Gombrowicz et Proust

Gombrowicz  et Proust

Dans son » journal »   Gombrowicz (cet autre asthmatique)  revient souvent sur ses lectures de Proust qu’il admire : « mon frère Proust ! » s’exclame-t-il à Tandil en 1958… Mais il ne donne pas dans une  parfaite dévotion, c’est le moins qu’on puisse en dire … Voilà ce qu’il écrit  dans deux endroits   à propos de « La Recherche «…

 « Les défauts de ses livres sont immenses et innombrables, une mine de défauts. Sa lutte essentielle contre le Temps est fondée sur une confiance naïve et exagérée dans le pouvoir de l’art ?VOil un ysticisme bien profesionnel de bel esprit et d’artiste. (..)

« Est-il vraiment de la famille ? oui, nous sommes tous les deux de la même distinguée famille.je devrais me jeter dans ses bras. Oeuvre subtile et effilée comme une lame, comme elle vibrante, fine et dure. Quel contraste délicieux avec la grossière, lourde et massive existence tandilienne*.Nous sommes tous deux des aristocrates, tous deux distingués !Mais non ! Qu’il aille au diable ! il m’agace, il me dégoûte, il ressemble trop à ma propre caricature !

Il m’a toujours agacé.je n’ai  jamais pu me joindre aux louanges  dithyrambiques qu’on lui a adressées. Ce monstre… d’une délicatesse excessive à force  de rester toujours au lit à étouffer, moite et visqueux, épuisé et emmitouflé, nageant dans les potions, voué à toutes les saletés du corps, muré dans sa chambre tapissée de liège… Ma nature simple et rurale de Polonais a horreur de cette décadence française. On pourrait admirer et  même vénérer l’énergie inspirée d’en haut à cette vie emmaillotée dans les plis de la robe maternelle, choyée, tout entière inscrite entre le lit, les livres, les tableaux, les conversations, les salons, le snobisme, grâce à quoi justement il  pu produire une œuvre dure et cruelle, touchant les nerfs les plus secrets de la réalité. On pourrait voir dans cette métamorphose de la mollesse en dureté, de l’excès de délicatesse en acuité, le secret bénéfique de l’aristocratie. On pourrait même risquer la thèse que la maladie se transforme ici en santé. Ce qui est conforme d’ailleurs à l’essence de l’art. En art quelqu’un de sain ne créera pas une œuvre saine ni un fort une œuvre forte ; c’est justement le contraire : un malade, un faible, saisira mieux l’essence même de la santé, de la force.(..) Rien d’étonnant donc à ce que lui, le malade, ait très bien connu le goût de la santé ; à ce que emprisonné entre quatre murs de sa chambre, il ait atteint les horizons les plus lointains et à ce que l’artifice l’ait conduit à une merveilleuse authenticité ».

*C’est la ville de Tandil en Argentine où il est en villégiature.

« Voilà un mysticisme  bien professionnel de bel esprit et d’artiste. Ses analyses psychologiques pourraient se multiplier à l’infini car elles ne sont qu’une broderie d’observations, sans invention ; ce qui leur manque c’est la révélation fondamentale de l’univers, elles ne sont pas le résultat d’un seul coup d’œil pénétrant, elles ne sont pas nées d’une vision, mais seulement d’un travail minutieux de l’intelligence sans inspiration. Ses phrases, dans leur richesse, frôlent à chaque pas le maniérisme; il y  un moment presque impossible à saisir, où leur beauté imposante se transforme en un complexe laborieux et artificiel . Son type de métaphore trahit ses faiblesses :ce ne sont  pas en général, des métaphores qui ramènent des phénomènes secondaires à une forme plus élémentaire mais le contraire ; il est toujours enclin  à traduire l’essence de l’univers par sa réalité secondaire, le langage de sa « sphère ». Quant au monde auquel il a donné l’existence dans son œuvre, rien de plus étroit : ses personnages sont tous du même modèle, c’est la même famille avec, dans ses combinaisons différentes, les mêmes caractères héréditaires. Charlus, Norpois, Mme de Guermantes sont faits de la même matière, à vrai dire ils disent tous la même chose. La monotonie de trame caractérise cette œuvre pauvre en invention et en imagination mais imposante par la culture laborieuse du détail. Rien pourtant ne trahit plus le caractère « ni cuit ni à cuire » de Proust que son intelligence, qui est parois lumineuse, mais qui dégringole combien de fois on ne sait  pourquoi ni comment, dans l’impuissance et la naïveté (..)« Pourquoi l’admirons-nous ? Nous l’admirons d’abord parce qu’il a osé cet abandon et n’a pas hésité à se montrer tel qu’il était, tantôt en frac et tantôt en robe de chambre, avec un flacon de potion, un soupçon de fard homosexuel et hystérique, avec ses phobies, ses névroses, ses faiblesses,  ses snobismes, avec toute la misère de Français déliquescent. Nous l’admirons car, au-delà de ce  Proust corrompu,  excentrique, nous découvrons sa nudité d’être humain, la réalité de ses souffrances et sa sincérité…Hélas ! A le contempler mieux encore, nous retrouvons au-delà de sa nudité un Proust en robe de chambre, en frac, en chemise de nuit, avec tous ses accessoires : lit, potions bibelots. C’est un jeu de colin- maillard. On ne sait plus ce qui es décisif : la nudité ou l’habit, le salon ou la vie, la maladie ou la santé, l’hystérie ou la force. C’est pourquoi Proust est un peu tout cela à la fois : profondeur et platitude, originalité et banalité, perspicacité et naïveté.. Cynique et candide, raffiné et de mauvais gout, habile et maladroit, plaisant et ennuyeux, léger et pesant. Pesant ! Ce cousin m’écrase. Je suis pourtant de la même famille, moi, avec ma subtilité. Je suis du même milieu. »

33 commentaires sur “Gombrowicz et Proust

  1. Jazzi,interprète comme tu veux!!.. ce qui m’intéresse dans ce que le polonais pense de Marcel, c’est surtout ça:  » « Sa lutte essentielle contre le Temps est fondée sur une confiance naïve et exagérée dans le pouvoir de l’art .. »

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    1. Il me semble que Gombrowicz, ici, à travers cette critique de Proust pour sa confiance qu’il juge « naïve » dans le pouvoir de l’art à nous sauver de la mort (Proust en cela très proche aussi de Malraux, ou l’inverse, comme on voudra), s’en prenne à l’art érigé en valeur absolue. Mais en cela, Proust n’est que le produit de son époque, héritière de la révolution romantique, qui a érigé l’art en Absolu, l’Absolu littéraire, qui nous renvoie au romantisme allemand, aux aphorismes de Novalis (« il n’est d’écrivain qu’habité par la langue, qu’il est parfaitement et n’est que l’inspiré du verbe, un illuminé du langage », écrit Novalis), qui a largement influencé l’esthétique proustienne comme l’ont montré bien des critiques, notamment je pense aux bouquins d’Anne Henry. L’art comme absolu, c’est le propre de la Modernité, l’art d’après la mort de Dieu et de la Vérité.

