans votre article les mots » encuculage » et « encuculiser », dans la traduction de Ferdydurke par Brone, c’est le mot « cuculiser » qui exprime l’infantilisation de l’adulte, il faut croire que vous devez vous référer à une autre traduction? Toutefois, je soumets à votre attention ce qu’écrit Hélène Wlodarczyk ( professeur de linguistique polonaise à l’Université Paris-Sorbonne et responsable du département de polonais depuis 1983) dans un article publié sur cairn.info:
    C’est lors de la présentation au directeur du lycée du narrateur (transformé en enfant et inscrit de nouveau au lycée) qu’apparaît le mot cucul ( pupa) dans un usage étonnant. En polonais, pupa est un mot de la langue familière, enfantine, mais non vulgaire, qui désigne un petit derrière d’enfant, d’où la traduction française cucul. Il s’emploie normalement entre la mère et l’enfant ou éventuellement entre des éducateurs et de très jeunes enfants mais plus du tout à l’adolescence, l’âge des élèves de Ferdydurke.

    Le directeur Piórkowski emploie le mot cucul à la place d’une formule de bienvenue lorsqu’il accueille le professeur Pimko venant lui présenter Jojo, le nouvel élève. Répété trois fois avec l’intonation exclamative, cucul est utilisé par le directeur comme une interjection ou un adverbe approbatif, destiné à véhiculer un sens plus abstrait que dans la langue courante. Cet usage est d’autant plus étonnant que le directeur est décrit comme un personnage imposant par la taille et d’un sérieux mortel. Au point du roman où est située la scène, l’attention du lecteur a été plusieurs fois attirée vers les problèmes d’immaturité par l’aventure fantastique du narrateur, retombé (ou repoussé) en enfance avant même d’être devenu adulte. Le contenu sémantique de l’interjection s’enrichit progressivement au contact des autres mots du discours du directeur. Signalons l’expression : « les adultes artificiellement infantilisés et rapetissés par nous » qui constitue une sorte d’explication du mot cucul et contribue à lui donner son contenu abstrait : une conception de l’éducation abêtissante et castratrice. Le mot est ensuite employé comme un substantif (« nos méthodes de formation du cucul »).

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  2. Merci De Nota.
    Entre les traductions des « lettres nouvelles Nadeau et celles de Christian Bourgois, ca a l’air compliqué. La traduction du « journal » parue en folio indique bien « traduction du polonais revue et complétée par Dominique Autrand, Christohe Jezewski et Alan Kosko. Mais peut-être avez vous des éclaircissements à nous apporter.Pour la traduction de Ferdydurke, je suis dans le brouillard.

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  3. Paul, tout ce que j’ai trouvé concernant la traduction de Ferdydurke est finalement dans la préface que Jelenski en donna pour Julliard « les lettres nouvelles » en 1958:

    « les limites de la traduction affaiblissent la portée de ce « cucul » qu’en désespoir de cause le traducteur a fait proliférer en préfixes et suffixes baroques( Brone a réussi d’une façon remarquable l’héroique entreprise que représente la traduction de Ferdydurke. Une équipe de quinze écrivains latino-américains n’a pas fait mieux pour la version espagnole) Pourtant c’est de la monotone répétition du mot polonais « Pupa » que tire son efficacité ce derrière rose et dodu de sage enfant bourgeois. « Upupiony »- « cuculisé » à défaut de meilleur terme… »

    Donc, à défaut de meilleur terme. Mais alors « Encuculisé » est-il un meilleur terme?il a évidemment une connotation sexuelle bien plus prononcée, mais est-ce pertinent?

    Cordialement.

