Nostalgie du théâtre anglais des jeunes gens en colère

Harold Pinter

La révolution des « jeunes gens en colère » du- théâtre anglais commença le 8 mai 1956, sur une pièce du jeune John Osborne  présentant « Look back in Anger ».La pièce   ouvrait  d’une manière éclatante, sur plusieurs décennies,- jusqu’aux années 80 ?-, une ère de révolution, d’ébullition, de contestation sociale, de revolte sexuelle, mais aussi   changement des formes,  irruption des langages populaires, renversement des conformismes, émergence   des sensibilités neuves et chahuteuses .

Ce fut une bombe jetée à la face de l’establishment et donna naissance au mythe des « jeunes hommes en colère ». Depuis ce succès, Osborne,  poursuivit, avec d’autres pièces;elles continuent d’exprimer sa critique sociale avec Le Bonimenteur (The Entertainer, 1957), où; Epitaph for George Dillon (, 1958) ; Inadmissible Evidence (1964), où le personnage de Bill Maitland a coupé le cordon ombilical qui le relie à son créateur et existe par lui-même, c’est l’une de ses meilleures pièces.

 Revenons à cette La pièce d’Osborne-intitulée en français  « La  paix du dimanche » par quoi tout commença du grand chambardement de la scène anglaise. l’intrigue   s’organise  autour du couple , Jimmy et  Alison. Jimmy  Porter se révolte contre l’ennui vertigineux  du dimanche anglais, et la pièce combat avec finesse   l’enlisement bourgeois d’un couple moyen. Par la voix de son turbulent Jimmy, Osborne  secoue l’Angleterre  conservatrice qui prend le thé le dimanche en lisant les scores du cricket dans le, Times et lit les romans d’Agatha Christie, bref, un immobilisme social  d’une Angleterre terriblement appauvrie par la guerre, et dirigée  par le chef du  parti travailliste Clement Attlee  entre 1945 et 1950 qui mène de front  un lent rétablissent économique, la décolonisation, et la stabilité financière . Mais ne touche en rien aux structures d’un système scolaire  edwardien , avec les privilégiés du privé et les  laissés pour  compte de ‘l’école  public. . Jimmy Porter(et donc son auteur John Osborne),  est donc le premier « Angry young man » le premier « jeune homme en colère »   du théâtre d’après-guerre. L’habileté d’Osborne est que le discours de son porte parole Jimmy annonce, en germe,   un gauchisme instinctif. Osborne,dans toute son œuvre  manifestera avec acidité un viscéral  défi  contre tout  ce qui est établi, paralysé, éculé, vieillot, et formes mortes.  On note également chez lui  un sens de l’humour  aigu, ambigu,  assez hamletien  (relevé par une partie de la presse de l’époque) dans  le défi contre l’Establishment .Jimmy annonce les jeunes gens de Mai 68. Plus  révolté  que vrai révolutionnaire. Cette « paix du dimanche »  a  évidemment stimulé , voire encouragé ou électrisé de nouveaux talents.Cette  nouvelle génération d’après guerre    est menée d’abord par des auteurs venant des quartiers pauvres.

John Osborne

 Parmi les tout premiers et peut-être le plus importants:Harold Pinter. Ce fils d’un tailleur juif de l‘East End   (‘the Birthday Party-l’ anniversaire-(Mai 1958) a développé une série de pièces crissantes et perturbantes sur la cruauté les rapports humains (puis dans une second periode) sur les perturbations de la mémoire,;toutes ces pièces, d’une grande économie de moyens, furent admirablement inspirées et souvent mal comprises ou moyennement mises en scène en France. . « Trahison » fut un de ses plus grands succès. Poète également, il s’est  radicalisé avec  les années. Ses pièces ultimes avant son prix Nobel furent à être plus courtes et portent aussi sur des sujets plus politiques et sont souvent des allégories de l’oppression. Il est une admirable figure dans son évolution et son gout de la mise en scène. Ne pas oublier  le pus naturaliste   Arnold Wesker,lui aussi juif des quartiers populaires de Londres, comme Pinter(  remarqué  avec « Chicken Soup With Barley »-1958) et introduit en France  en 1967par  Ariane Mnouchkine dans une adaptation de Philippe Léotard.

  Le brillant John Arden , né en 1930 comme Harold Pinter ( on lui doit « Live like pigs » et » « Serjeant Musgrave Dance ».-1958 et 1959), est lui une exception .Venu de la moyenne bourgeoisie ,il-  étudia l’architecture  à Cambridge.

