Déconfinement ?

Le Sillon à Saint-Malo

Arno  Schmidt aurait apprécié cette période  de  confinement, lui qui n’aimait  que les landes désertes,  les horizons larges, fluides, débarrassés de présence humaine.. .Ici à Saint-Malo, avec  cette plage du Sillon qui forme autoroute de sable, vide,  avec le ciel qui claque d’un bleu qui parait irréel, on a   l’impression que le temps ordinaire  a été évacué, que nous sommes bercés  aux confins du temps, arrêté dans un espace sidéral , débarrassés de l’agitation  humaine. Ce 1er  mai, avec   beau ciel gigantesque  qui laisse deviner la courbure de la terre    je  flâne dans  un bel   espace amniotique ; on pourrait presque entendre grincer la rotation de la terre sous l’effet du vent..  La nature se modifie :des canards se dandinent sur un  parking désert, la vie végétale désordonnée renait le long des  clôtures d’un camping  , des chats de vautrent  entre les camions d’un entrepôt , des papillons sautillent, nombreux,  sur les bancs écaillés  du stade ; et la nature, avec ses touffes  herbes rutilantes, de jeunes têtes de  pissenlits,  prend un curieux élan irraisonné et radieux avec des merles, des moineaux, des pies ,des goélands qui saturent les toits et les cheminées.. Éclosion spontanée d’avril, avec des herbes acides qui courent contre les murs de granit de ma vieille rue  préférée.  Naissance du printemps, des mouches entrent dans la cuisine. L’ absence  d’humains dans certains quartiers résidentiels   permet de remarquer la perspective  si nette et géométrique d’une  avenue   bordée de platanes réguliers, ou les cases de marelle dessinées à la craie dans une impasse. Les plages immenses reprennent leur sauvage étendue vierge de premier matin du monde  avec la seul ombre des nuages, si lents à dériver.   Et devant  le rond-point d’un carrefour, (c’est là que il n’y a pas si longtemps, en ces jours brumeux, des gilets jaunes  se réchauffaient  avec leurs  feux de bivouac   de  quelques cageots)   deux peupliers à la présence fragile, presque scintillante dans l’air radieux ,  retiennent les particules d ‘ un moment d’une délicatesse  parfaite ;et qui va disparaitre.. Dans quelques jours,  le déconfinement?.. Ici, à ce carrefour , chaque matin, à nouveau, la   ruée tapageuse de bagnoles et camions du matin, venant de Rennes,  embouteillages,  sons stridents, moteurs surchauffés, accélérations, freinages, l’ordinaire.  

109 commentaires sur “Déconfinement ?

  1. Billet poétique fort réussi !
    Seul ce segment de phrase : « on pourrait presque entendre grincer la rotation de la terre sous l’effet du vent.. » m’inquiète sur les effets poétiques de la vie à Saint Malo. Le doute me saisit ! Scientifiquement, j’attribuerai plutôt qu’au vent divin la cause réelle de la conséquence rotative terrestre à l’abus de grappa pendant la fête du Premier Mai !…..

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      1. C’est exact ! J’en conviens volontiers. Ce choix est astronomiquement pertinent.
        ( …on peut ralentir une rotation trop vive en ne mélangeant pas les délicieux combustibles dans le même verre, comme il m’est arrivé de le faire par curiosité scientifique, et parfois par pure distraction …)

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  2. Au risque de casser un peu l’ambiance, j’ai toujours mené une vie de confiné qui me va très bien. Comme Baudelaire dans « Assommons les pauvres! », je peux dire : « Pendant quinze jours je m’étais confiné dans ma chambre, et je m’étais entouré des livres à la mode dans ce temps-là […]. Il m’avait semblé seulement que je sentais, confiné au fond de mon intellect, le germe obscur d’une idée supérieure… » Pour moi, autant le dire tout de suite, le déconfinement n’aura pas lieu.

    Les autorités jouent avec nos vies à la roulette russe. On veut que je prenne le métro. Mais comment respecter les distances barrières ? Avec des masques « grand public » dont la « grandeur » est inversement proportionnelle à leur pouvoir de protection, quand il en faudrait trois par jour FFP2, puisque leur garantie n’excède pas quatre heures. Il a fallu aux nazis affréter un train de quelque dix wagons pour la tuer à Auschwitz, moi il me suffit de prendre le métro ! On n’arrête pas le progrès…! De même avec les élèves ou les collègues dont certains sont statistiquement infectés mais asymptomatiques, susceptibles de me contaminer. Il est donc hors de question que j’obéisse à des consignes de déconfinement insensées et criminelles. Je n’ai aucune envie de jouer à la roulette russe avec ma vie.

    On nous dit que les enfants ne risquent pas d’être contaminés. Le Directeur Général de la Santé s’est contredit plus d’une fois, prétendant que les masques ne servaient à rien, puis assurant qu’il avait toujours affirmer que les masques étaient indispensables. Notre ministre s’est contredit dix-huit fois dans ses déclarations. Un rapport sorti aux États-Unis ces jours-ci dans « le Journal of Public Health Management and Practice de l’Université de Floride du Sud (USF) et du Women’s Institute for Independent Social Inquiry (WiiSE), estime que pour chaque enfant nécessitant des soins intensifs pour COVID-19 , il existe 2 381 enfants infectés par le virus. Ce calcul fait suite à un rapport du Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies concernant son étude clinique sur plus de 2 100 enfants en Chine avec COVID-19. »

    « Selon le registre nord-américain Virtual PICU Systems, 74 enfants aux États-Unis ont été admis dans les USIP entre le 18 mars et le 6 avril, signalant que 176 190 enfants supplémentaires étaient probablement infectés au cours de cette période. Les enfants de moins de 2 ans représentaient 30% des cas, 24% étaient âgés de 2 à 11 ans et 46% des cas de PICU étaient des enfants âgés de 12 à 17 ans. Les chercheurs disent que si jusqu’à 25% de la population américaine est infectée par le coronavirus avant la fin de 2020, 50 000 enfants gravement malades devront être hospitalisés, dont 5 400 gravement malades et nécessitant une ventilation mécanique. »

    L’auteur de ce rapport est Jason Salemi, professeur agrégé d’épidémiologie au USF College of Public Health. Et on voudrait que je prenne le métro et reste confiné dans des classes exiguës qui ne peuvent d’aucune façon permettre à quinze élèves de respecter les distances barrières. On ne moque de nous ! Pire que les nazis !

    Je prévois l’effondrement de la civilisation occidentale avant 2028. Plus de viande à bouffer, plus de pétrole pour faire fonctionner les bagnoles, les trains, les avions. Plus d’eau potable. Le chaos. Avec Macron, c’est Œdipe roi, la peste qui ravage la cité, ensuite ce sera Sept contre Thèbes, la guerre civile. Et viendra le temps d’Antigone. Il nous reste sept ou huit ans à vivre dans un chaos tranquille. Après viendra l’enfer.

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  3. « Après viendra l’enfer »

    Moi j’ai sorti mon vieil exemplaire de  » La Divine Comédie » de Dante, longtemps grappillé mais jamais vraiment lu. Il est temps ! Superbe introduction de Henri Longnon, où j’apprends qu’il s’agit en fait d’une auto fiction romanesque mise en chanson…

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  4. À Berlin aujourd’hui, il y a déjà des manifestations contre les mesures de restriction. L’insurrection qui vient…

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  5. La chanson de la plus haute tour, de Rimbaud, extrait d’une Saison en enfer, dit par Jean Marais. On y reconnaît un petit air de François Villon. Qu’en pensez-vous ?

