Ma génération,une présence au monde si particulière…

  Ma génération, une présence au monde si particulière…

  Je fouillais samedi  dans mon bric à brac  d’étagères et de valises  et j’ai retrouvé le DVD  du film « Au fil du temps » de Wim Wenders  (né en 1945) . C’est un film  contemplatif sorti en 1975  mais qui  ressemble diablement  au un  manifeste  générationnel.  De quoi  s’agit-il ? De deux jeunes hommes sillonnent la région frontalière entre l’Allemagne de l’Ouest et l’Allemagne de l’Est .  Bruno Winter est un réparateur de projecteurs de cinéma .Il    va de villages en  villages (comme son ami  l’écrivain Peter Handke, qui reste  son scénariste préféré)  dans   son grand camion de déménagement dans lequel il vit. Il fait la rencontre de Robert Lander qui vient de quitter sa femme et vient de jeter sa Volkswagen dans l’Elbe dans un geste  à la fois vaguement  suicidaire et bouffon.

Au cours de leur périple, ces deux-là  font la rencontre d’un homme dont la femme vient de mourir dans un accident de voiture qui était peut-être un suicide. Robert, lui,  rend visite à son vieux  père imprimeur  et lui  imprime une implacable lettre de reproches  en beaux caractères en plomb .Dans ce geste, une génération  se sépare de la précédente , avec violence ce qui, dans l’Allemagne de 1975renvoie inéluctablement au passé nazi, et à la « faute » des pères.

Au fil du temps de Wim Wenders

Mais dans le film, Bruno fait la  rencontre d’une femme, douce, belle, au regard tendre et mélancolique, interprétée par  Lisa Kreuzer.   Cette idylle fargile, pudique, ébauchée  semble éphémère déjà condamnée dans ses début.  une escapade à moto, une visite dans une maison d’enfance : on retrouve  le thème si germanique du voyage de formation,  du « Wanderer » qui va à la rencontre du monde pour le sonder , mais aussi pour se délivrer d’un passé pesant. Donc, c’est un film d’apprentissage  par étapes  par étapes qui place en son centre  un discret hymne aux fleuves qui rappelle Hölderlin et ses Hymnes   puisque Bruno et Robert passent de l’Elbe au Rhin. Tout ceci  et finit dans un poste de surveillance désaffecté de la frontière entre les deux Allemagne. On note aussi  remarque que Bruno est un vivant volontairement en marge de la société. Il va à son propre rythme, , contemplatif . Robert, lui, ne tient pas en place. Il doit être constamment en mouvement, il cherche  une voiture, un téléphone, un vélo, fugitif , écorché par une rupture amoureuse .Une image résume  le personnage: il est sur un vélo dans une minuscule courette  tente vainement de faire du sur-place.

A revoir ce film de 1975, je me dis qu’il est devenu une « œuvre-manifeste « d’une génération », la mienne, née pendant la guerre et qui découvre le paysage européen après la bataille. Curieuse génération d’écrivains, en fuite du vieux monde  et qui prend le voyage  et la recherche d’un ailleurs, d’autres horizons,  pour emblème . L’errance Rimbaud n’est jamais loin, ni sa soudaine aphasie poétique tant ils se méfient des mots et des grandes attaitudes des maitres à penser et moralistes de la génération précédente. .

Peter Handke

Je pense à Le Clézio né en 1940 , à Handke,autrichien né en 1942, à Botho Strauss, allemand  né en 1944.

1975 est une année clé pour cette génération d’écrivains à carnets et notations exactes  c’est une année où ils publient une de leurs œuvres majeures. Le Clézio,  publie « Voyages de l’autre côté » récit de voyage initiatique auquel nous entraine Naja Naja , être mi –réel mi fantastique ,jeune femme  présente dans la nature : dans les gouttes d’eau, dans les rivières, dans la fumée ou dans les flammes. Elle n’apparaît qu’à ceux qui savent le lien mystérieux entre la Nature et eux. Il faut savoir qu’entre 1970 et 1974 Le Clézio a partagé  les vie des Emberas et des Waunanas,peuples indiens du  Darien panaméen. On ne peut mieux exprimer sa méfiance envers le monde  moderne et matérialiste.