 Il y eut  surtout l’irruption  ravageuse  d’un autre enfant des quartiers populaires, Joe Orton. Dynamiteur des hypocrisies bourgeoises. Il est né dans une famille ouvrière de Leicester( il fut emprisonné  6 mois pour avoir saccagé une librairie)  remarqué par  une pièce « Enternaining Mr Sloane(1964) et « Loot » (1965)  avant d’être assassiné par un  dramaturge sans succès, Halliwell. Mais la célébrité d’Orton grandit aussi, plus tard,   par la publication  de ses journaux intimes et par le film « Prick Up Your ears », en 1987. Utilisant le grotesque, le macabre, l’éclat de rire sauvage,  Orton apportait quelque chose de nouveau dans le registre du  cynisme insolent.Un de ses cibles ?  La religion   catholique  et sa morale. Il n’a jamais caché ses gouts sexuels  pour les adolescents, notamment  pendant ses séjours réguliers  au Maroc.

Joe Orton

Un autre grand du théâtre anglais, devait aussi se faire remarquer : David Storey.

 Storey est fils de mineur, né en 1934 .Il devient  assez vite un professionnel de rugby.  Ce qui  fascine ce sportif de bon niveau  c’est la division entre corps et esprit .mais lui n’est pas comédien comme Pinter, il, ne vient pas des planches mais des stades et de ce qu’il entend dans les vestiaires.. Il écrit d’abord  un roman. Le plus connu de tous, This Sporting Life (1960, Ma Vie sportive), raconte l’histoire d’un joueur de rugby professionnel et de sa liaison avec sa propriétaire, veuve. Storey écrira ensuite  le scénario de son adaptation au cinéma, en 1963 sous le titre Le Prix d’un homme. D’autres romans suivent Flight into Camden (1960, « Fuite à Camden ») relate la vie d’une jeune femme indépendante qui s’oppose à sa famille de mineurs. Mais Storey , grâce à Anderson, se fait aussi une réputation en tant que dramaturge. Sa première pièce, The Restoration of Arnold Middleton date  de 1966, « La renaissance d’Arnold Middleton »), remporte un succès immédiat.  Et surtout ! In Celebration (1969, « En hommage »), porté à l’écran en 1974 par Anderson, reprend un thème capitalchez Storey : l’impossibilité de rompre complètement avec ses racines modestes. Je recommande  qu’on lise Home (1970, Home, adapté en français par Marguerite Duras), qui se déroule dans un asile d’aliénés, et bien sûr, l’étonnant The Changing Room (1971, « Le vestiaire »), qui a pour décor les vestiaires d’une équipe de rugby semi-professionnelle.ce qui frappe chez Storey, c’est  que l’observation des classes sociale, de la famille, du milieu professionnel,  se revèle à travers l’action-ou parfois l’inaction totale- et  revèle, sous la conversation, les fractures, les richesses,les blocages, les clichés qui cloisonnent les classes et il est apte à révéler les hiérarchies et blocages   entre les classes sociales. On  rêve sur ce qu’il aurait pu écrire à propos du mouvement des Gilets Jaunes. 

Enfin il y eut l’apparition fulgurante  d’Edward Bond .

Sa pièce « Sauvés »  donnée en 1965 fut un énorme sandale. Ce fut La bataille d’Hernani du théâtre anglais en révolte.  L’ auteur  montrait  sur scène la lapidation d’un bébé. La presse  fut divisée. Droite contre Gauche face à  cet Edward Bond né dans un quartier populaire du nord de Londres, dans une famille ouvrière d’origine paysanne. Lui n’emballait pas son théâtre dans une langue métaphorique, ou « poétique » .Lui c’était la crudité du langue et l(argot  des banlieues. La cruauté des situations. La haine sur scène.Mais il montre aussi que cette violence a des causes :la déshumanisation rapide , l’absence de perspectives sociales, le « no future » , la réduction du sexe à une pulsion animale, le néant moral né d’un désespoir de classe, et en cntrepartie la construction  sauvage d’un  esprit clanique des « bandes ». Pourquoi tant de violence ? Pour Bond la réppnse est claire : elle ne vient pas d’une sois disant « nature humaine »,mais d’une absence d’éducation.A l’adolscence , la violence devient une évasion divertissante et une volonté de marquer un écart avec une société qui vous maltraite. C’est affirmé   , avec Bond, sans ficelle dorée autour. Enfant, Bond  avait connu les bombardements, et ses « pièces de guerre »  reflèteront plus tard  ce traumatisme. Il subit l’exclusion scolaire et commence à travailler à quinze ans. Il découvre le théâtre par le music-hall, où travaillait sa sœur, et avec une représentation de Macbeth qu’il voit adolescent.

