Anouilh le démodé ?

C’est après avoir lu l’historien Augustin Thierry, (1795- 1856 )    et après avoir annoté  les   extraits des chapitres IX et X de ,son  «Histoire de la conquête de l’Angleterre par les Normands » publié en 1825, qu’  Anouilh  décida  d’écrire  une pièce. Elle reposait  sur les liens d’amitié et de jeunesse  entre Henri II et son compagnon et ami  Thomas Becket. Puis la déchirure entre les deux hommes. On voit bien ce qui a fasciné Anouilh : à savoir  la transformation radicale du caractère de Becket, ancien compagnon de débauche du roi  Henri II, se métamorphosant  en prélat ascétique, en robe de moine,   prêt à tout  pour  défendre la hiérarchie ecclésiastique  et s’affranchir  du pouvoir royal.

Comme l’affirme Wikipedia,   c’est dans la Légende dorée, Jacques de Voragine,  qu’on raconte que Thomas Becket se mortifiait et lavait chaque jour  les pieds de treize pauvres, les nourrissait et les renvoyait avec quatre pièces d’argent.

Rappelons les faits : Henri II est un homme direct, bon, un peu fruste et courageux, mais  incertain en  politique, alors Thomas Becket brille d’intelligence, prouve  son habileté   manœuvrière et diplomatique.  C’est d’ailleurs pour ces qualités que le roi lui fait  confiance , et  le nomme chancelier, et qu’il  le laisse devenir le maitre  de la vie politique du royaume. Erreur.

Becket, nommé archevêque,  s’oppose  frontalement au roi. Il va, dans son ingratitude, jusqu’à l’excommunier. Bref, ilrefuse de devenir le simple homme de paille du roi pour soumettre l’Église. Thomas Becket se métamorphose désormais en « l’homme de Dieu » .Il représente  « l ‘honneur de Dieu » sur  la terre anglaise  non plus celui  du roi. Henri II ne comprend évidemment pas   ce changement  d’attitude .Il a  devant lui un homme nouveau qui se dévoue à sa charge religieuse avec  l’authenticité et  sincérité. Il ne reste rien du jeune godelureau paillard, cynique, compagnon de beuverie . Cette métamorphose d’un Becket débauché en un saint est magnifiquement racontée par Anouilh.

Je sais, Anouilh est peu joué, peu lu (sauf son « antigone ») ,peu admiré .Anouilh démodé. Il n’est pas « politiquement correct »   d’aimer son théâtre .Trop boulevardier, trop pessimiste,  classé à Droite par toute la Gauche des années  6O, surtout depuis « Pauvre bitos » (1956) pièce dans lequel triompha un jeune comédien, Michel Bouquet.. Anouilh  avait écrit un  brillant réquisitoire contre les procès  faits aux « Collabos » après la Libération ce qui fâcha la critique dramatique de gauche.
 
La pièce « Becket ou l’honneur de Dieu » fut  présentée pour ma première fois,  le 2 octobre 1959 à paris  au théâtre Montparnasse. Daniel Ivernel dans le rôle d’Henri II  et Bruno Cremer dans  celui  de Thomas Becket.

. Première réplique : « Alors Thomas Becket, tu es content ? Je suis nu sur ta tombe et tes moines vont venir me battre. Quelle fin, pour notre histoire !Toi pourrissant dans ce tombeau, lardé de coups de dague de mes barons et moi, nu, comme un imbécile, dans les courants d’air, attendant que ces  brutes viennent me taper dessus. Tu ne crois pas qu’on  aurait mieux fait de s’entendre ? »

Même si on reste indifférent au drame religieux,ou au drame politique  la déchirure humaine entre un roi et son ami le plus proche, reste magnifiquement analysée par Anouilh.

 Scènes admirablement découpées, dialogues d’une familiarité percutante, vérité des caractères, puis métamorphose si vraisemblable, si bien amenée,  si délicatement soulignée du saxon Becket trouvant sa vérité dans les humiliations  des barons normands. tout ça  est du très grand art. La pièce  de becket a fait un triomphe en Angleterre et aux Etats-Unis.
Qui aurait pu s’attendre à ce qu’Anouilh –le boulevardier léger, considéré souvent à la fois  comme un cynique, virtuose, misanthrope, plus habile que profond, jugé parfois comme racoleur- réussisse en 1959 à transformer un dandy débauché en un homme touché par l’action de la grâce ?

 Pas grand monde.

  On devrait  pourtant se souvenir que Jean  Anouilh a toujours aimé les êtres de pureté, d’ »Antigone » (belle pièce) à  Jeanne d’Arc , dans la pièce  «l’ alouette ».. A chaque fois que je  relis ce Becket d’Anouilh, j’aime le mordant des répliques, la complicité boiteuse entre le roi et son favori,  le ton griffu, narquois, ironique, des insolences, une âpreté,  et  toute la palette  de l’ambiguïté d’une amitié. Sous nos yeux  un être qu’on croyait simplement habile, rusé, superficiel  devient  avec l’âge et les  responsabilités religieuses   un personnage  profond. Enfin, Anouilh a eu l’intelligence de n’être jamais manichéen, car les deux personnages principaux sont aussi fascinants l’un que l’autre. Celui qui s’était cantonné à rédiger (« sur un coin de table » avait dit le critique et écrivain François-Régis Bastide)  des pièces grinçantes , amères, vindicatives,  , ou des pièces   brillantes ,très « comédies-bavardes-entre-deux guerres-pour-casino-et-stations thermales »  avait soudain pris une autre voie. Sa pièce brille encore étrangement.