      De ce point de vue la critique de Gombrowicz s’inscrirait plutôt dans le courant de la postmodernité, dont la naissance remonte à la fin des années 1970, début des années 1980, voilà une quarantaine d’années, une révolution anthropologique, culturelle et spirituelle dont on n’a pas toujours une claire conscience mais elle vient du tréfonds de l’effondrement progressif de l’anthropologie chrétienne inventée par saint Augustin au Vè siècle, qui a en fait inventé l’Homme moderne en inventant le péché originel (qui n’existe pas dans le monde juif) et, partant de là, toute la configuration intérieure de l’Homme, fondée sur l’autorité verticale, la hiérarchie, la « culpabilité à distance » qui, dans un tel ordre, permet seul l’accès au savoir (toute la pédagogie est l’héritière de cette conception de l’homme, ce qui ne fonctionne plus justement à l’École d’aujourd’hui, où l’autorité n’est pas donnée mais doit être sans cesse négociée, ce qui rend le boulot de prof épuisant en plus des problèmes purement d’ordre cognitifs, qui sont devenus des montagnes à franchir, où le bâton de pèlerin qui croit porter la bonne parole ne sert plus d’appui…), à la connaissance, à la vérité dans le sens purement scientifique et dans le sens religieux du terme (Ego sum via, veritas et vita, dit le Christ dans la traduction de saint Jérôme), sur l’homme scindé en deux avec ses penchants à l’autoréflexivité, au scrupule, au remords, au repli sur soi, à la méditation coupable qu’on trouve abondamment illustrés chez Baudelaire notamment (cf. « À une heure du matin », dans Le Spleen de Paris) et plus particulièrement dans ses petits poèmes en prose qui sont des petits bijoux d’une beauté absolue mettant en scène tous les aspects de l’anthropologie de l’Homme moderne héritée de saint Augustin qui sert de cadre mental et intellectuel à sa pensée, à sa méditation poétique sur les ressorts de la grande ville moderne, Baudelaire en cela très proche de Pascal —, sur l’homme clivé de la névrose dans la psychanalyse freudienne qui n’existe réellement probablement que dans le cadre de l’anthropologie de l’homme moderne qui est née à l’époque de saint Augustin, et qui est le pendant pathologique et thérapeutique du christianisme. En cela Gombrowicz est très en avance sur son époque, il voit arriver le courant postmoderne, il ne se reconnaît plus dans l’anthropologie de l’homme moderne ni dans la conception de l’art érigé en valeur absolue avec la vérité (n’oublions pas que Proust définit son roman comme « dogmatique », parce qu’il cherche la Vérité), et dont l’œuvre de Proust est une des grandes illustrations tout de même avec l’œuvre de Baudelaire.

      Dans la seconde moitié du XXè siècle, le grand physicien américain Richard Feynmann, qui a remodelé la mécanique quantique et exercé une grande influence sur toute la physique, a écrit : « The more you know, the more you know that you don’t know ». Il en est de même de la connaissance de soi, comme en développe l’idée Clément Rosset dans son ouvrage Loin de Moi. L’injonction du temple d’Apollon à Delphes est de ce point de vue désespérante, « Connais-toi toi-même ». Car on n’en a jamais fini avec soi-même, comme dans les commentaires à l’infini sur la Torah dans le Talmud, comme les commentaires à l’infini du narrateur Marcel dans La Recherche sur la psychologie et le comportement des personnages.

      Gombrowicz veut nous faire sentir combien ce culte de l’analyse, cette passion de la Vérité est morbide. En cela il est très proche de Nietzsche qui s’efforce de tempérer notre ardeur pour la Vérité, qu’il déconstruit pour en montrer les ressorts sous-jacents, son désir caché de domination du monde, la libido sciendi n’étant qu’une libido dominandi (on voit ça très bien aussi dans le personnage d’Alceste dans Le Misanthrope de Molière, que Marc Fumaroli analyse d’ailleurs dans ce sens, même si le personnage en réalité échappe à toute analyse, ce qui fait la force de cette pièce qui reste pour moi la plus grande comédie de Molière, où tout reste « indécidable », ce qui la rend très moderne). C’est à cela que s’en prend Gombrowicz sans l’expliquer aussi clairement. C’est ce culte de la vérité qui rend notre univers des sociétés occidentales technocratiques si froid.

      Le goût pour la vérité pourrait bien être le grand mythe de l’Homme moderne inventé par saint Augustin, que Nietzsche déconstruit pour en montrer la grande illusion. C’est peut-être au fond ce grand mythe qui nous a conduit à cet univers froid, technocratique dans nos sociétés occidentales, à l’origine de la catastrophe sanitaire que nous connaissons en ce moment avec son cortège mortifère d’imprévoyances en tous genres et de la croyance naïve qu’une telle épidémie mondiale était tout à fait improbable, impossible compte tenu de l’organisation mondiale de la santé et de son hyperrationalisation, de l’état de la science et de l’organisation administrative hypersophistiquée de nos sociétés contemporaines occidentales mondialisées… Il faut relire les Essais de Montaigne, où il raconte que les toutes petites choses apparemment insignifiantes peuvent profondément perturber les grandes… Gombrowicz, comme Thomas Bernhardt, sont des esprits très proches de Montaigne. Thomas Bernhardt a même écrit sur Montaigne. Gombrowicz n’est pas un penseur, mais il a beaucoup de nez, il sent les choses dans l’air du temps, il sent les grands bouleversements qui viennent.

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      1. « C’est peut-être au fond ce grand mythe qui nous a conduit à cet univers froid, technocratique dans nos sociétés occidentales, à l’origine de la catastrophe sanitaire que nous connaissons en ce moment avec son cortège mortifère d’imprévoyances en tous genres et de la croyance naïve qu’une telle épidémie mondiale était tout à fait improbable, impossible compte tenu de l’organisation mondiale de la santé et de son hyperrationalisation, de l’état de la science et de l’organisation administrative hypersophistiquée de nos sociétés contemporaines occidentales mondialisées… Il faut relire les Essais de Montaigne, où il raconte que les toutes petites choses apparemment insignifiantes peuvent profondément perturber les grandes… Gombrowicz, comme Thomas Bernhardt, sont des esprits très proches de Montaigne. Thomas Bernhardt a même écrit sur Montaigne. Gombrowicz n’est pas un penseur, mais il a beaucoup de nez, il sent les choses dans l’air du temps, il sent les grands bouleversements qui viennent. » Nous sommes déjà loin de cette vérité relative, à la Foucault! Et c’est celle là même, dans le tout s’échange et le tout se tient mondialement et le tout se vaut que l’on bataille en fake news pour les médicaments du gourou. Tout se vaut, toute vérité est relative. Lisez Pascal Engel!

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  2. Voici ce que Gombrowicz écrivait à son ami Goma, depuis Berlin, au sujet de Proust et de Sartre: « …me pasa una cosa rara, ya sabes cómo lo insultaba a Sartre y lo despreciaba. Pues bien, en el diario lo elevo a alturas vertiginosas, declaro que Francia tiene que elegir entre Sartre y Proust, y dije que es el pensamiento más categórico y decisivo desde Descartes. ¿Qué cosa che? Además escribí mi peregrinaje a su casa (es decir, para contemplar las ventanas). Esto va a joder a todo el mundo porque odian a Sartre »

    Et voici ce qu’il déclarait à Rosine Georgin, cité dans son Gombrowicz , 1998: « En cette époque proustienne, au début du siècle, nous étions une famille déracinée, dont la situation sociale, n’était pas tout à fait claire, entre la Lituanie et la Pologne du Congrès, entre la terre et l’industrie, entre ce qu’on appelle ‘la bonne société’ et une autre plus moyenne”

    Je ne suis pas sûr que Gombrowicz ait lu la Recherche en entier. Pour autant, A l’ombre des jeunes filles en fleur est le roman de l’immaturité pre-gombrowiczienne… lui était attiré par les jeunes garçons en fleur, si possible marins de Retiro (quartier portuaire de Buenos Aires).