Edward Bond

 Cette révolte anglaise  n’est pas née de rien. Elle fut préparée.   Il y eut d’abord le choc du théâtre brechtien  importé en Angleterre par George Devine et Tony Richardson, tous deux marqués  moins par le message marxiste de Brecht que par ses méthodes de travail au Berliner Ensemble.  les critiques de l’époque ont remarqué qu’à l’origine, à la source , il y eut « La Leçon » d’Eugène Ionesco (1950) qui frappa les  esprits .Et ce fut un Peter Hall qui introduisit cet iconoclaste absolu de Ionesco, antihumaniste, roumain écrivant en français  cette « la leçon » digne des surréalistes. En Mars 1955, cette « leçon «  de Ionesco ,jouée en anglais   apporta une espèce de folie  nihiliste qui fut grande impression dans le milieu théâtral anglais. Enfin il y eut le  choc de « En attendant Godot » de Beckett, jouée en aout 1955. Cette pièce,etrange ressemblait  à une  carte postale venu d’un trou noir  de l’éther, .personne ne savait si cette pièce était une tragedie ou une farce, une comédie ou une méditation religieuse, ou deux clowns clochards  égarés sur la terre  après une explosion nucléaire .  L’idée de faire reposer tout une pièce sur une « attente » qui n’arrive pas et n’arrivera jamais  provoqua une stupeur.c stupeur parce que le « message » était brouillé. Stupeur parce que chaque spectateur pouvait avoir une  analyse de la pièce diamétralement   opposée  à celle  de son voisin. Tout le monde, critiques et spectateurs butaient sur le message précis.Etait-ce une pi-ce sur fonds religieux ? Une farce anti chrétienne Pourquoi ce minimalisme dans la tension entre les deux hommes-. Pozzo était-il nietzschéen ?  Beckett laissa toujours  la porte ouverte à toutes les interprétations.  Harold Pinter aussi bien  que, plus tard, Tom  Stoppard dirent leur dette et leur admiration à l’égard de Beckett. Stoppard    réussit  de brillantes  variations  post becketiennes avec   son « Rosencrantz et Guildenstern sont morts »..

Une autre influence du Continent  fut reconnue par Peter Brook  dans la naissance de la révolution des « Angry young men », elle est plus souterraine mais présente. Ces « jeunes gens en colère », ont été marqués   par  « Huis clos » de Sartre.la pièce fut   donnée  en 1946 par Brook. Le mélange du pessimisme existentiel, d’une ironie totale  face aux catholiques s’accompagnait d’un final Beckettien  avec les personnages qui disent, comme dans Beckett : «  Eh bien, continuons », sans jamais bouger. 

Qu’est devenu ce théâtre de révolte ? Difficile de poser un diagnostic.  Selon le grand critique dramatique et journaliste Michael Billington, et dans son essai panoramique complet « State of the nation »,auquel j’ai fait appel, le déclin a commencé avec l’éteignoir et l’étouffoir   du gouvernement de Margaret Tchatcher. Pas mal de causes à ce déclin..La faiblesse du Labour. L’influence grandissante de la presse Murdoch et du « Sun « ?..Un climat de conformisme grandissant et, sur les scènes anglaises,  des spectacles de pure divertissment. pour une nouvelle classe aisée. Il faut  aussi préciser que ceux qui avaient  fait le grand chambardement, dans leur jeunesse, de Pinter à Bond, avait suivi, chacun,  des chemins divergents et des métamorphoses bien naturelles. Ce qui ne veut absolument pas dire un « embourgeoisement » du contenu des pièces ni un confortable « assagissement » des auteurs !   –il suffit de lire les ultimes pièces de Harold Pinter ou celles de Bond !  . Mais l’individualisme Tchatcherien a cogné  dur,   traversé  toutes les couches  de la société .On note aussi que malgré deux décades de féminisme, et malgré une femme à la tête du  gouvernement  les femmes restaient souvent  isolées dans des  rôles secondaires dans la société anglaise.

« Sauvés » d’Edward Bond dans une mise en scène française de Xavier Cantat

 Bien sûr,  il y eut pas mal d’auteurs dramatiques non conformistes, dans les années 8O.

