Kafka, dernier amour

Dora Dymant(ou Diamant)   juive  née en Pologne me 4 mars 1898 fit connaissance de Franz Kafka  pendant l’été 1923 au bord de la mer Baltique. Elle a vingt-cinq ans et lui 40.Elle a fui  la rigueur hassidique  sa famille polonaise  pour  travailler   à Berlin  en qualité de bénévole   dans les cuisines  du Foyer juif .Cet été-là elle  s’occupe , à Graal Müritz, d’une colonie  de vacances du Jüdiches Volksheim. Coup de foudre entre Kafka et elle.

 »Je ne suis pas heureux, mais sur le seuil du bonheur »écrit alors Kafka  à son ami Hugo Bergmann. Pendant trois semaines Dora et Franz  ne se quittent pas, font le projet de vivre ensemble à Berlin.  En septembre, Kafka revient brièvement à Prague puis retourne à Berlin pour la rejoindre. Ils ont donc vécu ensemble quelques mois   dans des conditions  financières difficiles,(inflation terrible)  changeant souvent d’appartements jusqu’au moment où la tuberculose de l’écrivain l’oblige à retourner dans le  sanatorium de Kierling  près de Vienne, où il meurt le 3 juin 1924 en présence de Dora et de Robert Klopstock.

C’est elle qui écrira sous la dictée de Kafka  les lettres que  sa faiblesse  physique l’empêche d’écrire. C’est elle qui transmettra à la famille des nouvelles du malade. C’est aussi sous son influence qu’il perfectionne sa connaissance du judaïsme et même envisage un retour vers la Palestine. C’est aussi à cette époque qu’il écrit deux textes  très importants : »Le terrier » et « Joséphine la cantatrice et le peuple des souris ».Il  communique alors, le plus souvent, par des petits papiers. 

Enfin il y a un mystère littéraire  autour de cette liaison.

 On a accusé Dora Diamant   d’avoir détruit, sur la demande  de Kafka , des notes de l’écrivain. Cependant on ajoute qu’elle a tenu à  garder , malgré les demandes insistantes  de Max Brod, les  36 lettres que  Kafka lui avait adressées. Dora Diamant avait gardé –parait-il-   en secret un certain nombre de textes et surtout des notes de Kafka dans son appartement de Berlin, documents qui furent volés en 1933, quand la Gestapo  fit une perquisition à son domicile. Qu’en est-il de ces hypothèses ?  Tout ceci me semble assez flou.

 Ce qui est évident c’est  l’intérêt de ce  bref extrait  du témoignage de Dora Diamant   trouvé dans le livre : » J’ai connu Kafka.,  « Témoignages réunis par Hans-Gerd Koch, traduit de l’allemand par François-Guillaume Lorrain, Actes Sud, 1998.

Dora Dymant

« Un moment à Berlin, il crut avoir trouvé une solution pour mettre fin au chaos du monde en général et au sien en particulier, une solution personnelle grâce à laquelle il espérait sauver sa vie. Il voulut se considérer comme un simple homme de la rue, tout à fait ordinaire, sans besoin ni désirs particuliers. Nous échafaudâmes beaucoup de projets ; un jour ainsi, nous songeâmes à ouvrir un petit café, où il aurait voulu servir lui-même les consommations. De la sorte, nous aurions pu tout observer, sans être vus, et nous nous serions retrouvés au beau milieu de la vie de tous les jours. Au fond, c’était déjà ce qu’il faisait, même si c’était à sa manière un peu particulière.
Il attachait beaucoup d’importance au fait d’être bien habillé. À ses yeux, c’était être impoli que d’aller quelque part avec une cravate mal nouée. Il faisait faire ses costumes par un tailleur extrêmement chic. Il prenait toujours beaucoup de temps pour s’habiller, et ce n’était pas par vanité. Il se considérait dans le miroir d’un œil critique, sans aucune complaisance, mais seulement avec le souci de ne choquer personne.
Il aimait faire les courses, car il aimait le contact avec les gens simples. On le voyait souvent, dans le quartier, avec son panier à provisions ou une bouteille de lait à la main. Le matin, il allait souvent se promener seul. Sa journée était planifiée, heure par heure, et toujours en fonction de son travail d’écrivain. Dans ses promenades, il emportait toujours un petit calepin et s’il l’oubliait, il en achetait un autre en chemin. Il aimait la nature, même si je ne l’ai jamais entendu le dire expressément.
Un des objets auxquels il était le plus attaché était sa montre-gousset. Lorsque nous nous sommes disputés avec notre propriétaire à propos de l’électricité – car il écrivait souvent durant toute la nuit –, je lui ai acheté une lampe à pétrole. Il aimait beaucoup sa lumière tamisée, et il tenait toujours à la remplir lui-même. Puis il prit l’habitude de jouer avec la mèche, et il ne cessa de trouver de nouvelles qualités à sa lampe. Par contre, il avait une aversion pour le téléphone, et souffrait beaucoup de l’entendre sonner ; je devais répondre à tous les appels. Je crois que toutes les machines et les appareils mécaniques l’inquiétaient. Mais il aimait beaucoup mon calendrier, où chaque jour avait son proverbe. Plus tard, chacun d’entre nous eut le sien, et Kafka, en certaines occasions, prit l’habitude de « consulter le calendrier ». Le jour où j’ai cassé le saladier en verre dans lequel je lavais le raisin (il aimait beaucoup le raisin et les ananas), il surgit aussitôt dans la cuisine, le calendrier à la main, et déclara, les yeux écarquillés : « Il suffit d’un instant pour tout détruire ». La vérité semblait soudain si triviale. Puis il me donna la page correspondante. Il souriait. »


