Carnet breton:le parc des Corbières

Jeudi 28 mai 15h30,heure d’été. Je marche  vers le Parc des Corbières. Un long sentier goudronné avec nids de poule, monte vers un vaste  sous-bois ; on longe des murailles avec des grappes de campanules, des  taches de cymbalaires,   buissons  de fougères, chèvrefeuilles entortillés de lierre. Des goélands planent très haut. Après 4OO mètres de grimpette    si on se retourne, on  surplombe   le  damier  plombé des toits  des villas qui bordent le quai Solidor.  A midi l’estuaire devient une plaque brillante qui, parfois ternit. Après une longue muraille rocheuse plantée des graminées, de buissons  on pénètre  dans  un labyrinthe d’allées sinueuses étouffantes, cachées,  humides,  sentiers d’un vert chenal, tapissés d’aiguilles de pin. Lumière filtrée d’aquarium, odeurs végétales de feuilles pourries,   caches et tunnels  feuillus avec bancs criblés de fientes de mouettes. Des bourdons s’affairent dans des rosiers sauvages, un immense pin, renversé par une nuit de grand vent, a écrasé des massifs de  broussailles, ses branchages  ont aplati   des vagues de fougères qui tapissent ce versant abrupt  du vallon. Un sillon de terre noire genre marc de café  tranche dans le ravin. Nuées de moucherons qui dansent dans les taches de soleil, insectes au milieu des valérianes ,  pénombres de  sous-bois figé dans sa chaleur moite , contre-jour , éblouissements,  toiles d’araignées ,réseau des fils  d’argent, coins obscurs aux odeur pourrissantes de champignon , effluves de troncs moisis, L’endroit fatigue la vue par ses lames de lumière . Froissements d’ailes  sous des branchages,  cris de baigneurs,  trouée trop claire   d’une plage en contre-bas,  rumeurs d’ados qui prennent un bain, ils éclaboussent les filles allongées contre  de l’avancée d’un blockhaus incliné, enfoncé entre eau et sable  .Bruits d’eau vive, drôle d’endroit. Broussailles mouchetées d’or,   ravines avec éboulis d’un terreau marc de café  qui ensevelit des couches de feuilles mortes en décomposition. Une  trouée  parmi les pins  révèle  vingt mètres  plus bas  une crique  turquoises comme un coin  paradisiaque d’eau oubliée et qui brille, scintille, étincelle et attend Nausicaa. C’est si improbable, si ensoleillé,   que l’endroit   penser à un mirage de la  Grèce méditerranéenne.

 Venues  du désert du soleil, trois religieuses, de gris vêtues, suivent la plage. En sandalettes. Elles  marchent de front  d’un pas guilleret,  évitent    les minces   liserés  transparents des vaguelettes, évitent des traces d’écume  d’un jaune poreux sale sur le sable brun. Les trois femmes   remontent vers un étroit escalier de ciment et  disparaissent dans les clartés du  sous-bois.  Plage déserte soudain : le seul  mouvement monotone et régulier  du flux et reflux, forme une vide   qui berce, hypnotise , endort et  provoque  une torpeur mélancolique et ressuscite des morts flous sur une photo décolorée. Quelques rochers,  en    lamelles inclinées, affleurent  à marée basse. Soudain vers le  barrage,  un énorme nuage orageux ternit la cote ,une bourrasque     tord les feuillages  , puis l’estuaire, d’un   gris  plomb  de jour triste  redevient un   miroir calme , avec  un curieux  courant plus   vert  ,chenal qui zig-zague entre les balises .  Des  nuages  se croisent très haut.

Ces nuages  qui  trainent dans le vide.

J’observe la paix des vagues figées : elles apportent  et emportent. Elles ? Nous ? Qui ? Les autres? Moi?  Le silence et leur cadence monotone  parle des   générations anciennes et des futures, la mienne s s’efface avec douceur.

Murmure  d’eau, remous. Eau évasion,  eau dispersion, eau concentration, eau  remous,   eau murmure ; si le regard  s’y attarde, tout devient vertige. Quand le jour décroit, au milieu de l’été, quelques nuages rôdent  sur la Rance, ils portent on ne sait quelle  appréhension du futur.

10 commentaires sur “Carnet breton:le parc des Corbières

  1. Curieux choc géographique qui semble faire se télescoper le temps d’un nom les méridionales et austères Corbières, et la Bretagne, deux terroirs qui ne se donnent pas aisément et pour cette raison chers à mon cœur…
    MC

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  2. Un personnage dinardais qui n’a pas trouvé son chantre: Lady Mond, petite femme issue de la glèbe qui fit une fin avec le Roi du Nickel, posséda à Dinard un domaine énorme, construisit un chateau qu’elle légua comme Mairie au coin perdu ou elle vit le jour, et se fit enterrer dans un invraisemblable mausolée néo-médiéval à la Walter Scott vers 1950.