39 commentaires sur “Anouilh le démodé ?

  1. En avant-première…

    JEAN ANOUILH

    L’abjuration de Jeanne

    Dans la pièce L’Alouette, Jean Anouilh (1910-1987) met en scène le procès de Jeanne d’Arc, illustré des actions et des personnages les plus notables de sa brève existence. Ainsi le spectateur, outre les acteurs du procès, retrouve-t-il sur scène, à l’occasion de tableaux joués insérés dans le corps de la pièce, les parents de Jeanne, le roi Charles VII et ses principaux compagnons d’arme. En bon auteur dramatique, le célèbre auteur d’Antigone, se basant sur l’épisode réel de l’abjuration de Jeanne, le 14 mai 1431, n’hésite pas à nous réserver un coup de théâtre final, au moment même où l’évêque Cauchon lisait la sentence définitive qui la condamnait à être brûlée vive. C’est alors que Jeanne, effrayée et se sentant totalement abandonnée, déclare subitement qu’elle renonce à ses apparitions et, désireuse de retourner au sein de l’Église, entend bien se soumettre à ses juges. Mais peu après, dans sa cellule, devant Warwick venu la féliciter de la sagesse de sa décision, Jeanne, lui demande : « Cela aurait été mieux, n’est-ce pas, si j’avais été brûlée ? » Ajoutant aussitôt, inquiète : « Qu’est-ce qui va me rester, à moi, quand je ne serai plus Jeanne ? »

    WARWICK

    Ils ne vont pas vous faire une vie très gaie, certainement, tout au moins au début. Mais vous savez, les choses s’arrangent toujours, avec le temps.

    JEANNE, murmure.

    Mais je ne veux pas que les choses s’arrangent…
    Je ne veux pas le vivre, votre temps…

    Elle se relève comme une somnambule regardant on ne sait quoi au loin.

    Vous voyez Jeanne ayant vécu, les choses s’étant arrangées… Jeanne délivrée, peut-être, végétant à la Cour de France d’une petite pension ? (…)

    JEANNE, qui rit presque, douloureusement.

    Jeanne acceptant tout, Jeanne avec un ventre, Jeanne devenue gourmande… Vous voyez Jeanne fardée, en hennin, empêtrée dans ses robes, s’occupant de son petit chien ou avec un homme à ses trousses, qui sait, Jeanne mariée ?

    WARWICK

    Pourquoi pas ? Il faut toujours faire une fin. Je vais moi-même me marier.

    JEANNE, crie soudain d’une autre voix.

    Mais je ne veux pas faire une fin ! Et en tout cas, pas celle-là. Pas une fin heureuse, pas une fin qui n’en finit plus…

    Elle se redresse et appelle :

    Messire saint Michel ! Sainte Marguerite ! Sainte Catherine ! vous avez beau être muets, maintenant, je ne suis née que du jour où vous m’avez parlé. Je n’ai vécu que du jour où j’ai fait ce que vous m’avez dit de faire, à cheval, une épée dans la main ! C’est celle-là, ce n’est que celle-là, Jeanne ! Pas l’autre, qui va bouffir, blêmir et radoter dans son couvent – ou bien trouver son petit confort – délivrée… Pas l’autre qui va s’habituer à vivre… Vous vous taisiez, mon dieu, et tous ces prêtres parlaient en même temps, embrouillant tout avec leurs mots. Mais quand vous vous taisiez, vous me l’avez fait dire au début par Monseigneur saint Michel, c’est quand vous nous faites le plus confiance. C’est quand vous nous laissez assumer tout seuls.

    Elle se redresse soudain grandie.

    Hé bien j’assume, mon Dieu ! Je prends sur moi ! Je vous rends Jeanne ! Pareille à elle et pour toujours ! Appelle tes soldats, Warwick, appelle tes soldats, je te dis, vite ! Je renonce à l’abjuration, je renonce à l’habit de femme, ils vont pouvoir l’utiliser leur bûcher, ils vont enfin l’avoir leur fête !
    (« L’Alouette », Folio 336, © Jean Anouilh et Editions de la Table Ronde, 1953)

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  2. ah oui cela fait du bien de lire des finesses à propos d’Anouilh; quelque chose m’a gêné dès le début chez ce bon auteur, c’est une forme de diablerie triste inconsolable et qui rend parfois certaines pièces peu agréables, même carrément âpres, je songe à celles qu’on appelait les pièces noires (par opposition aux roses). « La sauvage » demeure ma préférée; il est difficile de faire plus désolant; c’est dirait-on la France de la déception de 40, un pays qui n’y croit plus. C’est que le petit bourgeois français vulgaire années 50 y est peu appétissant avec sa table en formica et ses préjugés qui lui servent de béquilles. L’abîme Beckett guette…

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    1. Raymond prunier
      Il y a un enfant et un adolescent inconsolables chez Anouilh qui découvre que l’homme n’est pas bon, et pendant certaines périodes de l’histoire, carrément infâme..avoir vécu l’Occupation puis l’Epuratiion a sans doute été un choc chez cet idéaliste.en fin de carrière il a sombre dans une misanthropie,mais au fond ses pièces sont-elles plus noires que certaines de Molière? comme le tartuffe..suis pas sûr.. la « diablerie triste » dont vous parlez me plait !