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  4. Pas de réponse à votre question sur « le meilleur terme » « cuculisé », De Nota . Ne comprenant pas le polonais je ne peux trancher.. dans » Ferdydurque » et dans son  » Journal » Gombrowicz revient,s’explique, et commente sur ce qu’il a voulu affirmer dans son roman à propos de la Forme.., avec assez de précision pour qu’on ne puisse pas se tromper sur le phénomène .Il est évident que c’est à l’intérieur de la subjectivité et de l’intersubjectivité que se jouent les rapports complexes de maturité et d’immaturité, et évidement irréductibles à une simple question d’âge !! Je suis mûr ou immature sous le regard des autres, mais aussi en et pour moi-même. Gombrowicz le dit et le répète sur tous les tons. et je vous recommande de lire la page 119 de « Ferdydurque » edition Folio. sur  » un homme,qui plutôt que se gaver de touts les phraséologies intellectuelles, embrasserait l’univers d’un regard neuf en discernant l’ ‘importance capitale de la Forme dans notre vie. »

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  5. réflexion limitée (& pour cause) à la langue-cible : ne pourrait-on pas, faute de mieux, avoir recours à notre « cucul la praline » ?
    Inconvénient : sur le plan rythmique ça change tt, ces 3 syllabes supplémentaires, mais on garderait au moins le rapport au « derrière rose & dodu » de l’enfant sans susciter de connotations autres.
    Rien n’empêche d’en faire un verbe, évidemment « cucul-la-praliniser » & ainsi de suite.

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    1. Nescio : — mais non, elena, ça ne va pas du tt ! On perd l’effet de dissonance d’un registre inapproprié surgissant à l’improviste au milieu d’un autre. Plus d’inconvenance. Employer une expression au sens déjà critique ce serait désamorcer le geste de l’auteur. Prévenir l’effort demandé au lecteur avec du prémâché. C-à-d faire précisément ce que le mot est censé révéler.
      Enfin il me semble, en attendant l’avis de bons connaisseurs de Gombrowicz.

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  6. Passionnant compte-rendu/évocation Paul Edel.
    Merci à vous.
    ( Je pense à un autre perturbateur et à leur correspondance,Jean Dubuffet.)
    Et tout cela, in memoriam Marcel Moreau.

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  7. Pat V j’ai failli parler de Dubuffet.
    Elena.. non « cul cul la praline » éteint le sens perforant et explosant-fixe de Gombrowicz en le réduisant a quelque chose de niais et d’un peu ridicule. C’est pas ça du tout.,il ne s’agit pas d’un derrière de poupon..

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    1. Tt à fait d’accord pour retoquer mon « cucul-la-praline » qui ne convient pas du tt.

      (Cependant, & même si je fournis volontiers moi-même les verges pour me faire battre, je signale que j’avais emprunté « le derrière rose et dodu (de sage enfant bourgeois) » à la préface de Jelenski , confirmée par Hélène Wlodarczyk expliquant que « pupa » est « un mot de la langue familière, enfantine, mais non vulgaire, qui désigne un petit derrière d’enfant » — informations acquises aujourd’hui grâce aux citations de de nota !)

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  8. J’ai failli l’écrire hier en réplique à Jean Langoncet:Je n’aime guère ce narcisse qui stabilote ses intentions romanesques par son Journal Intime au cas ou on ne les aurait pas comprises.. C’est peut-être parce que j’ai horreur du vide? Je passe mon tour.

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  9. Rappelons « Les Envoûtés », roman « alimentaire » écrit en 1939 pour deux journaux varsoviens. Traduit et publié en français en 1977 chez Stock, mais incomplet,car le dernier chapitre n’avait pas été retrouvé à l’époque. Aujourd’hui en folio, enfin complet. C’est extraordinaire. Sans doute le dernier roman « gothique » de toute l’histoire littéraire, avec les ingrédients du genre, château hanté, terrible secret de famille, séducteur inquiétant, le tout inséré dans un cadre à la fois d’une modernité plutôt triviale, (le héros est prof de tennis) et étroitement lié au souvenir d’une société féodale aux moeurs « draculesques » si l’on me permet l’expression. La terreur est amené avec la science et la délicatesse des meilleurs auteurs fantastiques.

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  10. Monsieur, bel article sur Witold Gombrowicz. Pour autant, quelques remarques:

    1) Les textes fondateurs sur l’immaturité datent de 1927-30 et furent publiés sous forme de recueil dans Mémoires du temps de l’immaturité, 1933, rebaptisé plus tard Bakakai, du nom d’une rue du quartier de Flores à Buenos Aires où il vécut (peu de temps).