Handke  publie « Faux mouvement » et « l’heure de la sensation vraie ».Dans ce dernier ouvrage il écrit : » Pour moi ce sera l’eau qui coule dans le caniveau, la surface douce et brillante du cirage dans la boîte neuve, le lit avec les draps frais, la vue d’un homme âgé et pourtant encore curieux des choses. » On retrouve donc chez lui, comme chez Le Clézio, une redécouverte du monde réel « Je ressens le désir de réel. Trouver ce qui existe, ce qui entoure, sans cesse dévorer des yeux, reconnaitre le monde », écrit-il dans « L’inconnu sur la terre » de 1978.C’est  la tentation même de cette génération, mais dans un  double  mouvement que le titre « le livres des fuites » résume bien.  D’un côté fuite   même panique devant les grandes villes bétonnées,  révolte adolescente   et évasion devant un monde Gaullien Adenauerien  qu ’ils n aiment pas et n’est pas le leur..
Chez ces écrivains ,on suit  un apprentissage lent et méthodique  de la sensation vraie dans la marche, la déambulation, le parcours, la quête solitaire dans sa version plus ou moins hippie.. Plus tard, l’âge venant  ces écrivains   reviendront  sur le passé  avec une plongée dans les filiations et le  raccommodage  des   généalogies.

Le Clézio  cherche   évoque ce  père disparu en Afrique, il retourne vers  l’ile Maurice pour retrouver ses oncles et tantes ..Vers  un âge d’or ? « lorsque  je me rends à Maurice ,je me sens physiquement chez moi », répète-t-il dans les entretiens.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                               Avec « le malheur indifférent » Handke  reconstruit une image  en mosaïque  et douleurs de sa mère et de sa famille d’une étonnante authenticité.

Avec  « Couples, passants », Strauss affirme : »Nous ne vieillissons qu’en décrivant des cercles toujours plus larges de mémoire autour de notre lieu unique de naissance, le national-socialisme allemand. La distance s’accroît, mais jamais nous n’échapperons à cette détermination concentrique.(..) Jamais on n’a atteint de véritable solution, jamais on n’a pu dissoudre le lien. »

 Ce retour sur le passé au mitan de leur âge  s’accompagne dans cette génération d’une méfiance  évidentes envers les  clichés littéraires et une suspicion toujours aussi grande envers les formes traditionnelles du récit, comme si le Nouveau Roman avait laissé profondément en eux sa trace de modernité. Ils  dédaignent  de leurs textes les  idéologies de l’engagement, façon Sartre , autant  que les narrations balzaciennes avec  auteur tout puissant. On peut trouver dans cette commune  ligne de défiance,  une morale d’écart, de distance, de modestie,  comme si leurs états d’âme subjectifs les reliait avec plus d’authenticité et  plus naturellement à la situation générale dégradée de la planète.

Ils sont plus sensibles aux lames de fond  des bouleversements économiques  et  écologiques qu’aux simples visées politiques qui leur semblent dérisoires .Leur enfance d’après guerre   dans des vilels en reconstruction  les a prédisposés  à s’interroger sur ce nouveau matin du monde après guerres,famines, morts, ruines,Shoah. Même le terreau culturel est mis en question.

Botho  Strauss publie en 1976 « la trilogie du revoir » qui lui vaut la notoriété. Dans lequel  il  met en pièces et à nu  les clichés intellectuels sur l’art !