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  3. Encore deux références sur Proust et Gombrowicz:

    1) Le personnage principal de sa pièce Opérette est… Albertinette

    2) Dans Testament, entretien avec Dominique de Roux:
    « Je me redemande parfois, pourquoi je n’aime guère Proust. C’est l’atmosphère queue-de-pie et robe de chambre de son oeuvre qui me hérise tant. jamais il ne sort de son milieu, pas même un court instant. Ce martyr a connu la mort et la souffrance et les pièges de la vie, mais pour ce qui est de la beauté et du charme, il n’a pas su se libérer. Il a eu assez d’énergie pour faire de Montesquiou un Charlus, mais dans le domaine esthétique il est resté jusqu’à la fin le vassal de Montesquiou. Ses profondeurs, ses acuités, ses analyses oui, tout cela fonctionne assez bien. Mais ses extases, ses charmes, ses séductions ont des relents de salon de beauté et de chambre à coucher, ils ont quelque chose de maladif et de salonard, ils sont « délicats » (…)Il est très instructif que la seule beauté vraiment admiré par proust, la beauté d’un jeune garçon tout simple, ne pénètre même pas une seule fois dans les pages de son oeuvre, ni directement ni indirectement.Cette beauté , la plus importante, elle est tue, elle ne trouve pas place dans son style.À la lumière de Sartre et de Proust, nous voyons combien la France s’éloigne toujours davantage dans sa pensée et dans son art de la fraîcheur de ses sources. »

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  4. Jorge Bonells merci pour cet extrait d’entretien .
    Cela rejoint les passages du « journal » , le tome II, quand Gombrowicz séjurne à paris( pas emballé par les gens qu’il rencontre..) et qu’il confronte l’œuvre de Proust à celle de Sartre. En gros il dit que Proust est une fin dans la sophistication, et le Sartre de » l’être et le néant, » un dynamique commencement, mais un commencement qui renoue avec la France du Cogito cartésien.

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  5. Bonjour, mon cher Paul. Je me manifeste ici avec plaisir puisque mon téléphone portable est en panne (mémoire surchargée) pour t’envoyer un petit message. Confinement oblige, je suis condamné à rester à Paris.

    Je trouve Gombrowicz extrêmement lucide sur Proust et sa prose, Sa critique me paraît juste et nuancée. Mais il ne tient pas assez compte, à mon avis, de l’atmosphère de l’époque de Proust. Notre sensibilité est devenue telle qu’il est de moins en moins facile de l’imaginer, le culte de l’art dans son milieu, les intérieurs des appartements surchargés de meubles et de bibelots qu’on peut découvrir sur les photos anciennes, tout un climat spirituel des derniers salons littéraires dont on a même pas idée. Aujourd’hui, la littérature, c’est le minimalisme des Vies minuscules de Pierre Michon et Vincent Delerm, alors évidemment le grand fleuve proustien… Gombrowicz a beau avoir raison sur bien des points (qui n’a pas pensé comme lui d’une manière ou d’une autre en découvrant Proust lors d’une première lecture…? — comme lui mais pas aussi bien, pas aussi clairement, pas aussi finement…!), je relis Proust avec toujours le même plaisir, la même nostalgie pour un monde englouti, le même envoutement pour les vingt premières pages de La Recherche qui sont un long poème en prose d’une beauté totalement fascinante et sidérante, qui nous embarque… Ses phrases ont beau être étranges avec leurs incidentes incessantes, leur longueur parfois démesurée, leur bizarrerie syntaxique, leurs remarques désopilantes ou chargées d’humour, je n’ai jamais vraiment en les lisant un sentiment d’artificialité. Je trouve que Gombrowicz dit bien les choses à ce sujet. Elles traduisent un tempérament, un tempérament analytique qu’il emprunte à la pensée sociologique bien souvent de son époque et qu’on su repérer les critiques savants (et en cela il me semble aussi que Proust est fidèle à ses racines juives, quoi qu’il en ait, des commentaires à n’en plus finir de la Torah dans le Talmud, quand bien même il y a de la Princesse de Clèves dans l’air bien évidemment aussi, mais son commentaire du comportement et de la psychologie des humains n’a pas du tout la couleur des analyses de Madame de La Fayette). Gombrowicz n’aime pas le sucré en poésie, il a bien raison, mais il y a aussi pas mal de salé chez Proust, ne serait-ce que la peinture du salon des Verdurin.

    Il y a un musée à Paris qu’il faut visiter pour retrouver un peu de l’atmosphère de l’époque de Proust, c’est un musée très peu connu, le Musée Jean-Jacques Henner. Le jardin d’hiver a été refait, paraît-il. Je ne l’ai pas encore vu mais c’est un de mes buts de promenade quand le confinement aura cessé. Près de ce musée se trouvait aussi un salon littéraire que fréquentait Proust. Et il faut aussi « visiter » la rue toute proche, la rue Fortuny, où vivait jadis Marcel Pagnol.

    Je ne sais pas maintenant quand je pourrai aller à Saint-Malo. Cet été peut-être dans la première quinzaine de juillet si tout se passe bien pour le déconfinement… ce qui ne paraît pas encore très évident. Après, normalement, je file à Saint-Pétersbourg retrouver ma famille russe retrouvée par miracle. Le père de ma cousine Olga était un mathématicien qui faisait partie de l’Académie… Marina, une cousine, est médecin à la retraite à SPB. Mon cousin Abram Alba, mort assassiné à Moscou en 1947 dans des circonstances jamais élucidées, a construit trois aérodromes pendant la guerre, deux dans le Kamchatka, l’autre dans la Kolyma, qu’on peut voir sur Google Maps, avec des travailleurs forcés, des « zeks » des camps de Sibérie. Il était capitaine ingénieur dans l’armée avec un pedigree militaire long comme ça… C’est très curieux, j’ai de lui une photo prise en 1911, où on le voit bébé allongé nu sur une peau d’ours… que mon grand-oncle Moïse a dû envoyer à mon grand-père à Paris, à l’époque. Et je le découvre maintenant adulte ! C’est assez fascinant. Il est enterré à Moscou. J’ai une photo, extraite d’un livre faites d’anciennes cartes postales de Pskov, où, par un étrange hasard, on voit la grande maison où habitait Moïse Alba avec sa grande famille de six enfants. On la voit dans deux cartes postales. L’une prise d’avion visiblement, l’autre prise de face dans la rue (la rue Lénine au débouché sur la grand place de Pskov). Or, je regardais cette dernière photo sans savoir que j’y voyais une fenêtre, la seule visible de son grand appartement sur le coin gauche de la photo. Ma cousine Olga, quand elle a découvert la photo, était en larme ! Sa grand-mère Julia, qui était la fille aînée de la fratrie, née en 1898, lui avait tellement parlé de cet appartement qu’il en était devenu pour ma cousine une sorte de mythe de la vie d’antan., du temps de Proust… qui habitait tout près de mon grand-père, puisque mon grand-père occupait les trois étages du 63 boulevard Haussmann à deux pas de chez Proust avec sa fameuse chambre tapissée de liège.