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  6. Magnifique interprétation du poème « Green » de Verlaine ! Plus je relis Verlaine, plus je trouve que c’est vraiment un très très grand poète. Il n’est jamais mièvre, même dans la chanson d’automne, même dans le Colloque sentimental. Et il a perçu à son époque avec une rare acuité des sensations, des éléments de la sensibilité moderne qui ne se sont manifestés que beaucoup plus tard dans la modernité. Je veux ici parler à nouveau de son poème « Charleroi », qui est beaucoup plus profond qu’on a dit l’autre jour. Ce qui s’exprime dans ce très grand poème, qui n’a l’air de rien pourtant, c’est ce que montre par exemple la peinture de Francis Bacon, la sculpture de Ossip Zadkine, la nouvelle de Kafka « La colonie pénitentiaire » ou « La Métamorphose », c’est-à-dire la « schizophrénisation du monde », comme l’a appelé la psychanalyste et psychiatre Gisela Pankow au sortir de la guerre. Une destruction de l’image psychique du corps. Les sensations hystériques qu’exprime Verlaine dans son poème Charleroi sont la manifestation d’un corps psychique décharné, d’un corps écorché vif, causé par la brutalité de l’industrie tout au long du siècle et qu’évoque le poème avec les forges et le désir sexuel qu’elles suscitent en lui. Des zones entières de ce que Didier Anzieu appelle le « Moi-peau » sont à vif ou devenues insensible comme les trous dans la peinture de Francis Bacon ou les trous dans les corps sculptés de Zadkine qui, pour moi, est le plus grand sculpteur du XXè siècle, bien plus grand que Rodin, qui a l’air maniéré en comparaison. C’est aussi de cette destruction du Moi-peau dont nous parle Kafka dans « La colonie pénitentiaire » avec son appareil à graver la Loi sur la peau. Verlaine, en son temps, a senti tout ça comme un sismographe extrêmement sensible. Et il a su avoir l’audace de créer des vers tout à fait inhabituels, avec des registres de langues et des structures grammaticales qui lui permettent de s’exprimer au plus près des instincts du corps psychique à vif, là où ça hurle. Je trouve que c’est vraiment très fort comme poésie ! Dans « Green », c’est le Verlaine sentimental et quasi mystique qui s’exprime. L’interprétation de Léo Ferré est admirable.

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  7. Il faut dire que Rimbaud a fait un peu ombrage à Verlaine !
    Verlaine fut le maître de la jeunesse, jusqu’à Mallarmé…
    Chez lui, on s’aperçoit qu’il n’y a rien à jeter.

    Les noces barbares

    Tout commence par la lettre que Verlaine trouve au retour de son escapade, à la fin du mois d’août 1871. Employé à l’Hôtel de Ville et ayant soutenu la Commune de Paris après la semaine sanglante et la victoire des Versaillais, il craint d’être arrêté. Dès lors, en juillet, accompagné de sa jeune épouse Mathilde, enceinte, il part, tremblant, se cacher à Fampoux, un village de la région d’Arras d’où est originaire sa mère.
    Parmi le courrier adressé à son intention chez Lemerre, passage Choiseul, à Paris, – l’éditeur de ses deux premiers recueils publiés à compte d’auteur : Poèmes saturniens et La Bonne Chanson -, une enveloppe l’intrigue. Postée de Charleville et traversée d’une écriture fine et nerveuse, celle-ci renferme une longue missive accompagnée de plusieurs poèmes. Elle est signée d’Arthur Rimbaud, un parfait inconnu de seize ans, qui, néanmoins, a déjà écrit, entre autres, Le Dormeur du val et Ma Bohême !
    Concernant la correspondance de cette époque entre Verlaine et Rimbaud, il ne reste pratiquement rien des lettres du second. Mathilde Mauté, l’épouse de Verlaine, trompée, battue et humiliée, a par la suite détruit toutes celles sur lesquelles elle a pu mettre la main. De cette première missive, aujourd’hui disparue, on connaît l’essentiel grâce au témoignage de Delahaye, l’ami d’enfance de Rimbaud, qui, d’une écriture plus sage et pour une meilleure lisibilité, apporte son concours, en recopiant en petite-ronde, c’est-à-dire en lettres bien régulières avec les verticales bien perpendiculaires aux lignes, l’ultime production poétique de Rimbaud, -hormis le dernier poème, écrit l’année précédente- : Accroupissements, Les Douaniers, Les Assis, Le Cœur volé et Les Effarés. Rimbaud, de son écriture toute en zébrures, y déclare son admiration pour Verlaine, et avoue avoir trouvé « fort bizarre, très drôle » Les Fêtes galantes. Après quelques phrases de présentation, il en vient à sa requête : Il est aussi poète mais le plus urgent pour lui est de fuir Charleville au plus vite ! Que lui conseille-t-il ?
    Verlaine, tout à la fois perplexe et séduit, soumet les poèmes à ses amis parnassiens. Mais où héberger le jeune-homme, songe-t-il, vivant lui-même chez ses beaux-parents ? La réponse se faisant par trop attendre, Rimbaud envoie, trois ou quatre jours après, une seconde missive. Plus directe et précise. Il lui demande carrément l’hospitalité, l’argent du voyage en prime ! Noircissant le tableau et mentant un peu, à l’occasion : « Ma mère est veuve (faux !) et extrêmement dévote. Elle ne me donne que dix centimes tous les dimanches pour payer ma chaise à l’église. » Et Rimbaud fait valoir aux yeux de son illustre aîné qu’il lui faut terminer un grand poème (Le Bateau ivre), et que cela lui est impossible à Charleville. (Pour le coup, le brave Delahaye dû recopier : Mes petites amoureuses, Les Premières communions, Paris se repeuple).
    Verlaine, enthousiasmé, lui répond par retour de courrier : « Venez vite, chère âme, on vous désire, on vous attend. » Profitant de l’absence de son beau-père, parti chasser en Normandie, Verlaine convainc madame Mauté et Mathilde d’héberger le poète en herbe. La mère et la fille donnèrent leur consentement, sans se douter qu’elles introduisirent ainsi le loup dans la bergerie. Rimbaud n’avait-il pas écrit, peu auparavant, à son ancien professeur Izambard : « Maintenant je m’encrapule le plus possible. Pourquoi ? Je veux être poète, et je travaille à me rendre voyant : vous ne comprendrez pas du tout, et je ne saurais presque vous expliquer. Il s’agit d’arriver à l’inconnu par le dérèglement de tous les sens. Les souffrances sont énormes… » ?

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  8. Oui, et c’est ainsi que notre Rimbaud débarqua un beau matin chez Verlaine, 14 rue Nicolet, tout près de chez moi. Le chiffre 14 joue un grand rôle dans ma vie. C’est un grand mystère mais c’est ainsi. Ma mère est morte le 14 aôt 2006; Marusa est morte le 14 août 2010, j’ai renoué avec la branche russe de la famille Alba de Pskov et Saint-Pétersbourg le vendredi 14 février 2020, avec ma cousine Olga Bugolioubova (dont la grand-mère était Julia Alba, fille de Moïse Alba, frère de Raphaël Alba, mon grand-père), dont le père était un mathématicien membre de l’Académie des sciences de Saint-Pétersbourg (un spécialiste des statistiques économiques) et dont elle a un demi-frère qui est un grand sportif, champion olympique de hockey sur glace américain, qui a émigré aux États-Unis. Vendredi, Veneris dies, jour de Vénus… Le 14… les retrouvailles entre les deux branches de la famille après un siècle de séparation, un siècle et plus puisque Moïse avait quitté la Pologne, Płock, dès 1900 pour fuir les pogroms, tandis que mon grand-père n’a émigré de Włocławek qu’en février 1905. Le miracle a eu lieu le vendredi 14 février 2020, jour de la saint Valentin en plus ! C’est pourquoi je vous dis qu’il se passera quelque chose en 2028, j’aurai 74 ans et 28=14×2…! Soit c’est le jour de la Paix universelle, soit le jour de l’apocalypse…