 L’autrichien Handke, l’allemand Strauss et le français Le Clézio réinventent  en tâtonnant-comme en écrivant sur un cahier d’écolier avec des ratures-   l’authenticité d’une présence humaine  individualiste –même égotiste-   au sein du monde. Ils  refusent la société moderne matérialiste et consumériste en pleine éclosion dans les années 60

Dès 1966  le niçois Le Clézio  pose les jalons de cette génération en fuite,comme les personnages de Wim Wenders. Avec son héros , Adam Pollo, grand solitaire vagabond, personnage  insoumis ,sans doute déserteur au moment de la guerre d’Algérie,   personnage balançant entre extase mystique  sur les toits de la ville et panique devant les nouvelles fourmilières humaines.

 les héros de Wenders, ceux  de Handke, ressemblent à  Adam Pollo, :ce sont des solitaires saisis par un désir d’ensauvagement. Triple  défiance : envers les villes et les contemporains, défiance envers  les lieux communs et les clichés de la littérature, remise en question du  « contrat social ». Ils affirment tous que les relations  humaines  deviennent précaires  et fuyantes entre les personnages. C’est le dramaturge  Botho Strauss   le plus décapant. Ses pièces de théâtre. Dans « grand et petit » les discours altruistes sonnent aussi faux que les attitudes égoïstes des clients de l’hôtel où se passe l’action. impressions morcelées, sentiments fuyants,  discours amoureux troué ,au bord du vide . Chez lui le bavardage humain devient un raffut, un brouillage.

Chez eux mêles distances, même à l’égard des medias dont ils se méfient comme de la peste.  Dans les années 70 ,époque impossible d’avoir un entretien ou une image de Le Clézio,ce n’était pas la Statue du commandeur nobélisé ,mais l’homme aux semelles de vent.. Même difficulté avec  le pmremier Handke. Aujourd’hui il reçoit dans son pavillon de Chaville avec une exquise courtoisie.  Strauss refuse poliment  les rencontres, même avec ses metteurs en scènes..  

Botho Strauss

Tous trois   passent  en pertes et profits  les grandes utopies lyriques  de la Gauche d’après-guerre  Ils accumulent  des journaux fragmentaires, des instantanés émotifs, avec  une célébration de la Nature néo-romantique. Oceans ou champs vides avec pylônes. Clézio  chante   les déserts,  les bords de mer, rejoint  des iles. Handke  cherche une  piété , son eau lustrale,  dans    les  sous-bois, traverse les villages .Dans un de ses plus beaux textes « Mon année dans la baie de personne »  il met en scène son double Georg Keuschnig, écrivain autrichien habitant près de Paris. »La baie de Personne »  est un refuge écologique  mais  cet humble endroit de banlieue tranquille  est ouvert sur le monde entier par le jeu du souvenir, de l’attente, des clartés du ciel, des soirs d’hiver   et des amitiés.
C’est à la fois solitaire et unanimiste. Der Wanderer, au sens romantique, c’est lui.

Et le thème du  couple ? Là encore  éloignement   du couple traditionnel . Recomposition délicate,  rapprochement difficile  avec les femmes de leur génération. Dans les textes de  Handke, Le Clézio et Strauss , se multiplient  les liaisons  éphémères. Aucune jubilation lyrique. S’il y a rencontre, c’est sous le signe de   point de lendemain. Pas de grande passion  mais de brèves rencontres avec  des malentendus qui naissent dans  le silence. Ce point de vue masculin, cette  visible déchirure , cet  embarras entre hommes et femmes , ces  couples de passage, suggérés plutôt que clairement  analysés,  tout ceci contraste violemment  avec les déclarations  tonitruantes   et les revendications  si précises des mouvements féministes  de l’époque.

Handke : « La littérature a été longtemps pour moi le moyen, sinon de voir clair en moi-même, du moins d’y voir un peu plus clair. […] Certes, j’étais déjà parvenu à la conscience avant de m’occuper de littérature, mais c’est seulement la littérature qui m’a montré que cette conscience de soi n’était pas un cas isolé, un „cas“, une maladie. » .On voit avec quelle prudence Handke s’exprime …Dans   La Leçon de la Sainte-Victoire (1980) Handke   trouve son lieu dans la « maison des couleurs » et suscite son espoir en une forme d’écriture qui permette de voir les choses selon un rapport  vrai  et non plus  dans un tas de clichés  médiatiques.