Le souci d’élégance chez Franz..

Dora fuira les nazis en URSS  après avoir épousé un communiste, qui lui-même fut condamné au Goulag pour déviation Troskiste. Mais  elle  aura la chance d’échapper à la prison et au Goulag et se réfugiera à Londres où elle a vécu jusqu’en 1952.

23 commentaires sur “Kafka, dernier amour

  1. Ce qui m’étonne, cher PE,, c’est que n’ayez pas mentionné le roman de Joachim Kumpfmuller, bien plus documenté que cet émouvant papier sur les derniers mois de la vie de Dora et Franz. Bien à vous.

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    1. Cher Janssen. c’est en ayant lu l’article plein d’intérêt de Pierre Assouline, sur les différents traducteurs de Kafka que j’ai repris la lecture de cet auteur; je suis tombé sur ce bref extrait de texte de Dora.je l’ai trouvé fascinant. c’est donc une toute petite piste que je donnais à propos de cette jeune femme qui a traversé des épreuves aussi terribles que celles de Jospeh K. mais,elle, dans la réalité. et puis l’énigme de la correspondance -sans doute il existe des livres et documents – de ces notes disparues aprés une perquisition de la Gestapo dans l’appartement de Berlin.., et puis ces 36 lettres de Kafka envoyées à Dora et qu’elle a voulu garder pour elle, tout ça attise ma curiosité pour cette femme, et les photographies d’elle, aussi, m’intriguent.. et si vous en savez davantage que moi.. ne vous privez pas de me donner des informations. Le roman de Joachim Kumpfmuller est-il construit sur des faits vrais ou est-ce de la pure fiction?

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  2. Cher Paul Edel,
    à vous de vous faire une opinion… Un mélange de fiction appuyé sur une excellente connaissance documentaire… https://www.lemonde.fr/livres/article/2013/01/11/kafka-aimer-et-mourir_1814868_3260.html
    Pardon j’ai écorché le prénom de cet écrivian journaliste : michael, pas johachim. Suis étonné que vous ayez laissé passer mon message. Vous remercie d’avoir franchement expliqué votre découverte. Il semblearit que St Malo soit à nouveau reconfiné. J’espère que vous vous portez bien.

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  3. Bonjour Paul Edel,

    trouvé dans le catalogue de l’exposition « Le siècle de Kafka » , centre Pompidou, 1984.