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    1. La fiche Wikipédia est succulente à découvrir à propos de cette Lady Mond .Notamment ceci : « Cependant, même avec sa maîtresse, l’Infant Antoine d’Orléans, duc de Galliera est incapable de rester fidèle et, en 1906, il finit par se lasser de celle(Lady Mond) qu’il a peu à peu introduite dans « le grand monde ». Antoine d’Orléans ne sort cependant pas totalement indemne de cette relation, car sa maîtresse, furieuse d’être éconduite, lui brise plusieurs dents en le frappant violemment de son ombrelle, rue de la Paix à Paris. « et moins drôle, le fait qu’elle fut dénoncée à la Gestapo a pour détention d’armes…

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  3. En 2012, il y eut un drame dans ce parc des Corbières. Une jeune lycéenne des environs de Rennes était retrouvée morte dans le parc des Corbières, à Saint-Malo.L’affaire ne fut jamais élucidée.
    Que s’est-il passé dans la nuit du 27 au 28 février 2012 dans le parc des Corbières à Saint-Malo (35) ? Près de huit ans après les faits, le mystère demeure. Une jeune lycéenne de 16 ans, originaire de Piré-sur-Seiche, petite commune rurale au sud-est de Rennes avait été retrouvée sans vie le matin du 28 février au pied des falaises par des promeneurs.
    Il y eut une émission enquête à la tv. « C’est une histoire énigmatique, commente Arnaud Poivre d’Arvor qui présenta avec Jean-Marc Bloch « l’affaire Céline Giboire » sur RMC Story. Le destin tragique de Céline nous a marqués en préparant l’émission. Car beaucoup de questions se posent : pourquoi est-elle allée à Saint-Malo et pourquoi s’est-elle retrouvée dans ce parc, pas si évident à trouver ? »
    Les parents de Céline restent dans l’incompréhension totale car leur fille ne connaissait pas Saint-Malo et même n’y aavait jamais mis les pieds.
    En fait, la lycéenne a fait une fugue de son lycée et a rejoint Saint-Malo en stop. Avait-elle rendez-vous dans la cité corsaire ? Pourquoi s’est-elle retrouvée aux Corbières ? Y avait-elle rendez-vous ? Et que s’est-il passé cette nuit-là ?
    Les enquêteurs ont opté d’abord pour un suicide, puis un homicide suivi de viol pour revenir à la première hypothèse après une seconde expertise médico-légale.
    Beaucoup de zones d’ombre
    « Une des questions que l’on se pose, c’est qu’on a retrouvé le corps à plus de 30 m de l’impact. C’est assez improbable que grièvement blessée, elle ait pu ramper sur du sable et des rochers. L’hypothèse du suicide ne tient pas ». C’est aussi le sentiment de la famille qui se bat pour connaître la vérité. Céline n’a jamais fait part d’un mal-être. Ce n’est pas une personnalité suicidaire. A-t-elle fait une mauvaise rencontre ? Beaucoup de zones d’ombre subsistent que tente toujours d’éclaircir la section de recherches de Rennes en lançant notamment des appels à témoin. Aujourd’hui,le parc est, souvent de manière nocturne et clandestine, un rendez vous de jeunes. ..

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  4. Pierre Delestre passe sous silence cet aspect mécénat du couple Mond, intéressant car les nations celtiques se retrouvent après guerre , notamment au Congres de Quimper, et que Lemercier d’Erm est le principal théoricien du mouvement, avant les Breiz Atao qui n’arriveront que plus tard.
    Or ces reviviscences périodiques sont souvent téléguidées d’Angleterre ou du Pays de Galles (rencontre « romantique « d’Abernaggary ou La Villemarqué est proclamé Archidruide, tandis que Lamartine, qui n’y est pas, y va de son toast rimé! réunion panceltique de quimper ou la délégation Galloise joue un fort role autour de 1926.
    choisir les quatre Fils Aymon en Breton, c’est se placer dans la lignée de la Villemarqué, qui dans ses Bardes, supposait que le répertoire Gallois avait circulé en breton, et l’éditait traduit. Il faudrait voir si la copie éditée par Lemercier d’Erm ne participe pas d’un rêve historique analogue. Les probabilités sont fortes pour que ce soit une transposition. Je ne connais pas un texte en breton à destination des nobles du duché, lesquels parlaient français et latin. Quand la Duchesse Anne commande une Histoire du Duché, c’est en français! Et, antérieurement, aucune ordonnance ducale n’est écrite en breton!

    Selon Lemestre, le chateau était bien vide à Belle-Ile en Terre autour de 1949.Il faut donc ou qu’il y ait eu pillage, ou qu’il y ait eu vente des tableaux. Autre mystère.

    Il est possible qu’à la mort de Mond, Mai n’ayant jamais été acceptée par la famille, on lui ait laissé les bâtisses contre les tableaux. Comme dirait Pierre Assouline, « Il faut continuer à enquêter! »

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