 Je me retrouve dans génération   et j’aime  cette réflexion de Botho Strauss dans « Les erreurs du copiste » : 

»Je m’étonne. Je m’étonne simplement. Cet étonnement qui ne connait ni acquiescement  ni négation s’étend à de plus en plus de chose. Il se mêle à la pensée, à l’action, à l’amour. C’est une disposition qui manifestement apprend plus que je ne suis capable d’apprendre en pensant, en agissant ou aimant. »

52 commentaires sur “Ma génération,une présence au monde si particulière…

  1. J’ai pris le mot « génération » avec des pincettes, sujet vaste et limité à la fois. Votre billet, P Edel, est savant et donne une image assez précise, mon cafouillis va se limiter à une énumération, qui correspond aux découvertes que je faisais à cette époque-là,,. « détruire, dit-elle » de Duras, le film (avant le livre, lu plus tard). Emballée par cette histoire qui ne ressemblait à rien (c’était à la cinémathèque, MD était là,). j’avais acheté illico,la revue des cahiers du cinéma , couverture verte où elle étrillait le cinéma de Papa;.Puis « india song » et « le vice consul ». j’y voyais , sûrement(?)un univers tout à fait nouveau, dans sa forme et par les portes qui s’ouvraient. Aussi « Alice dans les villes » déambulation vers nulle part, alors que le but est précis, retrouver la famille d’alice.Des souvenirs qui trompent, c’est par ici, ou peut-être par là. Un lien fragile entre l’adulte et la petite fille aussi égarés l’un que l’autre. Et encore « Pnine », presque en même temps que « le Sang noir »; « le sang noir » que j’ai découvert après avoir vu « Cripure » joué par Marcel Maréchal. Non, cela n’avait aucun rapport avec des gens de ma famille qui auraient pu être profs, j’avais eu l’impression de réfléchir par moi-même; j’ai traîné « le sang noir » très longtemps avec moi, et de longues discussions avec mes amis. . »Pnine » créature et création ,hors du commun. Enfin Victor Segalen, que j’ai découvert à Huelgoat, où habitait ,avec sa famille bretonne, une délicieuse jeune fille dont l’un de mes cousins était amoureux fou ( histoire heureuse) Segalen , c’est l’aventure et la Chine, loin de l’Europe aux anciens parapets.
    Mon com. fait un peu étalage, à côté de réflexions réfléchies sur l’art du romancier, ou du roman. Faire le point, un arrêt sur ces temps lointains qui sont une image de mes recherches,de choix parfois décisifs.

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  2. J’avais mis un lien à un article de En attendant Nadeau — cause, sans doute, de la disparition de mon commentaire. (Les allergies du robot sont décidément imprévisibles.)
    J’y mentionnais le roman de l’écrivain slovène Drago Jančar : Six mois dans la vie de Ciril, que j’avais bcp aimé et que j’avais envie de partager avec les lecteurs d’ici.
    (L’article auquel je renvoyais, sur le site de EAN donc, est de Maurice Mourier & remonte au 8 novembre 2016).

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  3. Pardon, j’occupe un peu trop d’espace. Y a-t-il ici des lecteurs de Drago Jančar (ne se prononce pas /Jean-car/ mais /Yann-tchârrrr/, auteur slovène ?

    J’ai beaucoup aimé son roman Six mois dans la vie de Ciril (en dépit de la frustration de devoir le lire en traduction, de ne pas avoir accès à sa « voix ») — il est vrai que j’avais déjà apprécié les nouvelles du recueil L’élève de Joyce.
    J’en dirai davantage si qqn est intéressé, mais lisez plutôt l’article d’un professionnel :
    https://www.en-attendant-nadeau.fr/2016/11/08/raconter-histoire-jancar/

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  4. Attention aux guêpes ds votre ombre parfumée, tt de même ! on est en pleine récolte ici & je dois laver avec soin mes mains poisseuses avant de revenir au clavier.

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  5. Margotte, vs avez raison, mais cela a-t-il jamais empêché que qqn soit considéré comme tel « de l’autre côté » ? (Je continue à parler de façon générale, de manière à dégager un schéma.)

