Carnet breton: les villas

 Sur la mer et vers le le bois de pins, en face, les couleurs palissent déjà. De grandes lames de nostalgie s’étendent sur la mer vide. Grisaille et brume annoncent quelque chose d’endormi suroit vers les ruelles étroites qui dévalent vers le quai  Solidor  . stores baissés devant les flaques d’eau. Il y a un glacis  automnal sur l’étendue rase de la  digue, avec  des impasses désertées   au   gravillon mouillé, des échancrures de vide entre les toits et les feuillages noircis des marronniers.  Le paysage  désormais se traine et se défait et glisse  avec de gros nuages vers la mer, comme s’il perdait sa consistance. La mer garde sa palpitation en jaunissant.

On entend claquer des portes dans les villas, on voit apparaitre un cerf-volant par la fenêtre, des rames glissées du balcon, on dégonfle un matelas pneumatique , on empile les bagages dans le coffre  du Break  cerné d’enfants,de sacs, le père  ne sachant où  caser le panier du chat. Les volets se ferment sur les jours d’été déjà évanouis. Fausse quiétude d’un premier dimanche avec les vagues de la houle…Les taches lumineuses vers le port pâlissent.  Cette station balnéaire vidée de s ses vacanciers n’en finit pas  de retentir des étés précédents, familles évanouies, comme évaporées mystérieusement. Le temps, curieux buvard.  Je longe ces jardinets déserts.il y a une vingtaine d’années à peine  installé  mi-juin dans une villa vers Saint-lunaire,  j’essayais de deviner les mystères et le mode de vie  de ceux qui  avaient  occupé  ces belles maisons en fouillant et flânant ,un  vrai travail archéologique  marné de pièce en pièce, d’étage en étage, en suivant les conduites du chauffage central, en ouvrant des tiroirs ,en découvrant   des cagibis,  humant des étagères couvertes de toile cirée et leurs mouches mortes ,  décrochant des tableaux aux murs dans l’espoir du trouver un vieux papier,une lettre, ou je ne sais quel document révélateur du passé.

.Je  remue des babioles en porcelaine,  poussiéreuses ,   scrute des taches sur le mur, un rideau de douche avec un trou de cigarette,   des étuis à lunettes poussées en vrac dans le  tiroir de commode, et enfin    prenant de minuscules escaliers grinçants qui aboutissaient à la porte hélas  solidement  verrouillée du grenier.

 Je me souviens notamment de  l’une de ces villas ,   blanche  aux balcons  vert bouteille ,à Saint-Lunaire,   avec un minuscule jardin  aux buis taillés .J’aimais aussi une   demeure austère de granit  gris ,plongée dans un long sommeil, ancien « café du Port » vers Saint-Quay Portrieux, avec une terrasse donnant sur une baie .Dans la cuisine immense avec une hotte en verre dépoli, on trouvait  des piles de plateaux métalliques pour  fruits de mer avec les instrument chirurgicaux pur décortiquer les tourteaux et araignées de mer.

Oui, j’étais friand de jardins en broussailles, d’appentis à l’abandon, de garage  en sous-sols  ave   pompes à vélo, chaises pliantes, chaudière à mazout, tondeuse à gazon  avec coulées huileuses,    armoires à pharmacie avec des tubes racornis de crème solaire, grils de barbecue avec parcelles d’écaille de poisson. Mallette d’outillage, cible  pour jeux de fléchettes, fauteuils d’osier  délabrés , flotteurs de liège.   

Dans ma quête spéléologique j’appréciais en particulier ce que je nommais  des « indices », comme ces éraflures et traces de caoutchouc   laissées  sur les plaintes d’un couloir, ce qui  qui suggérait qu’un  enfant avait  circulé comme un fou avec un tricycle. Ou bien les espaces  jaunis dans un mur qui signalaient  des déplacements de meubles. Ou la tache grasse légèrement au-dessus d’un   lit, sur le mur,  car  quelqu’un avait appuyé sa  tête et ses cheveux en lisant avant de s’endormir.

Je me souviens  d’une autre  excitante  villa ;elle   possédait  un  garage cimenté en sous-sol. La voisine qui possédait les clés,  nous avait fait visiter toutes  les pièces. Dans le sous- sol  elle m’avait    indiqué  où se trouvait la bouteille de Butane de rechange : derrière  un empilement  de fauteuils d’osier griffés par des générations de chats agressifs La femme de ménage  avait aussi   fait allusion à un « grand malheur » qui s’était abattu sur la maison. J’appris plus tard par un voisin que le propriétaire, « un type qui travaillait chez Dassault comme ingénieur »,bon navigateur, était mort d’un cancer foudroyant à l’hôpital de Rennes.  