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  9. Les Noces barbares

    Voyant, prophète, pour Rimbaud le poète, avant tout, se doit d’être « objectif », se contentant de transmettre un message qui ne fait que transiter par lui : « Je est un autre ». Un sacerdoce auquel n’est pas du tout préparé Verlaine, qui, depuis quelques temps, s’est passablement embourgeoisé. Ce dernier, révoqué le 11 juillet 1871 de son emploi à l’Hôtel de Ville, pour cause de « participation à l’insurrection », vit alors aux crochets de sa mère et de sa belle famille, chez qui le couple s’est replié, faute de ne plus pouvoir payer son loyer, au 14 rue Nicolet, une étroite artère au pied de la Butte Montmartre. C’est là que déboule vers le 10 septembre 1871 le jeune trublion, le manuscrit du Bateau Ivre en poche. Il a cheminé depuis la gare de l’Est où Verlaine, accompagné de Charles Cros, est allé l’attendre et où ils l’ont raté. Rentrant, dépités, rue Nicolet, ils découvrent Rimbaud installé au salon entre Mme Mauté, toute froufroutante, et sa fille, enceinte jusqu’aux yeux. Mathilde relatera plus tard cette première rencontre, décrivant le jeune homme d’alors : « Solide garçon à la figure rougeaude, dans un pantalon écourté qui laissait voir des chaussettes de coton bleu tricotées par les soins maternels (…) Des cheveux humides, une mine négligée, les yeux étaient bleus, assez beaux, ils avaient une expression sournoise que, dans notre indulgence, nous prîmes pour de la timidité ».
    Surpris de prime abord par le physique de son protégé, Verlaine, qui s’attendait à voir un adolescent à la face d’ange déchu en place du vigoureux paysan à la chevelure hirsute qui lui fait face, tombe, contrairement à sa femme, totalement sous le charme de ses beaux yeux myosotis aux rayons magnétiques. Les yeux de Rimbaud, à propos desquels son confident et ami Delahaye écrira : « Sa seule beauté était dans ses yeux d’un bleu pâle irradié de bleu foncé, les plus beaux yeux que j’ai vus, avec une expression de bravoure prête à tout sacrifier quand il était sérieux, d’une douceur enfantine, exquise, quand il riait, et presque toujours d’une profondeur et d’une tendresse étonnante. ».
    Rimbaud, qui ne goûte guère à l’art de la conversation, répond par monosyllabes aux questions posées par les divers membres de l’assemblée. Charles Cros tente, en vain, de le faire parler de poésie. Plus tard, à table, servi par la bonne, il fait honneur à la soupe, sans lever les yeux de son assiette. La dernière bouchée du diner avalée, il tire une pipe de sa poche et enfume la tablée sans plus de façon. Puis il se lève, dit qu’il est fatigué, et demande à être conduit à sa chambre. Tout le monde reste pantois, mais dans son for intérieur Verlaine exulte.
    Au matin, Rimbaud, qui s’est écroulé sur son lit et endormi aussitôt, se réveille l’œil clair et inspecte la chambre qui lui est allouée. Le petit poucet rêveur et semeur de rimes de grands chemins, le jeune bohémien qui aime tant dormir à la belle étoile, en est tout déconcerté. Sur un mur de cette bonbonnière est accroché un « portrait d’ancêtre », au pastel, où le personnage arbore un front dégarni, piqué de taches de moisissures. Dès que Verlaine se présente, il le prie instamment de le débarrasser de ce « cerveau lépreux ! ».
    Les jours suivants, Verlaine entraine le plus tôt possible Rimbaud, hors de la cage dorée de la rue Nicolet, fuyant le corps déformé de Mathilde, qui maintenant le dégoûte. Elle pourtant, qui, quelques mois auparavant, lui a inspiré les beaux vers de La Bonne Chanson, un recueil poétique que Victor Hugo compara à « un bouquet dans un obus ». Paul et Arthur descendent généralement la rue Ramey, puis, parvenus au boulevard de Rochechouart, font une première halte au Delta. Juste le temps de lever le coude. De là, ils grimpent au sommet du bus à impériale, au départ de la ligne Place-Pigalle-Halles-aux-vins.

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  10. Penser que toute cette histoire s’est passée à deux pas de chez moi est émouvant. Ils fréquentaient le quartier tous les deux. Ils ont descendu la rue Ramey, passé devant chez moi, marcher place Jules Joffrin, où n’était pas encore construite la mairie, fréquenté le Lapin à Ghil, près des vignes. C’était un quartier sans doute plus bigarré qu’aujourd’hui, avec la clinique du docteur Blanche où Nerval est venu se faire soigner. Ils ne s’y reconnaîtraient pas s’ils revenaient parmi nous.

    Je vais étudier la nouvelle poétique, Sylvie, avec mes élèves de 4ème pour finir l’année. Je l’ai relue pour l’occasion, toujours le même charme. Avec mes grands de 3ème, je vais finir l’année avec le thème du Golem. On termine Le Spleen de Paris. J’ai quand même réussi à étudier avec eux une petite dizaine de poèmes en prose. Sur le site JSTOR il y a plus de 13 000 articles à lire sur Baudelaire. J’en ai lu pour l’instant une petite dizaine, en français, en anglais et en allemand. Des récents et des plus anciens. Il y a parmi ces articles un article de Yves Bonnefoy sur le poème « La Belle Dorothée ». Mais manifestement Bonnefoy n’y a pas compris grand chose…! Il n’y voit qu’un art de la peinture et de l’exotisme, alors que c’est une grand poème qui dénonce le colonialisme et vante la liberté chèrement acquise des esclaves noires qui viennent d’être affranchies par la Révolution de 1848, mais il y a un autre article, remarquable celui-là, qui va au fond des choses, jusqu’au fond des techniques poétiques de Baudelaire, d’une universitaire sur ce poème. Il y a des articles passionnants à lire, notamment sur le grotesque chez Baudelaire.

    Mais il n’y a pas de travail d’ensemble sur le grotesque chez Baudelaire, alors que c’est une part capitale de son esthétique, ni sur le grotesque dans la dimension européenne de la littérature romantique. Il y aurait là vraiment tout un gros travail pour embrasser la littérature romantique dans toute l’Europe, jusqu’en Russie même avec Gogol et un écrivain satirique que je ne connaissais pas, Mikhaïl Evgrafovitch Saltykov-Chtchedrine. Il n’y a que des études partielles, parfois très fouillées, passionnantes, mais limitées. Il faut dire que c’est un vaste sujet, c’est vrai. Chez Baudelaire, à mon avis on peut le cerner avec la symbolique du Thyrse et du Caducée qui l’encadre. Mais le grotesque a préoccupé de nombreux penseurs de l’esthétique comme Kant, Schlegel, ou Jean-Paul. Des poèmes comme « Le mauvais vitrier », « Assommons les pauvres! » ou même « Du désir de peindre » avec sa poétique de l’arabesque autour du thème principal comme le lierre qui s’enroule autour du thyrse, comme le poème « Thyrse », dédié à Liszt, relèvent d’une esthétique du grotesque. C’est pourquoi on les lit si mal.

    Tous les cycles de l’amour aussi, dans LFM, sont souvent des déformations grotesques des poèmes de Pétrarque dans le Canzoniere. Sainte-Beuve, dans sa lettre à Baudelaire, dit qu’il écrit en « pétrarquisant sur l’horrible ». Mais c’est bien senti ! Cette lettre de 1857 est d’ailleurs fort intéressante à lire pour saisir sur le vif toute l’originalité de Baudelaire, à laquelle autrement Sainte-Beuve reste hermétique, avec une idée frappante de la poésie qui repose grosso modo sur l’esthétique du XVIIIè siècle et de la « belle nature » qui s’est prolongée assez tardivement en plein XIXè siècle, notamment quand il parle de son Joseph Delorme. Là, d’un seul coup, on est saisi devant l’écart abyssal qui le sépare de Baudelaire. Il devient évident qu’un critique comme Sainte-Beuve ne pouvait rien comprendre à Baudelaire, étant donné sa conception inconsciente de la poésie et son horizon d’attente comme lecteur de poésie. C’est vraiment très frappant, sidérant même ! Et on se rend compte que ce qui différencie d’abord et avant tout Baudelaire de ses contemporain, comme ici Sainte-Beuve, c’est que Baudelaire a un cœur et qu’il sent toute l’horreur de son époque. Les autres ne ressentent rien ! C’est quand même de là que part toute sa poésie, toute sa révolte, toute son esthétique.