  Alan Ayckbourn  ou David Hare  ont  essayé d’analyser les contradictions entre les valeurs traditionnelles familiales du thatchérisme et la sacrosainte  défense  de la performance  individuelle et  du libéralisme  sauvage. Enfin les gouts du public changèrent. Et  allèrent plutôt vers les comédies musicales à la Broadway, ou la rassurante revisite des classiques ou  l’ambiance  cabaret, . en même temps le budget de la culture fuit rogné, les salaires des ouvriers et  « intermittents du spectacle » s’effondraient. En bref, l’idéalisme des turbulentes années 5O-7O, émergeant de la guerre,   s’est  transformé  sur les scènes   en une course commerciale  .La libre concurrence  dans les théâtres privés déplaçait le centre de gravité  des dramaturgies  et  ne mettait plus au milieu de  du dispositif  des auteurs dramatiques singuliers,n originaux,  mais   favorisait    les financement   des grosses production anonymes , dont l’emblème  fut la   comédie musicale » Nicholas Nickleby » d’apres Dickens. Les  grandes scènes officielles de Londres  comme le Royal Shakespeare Company et le National Theater  s’attribuaient par ailleurs   une part importante des subventions qui étaient de toute façon,  rabotées par le gouvernement. L’esprit défricheur   de talents était moins  au rendez-vous.

Les années John Major ,premier Ministre des années 90 et surtout la chute du communisme dans l’Europe de l’Est devaient changer la donne, mais ça, c’est une autre histoire.

35 commentaires sur “Nostalgie du théâtre anglais des jeunes gens en colère

  1. Je vous rassure, j’ai tout de même lu le Garcin! Mais son Cid a vieilli, aggravé de quelques mauvais films, ce qu’on ne peut dire de Vilar

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  2. 68 a été fatal à de Gaulle et Vilar. Un qui s’en est bien sorti à l’époque, c’est Barrault !

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  3. titre du spectacle : « Les marches du Palais » (?) ou Vilar fait 68 et se trouve rattrapé, dépassé, insulté … diminué par 68.

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  4. @Monsieur Court
    « de petites personnes , les memes qui n’iront jamais voir un Corneille  » = le meurtre du « Père » !
    Philippe Caubère a retracé le festival d’Avignon de 1968 (et tout ce que Vilar a alors enduré) via un spectacle très acide et dans mon souvenir, terrible.

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  5. « Vilar trop Vilar »
    Quand on l’entend dans les quelques ultimes vers du Roi du Cid qui nous restent d ‘une répétition, on comprend quel comédien ce pouvait-être, et quel cornélien de première grandeur il aurait pu faire. Une voix qui s’impose sans fanfreluches ni décor, et qui semble intemporel. Tout le contraire de la voix de Gérard Philippe qui ressort plus du phénomène de foire. « Il jouait faux mais la salle le suivait » disait un lucide.
    Alors je veux bien que de petites personnes , les memes qui n’iront jamais voir un Corneille , aidées en cela par la coupable indifférence du Théâtre Français envers son propre répertoire, aient jugé Vilar trop ceci, trop cela, mais il garde une qualité sans prix par les temps qui courent, quoique de peu d’importance pour elles, le sens de la grandeur. Passons charitablement sur ceux qui ont cru pouvoir le remplacer!

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  6. @Jazzi
    Je me souviens – – du temps où j’étais « jeune et jolie » (!), où je signais sous un autre pseudonyme (collant davantage à ma réelle identité et où toi-même étais le « roi des éléphants », si j’ose dire) et où je commentais à la RDL, j’aimais dialoguer avec Renato tant en « live », qu’en « off » et la façon parfois un peu irritée, mais souvent délicate et un peu mystérieuse dont il se dévoilait par sobres et petites touches. Ta remarque me fait sourire et me confirme Renato comme un puzzle dont il me manque tant de pièces surprenantes et intéressantes.

    Vous étiez d’autres dans ce cas et sans spécialement de fanfaronnerie – – votre culture, vos rencontres, ces petites révélations, au hasard, sur votre vie. c’est le qui faisait une partie du charme et du sel de certains des commentaires des billets de Pierre Assouline – – à une certaine époque, du moins. (maintenant, je ne sais pas)

    C’est drôle, ils sont à la fois bien bien lointains et toujours vifs et marquants ces moments d’échanges, de confidences, de souvenirs, de papotages, d’impression, de criailleries, d’indignation, de débats calmes ou enflammés sur différents espaces de qualité de la blogosphère …

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  7. « Julian Beck et son living theatre »

    Savez-vous que renato, de la RDL, a figuré un temps, tout nu, dans la troupe ?

    « Jusqu’à ce que les jeunes générations jugent Vilar trop euh … Vilar. »

    La même usure a eu la peau de de Gaulle.