Pendant ce temps je manipulai des masques de plongée sous- marine au caoutchouc durci et fendillé    qui dataient d’au moins de la présidence Coty.  Remonté au salon,  je restais médusé  devant quelques  sous- verres protégeant des photos de famille, accrochés au-dessus d’un canapé   , la  voisine  m’avait  confié   :

« -Depuis la mort   de son mari, il y a trois ans, Madame Degrelle ne vient   plus,  je ne vois plus les enfants non plus… » me confia la femme de ménage au cours de ses bavardages si volubiles.

Et je ne sais pas pourquoi, cette phrase avait résonné en moi et ajoutait  mystère et presque un charme un peu maléfique à  cet endroit.

Dans la cuisine ensoleillée,  les enfants   étaient en train de disposer des packs de yaourts   sur les grilles  du   frigo sous la vigilance de ma femme. Famille sérieuse.

 J’entendis  alors  une note aigüe, à résonance métallique,  répétée   avec acharnement. Je montais vers le salon : une de mes filles(Clémence) s’était plantée  devant un piano droit  noir, et, avec une expression concentrée, presque butée,  elle frappait  une seule touche d’ivoire  comme pour un saisir à l’oreille, surprendre  quelque chose d’autre,  de précieux derrière cette note lancinante frappée sur l’ivoire.

Sur le vieux meuble radio-phono Blaupunkt aux tons de miel, on avait disposé  trois  cadres   de faux argent    avec des photos  couleurs Agfa virant sur le rouge-orangé sur les bords.  On y voyait là, rassemblée, unie, joyeuse,  une famille sur le pont d’un voilier. Au fond, la  mer d’un  bleu chimique. La famille  était réunie devant la grand-voile, vêtue de  de marinières, sauf la femme, blonde,  suave  et bergmanienne  dans son  un chemisier rose fané,  noué sous des seins abondants. Elle ressemblait  vaguement à Ingrid Thulin. L’homme qui  la protégeait  de son bras gauche, était râblé, barbu,   cou de taureau,  cheveux noirs frisés, sourire  sollicité , c’était le  mari  « ingénieur en quelque chose » .  La voisine   avait précisé   que ce chef de famille  avait  succombé  «  d’un bref  cancer affreux ».   Cela m’avait été confié   avec une sorte de gourmandise désagréable.

Une fois resté seul, je  fixai ces  photos d’amateur. Celles laissées sur le frigo de la cuisine, prises en panoramique sur la plage,   irradiaient de ces joyeuses réunions d’été quand on entend les clameurs de joueurs de volley  vers les dunes,ou biejn  le rappelaient  ces matinées  quand les enfants entrent et sortent sans cesse, pleins d’allant, balle au pied,   et courent vers la salle de bain  avec des épaules qui sentent le sel.  Mais revenons aux trois photos  dans des cadres d’argent :  les obliques   des cordages  blancs coupant les clichés , avec le   mât  acajou cerclé de cuivre , les sourires éclatants des enfants donnaient une image d’une joie marine et symbolisaient un moment  parfait dans un été somptueux. Oui. Radieux. C’était radieux !  

 J’étais surtout  intrigué  par les  sourcils énormes de l’  « ingénieur» et la coupe militaire de ses cheveux vers la nuque.. .  Il faisait songer à  un de ces officiers de marine au sourire loyal  dans les films  de guerre des années Eisenhower. Là, il était    vêtu d’une  marinière neuve. Sa femme, (plus grande que lui ?) incarnait la suave  douceur blonde ,visage lavé par le vent du  large, avec ce  modelé particulier  des lèvres pulpeuses  qui suggère la sensualité et  de longues étreintes nocturnes.  A travers ces clichés  j’imaginais une époque où le monde était débordant d’optimisme, quand les femmes  annonçaient en sautillant dans la cuisine, parmi des appareils ménagers étincelants, qu’elles étaient de nouveau enceintes . La Guerre Froide battait pourtant  son plein…

Je m’intéressais moins aux   garçons ,  tous blonds oxygénés, cheveux en pétard, dont les gestes exubérants semblaient difficilement compatibles avec  les bords  de la photo.