    On a du mal à imaginer ça aujourd’hui. Sainte-Beuve l’appelle d’ailleurs « mon cher enfant », avec ce ton condescendant qui, aujourd’hui, est non seulement ridicule, mais en dit long sur Sainte-Beuve lui-même plus que sur Baudelaire. Quelle solitude terrible devait être celle de Baudelaire. J’en ressens presque des frissons d’angoisse quand je lis cette lettre de Sainte-Beuve pour sa mesquinerie et l’incompréhension métaphysique qu’elle exprime à l’égard d’un poète comme Baudelaire qui est quand même un des plus grands esprits du XIXè siècle ! Ça fait froid dans le dos.

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    1. Oui, je repense souvent à ce que Baudelaire a dû subir de malentendu ou de pas entendus du tout.Oui..quelle détresse.D’ailleurs quand il confie son projet de « Mon cœur mis à nu », à Mme Aupick il précisa le 5 juin: 1863.. »je veux faire sentir sans cesse que je me sens comme étranger au monde et à ses cultes.Je tournerai contre la France entière(il souligne France entière) mon réel talent d’impertinence. J’ai besoin de vengeance comme un homme fatigué a besoin d’un bain. »

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  11. Vu de la campagne lointaine, de la province voisine, ou des vastes espaces de l’étranger, on ne peux s’empêcher de plaindre les Parisiens qui sont à nos yeux confinés à vie, de la naissance à la mort, dans ce réduit géant étouffant et sale que gère admirablement la Reine Hidalgo…
    De tout coeur avec vous, chers confinés de l’ile de France, qui ne sortez pas facilement de votre jardin zoologique !

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  12. La volonté des révolutionnaires de 1789 de mettre à mort les Régions, le jacobinisme ancien à parole unique se voulant universelle, l’idée que toute réussite passe par la Capitale, expliquent l’erreur actuelle de l’organisation territoriale en France. Elle apparaît clairement aujourd’hui en vie pandémique. Ignorés, méprisés, moqués, les élus locaux devenus incontournables sont aujourd’hui totalement sollicité par un pouvoir jacobin sans moyens autres que la communication, l’interdiction, la pénalisation, càd des outils sans vertu opérationnelle solide. Des idées totalement hors-sol.

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  13. Les Noces barbares

    Après une traversée chaotique de la ville et du fleuve, ils retrouvent, au terminus de la ligne hippomobile, les joyeux copains parnassiens, qui ont pratiquement tous jeté leur dévolu sur cette portion de la rive gauche, à l’emplacement où jadis s’étaient établis les Romains, occupée de nos jours par les bâtiments de la fac de Censier et ceux de l’Institut du Monde Arabe, jusqu’à l’actuelle promenade Tino-Rossi, en bordure de Seine incluse.
    Mais à quelle tribu néo barbare, ces Parnassiens-là appartiennent-ils ? Qui sont ces poètes, confédérés depuis 1866 autour de la revue du Parnasse contemporain d’Alphonse Lemerre, et qui avaient fait dire à Rimbaud qu’il serait Parnassien sinon rien ? Outre Charles Cros et ses deux frères, Antoine, le médecin, et Henri, le sculpteur (« l’un ausculte et l’autre sculpte »), Rimbaud rencontre, par l’entremise de Verlaine, d’autres connaissances de ce dernier, ceux notamment qui, après avoir lu ses poèmes, s’étaient cotisés pour le faire venir à Paris. Tels Léon Valade, du même âge qu’Arthur, mais qui écrit des poèmes plutôt mièvres ou parfois des portraits satiriques, ou Charles Mérat, trentenaire flamboyant, arborant une superbe canne et surnommé le « Cigare dédaigneux ». Ainsi que le musicien Ernest Cabaner, le doyen et le plus décavé de la bande, qui joue du piano pour gagner sa pitance dans un bar à soldats de l’avenue de la Motte-Piquet, du côte de l’Ecole militaire, ou au Café de Bade, dans le Quartier latin, et auquel Léon Valade avait consacré un sonnet s’achevant sur ces vers : « Il se nourrit de lait, de miel, de harengs-saurs/Pâle quand on le voit s’acheminer vers l’orgue/On lui dit : Où tes pas s’en vont-ils ? A la morgue ?/Ruisselant, il répond : « Je n’y vais pas, j’en sors ». Ou encore, le caricaturiste Louis Forain, de deux ans plus vieux que Rimbaud, et qui, comme lui, a connu l’errance et vit d’expédients. Ces esprits rebelles entretiennent leur amitié à grands coups de verres d’absinthe bien tassés, jusqu’à tard dans la nuit.
    Un jour, Paul exhibe son jeune prodige devant Théodore de Banville, un des chefs de file des Parnassiens avec François Coppée. A son domicile, Rimbaud lui récite Le Bateau ivre : « Comme je descendais des Fleuves impassibles… » A la fin de la lecture, après les éloges d’usage, Banville lui suggère poliment de remplacer le mot « bateau » par « vaisseau », plus suggestif selon lui. Et il lui conseille de commencer directement, pour la bonne compréhension du lecteur, par : « Je suis un bateau qui descend… » Rimbaud marmonne entre les dents à l’adresse de Verlaine : « Le vieux con ! ».

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  14. Cette remarque de Banville dit beaucoup de choses sur Banville et son École en effet. Seul un génie comme Verlaine était capable de comprendre Rimbaud. Les autres n’arrive à le lire qu’avec l’horizon de leur médiocrité. C’est bien le drame des gens de génie. Leur génie les coupe radicalement du reste du monde qui se dresse devant eux comme un mur où ils se cognent désespérément.