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      1. Ah vous me rappelez ce mot de Mauriac: Molière est triste, plus triste que Pascal. Mais la tristesse de Molière, disons son pessimisme, est compensée par la génialité de l’ensemble et des « mots » parsemés là pour le grand PLAISIR du spectateur.
        La complaisance dans laquelle nous maintient souvent Anouilh m’est pénible; son déplaisir m’apparaît comme forcé. Ce serait comme des « Deschiens » tristes. La vie que l’on respirait dans les années 50 – 60, ou comme celle d’aujourd’hui, n’a pas ou n’avait pas cet aspect constamment abonné au pire. Oui, on semble dans son monde condamné non à la tragédie mais au médiocre, ce qui est presque pire. On étouffe dans la survie d’un qui se dégoûte soi-même. Je vous remercie de rappeler son idéalisme déçu; c’est parfaitement clair. En ce sens, n’est-il pas exemplaire d’une manière de psyché française de son époque? (Je l’aime bien sans doute pour cela; la France de Bourvil, des films en noir et blanc avec Gabin, Edith Piaf etc.)

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  3. La réalité est source de désespoir pour certains intellectuels, bien trop sensibles Elle est source d’amusement pour les pervers dont je suis, par bonheur !

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  4. Anouilh fut le mal aimé de la critique dramatique , qui voyait dans le pessimisme de cet auteur, son humour grinçant, amer, la marque d’un homme de Droite, sans illusions sur l‘humanité.
    »Bitos » est une pièce clé de 1956. Pièce grinçante sur un sujet tabou à l’époque : elle condamnait les excès de l’Epuration ,exemplaire à cet égard. La critique de Gauche l’étrilla sérieux, puisque la Gauche se voulait optimiste sur le genre humain, avec lendemains chantants en pleine Guerre froide…
    Pas le genre d’Anouilh, si je puis dire.. Lui inquiète,grince, et dit la faillite de l’amour, du couple, la perte des illusions d’enfance.
    Dans « Eurydice » il balance: « Vous êtes tous les mêmes. Vous avez soif d’éternité et dès le premier baiser vous êtes verts d’épouvante parce que vous sentez obscurément que cela ne pourra pas durer. Les serments sont vite épuisés. Alors vous vous bâtissez des maisons, parce que les pierres, elles durent ; vous faites un enfant, comme d’autres les égorgeaient autrefois, pour rester aimés. Vous misez allègrement le bonheur de cette petite recrue innocente dans ce combat douteux sur ce qu’il y de plus fragile au monde, sur votre amour d’homme et de femme… Et cela se dissout, cela s’effrite, cela se brise tout de même comme pour ceux qui n’avaient rien juré.. »
    Les héroïnes d’Anouilh, d’Antigone à Jeanne d’arc, regardent d’un œil méfiant le gros de la troupe. Elles alertent, inquiètent, choisissent l’écart. Le pessimisme naturel d’Anouilh fut renforcé par l’observation de ses compatriotes pendant les années d’Occupation (en cela il se rapproche du Marcel Aymé des « chemin des écoliers »). Il faut ajouter un charme un peu désuet, ce que la critique appelle des facilités boulevardières(moi suis bon client aux facilités boulevardières..) .. Il a surtout comme marque de fabrique un brio et du panache pour exploiter la méchanceté bien française, une vacherie bien noire. C’est notre pain quotidien, notre sport français, à la télé, petites phrases perfides servies sur plateau repas par sociologues, bobologues, editorialiologues, écologues , politicoloque, philosophologues, j’emfoutologues, psychologues, justicierologues, radicologues,syndicalogues dont la vacherie est une obligation professionnelle, dont le rôle est d’étaler de l’agressivité qui fait audimat Oui, Anouilh cultive cette veine française « méchante » et en même temps le charme au thermalisme bien tempéré de ses « pièces roses » , couple méchanceté tendresse, ou aigreur, révolte et compassion, contre la meute et le panurgisme d’une nation. Il est habile dans la bouffonnerie, la réplique étincelante , une lame, la satire, le persiflage , avec économie de moyens qui rappelle les moralistes sans illusion du Grand Siècle , genre La Rochefoucauld. Oui, une certaine cruauté sur fond de mélancolie , mais réussit cette performance de remplir les salles, même si la critique déconseille ou s’abat ses pièces. N’oublions pas de ses beaux accents de révolte sec à la Musset (dans « Léocadia » ou « l’Hermine ») .
    Je me souviens de l’interrogation de Mauriac, dans ses « mémoires intérieures » « Qu’ a donc pu inventer Anouilh pour blesser à la fois tant de gens ? » Qu’a-t-il pu écrire cette fois-ci qui a fait hurler, la meute si fort ? »

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  5. Une des qualités de la pièce, ce qui fait qu’on y revient, c’est qu’elle ne comporte pratiquement pas de tunnel. L’ironie historique est particulièrement bien venue -le binome Warwick-Cauchon, mais aussi les revirements de Baudricourt ou de Jacques d’Arc, pour ne pas parler du sacre qui s’invite au dernier moment, pour effacer le tragique de la pièce: « l’Histoire de Jeanne d’Arc, c’est une histoire qui finit bien! » tandis que le titre trouve là sa place et sa justification.
    Je ne sais pas par contre d’où provient la tradition qui veut que la pièce commence par une brève mise en abyme du théâtre ou les comédiens revêtent plus ou moins leurs habits. Il ne me semble pas que ce jeu de scène soit dans Anouilh. Maintenant, je n’ai pas le texte sous les yeux.
    Bien à vous.
    MC

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  6. « Un décor neutre, des bancs pour le tribunal, un tabouret pour Jeanne, un trône, des fagots.
    La scène est d’abord vide, puis les personnages entrent par petits groupes.
    Les costumes sont vaguement médiévaux, […]
    En entrant, les personnages décrochent leurs casques ou certains de leurs accessoires qui avaient été laissés sur scène à la fin de la précédente représentation, ils s’installent sur les bancs dont ils rectifient l’ordonnance. […] »

    Les indications scéniques sont là.
    Je crois que nous en avions déjà parlé la première fois que Paul Edel nous avait proposé cet article. Mais la marée est passée par là, et a effacé les commentaires. C’est sans doute très bien comme ça ; au tour des autres de construire des châteaux de sable.