Tout au long des vacances,  je restai souvent  sur le balcon, à méditer sur cette famille apparemment si heureuse( la sienne ? la mienne ?  ) sur lequel  le malheur avait fondu. Je me représentais  le flou ,le « bougé » s’étant emparé d’eux quand une enveloppe épaisse venue d’un laboratoire d’analyse de Rennes avait était ouverte d’un coup sec d’un couteau de cuisine.

Quand les enfants partaient en début d’après-midi  vers la plage, accoudé sur le balcon, je me plongeasi dans la contemplation des  nuances nacrées de la mer. Quelques nuages, suspendus au large, apportaient des  ombres sur les remparts et l’immense plage du Sillon et m’entrainaient dans une méditation  plus  sombre sur le thème du courroux  soudain  des Dieux s’abattant sur une jolie petite famille douillettement  lovée dans ses vacances ou courant sur le ponton mouillé vers le voilier. .Le malheur  fond, comme un oiseau de proie, me disais-je. Je guettais  le ciel si beau dans son bleu épais, presque fourmillant, imaginant  le   point noir grandissant.  Je méditais sur toutes ces villas  brillantes  dispersées le long de la côte ,avec les innombrables corps disséminés dans le bariolage des serviettes sur la plage. Je  cherchais à deviner  les  infimes marquages  de  ceux   qui étaient destinés  à mourir prématurément ,par un obscur décret divin. Quelques plumes dispersées d’un corbeau  écrasé sur le goudron chaud  d’une route.   

 Le soir, l’étendue d’eau chuinte   le long de la digue  . Une terrasse de café:on referme les parasols et on replie les tables d’un coup sec. La marée montante prend une curieuse teinte vineuse ou cuivrée, là où à midi, la mer  se pailletait d’argent et scintillait comme en Grèce. 

Les milieux de  journée  étaient  exaltants de  silence.Petit accès inquiétude vers cinq heures.  Je  change  de pièce   en suivant  les lattes des parquets  ,et les petites coulées de sable dans les rainures.  Pour échapper à ces photos radieuses ,à ces anxiétés soudaines  qui prenait l’allure d’une attente aussi sournoise que lancinante, je glisse mon doigt sur  les bords de mon épais verre à whisky bourré de brins de menthe et de rhum blanc.   

18 commentaires sur “Carnet breton: les villas

  1. XLew, pardon de vous répondre un peu tardivement.
    Le Havre: je crois que je reprocherai toute ma vie la destruction de ce qui pouvait subsister de la ville de François Ier, quel que soit le talent de Perret.
    J’ai dans l’oeil via une affiche ancienne le casino de Trouville. Je crois qu’il ne nous reste plus que les aventures d’Arsène Lupin pour l’imaginer. Du moins me semble-t-il que c’est Trouville.
    Royan est effectivement un cas d’école. On a su depuis, c’est récent, que ces bombardements massifs étaient élaborés dans un bureau par quelqu’un totalement ignorant des règles de tactique et de stratégie, mais qui avait l’oreille de Churchill, ou le pouvoir de se faire écouter des gradés. Un livre là dessus , le seul, il y a trois quatre ans.
    Scrignac-Berrien, je suppose, ou rode le fantôme de l’Abbé Perrot, assassiné par le PC et le souvenir exécrable de sa milice créée post mortem suam par Célestin Lainé? On a longtemps tenté de dissocier les deux, et d’innocenter le premier par le second, mais la présence dans son Journal Feiz Ha Breiz d’éditoriaux d’un antisémitisme médiéval -il le fait remonter au Duc de Bretagne- parus de son vivant risque de rendre ce fantôme là inexorcisable.
    Remi Mogenet, pittoresque personnage avec lequel je rompis des lances, aimait certes la Bretagne, mais la comprenait souvent de travers.
    La librairie dont vous parlez, si tant est qu’elle existe encore, procède peut-être d’une ancienne libraire quimpéroise, exilée par son patron à Scrignac-Berrien, et dont j’ai encore un ou deux catalogues remontant à mes années d’études.
    Bien à vous.
    MC
    PS
    Feiz Ha Breiz: « Foi et Bretagne. »
    Perrot fut aussi un grand défenseur du breton. Il reste une personnalité clivante dans l’imaginaire celtique encore aujourd’hui. Reste qu’un éditorial ou on justifie la déportation des juifs au nom d’une ordonnance ducale, et ou l’on souhaite son élargissement à tous les pays d’Europe parait peu propre à gagner le Paradis à son auteur. cf « Une Famille Juive en Bretagne », pour la citation. Je n’ai pas l’ouvrage ici.
    A bientôt.
    MC