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  15. Les Noces barbares

    Un autre jour, Verlaine le conduit chez le photographe Carjat, qui, à cette occasion, le rhabille de pied en cape, avec un nœud-papillon, et lui tire l’élégant portrait qu’aujourd’hui encore l’on voit tagué sur les murs des villes ou reproduit sur les T-shirts des ados.
    Partout alors on le fête, c’est son quart d’heure de gloire.
    Leurs errances à travers la ville, permet à Rimbaud de (re)découvrir le Paris d’Haussmann, dans toute sa splendeur sinon son horreur. Ce Paris dont il avait écrit dans son poème L’orgie parisienne ou Paris se repeuple, au retour de son ultime voyage : « Ainsi ; quoiqu’on n’ait fait jamais d’une cité/Ulcère plus puant à la Nature verte/Le Poète te dit :  » Splendide est ta Beauté !  » ».
    La ville idéale pour célébrer des noces ?
    Rimbaud n’en est pas à sa première escapade parisienne. Celle-ci est déjà la quatrième. Un an auparavant, il fugue une première fois à destination de la capitale. Sans billet, il est arrêté à son arrivée à la gare du Nord et acheminé à la prison de Mazas (ancienne prison, située alors en face de la gare de Lyon). Là, le 4 septembre 1870, il apprend la chute du Second Empire. Libéré peu après, il réintègre le foyer maternel. Six mois plus tard, tandis que Mézières et Charleville sont occupés par les Allemands, Rimbaud revient une seconde fois à Paris. Le caricaturiste André Gill lui ouvre alors la porte de son atelier, puis, trouvant ce gamin décidément trop odieux, finit par le chasser. Après quelques jours d’errance à travers les rues de la capitale, il est de retour le 10 mars à Charleville. Dès le mois suivant, tandis que l’insurrection vient tout juste d’éclater,
    « l’homme aux semelles de vent » serait, selon ses dires, non avérés à ce jour, revenu dans la capitale et se serait engagé dans les francs-tireurs, atterrissant à la caserne de Babylone (VIIe). Ce qui lui aurait permis de bénéficier d’un toit et d’une solde de trente sous par jour. Là, au milieu de la pagaille généralisée, le jeune Arthur aurait essuyé les sarcasmes de communards éméchés et se serait fait violer. Ce que l’on peut comprendre, entre les lignes, à la lecture de son mystérieux poème du Cœur supplicié, rédigé à son retour à Charleville : « Mon triste cœur bave à la poupe/Mon cœur couvert de caporal/Ils y lancent des jets de soupe/Mon triste cœur bave à la poupe/Sous les quolibets de la troupe/Qui pousse un rire général/Mon triste cœur bave à la poupe/Mon cœur couvert de caporal//Ithyphalliques et pioupiesques/Leurs quolibets l’ont dépravé ! » (en remplaçant le mot cœur par le mot cul, le texte ne devient-il pas soudainement plus clair ?). Son retour précipité lui aurait quand même permis d’échapper à la Semaine Sanglante !
    Dès lors, Rimbaud décide d’abandonner la poésie aimable pour devenir un poète « voyant ».
    Pour l’heure, les deux jeunes-hommes en sont encore aux confidences. C’est pour prêcher la croisade contre une bourgeoisie satisfaite d’elle-même, un Dieu stupidement encensé par la foule, une famille encroûtée dans ses préjugés et une littérature cousue main qu’il est venu à Paris. Pas moins ! De quoi électriser son mentor, sur lequel l’élève commence à affirmer sérieusement son ascendant. Dès lors, Paul devient tout à la fois le guide, la nounou et le bon toutou chargé de mener à bon port son aveugle-voyant de maître. Sans oublier au passage les nombreuses escales où étancher leurs soifs ! Au Bobino, rue de Fleurus, au Cluny, boulevard Saint-Michel, au Tabourey, rue de Vaugirard, au François 1er, à la Taverne du Panthéon, à la Vachette, à la Rotonde, au Café Rouge, au Soleil d’or, ou encore au Procope, entre autres cafés et brasseries du Quartier latin et alentours. A ceux-là s’ajoutent encore ceux de la Butte Montmartre, des Grands-Boulevards ou des quais de la Seine… Complices en ivresse, Verlaine et Rimbaud ne retournent à leur niche dorée de la rue Nicolet que pour y cuver leur absinthe. Et encore, parfois, trop ivres, il leur arrive de découcher. Au café, on parle politique, littérature, on refait le monde, on y croise ses alter égos, célèbres, tel Barbey d’Aurevilly, ou en devenir, comme lui.
    Les Mauté, mère et fille, ne supportent pas plus de quinze jours la présence de cet hurluberlu, qui a mis le grappin sur leur beau-fils et époux respectifs. Au prétexte du retour imminent de Normandie du père Mauté, Rimbaud est prié de quitter illico la rue Nicolet. Ce qu’il fait, non sans oublier de voler au passage un crucifix ancien en ivoire plus divers objets de valeur, qu’il rendra à Verlaine quelques jours plus tard.

    (à suivre, si Paul le permet…)

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    1. Attention jazzi. Aucun témoignage précis et fiable ne vient étayer le fait qu’il y ait eu un Rimbaud franc tireur et qu’il se soit fait violer dans la caserne de Babylone. . Jean-Jacques Lefrère, le meilleur biographe de Rimbaud, , explique bien qu’il s’agit surtout d’une vantardise parmi tant d’autres (il adorait choquer) de Rimbaud auprès de communards français réfugiés à Londres tout ça recueilli par un indicateur de police anonyme.. les amis proches de Rimbaud n’ont jamais parlé de ça…donc mets beaucoup de guillemets et de conditionnels.. .

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  16. Une explication de texte, Michel ?

    Le Coeur supplicié

    Mon triste cœur bave à la poupe …
    Mon cœur est plein de caporal!
    Ils y lancent des jets de soupe,
    Mon triste cœur bave à la poupe…
    Sous les quolibets de la troupe
    Qui lance un rire général,
    Mon triste cœur bave à la poupe,
    Mon cœur est plein de caporal!

    Ithyphalliques et pioupiesques
    Leurs insultes l’ont dépravé;
    À la vesprée, ils font des fresques
    Ithyphalliques et pioupiesques;
    Ô flots abracadabrantesques,
    Prenez mon cœur, qu’il soit sauvé!
    Ithyphalliques et pioupiesques,
    Leurs insultes l’ont dépravé.

    Quand ils auront tari leurs chiques,
    Comment agir, ô cœur volé?
    Ce seront des refrains bachiques
    Quand ils auront tari leurs chiques!
    J’aurai des sursauts stomachiques
    Si mon cœur triste est ravalé!
    Quand ils auront tari leurs chiques,
    Comment agir, ô cœur volé?

    Arthur Rimbaud, 1871

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  17. Notule poétique, scientifique, pas trop économique. Comment se nomme la rotation ou l’axe autour duquel la Terre tourne sur elle-même, Jicé-la-science ? et puis cet autre axe dit de « précession » qui tourneboule…sûrement de quoi entendre des grincements de géante mécanique.
    Continuer à siffler de l’huître face des plages vides est un raffinement d’ancien régime, dear Paul Edel. Même le Prince de Ligne qui s’enfilait une douzaine chaque matin, régime qui lui permit de chevaucher entre deux siècles, une révolution et de composer de l’aphorisme à faire couler le prestigieux blog à passou, ne voyait pas la mer depuis son château de Beloeil.
    Maintenant l’économique, comme lu dans la presse suisse: 3000 licenciements (annoncés par une compagnie d’aviation) à cause du virus sont autant de morts économiques, plus que le nombre de morts dues au virus en Suisse. Ajoutez 7000 si ces braves 3000 licenciés ont des familles, soit 10.000 morts économiques « grâce » au confinement.
    Baroz gaythoïse le beau Rimbaud sur une seule photographie. gare aux pics abusifs. tout de même, toute cette vulgarité de trafic d’armes et banalités écrites dans des pays et populations détestées, après quelques mois de poésies qui continuent à faire suer le potache un siècle après, quel universitaire a décrypté ? Pierre Brunel ? Que dit M. Court.

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  18. « Aucun témoignage précis et fiable ne vient étayer le fait qu’il y ait eu un Rimbaud franc tireur et qu’il se soit fait violer dans la caserne de Babylone. . »

    Sur ce point précis, ma source principale est le « Verlaine » d’Henri Troya, Paul…

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  19. @Continuer à siffler de l’huître face des plages vides est un raffinement d’ancien régime, dear Paul Edel

    Il faudrait en toucher deux mots aux ostréiculteurs locaux. Idem pour le Homard. (Pour les oursins, creusons avec Kerouac jusqu’en Méditerranée, en quête de l’andouillon des îles, agent de renseignement hors de pair ; nouveau régime oblige)

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  20. J’ai déjà dit en son temps, Phil, qu’Etiemble, dans son Mythe Rimbaud montre que cette histoire de viol s’est construite selon le poème et d’après lui: « Pious-pious ithyphalliques justifiait tout! » Beau cas de reconstruction a posteriori qui n’est pas isolé.
    Par ailleurs, tout n’est pas à jeter dans Banville, qui, à cette date, avait il est vrai ses meilleurs recueils derrière lui.
    Mais les Odes Funambulesques, les Trente Six Ballades, et les Exilés, ce n’est pas médiocre. En revanche Mérat est difficilement lisible et totalement dépourvu de flamme poétique, au même titre qu’un Lahor ou un Joséphin Soulary.
    Bien à vous.
    MC