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  7. Merci Elena. de répondre à
    Court.
    Voici exactement ce qu’indique Anouilh dans les didascalies d’ouverture de « L’alouette » :
    »Un décor neutre, des bancs pour le tribunal, un tabouret pour jeanne, un trône, des fagots.
    La scène est d’abord vide, puis les personnages entrent par petits groupes. Les costumes sont vaguement médiévaux, mais aucune ne recherche de forme ou de couleur ; Jeanne est habillée en homme, une sorte de survêtement d’athlète, d’un bout à l’autre de la pièce.
    En entrant, les personnages décrochent leurs casques ou certains leurs accessoires qui avaient été laissés sur scène à la fin de la précédente représentation, ils s’installent sur les bancs dont ils rectifient l’ordonnance. La Mère se met à tricoter dans un coin. Elle tricotera pendant toute la pièce sauf quand c’est à elle.
    Les derniers qui entrent sont Cauchon et Warwick. »
    *
    Anouilh a travaillé sur les sources suivantes « l’histoire de France » de Michelet,(1853)chapitre III et IV du tome V. mil mais sur Michelet je crois s’est inspiré de L’Averdy, notice et extraits de la bibliothèque du roi, et Lebrun des Charmettes « histoire de Jeanne d’arc, surnommée la Pucelle d’orleans. »
    Il s’est aussi inspiré de la scène VI, celle du procès de « la Sainte Jeanne de Bernard Shaw ». Et peut-être, mais ce n’est pas certain, de la scène VI de la « Jeanne d’Arc au bûcher » de Claudel, ce Claudel dont Anouilh a dit (ce qui me réjouit toujours) après avoir vu une représentation du « Soulier de satin » : « Heureusement qu’il n’y avait pas la paire! »

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  8. Elena, la fermeture brutale de mon blog hébergé par, le journal « Le monde » a non seulement supprimé les commentaires -je les appréciais- .. mais aussi fait disparaitre mes textes..j’en avait gardé heureusement quelques uns, dont ce Anouilh et des textes sur Virginia Woolf, ma romancière de cœur.

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    1. Cher Paul Edel, même si j’étais certainement un peu vexée de n’avoir laissé aucune impression sur les doutes de M. Court à propos de cette « tradition » (vanitas vanitatis, tout est buée)*, je ne nourrissais pas de noirs soupçons à votre égard. Je déplorais surtout (outre le caractère éphémère de ces conversations) mon incapacité à recommencer, à me « remettre dans le bain ».
      C’est ce qui fait la différence avec les professionnels : pas de « paradoxe de la commentatrice » quand elle marche à l’enthousiasme (ou à l’énervement), en bonne « réactive » — elle écrit dans le moment, de manière souvent foutraque, attrape des suppositions au vol, procède par association d’idées, s’appuie sur les relances des autres, se promet d’approfondir plus tard (ce qu’elle ne fait pas, en général) & se retrouve bien dépourvue et démotivée au second tour…

      Cela dit, il me semble que l’on peut retrouver cet article dans les archives d’internet (lien à partir du blog de Soleil vert), même s’il ne reste apparemment que 12 commentaires ; cela vous permettra peut-être de « repêcher » quelques autres de vos textes.

      (*) Ce serait comique si l’on parvenait à récupérer tous les commentaires pour découvrir que je n’avais pas envoyé de première réponse sur les indications scéniques, mais avais seulement eu l’intention de le faire (& que Paul Edel ou qqn d’autre avait donné ces précisions) !

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  9. Jazzi, Anouilh en photo, pas l’air heureux? ce n’est rien en comparaison de certaines photos de Franz Kafka,de Céline ou de Bernanos.. Celui dont les photos me plaisent,parmi les auteurs dramatiques, c’est évidemment Tchekhov , regard à la fois tendre avec parfois nuance de mélancolie,de lassitude teintée d’ironie. Genre:un médecin écoute avec une grande attention un de ses patients raconter ses bobos .ou bien un oncle de Moscou qui, pendant une noce à la campagne, garde une distance étonnée , une courtoisie indulgente devant tous les bavardages alcoolisés , assis pas loin de la mariée.Les photos peuvent tellement faire rêver, ces témoins muets,puits sans fond.

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    1. Immobiles, tels que l’éternité ne les changera plus jamais. « Extinction » de Th. Bernhard n’a pas de mots assez durs pour dire le désastre de cette immobilisation… pour nous tellement « évangélique », livre de Saints.