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  2. Solidaire de votre détresse, quoique ce que fit Perret pour la ville normande est plus que de la chirurgie reconstructive, un vrai visage.
    Bordeaux, port sous-marin s’en sortit bien, le père d’Alexis Leger pouvait revenir et aprrécier la métropole les yeux grands fermés.
    Royan a bien plus morflé, pour rien.
    On oublie les défigurations de Fécamp et de Trouville, la magnifique passerelle d’embarquement en fer forgé détruite par la Wehrmacht en 1940, pour la dernière, et le splendide casino pour la première, un bijou de pierre, l’architecture des édifices dédiés au plaisir n’est jamais à négliger, elle en dit beaucoup sur le coeur des hommes.
    Je ne sais pas si vous connaissiez la librairie de Marc Ledret à Berrien, L’Autre Rive, chers Marc Court et Paul Edel, j’étais passé par-là en piéton de Bretagne et d’Huelgoat, je me souviens d’une discussion sur ça, il ya plusieurs longues années ici-même, avec la participation de l’ami Rémi Mogenet, grand amoureux de votre péninsule, si mes souvenirs sont bons.
    Mes sentiments les meilleurs.

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  3. Merci qui ? Merci Guy La Chambre qui permit la conservation de ces remparts et le rétablissement par le jeune Arretche d’une architecture néo-Malouine, évitant à sa ville, et contre bien des pressions du lobby du Beton, le triste sort du Havre et du reste des ports de l’atlantique pourvus d’une base sous-marine….
    Aujourd’hui, le massacre par un lotissement à Trébeurden du site de l’ilot de Costaeres prouve qu’on n’en est toujours pas à l’abri.
    Bien à vous. MC

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  4. En me promenant sur les remparts de Saint-Malo,matin ou plutôt le soir, face à la mer grondante j ‘imagine toujours Hamlet sur les remparts la nuit puis affrontant le spectre de son père sur le donjon . En fait je vois défiler des touristes à longueur d’année et je me, dis :combien de spectateurs potentiels qui tournicotent sur une scène vide et qui attendent LE grand metteur en scène shakespearien dans ce magnifique théâtre de fortifications et de grandes marées lyriques. .

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  5.  » Impression que tout le monde ment dans cette fausse détente et s’ennuie. »
    Pour être rentrée et de retour en région parisienne : mon impression est que les gens sont soit très mous, soit mornes voire déprimés, soit agressifs voire violents. surtout les hommes.

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  6. Bel hommage à Jean-René Huguenin, Paul !