    Sans compter les possibles effets en retour, au pays, des points de vue publiés à l’étranger, « chez nous », des critiques (= comptes-rendus) faites selon une grille de lecture exclusivement politique et terriblement univoque (c’est un pbl d’interprétation bcp plus général bien sûr, on voit ou on lit d’abord en fonction d’attentes, d’intérêts, de théories préalables, conscients ou non) & qui deviennent des prophéties auto-réalisatrices : si « l’ennemi » vs lit, ou voit vos films, vs admire en tant qu’opposant, dissident, résistant vs le devenez. La marge de tolérance dont bénéficiait ds certains cas, certaines périodes ou circonstances le grand artiste fierté de son pays (ou la marge de liberté de celui qui était encore relativement obscur) va disparaître, il risque de perdre son capital de sympathie ou d’influence auprès du grand public national (sursaut nationaliste plutôt qu’idéologique ou religieux : mais pour qui il ns fait passer ? on a l’air de quoi ?), de ne plus pouvoir travailler, etc.
    L’opinion publique n’est jamais aussi monolithique qu’on se la figure de l’extérieur (que ce soit pour « suivre la ligne » imposée d’en-haut ou la contester) — il suffit de renverser le sens de l’observation & de lire certains articles de journaux étrangers qd ils sont consacrés à notre actualité —sociale, politique, médicale ou artistique. (Ce qui ne signifie pas que ns n’ayons jamais rien à apprendre d’un regard éloigné — je parle du tt-venant qui façonne l’opinion.)

    Le malentendu artistique, l’espèce d’aplatissement de la complexité, pour celui qui s’exile comme pour celui dont la carrière prend un tour international ne doit pas être facile à vivre, surtout s’il se transforme en injonction à continuer à produire « la même chose » (qui ne correspond pas ou pas tt à fait avec l’œuvre réelle).
    Je pense notamment à certains cinéastes que j’admire énormément, dont un film a été porté aux nues en tant que critique d’un régime (ce qu’ils étaient aussi, à l’évidence), « ah dis donc, qu’est-ce qu’il leur met ! » & le ou les suivants jugés décevants (mais qu’est-ce qu’il nous fait là ? de la morale ?)
    (Cela dit, je ne les connais pas personnellement, ni ts les éléments de la situation, ils me détromperaient peut-être…)

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  6. Elena, ,aucune peine, aucune fatigue, c’est sûr, simplement un peu de temps parfaitement libre, confinée en qq sorte, ou isolée sous les immenses et larges feuilles du figuier du minuscule jardin , avec ma radio à piles.et calepin . Ce sera donc un plaisir..

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  7. Ayant vécu au Nigéria, je m’étais jetée (il y a longtemps) sur la traduction anglaise de son livre The Shadow of the Sun / Ébène. Ses propos m’intéresseraient (si vs parvenez à les retrouver, merci en tt cas de vs donner cette peine.)

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  8. Soulagement, à nouveau. Il y a tant de gens qui ne voient pas les choses comme cela.
    Vous pensez bien que votre anecdote m’intéresse …
    Merci pour le conseil de lecture, je l’inscris ds la liste.

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  9. @Elena
    A ma connaissance, Kundera ne s’est jamais étiqueté « dissident ».

    Pour le reste, je ne vous donne pas tort non plus. les exemples sont légions. Il fallait faire bon visage à l’Ouest capitaliste qui offrait asile. Or des déclarations ou écrits distanciés et critiques de ceux passés au-delà du rideau de fer ont paru, soit parce que ceci, soit parce que cela (grisaille, ennui-déprime, superficialité, société de consommation etc). La Guerre froide (comme toute grosse machine idéologique) ne tolérait pas la nuance or, embûches, certains des transfuges en regorgeaient (ce qui les a rendus au final « gênants » tant à l’Est qu’à l’Ouest.