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  10. PAUL CLAUDEL

    La flamme vive de sainte Jeanne

    Après avoir décliné la proposition d’Ida Rubinstein de lui écrire une pièce musicale sur la vie de Jeanne d’Arc en collaboration avec Arthur Honegger, Paul Claudel (1868-1955) eut la vision de Jeanne tendant ses mains enchaînées vers le ciel. L’image lui inspira aussitôt le texte de Jeanne d’Arc au bûcher, qu’il écrivit en quelques jours en décembre 1934. Un oratorio dramatique en XI scènes où Jeanne d’Arc, juste avant de rendre l’âme, voit défiler les principaux moments de sa vie. Créée à Bâle, quatre ans plus tard, la pièce rencontra un très grand succès, notamment lors de ses représentations à l’Opéra de Paris en 1951. Pour le poète chrétien, plus encore que les Anglais et l’Église représentée par l’évêque Pierre Cauchon, « ce suppôt de l’Enfer » : « Le troisième grand coupable, le plus grand peut-être parce que le plus éclairé, celui qui assuma avec le plus d’alacrité et d’énergie le fardeau d’infamie, ce n’est rien de moins que la Sorbonne, la très illustre Université de Paris. » D’autant plus coupable que sans remords : « Aussi ne voyons-nous pas que la Sorbonne se soit jamais rétractée. Elle ne prend aucune part au procès de réhabilitation où les gens de Rome et du roi ont la haute main. » Pour Claudel, plus lyrique que jamais, Jeanne, réconfortée par la Vierge en personne, est une sainte qui, en mourant dans les flammes, est devenue elle-même une flamme d’éternité.

    SCÈNE XI

    JEANNE D’ARC EN FLAMMES

    LA VIERGE, au-dessus, sur le pilier de Jeanne. – J’accepte cette flamme pure.

    Cependant dès les scènes précédentes la
    foule lentement s’est rassemblée devant
    l’échafaud, hommes, femmes et enfants,
    formant transition avec le Choeur et le Public.
    (…)
    JEANNE. – Eh quoi ! mon peuple ! peuple de France ! il est vrai ! il est vrai que tu veux me brûler vive ?
    LE PEUPLE. – Elle se réveille comme d’un rêve…
    JEANNE. – Et ce prêtre qui était là tout à l’heure et qui me tenait à lire le livre où je lisais ?
    Il n’est plus là.
    Il me quitte, il est descendu.
    Il n’est plus là et je suis seule.
    LA VIERGE, au-dessus d’elle. – Jeanne, Jeanne, tu n’es pas seule.
    JEANNE. – J’entends une voix au-dessus de moi qui dit : Jeanne, tu n’es pas seule !
    LE PEUPLE. – Jeanne, Jeanne, tu n’es pas seule ! Il y a ce peuple en bas qui te regarde !
    JEANNE. – Je ne veux pas mourir !
    LE PEUPLE. – Elle dit qu’elle ne veut pas mourir.
    (d’un seul coup).
    JEANNE. – J’ai peur !
    LE PEUPLE. – Elle dit qu’elle a peur ! Ce n’est qu’une enfant après tout ! ce n’était qu’une pauvre enfant. Elle dit qu’elle a peur.
    (…)
    LA VIERGE. Jeanne, Jeanne, confie-toi donc au feu qui te délivrera.
    LE CHŒUR. – Loué soit notre frère le feu, qui est pur…
    VOIX, saccadées, partant de tous les côtés. – Ardent – Vivant – Pénétrant – Acéré – Invincible -Irrésistible – Incorruptible.
    LE CHŒUR. – Loué soit / notre frère le feu / qui est puissant à rendre l’esprit à l’esprit et cendre – cendre – cendre, / ce qui est cendre à la terre.
    JEANNE. – Mère ! Mère au-dessus de moi ! Ha ! j’ai peur du feu qui fait mal !
    LA VIERGE. – Tu dis que tu as peur du feu et déjà tu l’as foulé aux pieds.
    JEANNE. – Cette grande flamme, / cette grande flamme / horrible / c’est cela / qui va être mon vêtement de noces ?
    LA VIERGE. – Mais est-ce que Jeanne n’est pas une grande flamme elle-même ? Ce corps de mort / est-ce qu’il sera toujours / puissant à retenir ma fille Jeanne ?
    LE CHŒUR. – Jeanne / au-dessus de Jeanne / Flamme au-dessus de la flamme !
    Louée soit / notre sœur la flamme / qui est pure – forte – vivante – acérée – éloquente – invincible -irrésistible – ! Louée soit / notre soeur la flamme / qui est vivante !
    LA VIERGE. – Le Feu, / est-ce qu’il ne faut pas qu’il brûle ! Cette grande flamme / au milieu de la France, est-ce qu’il ne faut pas / qu’elle brûle ?
    LE CHŒUR. – Louée soit / notre sœur Jeanne / qui est Sainte – Droite – Vivante – Ardente – Éloquente – Dévorante – Invincible – Éblouissante – !
    Louée soit / notre sœur Jeanne / qui est debout / pour toujours comme une flamme / au milieu de la France !
    VOIX DANS LE CIEL. – Jeanne ! Jeanne ! Jeanne ! Fille de Dieu ! Viens ! Viens ! Viens ! (tendrement).
    JEANNE. – Ce sont ces chaînes encore qui me retiennent !
    VOIX. – Il y a la joie qui est la plus forte ! Il y a l’amour qui est le plus fort ! Il y a Dieu qui est le plus fort !
    JEANNE. – Je viens ! Je viens ! J’ai cassé ! J’ai rompu !
    Il y a la joie qui est la plus forte !

    Elle rompt ses chaînes.