    M’intéressant à la Sibérie, j’ai lu récemment le journal de voyage à Magadan de Nicolas Werth, où débarquaient les prisonniers du Goulag soviétique, qu’il raconte dans La route de la Kolyma. Il faut lire ça ! Bouleversant, souvent ! Le récit d’Olivier Rolin aussi, Sibérie. Un voyage d’écrivains jusqu’à Vladivostok. À ce propos, j’ai appris par ma cousine Olga que ma famille russe avait reflué à l’approche des Allemands de Pskov vers la Sibérie vers Novosibirsk et Barnaoul. Il faudra que j’y aille un jour… En attendant je m’efforce d’apprendre le Russe dare dare…

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    1. Merci, mon cher Jazzi ! Prends bien soin de toi et porte-toi bien ! J’espère que tous celles et surtout ceux qui te sont chers se portent bien. N’hésite surtout pas à augmenter la taille de tes commentaires pour nous faire profiter de tes lumières…! Heureux aussi de te savoir bien portant.

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  6. En attendant le déconfinement, un extrait de mon guide des musées parisiens

    17e arrondissement 

    Musée Jean-Jacques Henner
    43, avenue de Villiers
    Tél. : 01 47 63 42 73
    Métro : Malesherbes ou Monceau
    http://www.musee-henner.fr

    Après deux ans de travaux, le musée Jean-Jacques Henner est de nouveau accessible au public depuis mars 2016.
    Consacré à l’œuvre du peintre français Jean-Jacques Henner (1829-1905), il avait ouvert ses portes en 1924, grâce à la donation faite à l’État par Marie Henner, veuve du neveu de l’artiste
    Seul musée de l’arrondissement, il permet tout d’abord au visiteur de découvrir un beau témoignage de l’architecture privée sous la IIIe République.
    Installé en effet dans l’hôtel particulier de la plaine Monceau que s’était fait construire en 1876-1878, par l’architecte Félix Escalier, le peintre Guillaume Dubufe (1853-1909), ce bâtiment serait celui-là même qui aurait inspiré Émile Zola pour son célèbre roman Nana.
    C’est dans des espaces entièrement rénovés, répartis sur trois niveaux, et désormais accessibles aux personnes à mobilité réduite, que le public peut s’informer de l’histoire du lieu et retrouver les peintures de cet artiste « académique », d’origine alsacienne, ancien prix de Rome et régulièrement exposé au Salon du temps où les Impressionnistes en étaient exclus.
    Le parcours conduira le visiteur depuis la salle-à-manger du rez-de-chaussée à travers les divers salons et ateliers du premier étage, tel le salon aux colonnes, avec son plafond néo-Renaissance ou le grand atelier rouge et ses moucharabiehs égyptiens. Sans oublier le jardin d’hiver et sa nouvelle verrière.
    Un voyage dans le temps, doublement exotique !
    Outre ses portraits et paysages, notamment son œuvre la plus emblématique L’Alsace. Elle attend, peinte après la défaite de 1870 et offerte par Henner à Léon Gambetta, le musée présente également des peintures et sculptures provenant de la collection personnelle de l’artiste : Paul Dubois, Adolphe Monticelli, Félix Trutat, Antoine Vollon, François Joseph Heim… ainsi que des meubles et objets lui ayant appartenu.
    Le musée, qui n’a cessé de développer son fonds depuis sa création, possède également de nombreux dessins, lettres, photographies et documents divers, soit plus de 2200 pièces autour de l’œuvre et de la figure de Jean-Jacques Henner.
    Ces documents sont accessibles aux chercheurs sur demande, et alimenteront, par rotation, les expositions temporaires à venir.

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  7. Ce que j’aime surtout chez Jean-Jacques Henner, ce sont ses nus, qui ont parfois quelque chose de baudelairien et de proustien, par le contraste entre la blancheur de la chair des jeunes filles et le paysage assez sombre du décor, auquel s’ajoute les effets de sfumato dans le contour des corps qui trouble ce qui sépare le corps du paysage, comme si le corps se confondait avec lui dans une fusion sensuelle. Cet échange de l’un à l’autre rejoint, d’une certaine manière, les pages que Proust consacre au peintre Elstir dans À l’ombre des jeunes filles en fleurs, où la mer et la terre échangent leur tonalité dans les couleurs. Il y a aussi quelque chose d’impressionniste chez J.J. Henner, en beaucoup moins spectaculaire, plus retenu, plus dur dans les tons et les contrastes.

    J’ignorais que le bâtiment avait inspiré Zola pour Nana. C’est le bâtiment où elle vit ? Pour moi, il me semblait avoir à l’esprit le bel hôtel particulier qui se trouve boulevard Haussmann, avec une grosse lanterne de verre accrochée sur la façade et une belle marquise dans la cour, presque au coin du boulevard et de la rue Pasquier du côté du Square Louis XVI (où j’allais faire des pâtés de sable bébé avec ma mère), presque en face de l’immeuble où vivait Proust avec sa fameuse chambre tapissée de liège, qui aujourd’hui est une banque. Du moins elle rend visite à un de ses clients, autant que je me souvienne de ma lecture, dans cet hôtel.

    Avec l’un de mes élèves de l’année dernière, qui est en troisième cette année, un élève de la classe de chinois première langue, un type brillantissime, vraiment génial qui vient d’une ZEP mais a déjà une immense culture pour son âge, tout juste 15 ans, qui s’apprête à intégrer le lycée Louis le Grand avec 19/20 de moyenne générale (!) pour ensuite faire des études de lettres en intégrant Normale Sup, ce qui me semble tout à fait à sa portée, je lui avais fait visiter aux dernières vacances le musée romantique de la rue Chaptal, qui l’avait absolument ravi, et nous en avions profiter pour visiter tout le quartier de la Nouvelles Athènes avec l’ancien atelier d’E. Delacroix, qui est aussi une banque aujourd’hui, le Square d’Orléans où vécurent outre George Sand et Chopin, énormément d’artistes et d’écrivains, Alexandre Dumas, qui y organisa un bal masqué resté célèbre, ou l’actrice Mlle Mars. Il était emballé ! Je lui ai montré aussi, en face de la Bibliothèque Thiers, où il a vécu, le grand hôtel où Balzac a installé son banquier juif d’origine polonaise, le baron Nucingen. Comme il lit Balzac et que je lui ai fait lire La Duchesse de Langeais, aux vacances suivantes nous avons arpenté le quartier Saint-Germain, et même croisé BHL rue de Verneuil, où je lui ai montré la maison taguée de Gainsbourg, que sa fille Charlotte a décidé de transformer en musée (il faudra que tu refasse une nouvelle édition de ton bouquin bientôt). Je lui ai montré où vivait Lacan, Lamartine, dans la même rue de Lille, un peu plus loin, et en arrivant le grand bâtiment, qui est un ancien couvent en passe d’être complètement rasé, où Mme du Deffand avait son salon littéraire et Mlle de Lespinasse un peu plus loin. On a vu aussi le salon de mme Geoffrin (qui n’avait que 14 ans quand elle épousa son mari, qui était directeur de Saint-Gobain je crois bien, rue Saint-Honoré, près de la rue Cambon (où j’allais à l’école jusqu’en CM2, et où j’avais comme copain d’alors Jérôme Prochianz, frère cadet d’Alain Prochianz, qui habitaient alors rue Volney (leur père était un médecin d’origine arménienne, où j’allais jouer les jeudis après-midi, il avait une armoire entière qui regorgeait de jouets tous plus merveilleux les uns que les autres ! Et Alain Prochianz est aujourd’hui professeur au Collège de France, une sommité mondialement connue pour ses travaux sur le cerveau. Ensuite je lui ai montré l’immeuble où Robespierre a vécu les trois dernières années de sa vie dans un immeuble à peu près au coin de l’ancienne rue Richepance, dans une petite maison dans la cour de l’immeuble qui compte trois chambres, dont la sienne au milieu, les autres ayant été occupé par son frère et sa sœur. Et puis l’ancien couvent des Jacobins, qui était devenu dans mon enfance une caserne de pompiers et aujourd’hui un assez beau bâtiment en verre avec une galerie marchande qui le traverse de part en part.