    2) À vous lire, on pourrait croire que le séjour de G. en Argentine fut en quelque sorte « touristique », avec quelques petites difficultés et c’est tout. Or, sa vie à Buenos Aires ne fut pas, économiquement parlant, de tout repos, ses liens avec l’intelligentsia porteña, Borges, Bioy, les Ocampo se limitèrent à quelques rares rencontres remplies de mépris et d’indifférence, devant se contenter d’une cour de jeunes admirateurs éblouis par l’homme plus que par ses écdrits qu’ils ne pouvaient pas lire puisqu’en polonais. Enfin, ses séjours à Tandil, Mar del Plata ou encore Santiago del Estero étaient dûs à sa santé défaillante, plus qu’à autre chose :
    « J’habitais seul dans une petite maison aux alentours du Calvario (à Tandil), en dehors de la ville, et je ne crois pas avoir connu de jours plus désespérés que ceux qui acccompagnèrentma convalescence. Pas de salut, je savais qu’il n’y avait pas de salut (…) Je savais quela maladie était déjà derrière moi mais aussi que ma santé était encore plus horrible que ma maladie. J’en étais arrivé à unpoint où la santé n’était pas moins écoeurante, l’était même davantage car elle affirmait une existence déjà contaminée par la mort, condamnée. » (Journal, 1958)

    3) On peut suivre de près, le parcours vital, à l’état brut et non littéraire comme dans son Journal « officiel », de G. en Argentine dans son journal « posthume », Kronos, Stock, 2016.

    Cordialement

    JB

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  11. Cher monsieur Bonells,

    Merci de vos remarques. Elles sont toutes justifiées. Et je les accepte volontiers.
    Sur le point 2, je suis désolé d’avoir pu donner ce sentiment « touristique», mais la puissance et l’énergie des descriptions-au bord de l’océan, dans un orage, dans une rue de Buenos aires , sur une plage avec ce mélange de désespoir et de lucidité sauvage,qui vire burlesque , – m’ont beaucoup frappé et ça n’a rien d’une vision « touristique. ». Désolé si j’ai pu donner cette impression.. Cela s’explique aussi par le fait que j’ai voulu aussi donner de Gombrowicz la facette hédoniste de l’homme qui connait des moments de joie à Tandil. Je n’oublie pas qu’il écrit :« Je ne crois pas à une philosophie non érotique. » l’érotisme est au cœur de toute son œuvre. Il ne cache pas, en même temps, ni son horreur la dégradation physique , ni la présence constante de la mort, ce qui aiguise son sens du ridicule face ses contemporains ! On lit aussi en filigrane une sorte de « sacré » .
    « La piété est absolument et rigoureusement exigée, même le plus minime des petits plaisirs ne peut se passer de piété », écrit-il dans Cosmos,1965.
    Il n’y a jamais eu chez moi la moindre prétention de donner dans l’exhaustif, d’offrir une vision objective de Gombrowicz, comme ça peut être le cas pour quelqu’un qui écrirait un article de dictionnaire . Je propose quelques pistes de son œuvre
    Pistes personnelles, subjectives.
    Je le dis car je ne suis pas armé philosophiquement pour aborder ce qu’il dit par exemple de Husserl ou de l’existentialisme de Sartre.. Enfin j’ai voulu lutter contre l’image souvent donnée de lui d’ un écrivain « bourratif », « ricanant » , « antieuropéen » qui ne tisse sa prose que de « ronchonnement et grommellement »., »éternel râleur » (c’est extrait du récent dictionnaire égoïste » de Dantzig )l’image souvent donnée d’un type plein de morgue qui bourre sa prose de divagations aigres, à qui on reproche ses rabâchages (comme on le fait d’ailleurs pour Thomas Bernhard..) comme s’il n’était qu’un irrité misanthrope. Oui, Gombrowics est « cousu » de clichés par certains critiques littéraires.
    Oui j’avais envie qu’on découvre l’homme des dialectiques curieusement enroulées sur elles mêmes, son regard décrassé,virulent, celui qui nous jette ses impressions compliquées, burlesques, curieuses dans un dancing. Ou sa torturante méditation sur le bateau qui le ramène en Europe.. et celui aussi qui décrit les eucalyptus , l’océan , la pampa.. Pourquoi? Il répète qu’il en a assez des excès de théorie :«Il pullule de nos jours ce genre de style qui vous fatigue, vous torture et vous arrache les boyaux, né d’une recette cérébrale, et fabriqué par de gens tout bonnement mal élevés. Il faut que le verbe vise à atteindre les hommes et non les théories, les hommes et non pas l’art » écrit-il en 1954.Il ajoute : »Dans ce Journal mon style est trop correct- et dans mes ouvrages artistiques, je sus plus franc du collier. »
    J’ai laissé de côté des pans entiers de son « Journal », notamment son art du portrait si succulent. D’Honoré de Balzac (qui le rend furieux) à ce jeune niçois Le Clézio qui vient le voir à Saint-Paul de Vence…. De Bioy Casares à Uwe Johnson, de Borges ou Ingeborg Bachmann .