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  8. Oui, c’est la seule pièce qu’il n’ait pas, à mon humble avis, ratée. Le Balcon est aujourd’hui insupportable meme avec Lavaudant. Mais il y avait dans le cas présent, le crime des sœurs Papin.

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  9. Au sujet de Vilar, sa bande et du TNP, les grands textes classiques étaient privilégiés dans un but d’éducation et d’élévation intellectuelle. Education populaire, permettre à tous (jeunes, vieux, pauvres, riches, ouvriers, paysans, ruraux, citadins, bourgeois) d’aller au théâtre. Donner un socle culturel commun pour ensuite aller vers des textes plus avant-gardistes, non ?
    Même démarche du côté des concerts JMF (et revoir au passage le délicieux petit film de Truffaut « Antoine et Colette »)

    Le festival d’Avignon (fondé comme on le sait par Jean Vilar mais aussi par la femme de Christian Zervos qui était certes imparfaite mais avait bcp d’idées et bossait fort), en parallèle, est progressivement sorti de la gangue des classiques. Projection de la Chinoise de Godard, Julian Beck et son living theatre, théâtre du Soleil, etc. Jusqu’à ce que les jeunes générations jugent Vilar trop euh … Vilar.

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  10. @Xlew
    Ah ok.
    De mon côté, je pensais à des mises en scène signées Clément Hervieu-Léger, Serge Bagdassian, Eric Ruf, Denis Podalydès, sans rapport avec les « trucs » que vous listez et donc je ne voyais pas bien …
    Cela dit, je ne suis pas entrée à la Comédie française (ou presque) depuis qu’Eric Ruf en est l’administrateur (non la faute au bel Eric mais à ma vie qui a changé). J’ignore donc quelles tournures ont pris les mises en scène.

    Vidéos, projections d’images ou d’inscriptions au mur, se costumer ou se dévêtir sur scène et non en coulisse, glisser un tube (son très fort), de l’électro ou un petit orchestre ou une folle ou sexy danse en milieu de spectacle, la nudité, un pseudo-faire amateur, la boue, les hurlements, montrer les acteurs changer eux-mêmes les décors, c’est la tendance depuis maintenant des décennies. En 2020, on hésite à parler encore de modernité. Les ans passants, c’est à se demander même si cela ne confinerait pas plutôt à un nouvel académisme à force d’effets rebattus et tant certaines compagnies se copient les unes les autres ?

    Mais j’aime quand cet ensemble d’ingrédients réunis est beau, ou distrayant, ou étonnant, ou magique, ou réussi. Cela m’apparait très pitoyable et agaçant quand c’est raté, plaqué, gratuit ou très moche.

    Le plus horripilant est, pour moi, est, non pas la musique fort qui éclate et rompt le rythme (je suis même adepte. Je trouve que la musique fait partie intégrante du théâtre), mais les acteurs qui trimbalent des portants … je n’en peux plus de ces portants à roulettes …

    Je suis vraiment plus rétive voire réactionnaire (j’assume) vis-à-vis des adaptations et réécritures de textes classiques. Que l’on retouche du Tchékhov ou du Ibsen me dépasse. (mais j’en avais discuté ici même avec CP il y abieeen longtemps !)

    Enfin, bon … vraiment rien de grave comparé au fait que ces malheureux théâtres annulent à tour de bras leurs spectacles actuellement …

    Concernant le cas que vous citez : « Fanny » de Pagnol. Votre déception et petit énervement ne sont-ils pas dû aussi au fait qu’à la base il y a le film de Pagnol que vous ne pouvez éluder comme référence ?
    Personnellement, et c’est peut-être idiot, mais je ne vais (je ne parviens) pas (à) voir les pièces qui m’évoquent trop fortement d’excellents films. Exemples : les Damnés de Visconti, Et soudain l’été dernier, Scènes de la vie conjugale, Un tramway nommé désir, La Ronde …

    @Monsieur Court
    « Les bonnes » de Jean Genet restent très classes.