    Le 15 août 1952, Dora Dymant meurt à Londres, après une vie effacée et silencieuse, qu’elle a consacrée à veiller d’abord sur la langue et la littérature yiddish. Au début de sa maladie, elle avait commencer à rédiger en allemand des notes sur Kafka, tel qu’elle l’avait connu près de trente ans plus tôt. Marthe Robert qui, à cette date, a déjà écrit un livre et plusieurs articles sur Kafka et qui connaissait Dora Dymant, a traduit une partie de ces notes inédites dans la revue juive Evidences (n°28, 1952, centre de documentation juive contemporaine):
    Je ne m’étonne nullement que , par la manière dont je l’écris, ce qui me vient sous la plume rappelle si souvent Franz. On peut dire la même chose de tous ceux qui se trouvent dans un rapport étroit avec lui, y compris ceux qui le connaissent exclusivement par son oeuvre. C’est aussi pourquoi je comprends qu’on songe à Franz en lisant ou en regardant l’oeuvre de certains artistes qui ne l’ont pas connu (Soutine) ou qui vivaient bien avant lui.
    Je veux dire que :
    1. Ceux qui connaissaient Franz ne pouvaient faire autrement que de tendre à l’ordre. Ceci et l’exemple de la vie de Franz, les rendaient capables d’accomplir et de dire les choses sous la forme la plus parfaite et la plus accessible, et uniquement parce que cette forme, maintenant plus élevée et maintenant toute proche, était devenue la leur. Et ainsi, de degré en degré, à mesure qu’on le connaissait plus et de plus près.
    2. De tous les êtres que nous avons connus, Franz était celui qui savait le mieux dire et faire les choses. Il s’ensuit que, d’une manière générale, ce qui est le mieux fait ou le mieux dit est absolument apparenté à Franz.
    ( comme il est préférable de ne pas mener une chose jusqu’au bout. L’absolu probité( intérieure) ne vous accompagne volontairement que sur une brève distance, ensuite, il faut la force de vous accompagner et, au lieu de se résigner, si ce la ne sert à rien,on la laisse derrière soi, et l’on poursuit sa route, nu comme un mendiant, uniquement parce qu’on se croit obligé d’aller jusqu’au bout. De combien de choses déjà atteintes n’est-on pas frustré par-là,)
    Oh! Comme Franz savait à quoi s’en tenir sur ce point. Et comme il était sur ses gardes. Sinon, pourquoi n’aurait-il écrit que des fragments? Son malheur, qu’il était trop faible pour supporter, consistait précisément
    dans cet abandon de poste subit de la probité. Il se mettait en route avec tant d’espoir, si bien à l’abri, si protégé, si solide, et soudain, d’un seul coup, tout était sombre, abandonné.Il ne pouvait pas laisser les choses-là, il ne pouvait pas y renoncer. Il fallait bien recommencer sans cesse cette tentative. Puisque c’était là! C’était là en abondance. On l’avait si souvent appris en personne, comment aurait-on pu mettre bas les armes?
    Il faut essayer encore une fois, peut-être se préparer plus longtemps à l’avance cette fois, renoncer plus encore, se consacrer essentiellement à la chose, non pas essentiellement mais exclusivement, peut-être ainsi avancera-t-on d’un pas. Et, pour chaque pas de plus, accompli séparément, il valait, il vaudra toujours la peine de renoncer à tout. Il n’a jamais renoncé, il est mort d’épuisement.

    Sur la nature de sa création littéraire:

    Pour lui, l’être humain avait une importance analogue à celle qu’il a pour le savant. Il en avait besoin d’abord comme objet d’investigation sur son chemin vers l’éclaircissement. Il se trouvait (encore!) au stade du dissecteur- froid, pratique, doué d’une main sûre. Il s’exerçait sur les hommes, écrire consistait à ordonner le matériel, à le passer au crible. En ce sens, sa création littéraire était encore un travail de dissection. C’est pour cette raison qu’il ne pouvait pas le laisser derrière lui à ce stade.Il n’a pas eu le temps de mener jusqu’au bout les recherches qui eussent pu le rapprocher de la solution de sa tâche; le résultat devait être la mise au grand jour du monde dans son ordre immuable.
    Et un corps nu, ouvert, étendu sur une table de dissection avec des intestins qui sortent, on ne peut pas présenter cela comme une conclusion, on ne peut pas laisser cela derrière soi comme son propre travail. Si l’on ne peut pas aller plus loin, il vaut mieux que ce travail non accompli ne voie jamais le jour. il vaut mieux ne pas avoir de complices. Il est déjà assez terrible que l’on doive se promener toute une vie avec la pierre tombale de son impuissance sur les épaules et » la pensée que ce résultat lui survivra est insupportable », car il pourrait se trouver quelqu’un pour croire- et même pour annoncer- qu’accomplir « ceci » était sa « tâche ». Pis encore: pour croire et annoncer que ceci, en réalité, est la tâche. Cruelle nuit du malentendu!

    Cordialement.

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  4. Merci de nota pour ces textes mais dans quelles circonstances ont-il été écrits,recueillis, traduits de l’allemand? Tout ça ne fait que rajouter du mystère .