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  12. Portrait de Le Clézio par Gombrowicz.
    « Le Clézio ? Le Clézio, soit, encore que je n’aie aucune idée de ce que je pourrais bien écrire à son sujet… Le Clézio m’a rendu visite avec sa femme peu après mon arrivée à Vence et m’a fait la meilleure impression, sérieux, intelligent, sincère. Concentré, presque tragique (il a vingt-sept ans). Très beau et plus encore photogénique, si bien que L’Express et d’autres revues collent sa photo en pleine page.
    La presse voit en lui la principale gloire de la littérature française, il est déjà connu en Europe, catalogué en France comme un futur Camus, les gens s’arrêtent lorsqu’ils le croisent dans la rue. Vingt-sept ans et déjà trois romans (ces français vraiment…)
    En laissant de côté les incommodités liées à cette position périlleuse, Le Clézio se trouve – me semble-t-il – menacé sur deux fronts. Le premier danger, c’est le genre de vie qui lui est échu, trop paradisiaque et idyllique. Bien portant, vigoureux, bronzé, au milieu des fleurs de Nice, avec une jolie femme, des crevettes, la renommée et la plage… que souhaiter de plus ? Ses romans baignent dans les ténèbres impénétrables d’un désespoir absolu tandis que lui-même, jeune dieu en maillot de bain, plonge dans l’azur salé de la Méditerranée. Mais cette contradiction reste très superficielle, et c’est en fait le second venin, beaucoup plus pénétrant, qui devient véhicule de ce premier poison. Ce second venin, c’est la beauté. […]
    il se défend contre sa beauté par sa voix d’abord – qui est imprévisiblement basse, virile, puissante – et aussi par le tragique extrême de sa vision du monde et l’héroïsme de son attitude éthique. […]
    Le Clézio est donc fait de contrastes : d’un côté la beauté, la santé, la gloire, les photos, Nice, les roses, la petite voiture, de l’autre les ténèbres, la nuit, le vide, la solitude, l’absurde, la mort. Mais la plus grande difficulté c’est qu’avec lui le drame devient beau, séduisant. Il se révolte. « La jeunesse je ne sais pas ce que c’est, cela n’existe pas », a-t-il déclaré dans une interview… mais il n’a pas tenu compte du fait qu’on n’est pas jeune pour soi-même mais qu’on est jeune pour les autres, à travers les autres.
    La seule chose qui pourrait le sauver, c’est le rire. »
    Journal traduit du polonais, revu et complété (notes), par Dominique Autrand, Christophe Jezewski et Allan Kosko. Paru chez Gallimard (je l’ai en édition folio)
    Merci Christiane de la RDL

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  13. Vous avez raison, il faut mettre aussi (surtout) en avant, comme vous le faites, le côté hédoniste de Gombrowicz, présent aussi bien dans sa vie que dans son oeuvre. C’est un être fascinant, ce qui m’a poussé à suivre ses pas dans tous les endroits qu’il a foulés en Argentine.Vous avez fait résurgir en moi ce parcours nostalgique. Merci. JB

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  14. Non, cul-cul la praline, dans le prolongement de Gombro le rabelaisien ne convient pas

    CHAPITRE XIII

    Comment Grandgousier congnut l’esprit merveilleux de Gargantua à l’invention d’un torchecul

    Sur la fin de la quinte année, Grandgousier, retournant de la défaite des Ganarriant, visita son fils Gargantua. Là fut resjouit comme un tel père pouvait être voyant un sien tel enfant, et, le baisant et accollant, l’interrogeait de petits propos puériles en diverses sortes. Et but d’autant avec lui et ses gouvernantes, auxquelles par grand soin demandait, entre autres cas, si elles l’avaient tenu blanc et net. A ce Gargantua fît response qu’il y avait donné tel ordre qu’en tout le pays n’était garçon plus net que lui

     » Comment cela ? dit Grandgousier.