    « Ballons, parasols rouges, bruits d’eau, château de sable… Olivier qui marchait devant Anne et Pierre sur la route, regardait au loin la plage, dont seule la rumeur laissait deviner le mouvement – appels, cris d’enfants, clapotis, mer tachetée de barques de couleur, tiges élancées des jambes de jeunes filles avec leurs maillots à fleurs.
    Mais à mesure s’approchait, franchissant le talus, s’avançant sur le sable, ils ne voyaient plus que des peaux rougies par le soleil, le petit tas flasque d’un bébé nu, une varice sur un mollet de femme, des cicatrices de vaccins, des aisselles –
    Plages ! châteaux de sable, bruits d’eau, parasols rouges, ballons… L’été de ses cinq ans : il passait ses vacances en Touraine avec sa mère, et il était amoureux d’une forêt. Assis sur le mur du jardin, il regardait pendant des heures une ligne d’un bleu uni et sombre qui s’allongeait à l’horizon : la forêt. La forêt ! Un jour, bien qu’il lui fût défendu de sortir seul, il s’était élancé à travers champs et il l’avait atteinte : c’étaient des arbres.
    – Quand tes parents arrivent-ils ?
    – Je ne sais pas s’ils viendront Ils vont à un congrès en Argentine.
    – Et quand pars-tu pour Beyrouth ?
    – Je ne sais pas encore…
    – Si on allait se baigner ? dit Anne.
    Elle portait un maillot bleu ciel dont une bretelle avait glissé sur sa mince épaule dorée. Personne ne bougea. Les mains de Pierre jouaient avec le sable. Olivier contemplait de ses yeux fendus par la fumée le bout d’une cigarette qui ne quittait pas sa bouche. (…)
    Tout à coup, d’un seul saut, Pierre fut debout.
    -Allez ! l’eau doit être bonne.
    – Le premier mouillé ? dit Anne.
    Olivier vit Pierre s’élancer derrière elle, la soulever dans ses bras au passage et leurs corps mêlés se précipiter dans une eau blanche qui les recouvrit un instant.
    Il les rejoignit. Ils nagèrent tous trois vers une petite barque où ils se hissèrent. Une écharde s’enfonça dans le talon de Pierre. Assis à la proue, Olivier regardait le large pied inerte, debout entre les genoux d’Anne, pressé entre ses doigts, repu. « Ca y est, je crois que je l’ai » ; et il vit courir sur la jambe musclée de Pierre une onde blonde à fleur de peau. « Voilà ! C’est fini. »
    Olivier se mit debout, en équilibre sur le bord de la barque, se rejeta souplement en arrière, plongea de dos.
    Lorsque sa tête réapparut à la surface, il nageait vers la rive.
    Pierre le suivit un moment des yeux.
    – Eh bien, nous, dit-il avec une assurance détachée, nous allons nager jusqu’au port, et nous reprendrons l’auto au garage.
    Étendu sur le sable, après le bain, Olivier savourait une première cigarette, les yeux fermés, sous le soleil du soir, sans chercher à savoir où ils étaient, pourquoi ils ne les rejoignaient pas. Il savait que cette indifférence bienheureuse, cette suffisance de son corps s’évanouirait bientôt – et qu’en la perdant, il se retrouverait : lui, sa nervosité, sa souffrance. Il aperçut entre ses cils un des supplices quotidiens des plages bretonnes : le petit garçon que l’on a obligé à se baigner et qui reste maintenant inerte, les yeux décolorés et hagards, une mèche dégoulinant en gouttes glacées sur son front, et tenant à la main une tartine de beurre salée et saupoudrée de sable, qu’il mastique sans cesser de claquer des dents.
    Le soir tombe, la mer se retire. Une petite barque bleue qui flottait encore tout à l’heure gît maintenant sur le côté. Près de l’eau, des poux de sable grouillent et sautent. Un sardinier rentre au port. Des familles s’ébranlent dans le sable, quelque enfant traînant derrière, la tête encore tournée vers la mer. »
    (La côte sauvage, éditions du Seuil, 1960)

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  7. « et moi je vois une catastrophe nucléaire figée, lente à bruler »
    mais non, mais non. nous n’en sommes pas encore là. Nous n’avons pas encore connu pareil désastre. (je veux dire, du moins sur notre territoire hexagonal). et ne nous le souhaitons pas.

    « Quelles images avez-vous au fin fond du crâne ? »
    Un paysage de dunes – – grâce à Monsieur Court ! 🙂

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  8. Il me vient de drôles d’idées sur la digue, le long du Sillon, devant une immense plage fréquentée pendant les Week end juillet et aout . Tous ces corps nus, inertes, dispersés sur trois kilomètres de sable, chairs laiteuses ou boucanées, omoplates osseuses ou larges seins étalés, parmi une pagaille de bouteilles, de sacs , des lunettes, de foulards, des T-shirts froissés , de revues, de canettes, de peluches, de seaux, de pots aliments pour bébés, de pelles , de jouets gonflables, de magazines ensablés, de tubes, de serviettes, de sandales, fouillis d’ étuis, de thermos, de livres de poche, de pliants ,de paquets éventrés de petit- beurre, infinie trainée de l’ espèce humaine, innombrables momies sableuses , épaules et orteils, membres éparpillés sur la plage courbe et si lisse ; et moi je vois une catastrophe nucléaire figée, lente à bruler, une catastrophe qui se consume au ralenti comme un décollage de fusée Soyouz. Alignements interminables de corps brulés, fournaise dans laquelle une femme qui se dresse pour secouer sa serviette pleine de sable ressemble à une résurrection d’entre les morts le long d’une ligne de vaguelettes qui monte et va happer et engloutir ces allongés vers 16 heures 30 si j’en crois mon horaire des marées.
    Mes frères humains, en pleine cuisson, coincés entre deux vides , ciel et eau , têtes enfouies dans les bras, comme pour vous soustraire à je ne sais quel éclair apocalyptique, à quoi rêvez- vous dans votre fausse torpeur ?Quelles images avez-vous au fin fond du crâne ? Impression que tout le monde ment dans cette fausse détente et s’ennuie.