    J’adore me promener dans Paris, surtout quand c’est lié à la littérature. Le but c’était de l’initier à la vie des salons au XVIIIè siècle et à l’art de la conversation. Et de lui montrer la différence abyssale qui existe dans la littérature française jusqu’à Madame de Staël entre la littérature d’avant qui est largement fondée sur l’art de la conversation, même les contes de Voltaire ne sont comprennent pas sans y lire une sorte de soliloque à bâton rompu, et la littérature d’après avec Balzac. Et je lui opposais cette citation de Pascal : « On se forme l’esprit et le sentiment par les conversations », à cette autre de Proust, extraite des Jeunes filles en fleurs : « (…) les vrais livres doivent être les enfants non du grand jour et de la causerie mais de l’obscurité et du silence. » Là, on comprend bien ce qu’est l’Absolu littéraire et tout ce qui sépare le début de la fin du XIXè siècle, la différence est vraiment abyssale. C’était pour l’initier aussi à Proust, qu’il commence à lire.

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  8. Ah oui, j’oubliais ! Je lui ai montré également l’endroit où Stendhal s’est effondré suite à une apoplexie, au coin du boulevard des Capucines et de la rue des Capucines, où était installé la terrasse d’un grand café qui faisait le coin. Le hasard veut qu’il ait rédigé La Chartreuse juste dans la rue d’en face, la rue Caumartin, dans un immeuble tout proche de là où il est tombé pour être transporté ensuite dans une chambre de ce qui est aujourd’hui l’hôtel Stendhal, rue Danièle Casanova. Il se trouve qu’un jour, dans ma jeunesse, vers 1980 ou 81, j’ai rencontré un après-midi une magnifique prostituée qui faisait le tapin juste à l’endroit où s’est écroulé Stendhal et, par un hasard extraordinaire, nous sommes allés précisément à l’hôtel Stendhal avec lequel elle était en cheville. La chambre était intéressante non seulement pour ce que nous y avons fait mais parce que le plafond était tapissé de miroir comme dans une nouvelle de Vivant Denon, Sans lendemain, je crois bien, préfacé par mon ancien prof de Nanterre, qui avait alors un air de petit marquis…, Michel Delon. Il se trouve que j’habitais alors encore chez ma mère, au 35 rue Godot de Mauroy, où habitait le cousin de Stendhal, dont j’oublie le nom présentement, et héritier testamentaire de Stendhal. Il n’est pas impossible de penser que Stendhal, quand il s’est effondré au coin du boulevard des Capucines, venant lors de l’un de ses séjours à Paris en provenance d’Italie, d’un hôtel qui existait alors encore au guichet du Louvre au milieu du désert des maisons démolies du quartier du Doyenné, dont parle Baudelaire dans son fameux poème, Le Cygne, se rendait fort probablement chez son cousin au 35 rue Godot de Mauroy… Troublantes coïncidences, hasard objectif dirait André Breton… Michel Leiris a aussi écrit un texte à la fin de sa vie où il se promène à pied rue des Capucines et se fait aborder par une prostituée dont il décline l’offre et continue ensuite son chemin en traversant le boulevard rue de Sèze pour croiser la rue Godot de Mauroy. J’ai appris récemment que la fameuse pièce de Beckett, En attendant Godot, vient de cette rue, où un jour il attendait un ami, ou… une prostituée de la rue (il y en avait de magnifiques quand j’étais enfant, et je demandais naïvement à ma grand-mère ce qu’elles faisaient là…).

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  9.  » je demandais naïvement à ma grand-mère ce qu’elles faisaient là… »

    Naïvement, vraiment ?

    « le quartier de la Nouvelles Athènes avec l’ancien atelier d’E. Delacroix »

    Ne veux-tu pas plutôt parler de l’atelier de Gustave Moreau ?
    Sur ton territoire au coeur de la Rive Droite, tu pourrais indiquer également à ton élève méritant et surdoué l’immeuble, situé au bout de la Chaussée d’Antin, face à l’église de la Trinité, de la famille de Gaston Gallimard, le plus important éditeur français du XXe siècle (et partant, du XXIe), dont le père était l’un des premiers collectionneurs des oeuvres des Impressionnistes.

    Et dans un tout autre genre, à l’autre extrémité, non loin de sa statue, l’endroit, à la porte Saint-Honoré*, où Jeanne d’Arc à été blessée lors de sa tentative malheureuse à l’assaut de Paris, le 8 septembre 1429 vers midi, comme le rappelle Michelet : «L’entreprise était imprudente. Une telle ville ne s’emporte pas par un coup de main ; on ne la prend que par les vivres ; or les Anglais étaient maîtres de la Seine par en haut et par en bas. Ils étaient en force, et soutenus par bon nombre d’habitants qui s’étaient compromis pour eux. On faisait d’ailleurs courir le bruit que les Armagnacs venaient détruire, raser la ville.
    Les Français emportèrent néanmoins un boulevard. La Pucelle descendit dans le premier fossé ; elle franchit le dos d’âne qui séparait ce fossé du second. Là, elle s’aperçut que ce dernier, qui ceignait les murs, était rempli d’eau. Sans s’inquiéter d’une grêle de traits qui tombaient autour d’elle, elle cria qu’on apportât des fascines, et cependant de sa lance elle sondait la profondeur de l’eau. Elle était là presque seule, en butte à tous les traits ; il en vint un qui lui traversa la cuisse. Elle essaya de résister à la douleur et resta pour encourager les troupes à donner l’assaut. Enfin, perdant beaucoup de sang, elle se retira à l’abri dans le premier fossé ; jusqu’à dix ou onze heures du soir on ne put la décider à revenir. Elle paraissait sentir que cet échec solennel sous les murs mêmes de Paris devait la perde sans ressource.
    Quinze cents hommes avaient été blessés dans cette attaque, qu’on l’accusait à tort d’avoir conseillée. Elle revint, maudite des siens, comme des ennemis. Elle ne s’était pas fait scrupule de donner l’assaut le jour de la Nativité de Notre-Dame (8 septembre) ; la pieuse ville de Paris en avait été fort scandalisée. »
    *La première porte Saint-Honoré, appelée communément « barrières des Sergents », se trouvait au niveau des nos 148 et 150 de la rue Saint-Honoré, soit juste devant la façade de l’actuel temple protestant de l’Oratoire du Louvre.