    J’ai (respondit Gargantua) par longue et curieuse expérience inventé un moyen de me torcher le cul, le plus seigneurial, le plus excellent, le plus expédient que jamais fut vu.

    – Quel ? dit Grandgousier.

    – Comme vous le raconterai (dit Gargantua) présentement.

     » Je me torchai une fois d’un cachelet de velours de une damoiselle, et le trouvai bon, car la mollice [le moelleux] de sa suis me causait au fondement une volupté bien grande ;

     » une autre fois d’un chapron de celles-ci, et fut de même ;

     » une autre fois d’un cache cou ;

     » une autre fois des oreillettes de satin cramoisi, mais la dorure d’un tas de sphères de merde qui y étaient m’escorcherent tout le derriere ; que le feu saint Antoine arde le boyau cullier de l’orfèvre qui les fît et de la damoiselle qui les portait !

     » Ce mal passa me torchant d’un bonnet de page, bien emplumé à la Souice.

     » Puis, fiantant derriere un buisson, trouvai un chat de Mars ; de celui-ci me torchai, mais ses griffes m’exulcèrèrent tout le périnée.

     » De ce me guéris au lendemain, me torchant des gens de ma mère, bien parfumés de benjoin.

     » Puis me torchai de sauge, de fenouil, de aneth, de marjolaine, de roses, de feuilles de courles, de choux, de bettes, de pampre, de guimauves, de verbasce (qui est escarlatte de cul), de laitues et de feuilles d’épinards, – le tout me fît grand bien à ma jambe, – de mercuriale, de persiguire, de orties, de consolde ; mais j’en eu la cacquesangue de Lombard, dont feu gary me torchant de ma braguette.

     » Puis me torchai aux linceuls, à la couverture, aux rideaux, d’un coussin, d’un tapis, d’un verd, d’une mappe, d’une serviette, d’un mouchenez [mouchoir], d’un peignoir. En tout je trouvai de plaisir plus que n’ont les roigneux quand on les estrille.

    – Voir, mais (dit Grandgousier) lequel torchecul trouvas tu meilleur ?

    – Je y étais (dit Gargantua), et bien tout en saurez le tu autant. Je me torchai de foin, de paille, de bauduffe, de bourre, de laine, de papier. Mais :

    Toujours laisse aux couillons esmorche
    Qui son hord cul de papier torche.

    – Quoi! (dit Grandgousier) mon petit couillon, as tu pris au pot, vu que tu rimes déjà ?
    – Oui da (répondit Gargantua), mon roi, je rime tant et plus, et en rimant souvent m’enrime [enrhume]. Ecoutez que dit notre retraict aux fianteurs :

    Chiart,
    Foirart,
    Petart,
    Brenous,
    Ton lard
    Chappart
    S’espart
    Sur nous.
    Hordous,
    Merdous,
    Esgous,
    Le feu de saint Antoine te ard !
    Si tous
    Tes trous
    Esclous
    Tu ne torches avant ton depart !

     » En voulez-vous d’aventage ?

    – Oui da, répondit Grandgousier.

    – Alors donc dit Gargantua :

    RONDEAU

    En chiant l’autre hier senti
    La gabelle qu’à mon cul doit ;
    L’odeur fut autre que cuydois [celle due] :
    J’en fus du tout empuant.
    Ô ! Si quelqu’un eût consenti
    M’amener une que attendais
    En chiant!
    Car je lui eusse assimenty
    Son trou d’urine à mon lourdais ;
    Cependant eût avec ses doigts
    Mon trou de merde guarenti
    En chiant.

     » Or dites maintenant que je n’y sais rien ! Par la mer Dé, je ne les ai fait mien, mais les entendant réciter à dame grand que voyez ici, les ai retenu en la gibecière de ma mémoire.

    – Retournons (dit Grandgousier) à notre propos.

    – Quel ? (dit Gargantua) chier ?

    – Non (dit Grandgousier), mais torcher le cul.