    (…)
    VOIX DANS LE CIEL. – Personne n’a un plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’il aime.
    (« Jeanne d’Arc au bûcher », Théâtre – Tome II, Bibliothèque de la Pléiade, ©Editions Gallimard, 2011)

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  11. C’est en 1956, à la création de la pièce « Pauvre Bitos » que la critique parisienne s’est plus déchaînée contre Anouilh, et a consommé le divorce entre une partie de cette presse et l’auteur. La pièce condamnait , dans la satire, les excès des comités de l’Epuration en 1944 et 1945. Le personnage Bitos, joué par Michel Bouquet, c’est l’image de l’épurateur fanatique, le Robespierre provincial qui réclame du sang et des charrettes de victimes. C’est à partir de là que l’auteur dramatique acquit une mauvaise réputation et fut porté sur le bucher médiatique auprès de cette presse de Gauche qui se souvenait qu’Anouilh, comme Sartre, avait fait jouer ses pièces sous l’Occupation , même si le contenu des pièces (comme « Antigone »)était clairement un hommage à la petite révoltée de la Grèce ancienne. Dans « Le canard enchainé » on publie une lettre ouverte de Gérard Legrand parue dans la revue « le surréalisme même » « avec pauvre Bitos, c’est le tréfonds de votre ignominie qui se trahit »
    Les critiques de gauche, socialistes et communistes, reprochèrent à Anopuilh surtout d’avoir fait le procès de la Résistance, sous le prétexte que le personnage de Bitos est passé par un maquis, ce qui est un malentendu, et une lecture expéditive. Pour le critique Max Favalelli, Anouilh est le « Ravachol de l’art dramatique ». Plus politique, Guy Leclerc écrit dans L’Humanité qu’ »il défend la mémoire de Pétain avec le langage de Poujade ».
    Le critique du Populaire le taxe de « misanthropie partisane ». Jacques Duclos, responsable du PCF clandestin pendant l’Occupation proclame que la haine des traîtres est « sacrée ». « La haine, réplique Georges Lerminier, est une médiocre muse ». A l’opposé, Roger Nimier, Marcel Aymé et Jean Dutourd, les auteurs des Épées, d’Uranus et d’Au Bon Beurre, et les critiques de la presse de Droite L’Aurore, de Rivarol et d’Aspects de la France apportent leur soutien à la pièce. Des cinéastes comme Jean Delannoy et Henry-Georges Clouzot, soutiennent Anouilh. Le succès public fut au rendez-vous avec 308 représentations.

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  12. La famille littéraire c’était pire que chez les Atrides à l’époque, Paul !
    Pauvre saint Céline, écrivain et martyr…

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  13. Pardon Paul Edel, Humulus le muet, c’est bien du Anouilh que j’ai joué lorsque j’étais en classe de troisième avec Michel-Edouard Leclerc en personne dans le rôle d’ Hélène la sourde! N’aimant pas apprendre les textes en général, j’ ai interprété le rôle du majordome, une seule phrase à dire! 😉

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  14. Oui, vous avez raison, je me suis souvenu aujourd’hui que le sujet était déjà traité. Passé un bon moment aujourd’hui dans les grenouillages autour de l’affaire Le Nordez à travers l’ouvrage de Jacques Maitre l’Hystérique et la peau de son évèque. On se prend à rêver à un gigantesque cauchemar bernanosien, avec un Archiprêtre façon Frollo, une fausse visionnaire recyclée de Dieppe à Dijon, et un évêque dont la chute est annoncée dés le départ. Cette improbable intrigue montre combien, par contraste, Bernanos épure ses meilleurs romans, Un Crime inclus. et la sordide matière qu’il nous a ou transmuée ou épargnée;Ce n’est pas le sujet du jour, mais il est difficile de n’y pas penser!
    Bien à vous.
    MC

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  15. Humulus le muet- selon wikipedia- est une saynète écrite par Jean Anouilh en 1929. Elle a été créée par les Compagnons de l’Arc-en-ciel le 18 septembre 1948 au Théâtre de la Cité universitaire à Paris1.
    Résumé
    Humulus est muet. Mais un médecin est parvenu à lui donner la possibilité de prononcer « un mot » par jour. Humulus a pris une grande décision : économiser ses mots, pendant trente jours, afin de pouvoir faire une déclaration à celle qu’il aime, quitte à ne pas adresser les souhaits traditionnels à la Duchesse, sa grand-mère pour avoir de sa bénédiction et hériter sa fortune, pour le nouvel an. Arrive le grand jour (celui de la déclaration), les trente mots sont dits : « Voulez-vous répéter, s’il vous plaît », demande la bien-aimée. Car, un peu dure d’oreille, elle n’a rien entendu et sort un cornet acoustique de son sac ! Alors il perd les deux.

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  16. Mais qu’elle serait donc la morale de cette fable du muet et de la sourde ? Et ce nom d’Humulus ne provient-il pas d’homonculus-homoncule ?

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    1. Doit-on thésauriser parcimonieusement le peu que nous possédons comme don naturel,( même un handicap) le peu qui nous permette de nous dire tel que nous sommes?

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  17. chacun se fait sa morale. mais avec anouilh, il y a doit avoir une image de l’amour, à cette époque, pureté, et du simple regard qui dit tout.. et qui se passe des mots et du baratin amoureux
    . enfin j’en sais rien!.. chacun il se l’a fait sa morale.. comme on fait son lit ou sa salade nicoise et une fable sans morale, je trouve que ça a de l’allure.