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  10. un phénomène, le considérable Mauvaise Langue, inoxydable et des pensées tout azimut, même un oeuf de Pâques à Baroz, bouquin périmé, à refaire.
    Par nos temps tourmentés, un élève de classe de chinois première langue pose son homme.

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    1. Bonjour, mon grand Phil ! Toujours aussi caustique et rigolo à ce que je vois… Oui, au début de l’épidémie, le racisme anti-chinois allait bon train dans le lycée ! Il a fallu que le proviseur s’en mêle, c’est dire ! Il est Chinois d’origine, il avait des membres de sa famille intimement lié à Tchang Kaï Chek, ce qui ne manque pas de sel puisqu’il porte le même nom que le grand timonier…, et il connaît bien la littérature chinoise contemporaine. J’apprends beaucoup avec lui autant que je lui en apprends…! Et puis il est extrêmement gentil, courtois, poli, plein d’humour. Vraiment un garçon formidable que le chef d’établissement admire et que tout le monde loue pour sa grande humanité et sa grande intelligence, une « belle âme » comme on disait au XVIIIè siècle.

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      1. Beau portrait, dear Mauvaise Langue, qui donne envie de relire une lettre de la Sévigné, Pâques XVIIè siècle

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  11. Oui, tu sais, j’étais très naïf quand j’étais un petit garçon. Je devais avoir quelque 8 ou 9 ans. Je n’avais pas du tout compris que ces dames vendaient leur corps. Je ne sais plus ce que ma grand-mère m’a répondu mais elle a dû éluder la question en déviant la conversation…

    Non, je ne confond pas du tout avec le musée G. Moreau. C’est un bâtiment de style du XVIIIè siècle, à un étage, il a été conservé tel quel en bon état. Il existe des gravures qui représentent l’atelier de Delacroix avec ses grandes baies vitrées qui donnent sur la rue Notre-Dame de Lorette, c’est au n°58. Tu peux le voir sur Google Maps. C’est en arrivant au carrefour avec la rue Chaptal, la rue de La Rochefoucauld, où a habité aussi Victor Hugo (dans la petite portion en tournant à droite), et la rue Jean-Baptiste Pigalle.

    Je lui ai promis d’aller avec lui un jour aussi au musée G. Moreau bien évidemment, mais je lui ai montré rapidement en passant. Je ne lui ai pas parlé de Gaston Gallimard (j’ignorais d’ailleurs ce que tu me dis), mais nous nous sommes baladés par la Trinité et La Chaussée d’Antin pour voir l’endroit où Madame de Staël avait un salon. Ce quartier autour de la place Blanche était très à la mode à l’époque de Maupassant encore puisque le journal qui joue un si grand rôle dans Bel-Ami se trouve placé rue Fontaine, où André Breton avait élu domicile aussi et ma grand-tante Slema Schneider, au n°35, presque en face de chez A. Breton (C’est là qu’elle a été arrêtée d’ailleurs le matin du 16 juillet 1942 lors de la rafle du Vel d’Hiv). Je ne passe jamais devant chez elle sans lui dire « bonjour » en russe… parfois à voix haute… Le cénacle de Mme Sabatier, que fréquentait Baudelaire était tout près également, rue Frochot, près de la place Pigalle (c’est aujourd’hui un hôtel au n°4). Le quartier de la Madeleine a joué un grand rôle aussi à l’époque de la peinture d’Avant-Garde à la Belle Époque avec une galerie rue Vignon, et une autre galerie d’importance sur Richepance, rue qui a changé de nom (c’était un sale colonialiste, paraît-il) mais qui était celui encore de mon enfance, où je suis venu jouer un après-midi, je me souviens, chez un bon copain qui habitait dans cette rue. Marcel surprend un jour par hasard Swann dans la rue qui fait le coin, la rue Duphot avec Les Trois Quartiers sur le boulevard, que j’ai peu fréquenté dans mon enfance au profit des Printemps.

    Oui, je connais bien cette histoire de Jeanne d’Arc. Je sais même avec précision où, à quel endroit précis, se trouvait la porte Saint-Honoré, quasiment au débouché sur la place du Palais-Royal. Mais plus important pour nos balades est l’emplacement du fameux café de La Régence, qui se trouvait à peu près à l’emplacement de l’actuel café qui fait le coin avec la rue de Rohan. Nous sommes allés déjeuner ensemble au café Procope avant d’aller voir le film de Polanski sur Dreyfus. Il a été fasciné par ce café. On s’est promis d’y retourner ! Récemment, chez Gallimard, on a publié une conférence de Verlaine qu’on a retrouvée qu’il avait donnée en 1895 je crois sur des poètes dont Marceline Desborde-Valmore et autres poètes « régionaux », comme un acte de résistance à la centralisation étatique de Paris.

    Oui, à propos de Proust, il y a encore à dire à propos de la rue Godot de Mauroy. Proust fréquentait un bordel de la rue de l’Arcade où il avait connu un type comme Jupien. Or, ce pseudo-Jupien voulait se mettre à son compte et acheter un petit hôtel, qui ferait aussi hôtel de passe j’imagine situé rue Godot de Mauroy. C’est un petit hôtel qui se trouve en haut de la rue, au n°11, l’hôtel du relais Madeleine. Et, fait étonnant, Proust lui a prêté de l’argent pour l’aider à s’y installer. Il a investi en quelque sorte…!

    En ce moment je suis en train de rédiger un commentaire composé pour mes grands élèves de 3ème sur « Les fenêtres » de Baudelaire. Ce poème est construit très habilement comme une fenêtre. C’est un thème récurrent dans la littérature de la seconde moitié du XIXè siècle mais il remonte à Chrétien de Troyes avec la fameuse scène dans Yvain ou le chevalier au lion où Yvain contemple énamouré la dame dont il vient de tuer le mari, Esclados le Roux, qui gardait la fontaine de Brocéliande. Il se tient accoudé sur le rebord d’une fenêtre du château et la regarde depuis la chambre où il a trouvé refuge pour échapper aux hommes de main du seigneur des lieux qui le recherche. Vers 1170 aussi on trouve un autre exemple dans un lai de Marie de France, le « lai du Rossignol », une histoire tragique aussi.

    On trouve ce motif bien sûr chez Stendhal, dans Le Rouge et le Noir, avec la tour de l’abbé Blanès, dans La Chartreuse avec la tour Farnèse où Frédéric est prisonnier et d’où il aperçoit la divine Clélia Conti, Flaubert avec la fameuse scène des comices nettement parodique, chez Balzac aussi au début de Ferragus où le héros contemple depuis la rue les fenêtres d’un appartement où est montée une divine créature dont il est secrètement amoureux un beau soir du mois de février vers huit heures et demi, rue Soly, où habite en réalité le chef des Dévorants…! Et bien évidemment chez Proust où ce sont des scènes de perversion quand Marcel surprend la petite Vinteuil à Montjouvin, qui suit le modèle libertin du XVIIIème siècle « voir sans être vu », de même la fameuse scène du « bourdon » avec Charlus et Jupien. Mais on trouve le motif encore chez Mallarmé qui écrivit « Les fenêtres » un peu avant celui de Baudelaire, en 1863, chez la poétesse d’origine polonaise Marie Krysinska avec le même titre « Les fenêtres » (1883), chez François Coppée, dans un poème de « Promenades et Intérieurs » (1885), chez Rimbaud dans une illumination, dans Enfance IV ( « Je suis le savant au fauteuil sombre. Les branches et la pluie se jettent à la croisée de la bibliothèque. »), ou encore Une page d’amour, de Zola, et dans le théâtre de Maeterlink avec L’Intruse. Ou encore dans une nouvelle de Barbey d’Aurévilly, Le Rideau cramoisi, qu’on retrouve d’une certaine manière dans Nadja d’A. Breton, où Nadja lui montre à un moment donné une fenêtre qui s’illumine en rouge.