    – Mais (dit Gargantua) voulez-vous payer un bussart de vin Breton si je vous fais quinaut en ce propos ?

    – Oui vraiment, dit Grandgousier.

    – Il n’est (dit Gargantua) point besoing torcher cul, sinon qu’il y ait ordure ; ordure n’y peut être si on n’a chié ; chier donc nous faut d’avant que le cul torcher.

    – O (dit Grandgousier) que tu as bon sens, petit guarçonnet ! Ces premiers jours je te ferai passer docteur en gaie science, par Dieu ! car tu as de raison plus que d’âge. Or poursuis ce propos torcheculatif, je t’en prie. Et, par ma barbe ! pour un bussart tu auras soixante pippes, j’entends de ce bon vin Breton, lequel point ne croit en Bretagne, mais en ce bon pays de Verron.

    – Je me torchai après (dit Gargantua) d’un couvre chef, d’un oreiller, d’ugne pantoufle, d’une gibecière, d’un panier mais ô le mal plaisant torchecul ! puis d’un chapeau. Et notez que des chapeaux, les uns sont ras, les autres à poil, les autres veloutés, les autres taffetassés, les autres satinés. Le meilleur de tous est celui de poil, car il fait très bonne abstersion de la matière fécale.

     » Puis me torchai d’une poule, d’un coq, d’un poulet, de la peau d’un veau, d’un lièvre, d’un pigeon, d’un cormoran, d’un sac d’avocat, d’une barbute, d’une coyphe, d’un leurre.

     » Mais, concluant, je dis et mantiens qu’il n’y a tel torchecul que d’un oison bien dumeté, pourvu qu’on lui tienne la tête entre les jambes. Et m’en croyez sur mon honneur. Car vous sentez au trou du cul une volupté mirifique, tant par la douceur de son duvet que par la chaleur temperée de l’oison, laquelle facilement est communiquée au boyau culier et autres intestines, jusqu’à venir à la région du cœur et du cerveau. Et ne pensez que la béatitude des héros et semidieux, qui sont par les Champs Elysiens, sait en leur asphodele, ou ambrosie, ou nectar, comme disent ces vieilles ici. Elle est (selon mon opinion) en ce qu’ils se torchent le cul d’un oison, et telle est l’opinion de Maître Jehan d’Escosse. « 

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  15. ( A propos du pape en « mondiovision » évoqué sous le fil précédent, il devait s’agir d’une contraction entre « mon dos » et l’exclamation « mon dieu ! » ; Rabelais : « Celui-là qui veut péter plus haut qu’il n’a le cul doit d’abord se faire un trou dans le dos. ». Quant à queen Elisabeth, en matière d’encuculades, elle ne le cède aujourd’hui qu’au pope François.)

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  16. (Enfin, pour couronner le tout, Rabelais encore : “C’est grande pitié quand beauté manque à cul de bonne volonté.” Paix aux hommes de bonne volonté.)

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  17. Je recommande la lecture de la thèse de Laurie Hudon.
    La dialectique immaturité/maturité dans les romans Ferdydurke de Witold Gombrowicz et La vie est ailleurs de Milan Kundera.
    Extrait

    « Comme le fait remarquer Gombrowicz, pour se manifester à
    l’extérieur, l’homme a besoin de se présenter sous une forme quelconque. Autrement dit,
    pour pouvoir entrer en relation avec l’autre, l’homme doit s’efforcer de présenter une image
    cohérente de lui-même et d’emprunter un langage qui peut être compris de tous: « Si
    l’homme ne parvient pas à s’exprimer pleinement, ce n’est pas seulement parce que les autres
    le déforment, mais surtout parce que nous ne pouvons formuler sans peine que ce que nous
    avons déjà aplani et dûment mûri en nous » Afin de se faire entendre et comprendre
    des autres, il est primordial que l’homme adopte des formes déjà reconnues dans son
    environnement social(se montrer stalinien par exemple) . C’est précisément cette idée qui est au cœur de Ferdydurke : dans ce roman, Jojo réalise progressivement que ses tentatives de se créer une forme unique et originale sont vaines et qu’il est, malgré lui, contraint d’emprunter des formes provenant de structures indépendantes de lui.
    Dans cette perspective, il nous apparaît que la définition gombrowizéenne de
    l’immaturité est chargée d’une connotation anthropologique. En démontrant que l’homme est
    constamment pétri par des formes étrangères, Gombrowicz réfléchit sur la condition humaine.
    Bien que dans Ferdydurke il s’amuse à démolir certaines instances culturelles polonaises
    jugées périmées – notamment la littérature nationaliste érigée en culte – qui continuent
    néanmoins d’être présentées comme des modèles à suivre, il demeure que Gombrowicz ne
    cherche pas seulement à ironiser ces formes devenues absurdes: son projet consiste
    principalement à mettre en lumière cette mystérieuse pulsion qui, nonobstant leur nationalité
    ou leur époque, pousse les hommes à s’approprier des formes issues de l’extérieur. »