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  18. sur Jeanne, le Colette Beaune, Jeanne d’Arc, Vérités et légendes, juste mise au point après les pratiques d’un certain Odieux-Visuel. et ça se dévore.
    Bien à vous. MC

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  19. COLETTE BEAUNE

    Jeanne va à la messe

    Colette Beaune, spécialiste d’histoire médiévale, nous conduit avec une rigueur historique dans les méandres de la guerre de Cent Ans. Un moment décisif de l’histoire de France, alors en proie aux troubles de la guerre et des actes de brigandage. Une période où les prophètes et prophétesses tels que Jeanne d’Arc n’étaient pas rares et parfois entendus au plus haut niveau. Comme le rappelle la biographe, à défaut de fréquenter l’école, Jeanne, à l’instar des fillettes de l’époque, reçut une éducation essentiellement religieuse.

    « Jeanne était-elle une paroissienne comme les autres ? Tous les témoins de Domrémy s’efforcent de répondre oui. Elle allait à la messe tous les dimanches, elle était baptisée, elle avait reçu la confirmation de la main de l’évêque de Toul (ce qui est plus rare), elle se confessait et communiait à Pâques dans l’église paroissiale. En fait, la norme est déjà contournée. Jeanne assiste à toutes les messes célébrées sur place, funérailles, obits ou messes dominicales. Dès que la cloche sonne, elle se met en mouvement, quittant la maison ou les travaux des champs. (…)
    Chacun est libre de venir prier à son heure dans l’église paroissiale. Jeanne se recueille souvent devant la statue de la Vierge qu’elle revêt de guirlandes fleuries et de cierges. Déjà elle multiplie les occasions de prier. Le soir, lorsque les cloches sonnent l’Angélus, elle fléchit les genoux dans les champs et récite de dévotes oraisons après s’être signée. Toutes les fois qu’elle le peut, elle vient alors à l’église réciter ses Ave Maria. Le samedi, elle se rend sur une colline forestière au-dessus de Greux à la chapelle de Bermont qu’avait fondé au XIe siècle saint Thibaut. La statue de la Vierge était considérée comme miraculeuse et le samedi était le jour consacré à la Vierge. Les filles du village s’y rendaient volontiers avec fleurs et cierges. Bermont avait beau n’être qu’un sanctuaire champêtre et proche, s’y rendre donnait droit aux mérites du pèlerinage. Chaque pas sur ce chemin pentu était, disait-on, une victoire sur le péché qui rapprochait de Dieu. Les sanctuaires locaux, dont le rôle grandit à la fin du Moyen Âge, font entrer le pèlerinage dans la vie quotidienne et le rendent accessible aux femmes, aux jeunes, aux malades qui ne pouvaient partir plus loin. La vie tout entière du chrétien ne devait-elle pas être un chemin vers Dieu ?
    Au temps de Jeanne, le christianisme au village est solide, rassurant, familier. Nul ne semble terrorisé par la mort ou la fin des temps. C’est à Paris ou à Avignon que les danses macabres ornent les murs du cimetière. À Domrémy, l’Au-delà reste discret et le purgatoire impalpable. Parmi les dévotions récentes, seule celle au nom de Jésus semble avoir pénétré. Un fait est sûr : Jeanne était plus dévotes que les autres et ses amies en riaient parfois, mais elle était aussi une bonne paroissienne. »
    (« Jeanne d’Arc », © Perrin, 2004)

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  20. Il ne s’agit pas du premier, remarquable, mais de son remodelage de 2008 contre la thèse des mythographes Gay et Senksik, l’Affaire Jeanne d’Arc. Elle et certains collègues dont Olivier Bouzy avaient médiocrement appréciés d’etre sollicités en un premier temps pour une émission sérieuse, transformée par la suite en Docu-fiction Sensikien sans meme qu’ils en soient prévenus. Inde irae.

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  21. Regrets d’Anouilh. Les six pièces qu’il aurait voulu écrire..
    Anouilh a souvent dit et répété sa dette énorme au sicilien Pirandello et à ses « Six personnages en quête d’auteur ». Au cours d’un entretien sur France-Culture de 1969, il a confié ceci :
    « J’ai un tourment secret ; quelque chose, que je ne me pardonnerai jamais. C’est de n’avoir pas écrit, en plus ou à la place de mes trente miennes, six pièces que je trouve admirables et qui ne sont décidément pas de moi.
    Ces six pièces sont :
    « Six personnages en quête d’auteur », de Pirandello qui a été le, premier tournant du théâtre moderne.
    « Clérambard » de l’insondable Marcel Aymé, qui a maintenant emporté, à jamais le secret de son âme naïve et forte.
    « Le mal court » d’Audiberti qui a écrit tout au long de sa vie que j’étais un interminable et un pâle copiste, mais ça ne change rien aux sentiments que j’avais pour cette pièce qui a les qualités mystérieuses des chefs-d’œuvre.
    « Victor ou les enfants au pouvoir » de Roger Vitrac. Un auteur qui avait inventé le théâtre moderne, qu’on dit ,je ne sais pas pourquoi ; d’avant-garde, ce qui ne veut rien dire.
    -Ensuite les étonnantes et admirables « Chaises » de Ionesco dont le succès à la reprise a marqué le départ du rush du grand public vers ce grand auteur classique.
    -Et enfin « En attendant Godot», chef-d’œuvre que je considère après « Six personnages en quête d’auteur » comme le second tournant du théâtre moderne. »