    C’est vraiment un thème omniprésent. La fenêtre est tout à la fois un écran qui voile et dévoile. Chez Proust c’est le lieu par excellence du voyeurisme et des perversions qui s’exhibent.

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  12. Lui-même issu d’une famille de la noblesse terrienne polonaise, Gombrowicz s’est longuement interrogé –avec humour souvent- sur ce qu’est l’aristocratie, et cela nous ramène à Marcel Proust…. Plusieurs pages développent ce qu’il pensait de cette aristocratie dont il était un membre , c’est au tout début de son « Journal « en 1953.C’est remarquable.
    Extrait : ».(..) sans reconnaître la valeur personnelle d’un aristocrate, nous ne sommes pas insensibles au fait qu’il soit le produit d’un luxe séculaire après lequel nous soupirons tous, qu’il personnifie richesse, insouciance et liberté, qu’il est le fleuron d’un milieu qui, à tort ou à raison , a su s’élever au-dessus des misères de la vie.
    La haute aristocratie de race est loin de briller par ses qualités. Ce sont parfois des gens mal élevés, des esprits peu éclairés, et, trop souvent, des caractères ramollis et d’un goût frelaté .Leur esthétique est franchement médiocre et leur charme plutôt douteux. Leur domestiques sont en général, même sous le rapport des bonnes manières, supérieurs à eux. Mais les défauts des aristocrates résultent de leur mode de vie, ils témoignent du pied sur lequel ils vivent, et c’est ce pied fin et délicat que nous adorons, en dépit de la nature morale et esthétique du phénomène.
    Ajoutons enfin que l’aristocratie nous attire et nous enchante comme tout monde clos, hermétique, exclusif et qui garde son secret : elle nous séduit par le même mystère dont étincelaient aux yeux de Marcel Proust, le groupe des jeunes filles en fleurs autant que le salon de la duchesse de Guermantes. »

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    1. Le rapport de Proust à l’aristocratie de son époque est très ambigu, fascination et répulsion, du moins regard critique. Mais là encore il est tributaire de tout un courant de pensée à travers toute la littérature du XIXème siècle dont Mona Ozouf a retracé l’histoire dans Les Aveux du roman. Quand Gombrowicz dit qu’il reste enfermé dans un seul milieu, il ne tient pas compte de cette histoire du roman proprement français et de l’histoire de France avec la construction ambiguë d’un récit de l’identité nationale avec des apports allemands, qui sont évoqués d’ailleurs dans La Recherche à propos de Charlus, puisque la France porte quand même un nom qui vient d’Allemagne, on l’oublie trop souvent. Il n’y a pas que les nobles chez Proust, il y a aussi les banquiers juifs… et le petit monde de la province française dans Du côté de chez Swann.

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    2. Et puis l’aristocratie polonaise n’a jamais connu le centralisme autoritaire qu’a exercé Louis XIV sur la noblesse française. C’est bien ce qui explique d’ailleurs la disparition de la Pologne sur la carte de l’Europe durant plus d’un siècle sans parler des mythes nationalistes un peu étriqués comme le Sarmatisme avec l’origine sarmate de la noblesse polonaise. Les hobereaux de province ont toujours eu du mal à se trouver un roi.

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      1. A propos de Proust et le sadisme, j’ai retrouvé dans mes archives, un commentaire de Michel Alba,il date je crois de 2018..

        « Il s’agit de la fameuse scène de Montjouvain, qui joue un rôle si important dans la vie de Marcel : “Le souvenir de cette impression devait jouer un rôle important dans ma vie.” C’est une scène d’homosexualité et de sadisme, homosexualité entre les deux jeunes filles (je ne sais pas ce qu’il vous faut pour que vous ayez le sentiment qu’il se passe quelque chose…!) et une scène de rituel de profanation du père, qui n’est pas la première, comme le raconte le narrateur.
        C’est une scène qui reprend à son compte un topos des romans libertins du XVIIIè siècle : voir sans être vu : “La fenêtre était entr’ouverte, la lampe était allumée, je voyais tous ses mouvements sans qu’elle me vît.” C’est pour le héros une scène de révélation concernant la sexualité, notamment l’homosexualité. Il y en a un certains nombre dans La Recherche ; il y a aussi la fameuse scène du bourdon au début de Sodome et Gomorrhe entre Charlus et Jupien, qui, avec le souterrain ajoute au roman libertin des allures de roman gothique. C’est aussi à cette occasion que Marcel fait allusion à la scène de Montjouvain : “un obscur ressouvenir de la scène de Montjouvain.”
        Ainsi, tout au long de La Recherche sont tissés des fils entre des scènes, par des mises en perspectives qui relèvent du travail du romancier, reposant sur ce qu’il ne devait pas voir ni entendre mais qu’il a vu et entendu, sur l’interdit : ” De fait, les choses de ce genre auxquelles j’assistai eurent toujours, dans la mise en scène, le caractère le plus imprudent et le moins vraisemblable, comme si de telles révélations ne devaient être la récompense que d’un acte plein de risques, quoiqu’en partie clandestin.”
        La série des scènes mettant en œuvre le sadisme, qui est une des grandes réflexions de Proust dans son roman, inspiré de Sade évidemment, se termine par celle où Marcel contemple Charlus enchaîné, flagellé, dans l’hôtel de Jupien pendant la guerre.
        Je crois bien que cette scène a été écrite alors que Proust l’avait rajoutée après la guerre. Autrement dit, il y a une réflexion ici sur les liens entre le sadisme et la guerre, exactement comme dans la pièce de Sarah Kane qui a fait scandale en 1995 entre la scène de viol qu’on y voit sur scène et l’épuration ethnique par les Serbes dans la guerre de Bosnie. A mon avis, il y a une filiation, voulue ou pas, consciente ou pas, entre Proust et une certaine littérature sadienne (qui passerait aussi par Balzac, et notamment La Fille aux yeux d’or) et le théâtre “exhibitionniste” de Ed. Bond et de S. Kane dont nous parlions un ou deux billets précédents.
        Et Proust pose d’ailleurs le problème esthétique du “voyeur”, que sous-tendait la question de l’”exhibitionnisme” que posait Paul Edel. Dans quelle mesure le théâtre de Bond/ Kane, comme le roman de Proust, ne nous transforment-ils pas en voyeurs consommant du sadisme à bon compte. Est-ce que le regard du voyeur ici ratifie l’acte sadique ou le met-il en question ? C’est tout l’enjeu esthétique, à mon avis, de tels textes, qu’ils soient roman ou théâtre. La réponse à cette question est loin d’être simple. »

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  13. L’immeuble « cossu » des parents de Gaston Gallimard se trouvait au 79 rue Saint-Lazare. C’est indiqué au début de la biographie de Passou.
    La Chaussée d’Antin, haut-lieu de la finance et, quand il y a du fric, des cocottes de la Belle époque ! Même aujourd’hui, du côté de la rue Mogador, les prostituées y sont plus distinguées qu’ailleurs dans Paris !
    Pour prolonger la balade littéraire, autour des passages, et du surréalisme, il faudrait encore évoquer Lautréamont et Louis Aragon…