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  21. Les Noces barbares

    « Dix ans après la naissance de Verlaine, nait le 20 octobre 1854 à Charleville, dans les Ardennes, le petit Arthur Rimbaud. Comme Verlaine, lui aussi est le fils d’un militaire de carrière et d’une fille de paysans. Et lui aussi ne respire que par la poésie. Mais à la différence du capitaine Verlaine, le capitaine Rimbaud, son père, ne rêve, pour sa part, que de fuir le foyer conjugal, sur lequel règne sans partage son épouse, Vitalie Cuif. Et Arthur, doté d’un frère aîné, Frédéric, et de deux sœurs cadettes, Vitalie et Isabelle, n’est pas, à la différence de Paul, un fils unique. Plutôt un rat des champs, qui aime à sillonner les bois et battre la campagne avec son ami Ernest Delahaye, qu’un rat des villes comme Paul Verlaine et ses amis. Tout les oppose, en apparence ! A moins qu’ils ne soient parfaitement complémentaires ?
    Né à Metz, – la dernière garnison du capitaine Verlaine -, le petit Paul avait tout juste sept ans quand, en 1851, sa famille vint s’installer soudainement dans la capitale. Engagé à seize ans et avoisinant la cinquantaine, son capitaine de père avait pris une retraite anticipée en 1848, afin de se consacrer exclusivement à l’éducation de son fils adoré. Lui, l’enfant qui s’était fait attendre pas moins de treize années, depuis son mariage avec Eliza Dehée, la fille de cultivateurs d’un bourg voisin d’Arras où, jeune lieutenant, il avait été affecté. Entre temps, le couple avait adopté une nièce d’Eliza Dehée, Elisa Moncomble, la fille de sa sœur, morte en couches. De neuf ans son ainée, mariée et mère de deux enfants, elle sera le grand amour (platonique) du jeune Verlaine de dix-neuf ans. Un flirt, qui n’alla pas au-delà d’un baiser, après qu’Elisa Moncomble, épouse Dujardin, eut recouvré ses esprits. Pour Verlaine, ce fut la première morsure, indélébile, de la passion ! »

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  22. Merci Mr Court, j’avais manqué cet engouement d’Etiemble, qui montre bien qu’il n’est pas « un enfant de choeur ».
    Baroz, je fus en classe avec un jeune homme « Cuif », un personnage qu’on oublie pas.

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  23. Les Odes funambulesques, pour ce que j’en ai lu, c’est quand même pas terrible, ou terriblement fadasse…! Pas un brin d’émotion, une mécanique froide et sans âme ! Le reste à l’avenant… Non, ça ne vaut pas un pet de lapin…

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  24. À mon avis, on lit très mal Rimbaud. On ne le comprend pas. Rimbaud n’est pas essentiellement un bourru révolté. C’est au départ quelqu’un de profondément religieux, qui croit dur comme fer à la charité chrétienne. C’est un saint homme qui s’est pris de passion pour l’humanité. C’est un saint. En une autre époque, il aurait été un saint. Il a cherché toute sa courte vie de poète à inventer une nouvelle forme d’amour pour son prochain, à coups de révoltes, de maladresses de toutes sortes, ce fut son but profond dans tout ce qu’il dit. L’homosexualité a été ressenti par lui comme une catastrophe (pas pour Verlaine, semble-t-il). Et la médiocrité des hommes l’a profondément blessée. Il ne s’en est pas relevé. Le poème qui synthétise ce qu’il est profondément, son idéal métaphysique, social, politique, humain de l’Amour pour une humanité régénérée, c’est cet immense poème qu’est « Génie ». Là, il a une dimension à la fois païenne et christique grandiose. Il y a de quoi vraiment tomber par terre devant une telle merveille de poème. Là, il dit le fond de son cœur, qui est d’une grande beauté, d’une infinie pureté, d’une sainte grandeur. Tout le reste sur Rimbaud, c’est du blabla…

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    1. Au boulot sans plus attendre et dès le 11 mai vous concernant, Michel, ne serait-ce que pour dire à vos sixièmes et cinquièmes combien « la révolte qui vient » mérite leur attention (masqué vous seriez moins beau mais plus convaincant)

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  25. Non, je ne retournerai pas au collège avant le mois de septembre. Il est hors de question que je joue ma vie à la roulette russe en obéissant à des consignes imbéciles et criminelles. Je continuerai mes cours par le « padlet » qui nous sert à transmettre les cours aux élèves. Ils y prennent plaisir et moi aussi d’ailleurs. Et leurs travaux sont excellents. J’espère simplement que les avions vont se remettre à voler avant le mois de juillet que je puisse cet été retrouver ma cousine Olga à Saint-Pétersbourg. Et une autre cousine, qui est médecin à la retraite, Marina. On a prévu d’aller se promener à Pskov en bagnole et un peu au sud, d’aller honorer la tombe de Pouchkine qui se trouve dans un monastère. Une autre année, j’irai en Sibérie à Novosibirsk et Barnaoul où la famille s’était réfugiée pendant la guerre, et une autre année il faudra que je pousse jusqu’à la Kolyma, où un autre de mes cousins russes, Abram Moiceevitch Alba, né à Pskov en 1910, n’est pas mort à la guerre, mais en 1947 d’un crime crapuleux semble-t-il. C’était un héros de la Seconde guerre mondiale, médaillé à plusieurs reprises :
    Ordre de l’étoile rouge (11/5/1944)
    médaille « Pour le mérite militaire »
    médaille « Pour la défense de Leningrad »
    médaille « Pour la victoire sur l’Allemagne »
    médaille « Pour la victoire sur le Japon ».
    Pendant la guerre il a supervisé comme Ingénieur la construction de deux aérodromes à la Kolyma. J’ai une photo de lui bébé à Pskov en 1911, allongé nu sur une peau d’ours. Il était né en 1910 à Pskov. Il est mort tragiquement à l’âge de 37 ans, assassiné. Il est enterré à Moscou, où j’irai aussi un jour prier sur sa tombe et dire le kadish.

    Il a aussi supervisé la construction de deux autres aérodromes pendant la guerre au Kamchatka. Sainte-Beuve disait de Baudelaire que c’était le Romantisme extrême du Kamchatka…

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  26. Les Noces barbare

    Le capitaine Verlaine, qui rêve d’un avenir brillant pour son fils, l’imaginant déjà intégrer Saint-Cyr ou Polytechnique, a transporté toute sa tribu aux Batignolles, un quartier de rentiers et de retraités, situé alors dans un faubourg résidentiel de la capitale, avant de venir constituer une partie du 17e arrondissement, en 1860, conformément à la volonté de Napoléon III. En 1851, la famille s’établit alors dans un appartement du 10 rue Saint-Louis, l’actuelle rue Nollet. Dans cette atmosphère provinciale, Paul suit les cours d’une petite école voisine, rue Hélène. Un après-midi du 4 décembre 1851, tandis qu’il accompagne sa mère dans les boutiques de la rue de Clichy et de la Chaussée d’Antin, ils sont pris dans la tourmente d’une émeute. Violement repoussés sur les Grands-Boulevards, ils assistent à la sanglante répression menée contre les insurgés (en majorité des ouvriers), qui s’opposaient au coup d’état effectué deux jours plus tôt par le président Louis-Napoléon Bonaparte.
    A huit ans et demi, Paul est mis en pension à l’institution Landry, 32 rue Chaptal, d’où les élèves sont conduits matin et soir aux lycée impérial Bonaparte (l’actuel lycée Condorcet), rue Caumartin. L’été, les Verlaine partent en villégiature à Paliseul (commune francophone Belge située en Wallonnie, à la frontière du Luxembourg), berceau de la famille paternelle, issue de la petite noblesse terrienne locale. Lieu qui servira, durant l’été 1863, de cadre bucolique à ses amours contrariées avec sa cousine Elisa. Déjà poète et particulièrement sensuel, Paul Verlaine se livrait jusqu’alors, selon ses propres termes, à de «jeunes garçonneries partagées » avec ses condisciples. A la puberté, le bon élève de jadis, consacrant désormais la majeure partie de son temps à la lecture et à la rêverie plutôt qu’à l’étude, voit ses notes chuter dangereusement. Admonesté par son père, il se ressaisit et parvient à obtenir son baccalauréat, en août 1862, non sans perdre au passage son pucelage dans une maison de passe, peu de temps avant l’examen. A la rentrée, Verlaine, qui s’est inscrit à l’École de Droit, se montre plus assidu dans la fréquentation des cafés du Quartier latin que des salles d’étude. Seule la poésie l’intéresse.