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  22. Quand je veux me distraire, je me dirige à pas légers vers la RDL tenue par Pierre Assouline et je lis les dialogues entre Pablo 75 et Hamlet,semaine après semaine. On a l’impression de lire les répliques saugrenues des merveilleuses marionnettes d’Eugène Labiche.Une folle poursuite non pas pour un chapeau de paille d’italie mais sur le thème:je détiens la vraie culture et toi, tu es un crétin.Hamlet et Pablo forment un vrai couple qui tient la rampe jour après jour, semaine après semaine.On voit , aussi, Chaloux et Pablo en ménage, une brosse à dents pour deux,les charentaises fourrées,les diners avec querelles bien batailleuses à propos de Celibidache ou de Jochum,une manière de s’exaspérer l’un l’autre,genre « les célibataires « de Montherlant » , se chipotant sur la manière de cuire les œufs à la coque, ou l’un tapotant sur le piano un impromptu de Schubert et découvrant des cheveux emmêlés dans le peigne posé sur la partition..
    Hilarant.
    ça ferait un triomphe au café -théâtre.Avec un intermède beckettien offert par Marie Sasseur dans le genre « catastrophe et autres dramaticules ».

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  23. Il est la conscience du Roi, ce dernier très frustre, en meme temps qu’un personnage en quête d’honneur;-Fin du I « Mais ou est l’honneur de Becket? ». Auquel répondra le fameux « je me suis plu à aimer l’Honneur de Dieu »
    La force de la pièce vient de ce qu’elle ne donne pas dans le manichéisme. Seul l’archevêque, dans la scène de nomination au poste de Chancellier, fait observer que l’âme de Becket a des arrières plans qui dépassent de beaucoup le simple débauché. Il n’en reste pas moins durant la quasi totalité du second acte un politique avisé, surveillant le clergé, le roi, au point de donner à ce dernier à penser sa nomination comme Archevêque de Canterbury. Peut-être la scene du petit moine, par ce qu’elle suppose de double sans faveur royale peut-elle être lue comme une prémonition d’une fin tragique, mais désamorcée par l’humour d’ Anouilh, d’autant qu’il réutilisera le personnage au IIIème. En revanche la fin du II est un écho de celle du I « Seigneur, vous êtes sur que vous ne me tentez pas? Ce serait trop simple ».
    Le III est celui de la rupture, qui force le Roi à être seul, et à fomenter la mort du seul homme qu’il ait vraiment aimé. Scènes très caustiques mettant en scène les reines, complot avec Gilbert Foliot, indécision des sentiments entre « Amitié morte » et les tonitruants « O mon Thomas ». De l’autre , passage sur un plan supérieur de Beckett, qui, après un poste politique de Chancelier passe à un autre, spirituel, de défenseur des âmes, au prix de l’exil. Le grand monologue qui conclut l’acte répond à celui du II. Une sainteté ne s’achète pas par de l’austérité. Le Dieu de Becket pour autant, ne rejette pas les riches, ni les amateurs, et c’est en quoi il prouve sa justice
    « J’ai été vers vous comme un dilettante, surpris d’y trouver encore mon plaisir ». La métaphore du Jeu d’échecs (« Il vous a plu de me faire Archevêque-Primat et de me mettre comme un pion solitaire, en face du Roi , sur le jeu ») est bien intéressante car l’Archevêque est aussi le Fou. Le mouvement de retour, parallèle à celui de Jeanne ou le personnage choisit d’assumer son destin « Je reprendra la mitre et la grande chappe dorée », traduit un Becket qui s’est trouvé lui-même.
    Le IVème accentue cette impression de lucidité pour tous les personnages: Thomas parlant du Roi « Sire, nous nous aimions et je crois qu’il m’en veut de lui avoir préféré Dieu ». Le Roi Louis : « Votre roi ne fait pas bien son métier, Archevêque, il cede à une passion ». Le Roi : « Je n’aurai pas du te revoir, cela fait mal! » Becket encore, dans la scene de la tempête: « Oh mon Dieu vous qui savez ce que nous allons chercher chacun de notre coté à notre rendez-vous -rien de pur ni l’un ni l’autre, je le crains ». que plallie le « ç’aurait été aussi une solution, mon Dieu d’aimer les hommes » qui ne signifie pas que B est misanthrope mais que seul lui importe Dieu. Dans un royaume ou le Roi ne fait plus que jouer à être Roi ,auprès de 4 favoris qui sont les antithèses absolues de Becket et ses futurs assassins. « ah voici la betise, c’est son heure » dira le concerné. Cette mort, par rapport à celle de l’Alouette, tient en 8 répliques breves, dont la dernière est Pauvre Henri. Elle est effacement programmé et précède la fustigation expiatoire du Roi. Ce n’est pas nécessairement une victoire posthume du pouvoir spirituel.
    en fait Becket est pris par sa nomination dans un conflit de fidélités. « Si je dois être Archevêque, je ne pourrai plus être votre ami ». Mais, et c’est réaffirmé par l’intéressé avec beaucoup de force, Henri reste son Roi. « Oui mon Prince » Dans ces conditions, comment faire que « l’Honneur de Dieu et l’Honneur du Roi se confondent »? L’un est politique et l’autre spirituel, et l’ironie veut qu’ Henri ait profité des leçons du Becket période politique. Par une terrible ironie tragique, sa nomination au poste d’Archevèque par son meilleur ami provoque un conflit meurtrier.
    Cordialement.
    MC

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