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    1. Monsieur,

      Sans vouloir être insistant, vous aurez des réponses à ces questions dans les deux références que je vous ai adressées ci-dessus.

      Cordialement

      JR

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  5. Très enrichissant et intrigant article, Paul Edel!
    Merci.
    Et puisque dans le fil des commentaires il est question de Soutine :

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  6. Petite remarque.
    Je trouve très agréable l’égalité texte /image que procure les dispositions techniques de votre blog. Cela lui donne une allure des plus aérée et agréable à consulter.
    ( Sauf si il s’y accumulent des images incohérentes comme aussi certains commentaires d’ailleurs.)

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  7. il existe une biographie de Dora  » Le dernier amour de Kafka: la vie de Dora » écrit par une américaine, Diamant Kathi, édité chez Hermann en 2006…

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    1. Vous citez Dora : « Nous échafaudâmes beaucoup de projets ; un jour ainsi, nous songeâmes à ouvrir un petit café, où il aurait voulu servir lui-même les consommations. »

      La seconde illustration du lien ci-dessus est accompagnée d’une légende qui indique que le couple rêvait de s’installer à Tel Aviv pour y ouvrir un restaurant de spécialités juives où Dora ferait la cuisine et Kafka assurerait le service.
      Faut-il prendre Crumb à la lettre ?

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    1. Cher Jazzi.. Sans Max Brod il y aurait quand même les grands textes publiés du vivant de l’auteur, ces textes d’une importance capitale ont été rassemblés en Folio par Claude David. à savoir
      1912 : Regard (Betrachtung), daté de 1913 mais paru fin 1912, Leipzig, Ernst Rowohlt, 99 p. (réédité en 1915).
      1913 : Le Verdict (Das Urteil), Leipzig, Kurt Wolff, 29 p. (réédité en 1916 et 1920).
      1913 : Le Soutier (Der Heizer (de) Ein Fragment), Leipzig, Kurt Wolff, 47 p. (réédité en 1916 et 1917-1918).
      1915 : La Métamorphose (Die Verwandlung), Kurt Wolff, 73 p. (réédité en 1915 et 1918).
      1919 : La Colonie pénitentiaire (In der Strafkolonie), Kurt Wolff, 71 p.
      1919 : Un médecin de campagne (Ein Landarzt. Kleine Erzählungen), Kurt Wolff, 189 p.
      1922 : Un champion de jeûne;*
      Rien que ça!! des merveilles !! et
      tu sais aussi que Max Brod a tripatouillé « le journal » ,de kafka et s’est efforcé de donner de lui une image sacralisée.gheuresement que des universitaires sont venus reprendre les textes et les rétablir dans leur intégralité.

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  8. Peut-on dire que la tentative de sacralisation de Max Brod a contre elle la puissance même de l’oeuvre de Kafka ?

    « On peut faire bien des reproches à Max Brod : l’ami de Kafka a puissamment contribué à faire de l’auteur du Procès et du Château un auteur à mi-chemin entre le saint et le prophète, hanté par la contemplation de l’Absolu, tout occupé à bâtir d’intimidantes allégories métaphysiques. C’est pourtant à lui que l’on doit une anecdote souvent citée depuis :
    lorsque [Franz Kafka] fit entendre à ses amis — dont j’étais — le premier chapitre du Procès, tous furent saisis d’un rire irrésistible, et lui-même riait tellement que par instant il ne pouvait continuer sa lecture. C’est assez surprenant si l’on songe au terrible sérieux du début. »

    Source : https://www.erudit.org/fr/revues/etudfr/2011-v47-n2-etudfr1815851/1005651ar/

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  9. On peut se demander de même, Paul, ce que l’on connaitrait aujourd’hui de Rimbaud, sans Verlaine ?
    J’ai toujours été fasciné par les transmissions improbables de certaines oeuvres !