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    1. Merci pour l’info très précise, mon cher Jazzi ! On n’en fait pas deux comme toi ! Je vais regarder de près au n° indiqué lors de ma prochaine balade dans ce quartier que j’apprécie énormément, je ne sais pas pourquoi. J’y venait souvent avec ma mère qui adorait ce coin aussi. J’aime aussi certaines façades de maisons au style très orné, qu’on appelle en architecture aussi, je crois, le style « troubadour ». Chez mes parents, mon père avait hérité du sien une grande armoire de style troubadour, avec des montants surchargés de sculptures en bois, des compas, des équerres, des grappes de raisin et toutes sortes d’ornements techniques ou naturels, qui devait dater des années 1830-40. Et il y a l’équivalent sur certaines maisons, un style qui vient de la Renaissance italienne peut-être, je ne sais pas bien. Tout le quartier s’est construit dans les années 1830. Mais je vais regarder ça sur Google Maps où on peut tout voir, c’est ça qu’est bien… ! Oui, mon grand-père futé, quand il est arrivé à Paris, a installé sa maison de couture rue Joubert et il s’est vite enrichi puisqu’en 1916, en pleine guerre il a déménager boulevard Haussmann où il louait sur trois étages avec une boutique dans la cour pour vendre sa production. Il habillait toute la plaine Monceau. J’ai encore une quittance de la princesse Lucinge…

      Oui, bien sûr, je lui ai déjà parlé un peu du Surréalisme en lui montrant l’endroit où se trouvait le café où le groupe surréaliste se réunissait à côté du Moulin Rouge. Le Paysan de Paris figure évidemment en bonne place dans les bouquins que je lui fait lire. Mais il en a déjà une pile énorme chez lui que je lui ai passée… On verra ça maintenant l’année prochaine. Mais on a des tas de projets de balades. Un jour, les passages par exemples, avec le texte de W. Benjamin à la main et un gros bouquin d’un auteur allemand, un bouquin vraiment remarquable sur les passages sous différents angles, architecturaux et littéraire et aussi où il compare la ville arabe et la ville occidentale pour en montrer toute la différence. C’est une étude tout à fait passionnante. À Odessa il y a aussi un grand passage, qui fait un coude, et à Saint-Pétersbourg sur deux étages mais il n’a pas le charme de la Galerie Vivienne ou des passages des Panoramas.

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  14. Oui, j’ai vu l’immeuble de Gaston. Mais il n’a pas le charme des immeubles de la rue Notre-Dame de Lorette de style troubadour. Kafka, quand il est venu à Paris avec Max Brod en 1910 je crois est descendu dans un hôtel de la rue La Bruyère qui fait presque le coin de la rue de La Rochefoucauld. Il allait fréquenter les putes de Pigalle… Nadja, de Breton, n’a pas le lyrisme et la magie de la prose aragonienne du Paysan de Paris, qui est tellement formidable, mais c’est pas mal quand même, je trouve maintenant. Il y a de très beaux passages.

    La rue Saint-Lazare est intéressante aussi parce que c’est par là qu’avait fui Louis XVI avec son carrosse. Il avait changé de chevaux dans un relais qui se trouvait un peu en remontant la rue de Clichy, où il y avait à l’époque une caserne. Et à l’église de la Trinité a officié pendant quelque trente ans à l’orgue Olivier Maessian. À la place de cette église, jusqu’à la fin du XVIIIè siècle il y avait un cabaret qui s’appelait le Tivoli à cet endroit. C’était un lieu de fête, ce qui explique peut-être que beaucoup d’artistes se soient ensuite installés par là. Il existe un superbe bouquin sur l’histoire de ce quartier, mais il vaut une fortune.

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  15. Olivier Messiaen, si je puis me permettre en ce Dimanche de Pâques!
    Notez que la maison de la sœur de Robespierre fut détruite il y a un peu moins de vingt ans. Elle se trouvait sur la place derrière la mosquée, et, pour son malheur, n’avait qu’un étage.
    Des maisons à un étage du Dix-huitième siècle subsistent rue de la Corderie de l’Ancien enclos du Temple. Elles sont rares. le Bar la Cerisaie, peut-être, en bas de la Rue du Petit Musc, dont le nom évoquait les Dames de Petite Vertu qui y musaient, au rebours du calme d’aujourd’hui.Il y aurait un mot à dire de ces rues dont la langue transforme le nom, faisant d’un Gilles queux , Cuisinier, un Git-Le-Coeur.
    La tradition est oubli des origines, dirait l’Autre.
    Bien à vous.
    MC

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  16. J’apprends que le confinement pourrait durer jusqu’à la fin du mois de mai, voir davantage encore. On va pouvoir relire Proust…

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  17. je vais relire tout Alfred Jarry car Ubu a caché de vrais grands textes.j’aime particulièrement » l’amour absolu » et je comprends admiration de Breton pour lui.Au fond notre époque est plus proche d’Ubu que de Proust.et surtout ses écrits sur la manière d ‘iventer un théâtre débarrassé du réalisme sont asse stupéfiants.

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    1. Oui, ce pourrait être une source de renouvellement du théâtre qui est un genre qui se meurt à petit feu. À découvrir pour moi parce que je ne l’ai jamais lu à vrai dire. Et relire en même temps Le théâtre et son double d’Artaud. Deux grandes leçons de théâtre, deux grandes leçons des ténèbres…

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  18. Tours et détours, entre Gombrowicz, Proust et le sadisme:

    1) Virgilio Piñeira (1912-1976) , président du comité de traduction de Ferdydurke au café Rex de Buenos Aires (personne dans ce comité argentino-cubain, sauf Gombrowicz, ne parlait le polonais), apprit le français avec sa grande soeur, institutrice, qui l’initia, ,adolescent, à la Recherche de Proust. Son long poème La isla en peso (1942) en porte la trace, avec un vers en quelque sorte pémonitoire aujourd’jui: « Un pueblo puede morir de luz o puede morir de peste ». En 1964 il publiera sa traduction de Un amour de chez Swan à La Havane. Du reste, VP collabore à Orígenes, la revue de Lezama Lima, le « Proust des Caraïbes » (pour résumer un peu vite)

    2) En 1952, VP publie à Buenos Aires, La carne de René, roman sadique de la crucifixion de la chair ou les années d’apprentissage du châtiment/punition/torture. Sans doute, Osvaldo Lamborghini, à la suite des jeunes admirateurs de Gombrowicz, s’en inspira pour écrire son roman El Fjiord (1969).

    Comme quoi, Gombrowicz mène à tout: un écrivain-Monde

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  19. Merci, Jorge Bonells. Évocation très intéressante.
    Dans son Journal de Berlin, il évoque la figure de Genet. Et il écrit à propos du Saint Genet, comédien et martyr, de Sartre : « (…) étant donné la quantité et la qualité de ses découvertes, cette psychanalyse existentielle eût largement valu une bonne douzaine de Proust. » Et de Genet, qui apparemment le drague, ce qui l’irrite et même le choque profondément, il écrit tout de même : « Le poète, lui, m’a bouleversé. »

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