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  9. Sables d’or les Pins ?
    Près du cap Fréhel et d’Erquy, dans ce qui s’appelait encore « les côtes du Nord » ?
    ça alors, c’est là que je passais tous les ans une partie de mes vacances quand j’étais petite et de santé fragile. Il fallait m’aérer, & l’immense plage était parfaite pour ça (il y avait aussi un bras de mer derrière la pinède, où l’eau était à une température disons un peu moins « tonique » pour apprendre à nager). Station fréquentée aussi par des belges (mon meilleur copain s’appelait Donald) et des anglais à l’époque.
    Saisie par la nostalgie, je me disais tout récemment que j’irais bien revoir cet endroit et quelques autres — tout en craignant le décalage avec mes impressions d’alors.
    Mes parents ont fait le tour : d’abord Julouville (Manche), aucun souvenir ; ensuite plusieurs années les Sables d’or (je crois que l’hôtelière s’appelait Mme Rabardel), mais je pourrais davantage évoquer le jardin abrité derrière l’hôtel, le portique, les senteurs que l’architecture. Plus tard, Tréboul-Douarnenez (je n’avais pas encore entendu parler de Perros), là aussi plusieurs années de suite ; et finalement Carnac, où nous sommes restés. (Désolée de vous imposer cette litanie sans art, encore plus ennuyeuse que les soirées-diapos des autres (autrefois) ; c’était irrépressible.)

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  10. Coté villas, il y a le cas vde la station balnéaire fantôme des Sables d’Or, lancée à grands frais à peu près au moment du Krach de 1929 dont elle ne se remit jamais. On avait pourtant vu les choses en grand, tant du coté de l’urbanisme que de la qualité du bâti. Preut-etre le cinéma s’avisera-t-il quelque jour du potentiel de ce décor …
    Bien à vous.
    MC

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  11. Mais oui, je sais, je prends la tangente concernant les thèmes de la mélancolie et le cancer ravageur qui ombragent ce billet. et donc ? rien à voir avec le fait d’être impolie, désinvolte ou trop légère. Evidemment, je les connais ces états proches de l’Ohio. Mais j’ai besoin d’élan et allant, moi. et je préfère me concentrer sur mes souhaits décidément infantiles, vieux et impossibles : se métamorphoser en créature petite, invisible, ailée, passe-muraille qui se faufile de jour ou de nuit autour et dans toutes les villas …

    Aimé par 1 personne

  12. Toujours adoré ça.
    Les villas sont un excellent support à fantasmes et histoires à s’inventer, un sujet passionnant à étudier (Histoire de l’art, histoire de l’architecture, histoire des manières de vivre et d’habiter), sans parler du plaisir à regarder des photos (à défaut de pouvoir voir et visiter ses grandes demeures dispersées partout dans le monde, souvent cachées), où les espaces de promenade qu’elles peuvent offrir.

    Je ne sais plus pour lesquelles j’ai un faible : celles à jamais inaccessibles dont on ne peut percevoir que des portions de murs, de tourelles, quelques détails architecturaux ? les villas balnéaires ? les plus folles ? celles aux lignes les plus épurées ?

    La Rotonda dans le Don Giovanni de Losey, la Villa du « Ghostwriter » de Polanski, celle de « l’Année dernière à Mariennbad », celle de Gloria Swanson dans Sunset Boulevard.

    LA VILLA KERELOS !!!

    Durant le covid, quelque chose d’étrange se serait produit autour des villas de star. Sur les réseaux sociaux (Facebook, Instagram etc), les gens sont nombreux à suivre les comptes des stars et à raffoler des photos de leurs villas notamment hollywoodiennes (extérieur, intérieur, jardins). Ils sont des millions à « liker », aduler, chaque jour, Mais lorsque les stars ont commencé à exhorter leurs « followers » à porter le masque, à maintenir les distances sociales et … à rester chez soi, Rapidement, la colère en ligne aurait explosé, les insultes ont débordé, voir les menaces de mort. les commentaires contre le mode de vie des stars et spécialement contre leurs villas outrageusement spacieuses et luxueuses auraient fusé. les voix des stars se seraient alors mises en sourdine temporairement.
    Villas : je t’aime moi non plus.

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