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  18. Suite de la thèse.tres éclairante..
    « .Pour Witold Gombrowicz, l’immaturité, désigne tout ce
    qui, dans l’intériorité de l’homme, demeure au stade embryonnaire, et s’oppose à la Forme
    – c’est-à-dire à tous les codes, les lois, les conventions qui sont établis et reconnus par une
    collectivité.
    Bien que l’être humain cherche toujours à atteindre une certaine plénitude, ce
    dernier porte aussi en lui une force mystérieuse, laquelle tente constamment de désagréger la
    Forme. Dans Ferdydurke, ce dualisme entre l’immaturité et la maturité attribuée aux formes
    stables est notamment illustré par le fait que, bien qu’il soit d’abord fasciné par le style
    moderne de la jeune lycéenne, Jojo réalise par la suite qu’il devient peu à peu esclave de
    celui-ci. Obnubilé par une forme qui n’est pas la sienne, Jojo cherche un moyen de remédier
    à l’influence que les charmes de la lycéenne exercent sur lui. En réaction contre le style extrêmement défini de cette dernière Jojo entreprend de se servir du chaos qui l’habite pour
    contaminer la grâce et la « beauté virginale» de Zuta. Il fait donc appel à tout ce qui, dans son for intérieur, est « trouble, déformant, ridicule, caricatural et inharmonieux » afin de
    s’attaquer à la cohésion (si déprimante dans son assurance radieuse) du style moderne de la jeune fille.

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  19. D’une forme l’autre, au bal masqué des années trente, est-il possible que Gombro ait été influencé par Jung, ses lutins, persona, ombre et Cie. …? (Bergman, hospitalisé pour une double pneumonie, écrit, dit-on, le scénario de Persona en deux semaines)

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  20. le problème, c’est que Rabelais, c’est autre chose que Gombrowicz! On peut estimer avec Céline, et pour de fort mauvaises raisons qu’il a raté son coup, mais il n’irait pas nous bassiner avec un Journal de Narcisse , une Pornographie qui n’a que bien peu à voir avec l’univers de Maitre François, qui est tout le contraire. Relire de Gaignebet A plus Haut Sens . On ne joue pas dans la meme cour.

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  21. Extrait d’un article de Philippe Lançon,paru dans Liberation à propos de la sortie d’un recueil d’essais et de textes divers de Gombrowicz, « La patience du papier »
    Lui reproche-t-on de n’évoquer dans Ferdydurke que ses «petits déboires personnels» ? Il répond en 1938 dans un autre article de la Patience du papier, «La chaîne des gaffes» : «J’estime au contraire que je suis moi-même le seul sujet auquel m’a autorisé la nature ; je n’ai le droit d’aborder que mes déboires personnels et les grands problèmes ne me sont accessibles que dans la mesure où ils constituent mon petit problème à moi. Et je considérerais comme fort indiqué que les écrivains, surtout les jeunes, ceux qui ne sont pas encore « accomplis », rompent avec ce non-sens qui consiste à se taire honteusement sur eux-mêmes car même si leurs œuvres ne sont pas des chefs-d’œuvre, même si elles ne sont pas tout à fait des réalités artistiques, eux par contre, avec leurs petits déboires, sont certainement réels, vivants, intéressants et instructifs, même dans leurs défauts et leurs inévitables faux pas.» Gombrowicz est en avance sur ce qu’on baptisera plus tard, avec un sérieux dont il est dépourvu, l’autofiction .

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