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  10. ce qui est évident,Jazzi c’est que Kafka,comme Rimbaud, ont laissé une correspondance abondante,précise,magnifique, précieuse pour connaitre leur psychologie, leurs obsessions,leurs problèmes .J’ aime b tout particulièrement le Rimbaud si curieux du Harar et plein de projets pour s’enrichir..et qui demande à sa famille des grammaires et dictionnaires pour apprendre l’arabe, qui veut gagner de ‘l’argent et l’envoyer, en France,en en donnant une partie à sa famille.. ce Rimbaud bien les pieds sur terre, qui exige des appareils photographiques,des catalogues pour choisir des instruments optiques et des précis de minéralogie ou des manuels de terrassements;; .il demande ce qui se fait de mieux en matière d’instruments pour faire des relevés topographiques du Harar afin d’ être reçu par la société géographique de Paris et leur montrer cartes et relevés sur ce Harar si mal connu. Il veut aussi avec l’appareil photo des plaques et les produits chimiques pour développer les photos.. car il compte gagner beaucoup d’argent en se rendant en Abyssinie,photographier les paysages, les habitants .on a gardé quelques unes de ces photos.. Il voulait bluffer les populations avec les photos et les vendre.. j’imagine l’album que cela aura donné si Rimbaud avait pu systématiquement photographier ces régions là,ses habitants,ses villages. Il est précis pour établir les listes d’achat à faire à Paris et Lyon :il veut des livres sur les calculs de terrassements, un traité d’astronomie appliquée,,un traité d’hydraulique,.il compte’ tres vite gagner pas mal d’argent : »tout le monde veut se faire photographier ici,même .On offre une guinée par photographie » écrit-il d’Harar le 6 mai 1883. cette correspondance est fabuleuse car il se montre généreux, précis, net sur ses ambitions,ses finances, cherchant à gagner de l’argent,fasciné par ce pays .Il donne des conseils tres « bourgeois » à sa famille : »Isabelle a bien tort de ne pas se marier si quelqu’un de sérieux et d’instruit se présente, quelqu’un avec un avenir. » Il ajoute ceci de CAPITAL : »La vie est comme cela et la solitude est une mauvaise chose ici-bas.Pour moi je regrette de ne pas être marié et de n’avoir pas une famille. » nous sommes loin de la mythologie du révolté aux semelles de vent.. .Son refus de revenir en Europe est aussi net. j’aime ces écrivains comme Kafka et Rimbaud qui se dévoilent dans de si abondantes correspondances. car ca permet de les entendre,et puis ces correspondances coupent court à certains délires d’ interprétation de la part de témoins d’époque ou d’ universitaires qui brodent,des décennies plus tard, mythologisent ,interprètent , tirent des conclusions, affirment des certitudes, notamment surtout sur le plan religieux, qui ne sont pas dans ces lettres.

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  11. Oui, Paul, et l’on a retrouvé récemment qu’une seule photo du Rimbaud d’Abyssinie.
    Pendant ce temps-là, il ne se souciait pas de ce qu’il avait écrit précédemment.
    Heureusement que Verlaine, en bonne veuve dévouée, veillait au grain !

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  12. Photo probablement fausse quant aux identités, d’ailleurs! Défiez-vous du culte des reliques entretenu par de très chers libraires.
    MC

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  13. Prague, début avril 1922
    (…) Tout le malheur de ma vie – je ne le dis pas pour me plaindre, mais pour en tirer une leçon d’intérêt général – vient, si l’on veut, des lettres ou de la possibilité d’en écrire. Je n’ai pour ainsi dire jamais été trompé par les gens, par des lettres toujours ; et cette fois ce n’est pas par celles des autres mais par les miennes. Il y a là en ce qui me concerne un désagrément personnel sur lequel je ne veux pas m’étendre, mais c’est aussi un malheur général. La grande facilité d’écrire des lettres doit avoir introduit dans le monde – du point de vue purement théorique – une terrible dislocation des âmes : c’est un commerce avec des fantômes, non seulement avec celui du destinataire, mais encore avec le sien propre ; le fantôme grandit sous la main qui écrit, dans la lettre qu’elle rédige, à plus forte raison dans une suite de lettres, ou l’une corrobore l’autre et peut l’appeler à témoin. Comment a pu naître l’idée que des lettres donneraient aux hommes le moyen de communiquer ? On peut penser à un être lointain, on peut saisir un être proche : le reste passe la force humaine. Ecrire des lettres, c’est se mettre nu devant les fantômes ; ils attendent ce moment avidement. Les baisers écrits ne parviennent pas à destination, les fantômes les boivent en route. (…)
    Extrait d’une lettre de Kafka à Milena.
    Notons que dans l’édition pleiade, le germaniste Claude David a corrigé souvent des imperfections dans la traduction de Vialatte,mais surtout ‘il a rétablie des passages(parfois assez longs) que Max Brod avait censuré,notamment des expressions familières et des allusions a à la religion .un vrai travail de caviardage de la part de Brod.

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