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    1. C’est aussi rue Nollet qu’habitait Pierrette Fleutiaux, décédée il y a un an ou deux, qui était prof d’anglais au lycée Chaptal, et que, pour cette raison, j’ai bien connue. Il m’est même arrivé de lui faire lire certains de mes poèmes. Y habitait aussi le grand penseur Gilles Deleuze, dont le fils allait aussi au lycée Chaptal. Un jour, alors que j’étais pion dans les années 1980, Deleuze s’est pointé, tout déguenillé, dans le bureau du « Surveillant général » (un nom aujourd’hui totalement disparu) où je bossais à mi-temps pour payer mes études, afin de régler un problème au sujet de son fils. Rue Chaptal, c’était le quartier chic de la Nouvelle Athènes, datant des années 1830, donc encore assez récent, et futur lieu de l’action de Bel-Ami, de Maupassant, rue Fontaine, où vivait André Breton, au 42. C’est là que se trouve d’ailleurs le musée romantique, l’ancienne demeure de Ary Scheffer. Sur ma page FB il y a une photo où on voit Breton assis dans un bon fauteuil en cuir dans son appartement, entouré de tous ses objets hétéroclites, qui sont tous partis à vau-l’eau à cause de cet imbécile de Mitterrand, qui n’a rien voulu en faire, tellement réactionnaire et de droite ! Triste pays dirigé par des crétins incultes !

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  27. Etant de nature bonasse, j’ai vite abandonné la lecture de Rimbaud après y avoir tâté dans ma prime jeunesse, et ce, pour une raison évidente : il exagérait en tout, le Tutur ! Et tout ce qui est exagéré est insignifiant, je ne suis pas le premier, ni le dernier à le dire, n’est ce pas ! Quelques perles. Sans plus….Sa vie, elle même, est si chaotique ! Et sa mort amputé à 37 ans … Pauvre gosse !

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  28. Les Noces barbares

    A cette époque, la famille emménage au n°45 de la rue Lemercier (XVIIe) et son père, qui ne se fait plus guère d’illusion sur la carrière de son fils, le place d’autorité dans une compagnie d’assurance. En juin 1864, il est reçu au concours de l’Hôtel de Ville. Après un emploi d’expéditionnaire stagiaire à la mairie du IXe arrondissement, il est affecté au Service des comptes et budgets au sein de l’Administration centrale, le 1er janvier de l’année suivante. Véritable pépinière offrant alors des emplois lucratifs aux jeunes poètes, il rencontre à l’Hôtel de Ville plusieurs confrères plus avancés que lui dans la carrière poétique, tels Léon Valade, Albert Mérat, Georges Lafenestre et Armand Renaud. Parallèlement, il fréquente le salon littéraire de la marquise de Ricard, boulevard des Batignolles, celui de Leconte de Lisle aux Invalides, de Catulle Mendès à Montmartre ou encore celui de Théodore de Banville au Quartier latin. Autant d’occasions pour lui de se lier avec les écrivains et poètes de renom de son temps : Villiers de L’Isle-Adam, François Coppée, Anatole France, José-Maria de Heredia…
    Le père de Verlaine meurt le 30 décembre 1865, Paul a 21 ans. La famille s’était récemment installée au 14, rue Lécluse (XVIIe). Sa mère va s’établir alors, avec son fils, dans un logement moins onéreux, au n°26 de la même rue. Sous ses airs de dandy tout à la fois bourgeois et bohème, apparaît déjà son masque faunesque en devenir : cheveux longs, barbe négligée, nez camus, pommettes mongoliques, front haut et précocement dégarni.
    Dans la livraison datée du 9 avril 1866 du Parnasse contemporain, une anthologie poétique mensuelle, récemment créée par Alphonse Lemerre, sept poèmes de Verlaine se distinguent tout particulièrement, tel Mon Rêve familier : « Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant/D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime/Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même/Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend. ».
    Hélas, le 16 février de l’année suivante, sa chère Elisa, qui avait financé la publication des Poèmes saturniens, meurt subitement ! Verlaine se met à boire de plus en plus. Au début de 1869 est inauguré, à la brasserie du théâtre du Luxembourg (édifié en bois, rue de Fleurus, ce bâtiment a été détruit par un incendie), le premier dîner des Vilains Bonhommes, réunissant les jeunes poètes parnassiens.

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  29. Ce sont les derniers cénacles du siècle. Les derniers lieux où fleurit encore l’art de la conversation qui s’éteint avec Proust.

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  30. Le cénacle de la marquise de Ricard était au 10 bld des Batignoles, tout près de la place Clichy. Il n’y a pas de plaque commémorative mais j’y ferai attention maintenant que je le sais, quand j’y passerai en me promenant. Son fils, Xavier Ricard a l’air d’être un personnage haut en couleur. On a réédité son petit fascicule sur les Parnasiens. Faudra que je lise ça un jour.

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  31. Les Noces barbares

    Le 11 août 1870, alors que la guerre avec la Prusse dure depuis un mois, Verlaine échappe à la mobilisation en épousant in extrémis Mathilde Mauté de Fleurville, une jeune beauté de seize ans, la demi-sœur de son ami Charles de Sivry, un musicien « de cabaret et de salon ». La cérémonie a lieu à la mairie du XVIIIe arrondissement, qui se trouvait alors sur la place des Abbesses, et à l’église Notre-Dame de Clignancourt (2 place Jules-Joffrin). Le jeune couple s’installe dans un appartement au 2, rue du Cardinal-Lemoine, dans le Ve arrondissement. Poussé par sa femme, en octobre 1870, Verlaine s’engage dans la garde nationale pour la défense de Paris assiégé. Le 18 mars 1871, il applaudit chaleureusement la proclamation de la Commune de Paris. Au début, il se rend joyeusement à l’Hôtel de Ville, où il est promu chef du bureau de presse. A la fin de la Commune, on le retrouve claquemuré chez lui, dans une chambre capitonnée de matelas.
    Mais le pire n’est jamais là où on l’attend !
    Enfant précoce, à la sensibilité à fleur de peau, Arthur Rimbaud fut un élève brillant ! Voire même un surdoué ? Accomplissant deux années de collège en une, par exemple, ou en raflant la majorité des prix. Et il fut très tôt, un poète accompli ! Mais malgré les balades dans la nature et la lecture aussi bien des auteurs anciens que des modernes, Rimbaud, qui s’est totalement lassé des études, cherche à fuir Charleville par tous les moyens possibles.
    Cette quatrième tentative semble la bonne. Quoi qu’il fasse, Verlaine paraît bien arrimé et lui sert toujours de chaperon. Chassé de la rue Nicolet, il atterrit dans l’atelier-laboratoire de Charles Cros, rue Séguier. Au début, tout se passe plutôt bien entre les deux hommes, l’aîné initiant le second aux mystères de la science et des techniques, mais Rimbaud se montre bientôt odieux : il se torche avec les pages arrachée d’une revue où figurent les poèmes de Charles Cros et tout dérape à nouveau. Suite à cela, il disparaît trois jours dans la nuit et le froid de l’hiver parisien, avant que Verlaine ne le retrouve, errant et transi, du côté de la place Maubert. Il est ensuite hébergé chez les Banville, 10 rue de Buci. Là, ses excentricités l’obligent encore à déguerpir : depuis la mansarde située en haut de l’immeuble, il se montre nu à la fenêtre, jetant ses vêtements pouilleux aux passants.
    Pas rancunier, Paul Cros, qui vient de fonder le cercle « zutique », regroupant tous ceux qui disent zut aux conventions bourgeoises (des dadaïstes et des surréalistes d’avant l’heure), lui propose le gite et une maigre rémunération, dans le local qu’il vient de louer à cette occasion, au troisième étage de l’Hôtel des Etrangers (l’actuel hôtel Belloy Saint-Germain), situé à l’angle du boulevard Saint-Michel et de la rue Racine. A charge pour celui-ci de suppléer le gentil Cabaner, titulaire en titre du poste de barman, que Verlaine décrit physiquement tel : « Jésus-Christ, après trois ans d’absinthe ». Là, Rimbaud prend les commandes dans la salle, porte les boissons, sans oublier de se servir au passage, et s’occupe de la plonge. En échange de quoi, il dispose d’une banquette où dormir et empoche les pourboires des clients, ses camarades zutistes.