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  11. Goebbels peut-être, XLew, mais aussi en profondeur un retour au figuratif qui fit l’objet d’une exposition que vous vites peut-être, la Fabrique de l’Homme nouveau. Sur le plan pictural, il y eut bien une réaction de retour à une esthétique présumée allemande, dont Brecker n’est pas l’unique responsable, et dont il faut remarquer qu’elle frappe une bonne partie de l’Europe. Fresques néo-Renaissance d’Emile Bernard, retour au classicisme de Chirico, basculement de Vlaminck.
    Peut-on sauver Carl Orff periode HitlerJugend? Ce n’est pas trop ma tasse de thé. Je note que la musique des jeux de Nuremberg est signée Richard Strauss, mais que personne ne se presse à l’enregistrer ou à le dire. ça ferait mauvais genre après le blanchissement dudit Strauss par le comité de Dénazification…Il faut se contenter , on y revient,des images de Leni et de sa bande-son.
    A bientôt, j’espère.
    MC

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  12. Bonsoir, je pensais à ceux qui sont au répertoire contemporain, de Claudel à Fo, en passant par Pagnol dont la Comédie Française reprit en 2008 sa pièce Fanny, avec de très bons acteurs, Seweryn dans le rôle de Panisse – avec un accent cracovien, donc du sud -, en tête, parfait nounours.
    Mécanique très huilée, Marius sautant sur scène par la corniche du proscenium, impec, rien à dire.
    Impromptu dansé sur un tube des années 80 encore en vogue dans les mixs ou en boîte, au beau milieu du déroulement, émulsion instantanée du spectateur, mise en scène avec lâcher de guidon, habilité, antiquité punie, l’ai-je bien descendue ?
    Certains diront que c’est un faux procès, qu’Aristophane avait recours aux mêmes machineries.
    Formidable ! Comme disait l’accordéoniste de Tournez Manège sur TF1.

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  13. Enfin, information capitale.cet après-midi à Saint-Malo, le vent souffle par , rafales, j’ai failli être renversé avec mon vélo en passant les écluses et en longeant un magnifique trois-mats à l’ancienne intitulé le « Frederic Chopin » avec un beau drapeau polonais à sa proue.. Quelle perte cela aurait été,ma chute d’abord pour moi,car à 17 heures il y avait une émission sur Brendel sur France Musique, ensuite pour vous,privés de ce que je griffonne sur mes auteurs préférés. .Point d’ironie! bien sûr!.

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  14. Margotte, Harold Pinter est bien traduit chez Gallimard..et très agréable à lire dans notre langue. J’adore relire No man’s land ou Trahison.Par ailleurs, quelle chance, nous avons You tube qui nous permet de voir de belles mises en scène anglaises..

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  15. @paul Edel
    Merci pour ce billet. Mais à part un de ces quatre, lire ces auteurs je ne vois pas très bien quoi faire … aller au théâtre, ces temps-ci, est bien compliqué.

    @xlew
    Qu’est-ce qu’un dramaturge du Français ?

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  16. MCourt, Leni avait des choses de sa biographie à faire passer, même si elle n’en ravala rien, ni n’en démorda, fut heureuse au contraire d’en déguster la digestion lente dans l’après-45, elle avait les entrailles à toute épreuve, le colon interminable et fin, la fascination tardive à son égard fit le reste, on contempla ses calculs et ses petites commissions fumant à l’air libre avec de grands yeux d’haruspices de hasard, prêts à tous les hommages.
    Comment l’Allemagne, grande nation de haute culture, put-elle couver en son sein les bouillons du chaudron nazi, voilà ce qu’on entend souvent, la malignité de Goebbels et son savoir-faire propagandiste furent prépondérants dans l’exercice du masquage de l’inanité de la création artistique sous le régime, leur petite musique de la grande nuit bien à l’abri derrière les beaux accords de compositeurs héroïques qui, même au coeur de la tempête romantique, firent tout pour en fendre les flots de la noirceur.
    Je suis d’accord avec vous dans votre réponse à Paul Edel, vous cernez bien l’enjeu, sans polémique.
    Dans la pièce de Pinter, mise en ligne – extraordinaires acteurs anglais dont Planchon mit un point d’honneur à reproduire le niveau de génie, avec Bouquet notamment – on capte des répliques qui ne peuvent que faire écho à des pièces de confrères, comme ce Don’t look back… adressé à Hirst par Forster, son factotum, alors qu’il le prend dans ses bras pour le porter vers la chambre à coucher.
    C’est certainement un appel de phare sur les chemins d’écriture d’Osborne dont vous mentionnez la pièce.
    Pointes et vacheries mises à part, ces dialogues forment cet écho, de leur onde sont constitutifs de celui-ci, avec leur fréquence.
    Pinter montre les gestes humains qu’une tendresse innée ou acquise – fait-il exprès de ne pas trancher ? – laisse transpirer peut-être à l’insu des personnages.
    Une sorte de No Man’s Invisible Hand propre au théâtre de l’Homme.
    Le blackout pintérien de la pièce fut souvent imité dans les productions latérales de metteurs en scène qui tombèrent sous le charme de l’auteur anglais.
    Celui-là, et la musique de fosse, comme de celle d’écran, pour reprendre les distinctions de Chion, trop souvent plaquées, le hors-champ devenant un hors-sol, un côté jardin sans allée dont il manquerait l’humus, un amusement, un clin d’oeil entre auteurs et spectateurs communiant dans la pop-philosophie de bon aloi, servent quelquefois à cacher la misère des visions théâtrales d’aujourd’hui.
    Je n’ai rien contre les interactions de la musique populaire – David Bowie et un groupe obscur de Manchester mené par deux frères fan de City, révélaient, par les titres de certaines de leurs chansons, leur grande appréciation du théâtre contemporain, comme s’il gouvernait leur goûts, leur vie -, mais suis contre leur emploi comme illustration, miroir devenu image principale, reflet narcissique d’auteurs gentiment cavernicoles convaincus.
    Anouilh le disait déjà, ô combien éloquemment d’une simple réplique, dans Colombe, « Aujourd’hui tout vient avant le texte… »
    Magnifique, criant de vérité.