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  32. William Marx, nouvellement nommé cette année professeur de littérature comparée au Collège de France, a construit tout son cours de cette année intitulé « La bibliothèque des étoiles nouvelles » sur le fameux sonnet de Hérédia, « Les conquérants » (qui se relit bien, comme son recueil entier d’ailleurs sans être pour autant ce que j’appellerai de la grande poésie, trop conventionnelle à mon goût), avec ce concept de « bibliothèque » qui est censé remplacer l’ancien concept d’intertextualité inventé par Julia Kristeva dans Semeiotikê, en le généralisant. C’est assez excitant intellectuellement. Le linguiste Dominique Maingueneau le définit lui aussi de son côté de cette manière : « L’archive d’un discours constituant, ce n’est pas seulement une bibliothèque, un recueil de textes, c’est aussi un trésor de légendes, d’histoires édifiantes et exemplaires qui accompagnent les gestes créateurs déjà consacrés. Se positionner, ce n’est pas seulement transformer les œuvres portées par la mémoire, c’est également définir sa propre trajectoire dans l’ombre portée des légendes créatrices antérieures. » (Le Discours littéraire. Paratopie et scène d’énonciation, Paris, A. Colin, 2004, p. 136). C’est au fond ce que fait Proust de manière complètement fictive mais non moins fonctionnelle avec l’invention de son personnage d’écrivain, Bergotte.

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  33. Je ne savais pas que Verlaine s’était marié à l’église de la place Jules Joffrin. Je la regarderai avec d’autres yeux, cette église, désormais… Mais j’aime beaucoup cette place. Mon grand-père s’est marié à la synagogue de la rue d’à-coté, rue Saint-Isaure.

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  34. Ni que Rimbaud avait été garçon d café boulevard Saint-Michel. Faudra que j’y pense aussi quand j’y passerai… On en apprend des trucs avec toi, Jazzi ! Merci.

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  35. Je ne savais pas que Banville habitait au 10 rue de Buci. C’est marrant parce que ma tante et mon oncle, à partir de 1970, ont abandonné leur métier de fleuriste de la boutique au 38 rue de Seine, et se sont mis à vendre des journaux dans le porche du 13 rue de Buci, juste en face. Ma mère aussi a repris du travail en les aidant dans les années 1970. Moi-même au mois de juillet 1971, j’ai travaillé chez le grand fleuriste qui était en face pour me faire mon argent de poche de l’année. Aujourd’hui, comme je m’en suis rendu compte en passant par là aux dernières vacances de février, le local du fleuriste a été racheté par le bistrot d’à côté, qui s’est agrandi. Ce sont des lieux de mon enfance et de mon adolescence, tout ce quartier. J’y retourne toujours avec beaucoup de nostalgie.

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  36. Les Noces barbares

    Rimbaud collabore activement à l’Album zutique, le livre d’or dans lequel chacun des membres de cette joyeuse confrérie transcrit et dessine tout ce qui lui passe par la tête. Ou en dessous de la ceinture. Là, l’inspiration est le plus souvent grivoise et fantaisiste. En novembre 1871, Il croise le jeune Stéphane Mallarmé, qui, lui aussi avait écrit à Verlaine pour lui faire part de son admiration, et lui trouve, ainsi qu’il le note dans Divagations, un : « Je ne sais quoi de fièrement poussé, ou mauvaisement, fille du peuple, j’ajoute de son état blanchisseuse, à cause de vastes mains, par la transition du chaud et du froid rougies d’engelures. Lesquelles eussent indiqué des métiers plus terribles, appartenant à un garçon. J’appris qu’elles avaient autographié de beaux vers, non publiés : la bouche, au pli boudeur et narquois n’en récita aucun ». Plus loin, Mallarmé ajoute :
    « ne quitte plus Verlaine, quitte à provoquer de violentes scènes conjugales ; se dispute avec les Vilains Bonhommes. » (Avec le recul, l’homme aux mains de blanchisseuses sera qualifié par Mallarmé de « passant considérable »)
    Dès lors, la relation particulière qui lie le poète de dix-sept ans à celui de vingt-sept est de notoriété publique. Entre temps, les deux hommes sont devenus amants. Si l’homosexualité de l’auteur de Mes petites amoureuses est plus exclusive alors, celle de Verlaine demeure ambivalente. Il goûte, également, aux plaisirs de l’autre sexe. Tandis que, pour sa part, Rimbaud déclare : « Je n’aime pas les femmes. L’amour est à réinventer, on le sait. Elles ne peuvent plus que vouloir une position assurée. La position gagnée, cœur et beauté sont mis de côté : il ne reste que froid dédain, l’aliment du mariage aujourd’hui. »
    Plus cérébral qu’intuitif, contrairement à Verlaine, Rimbaud considère la poésie comme une ascèse. Tandis que pour Verlaine, qui tient avant tout à son confort, elle est un pur plaisir de sybarite. A la dureté coupante de l’un s’oppose la lâcheté de l’autre. Dans ce couple à l’autorité inversée, c’est le plus jeune qui mène la danse. Et c’est Mathilde qui va en faire les frais.

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  37. Il ne faut jamais oublier que Rimbaud, c’est aussi et peut-être principalement, — ce qui n’enlève rien à sa grandeur —, une bibliothèque à lui tout seul. Ses poèmes sont bourrés de références littéraires, conscientes et inconscientes.

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  38. et du latin, dear ML, du latin en veux-tu en voilà chez Rimbaud. l’esprit aussi vif que le mangeur d’huîtres prince de Ligne dont il jouxtait les frontières. auriez-vous aimé professé un Rimbaud ? aber sicher !

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  39. Oui, merci, j’ai vu. Là aussi, je regarderai mieux les lieux chaque fois que je vais acheter un bouquin chez Gibert. Mallarmé a été élève à Janson de Sailly, sa photo figure dans la vitrine dans le grand couloir d’entrée du lycée, aux côtés d’Edouard Philippe…, de Montherlant, de Leiris, du mathématicien Laurent Schwarz, de Paul Guth, de Jean Gabin, Laurent Fabius, Claude Lévi-Strauss, Robert Badinter, qui est venu inauguré en décembre dernier la salle qui prte désormais son nom et où se font les conseils de classe de mes classes, à l’occasion de la publication du récit de l’histoire de sa grand-mère juive et de quelques autres, dont mon ancien prof d’allemand Pierre Aron, qui était juste un peu plus vieux que Badinter à l’époque. Moi, j’y ai seulement passé mon bac et enseigné quelque temps… Badinter était très ému de se retrouver dans la cour du collège (il l’a quittée quand il était en classe de 5ème pour se réfugier incognito avec sa famille dans les Alpes, je crois bien). Mon ancien prof Pierre Aron, m’a raconté une fois qu’il était allé voir les Malley-Stevens en 1940 en juillet (je pense). Grand architecte moderniste juifs, une rue contient de magnifiques immeubles modernes très élégants qu’il a construit. Il allait les voir pour organiser des filières afin d’aider les Juifs à s’enfuir de Paris. La femme le reçoit mais lui dit qu’il n’a pas à s’inquiéter, elle va écrire à Pétain et tout s’arrangera. Ils ont finit leur vie à Auschwitz.

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