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  17. Xlew selon Riefenstahl il connaissait surtout Schopenhauer et selon d’autres témoignages, se limitait au premier Wagner . La nomination de Richard Strauss à la tete de la chambre des Musiciens Allemands est probablement une décision d’appareil, justifiée en partie par la musique commise pour les Jeux de Nuremberg, et à ce jour jamais enregistrée. Elle est meme piquante compte tenu de la haine des Dames de Bayreuth pour ce compositeur, qui, face à Siegfried Wagner, avait pour elles le tort de n’etre pas romantique.

    Paul Edel
    Pardon, j’ai confondu Huis-Clos et Mains Sales!
    Pour le reste, je ne suis pas non plus sociologue, mais je vois dans l’Histoire du Théâtre une sorte de coïncidence entre les époques de crise et les époques de création. C’est lorsque l’état s’en mêle qu’on assiste au tarissement créateur. C’est vrai en France à partir de la création du Français, notamment. Ce devait l’etre aussi à l’époque du Globe et de William S…
    Sur le retour aux classiques à l’époque Vilar, je pense que c’est inséparable de l’effort de relèvement du pays, lui-même corrélé au souci d’oublier une guerre traumatisante par l’évocation des Grands Classiques. Le binome Montherlant-Anouilh s’inscrit lui-même dans cette perspective de retour aux sources. Reste l’aerolithe Genet, mais cela se lit-il encore? Souvenir ‘un très ennuyeux Balcon, malgré tout le talent de Lavaudant. La génération anglaise n’avait pas ce complexe-là. un doute: Peter Schaffer en fait-il bien partie? Sinon, il me souvient avoir passé un certificat sur Look Back in Anger, et ne pas en avoir gardé un mauvais souvenir.
    J’aurais quelques questions sur Hesse, mais pas aujourd’hui.
    Bien à vous.
    MC

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  18. « Aujourd’hui les dramaturges, du privé comme du Français, sont malins, beaucoup de savoir technique, de l’esprit de sérieux face-spectateur, de la complète esbroufe dans le propos, derrière la scène, avec souvent un tube de chanson vintage qui s’interpose, qu’on entrelarde, pour faire peuple et moderne, comme à la fin d’une émission de radio d’Adèle van Reeth, vive les néo-jukeboxes, que vive le théâtre. »

    J’aimerais bien avoir l’avis de C.P. !

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  19. Vous avez sans doute raison de rappeler que les jeunes hommes en colère doivent beaucoup au Brecht et Adamov du théâtre de l’absurde.
    Préférence certaine pour Tom Stoppard, presque rabelaisien dans sa verve, sa charge verbale.
    Dans Travesties, 1974, on a l’impression de se trouver balancés au cœur d’une grosse bouffonnade et puis tout s’affine dans l’esprit, on voit par transparence son propos, immense, également dans le pari qu’il fait sur l’intelligence du spectateur.
    Attention peut-être à la re-création de son fameux trio réuni dans sa Zürich de 1917.
    Surréalisme vainqueur, triomphant encore aujourd’hui..? Oui, culturellement, c’était écrit, semble dire Stoppard, mais quelle mise en perspective des inepties, du vide mental, d’un homme tel que Tzara, qui donne, par exemple, toujours le ‘la’ sur les causes de la 1ère guerre mondiale, de nos jours.
    Son Joyce, via Ellman et l’impayable figure historique de Henry Carr, est beaucoup plus fin, comme un faucon sur sa branche prêt à fondre sur les nombreuses imbécillités émises, mais se retenant, trop de travail en perspective, pas assez de faim.
    Stoppard rejoignait Havel et Kundera, au-delà de leur querelle, c’est bien les ravages de la norme totalitaire qu’il montrait, le terrible homicide que déclencha en toute connaissance de cause le léninisme.
    Mrs Thatcher savait par cœur les scènes de plusieurs pièces de Shakespeare, mais rien n’y fera, il y aura toujours un vieux bloke dans la salle pour dire : et alors ?, pour nous goinfrer, gorge ouverte, d’un : qu’après tout, Herr Hitler connaissait Wagner sur le bout de la shlague.
    Leur théâtre était courageux parce qu’il commentait l’absurde, en montrait les catacombes, les greniers, les milliers de tiroirs.
    Aujourd’hui les dramaturges, du privé comme du Français, sont malins, beaucoup de savoir technique, de l’esprit de sérieux face-spectateur, de la complète esbroufe dans le propos, derrière la scène, avec souvent un tube de chanson vintage qui s’interpose, qu’on entrelarde, pour faire peuple et moderne, comme à la fin d’une émission de radio d’Adèle van Reeth, vive les néo-jukeboxes, que vive le théâtre.

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  20. Et Harold Pinter ou Peter Brook ont beaucoup donné au cinéma. Il me semble que c’est après eux que le cinéma anglais est devenu plus social, au sens politique ?

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  21. Court, vous comprenez pourquoi j’ai bien précisé qu’il est difficile d’établir un diagnostic. J’avance des hypothèses qui furent données dans des articles par les critiques dramatiques anglais, qui ne sont pas des sociologues..dans la guerre du theatre privé contre le public, les cartes étaient différentes en angleterre,l’Etat bcp moins présent. et jacobin…Le théâtre anglais n’ayant pas connu notre maillage français de Centres dramatiques voulus par le Ministre de la Culture Malraux t. Bien sûr que le renouvellement des générations change le paysage culturel, on l’a vu en Mai 68, l’avant et l’après.. comme changent les sensibilités. La culture comme enjeu capital pour changer la société marquait cette génération d’après-guerre.. on voit bien en France que l’idéalisme de Jean Vilar et de Jeanne Laurent au moment de la Libération et de la Reconstruction de la France des années 5O,et de son importante classe ouvrière.. l’idée que le théâtre doit être un service public, garanti et financé par l’Etat comme le gaz,l’eau ou l’électricité, relève d’un idéal français daté –avec influence communiste prépondérante, qui mêle à la foi la fête civique, la volonté d’édification d’une culture universaliste pour les classes populaires, une volonté de pédagogie du citoyen-spectateur et une esthétique mise au service d’un projet social. Il y avait de ça chez un Edward Bond..On a vu qu’ en passant de la direction de Vilar à Wilson, et avec le TNP Villeurbanne, de Roger Planchon à Chereau, puis Lavaudant ,le TNP changeait de nature, de sensibilité , de but et de public.. Le courant individualiste au fil des decennies l’emportait sur les grands idéaux et élans collectifs idéalistes d’après-guerre … On peut remarquer que côté auteurs en France, rares furent les auteurs dramatiques qui proposaient des textes collant au projet TNP. De Vilar. On redonnait aux Grands classiques, du Cid de Corneille à Arturo ui de Brecht, un sens civique, romantique et patriotique.. d’un grand théâtre » de révolte et d’engagement citoyen..
    A propos du » Huis Clos « de Sartre,(je connais votre réticence face à l’œuvre de Sartre..) il faut remarquer que la mise en scène de Peter Brook de 1946 avait profondément marqué la critique, le public et les jeunes metteurs en scène de l’époque pour sa radicalité dans le pessimisme.et 1946 est bien avant la création de « en attendant Godot » joué pour la première fois en Aout 1955 à Londres.

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  22. Et dans ces années_là, William Golding et JB Ballard!
    Pas sur que cette explication par les grandes machines de Broadway et l’épouvantail Thatcher tienne . La génération précédente avait connu un Oliver Twist non moins musical et pas si mal fichu. L’anglais qui va à Shakesperare peut-être le même que celui dont l’ancêtre écoutait les opérettes de Gilbert et Sullivan. Je crois plus à la mort de l’idéalisme lié au retrait d’une génération.
    Curieux que la plus mauvaise pièce de Sartre ait une responsabilité là dedans.je me demande si ce n’était pas plutôt une caution intellectuelle manièe à usage d’exportation par certains auteurs

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