    Milos Forman, peut-être, a échappé aux volées de bois vert ?

    sans parler de la mesquinerie, la bêtise .,. j’ai lu un jour que Christa Wolf – – non candidate au départ – – je digresse – – a été bien moquée lors de ses voyages aux USA simplement pour sa mise et ses manières dites « provinciales ».

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  10. et chez Kundera, ça discutait jusqu’à pas d’heure, ça buvait dru tout en écoutant du Janacek à plein volume ?

    Plaisanterie à part …
    J’ai lu hier les pages des Testaments trahis sur Janacek et comment l’interpréter. m’est alors revenue à la mémoire une petite querelle (qui aurait pu tourner à la rupture) avec un ami qui, de mon point de vue, jouait Janacek trop souvent et façon « bouillie », et bien plus finement Schumann ou Brahms alors qu’il aurait souhaité l’inverse.

    ouhloulou et cette façon de traiter, non seulement les biographes, mais aussi les critiques littéraires, les exécuteurs testamentaires dont Max Brod, les exégèses universitaires, les traducteurs.
    Ne faisant partie d’aucun de ses sérails (ô combien complexes et délicats), et trouvant peu de gens drôles pour me décrocher la mâchoire et me courbaturer les zygomatiques en ce moment, je ne me prive pas pour rire.

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  11. Elena/ nescio , je vous imagine assez mal  » le couteau entre les dents », votre analyse me semble juste à l’aune de mes connaissances, et me rappelle les propos tenus par le journaliste Ryszard Kapuscinski,lors d’une itv, ( en polonais mais traduite) rapportant les opinions des critiques de l’Ouest sur les écrivains de l’Est. Verba volant, scripta manent, je vais tenté de retrouver cette itv, sans quoi cette intrusion n’a aucun intérêt,sauf le nom du journaliste, qui avait retenu mon attention pour une tout autre raison.

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  12. Elena, je ne parlerai pas de Kundera, je l’ai fréquenté régulièrement et j’ai bcp appris avec lui et Vera, je l’aime passionnément. Votre analyse ,je ne suis pas loin de la partager. Vous devriez lire le journal ,berlinois de Max Frisch 1973_1974 aux éditions Zoe. Frisch en dit beaucoup sur le cas emblématique de Uwe Johnson,passé à l’Ouest.
    Un détail à méditer: quand je suis allé à Brno,ville natale de Kundera ,il y a un peu plus d’une dizaine d’années, invité comme écrivain et journaliste , j’ai trouvé que la radio de Brno m’avait interrogé sur le couple avec une bizarre curiosité insistante sur cette affaire de jeunesse ,une sois disant délation auprès de la police..et à l’époque je n’étais pas au courant de cette affaire dans les détails.. mais on ne m’avait pas posé de questions sur son travail littéraire en France, ce qui m’avait surpris et laissé perplexe.

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  13. @ Paul Edel .Merci de votre réponse, elle est exceptionnelle,et reflète une connaissance précise et personnelle de l’art de Bergman;. ,,mes remarques ne pourraient qu’être fades.;votre analyse est éclatante; Je vais revoir « Persona » Ce film me fascine, plus que d’autres, le choc que j’avais éprouvé lorsque je l’ai vu, il y a longtemps, l’ouverture qui est une vraie « ouverture » d’Opéra. Le visage de Bibi A, un plan où elle se passe la main dans les cheveux,, ébourriffés et qui, si simple, par la grâce de la femme et l’acuité du chef op’ est d’un érotisme fou.
    Bergman dit qu’il était allé jusqu’à une limite quasi indépassable..
    Merci aussi à Margotte , j’abonde ds son interprétation brève et fine. et fine..
    Je suis passionnée par le cinéma, je radote aussi en ce moment sur  » the thief, his cook, his wife and her lover » et… »the pillow book ».
    ******************* Je lis le blog, mais je n’ai pas forcément le temps ou le désir de poster un commentaire. J’ai relu « l’Africain » grand livre.
    ********J’ai entendu ds la nuit de samedi à dimanche , France cult. un long et passionnant entretien sur les littératures de ll’europe de l’est; je vais essayer de trouver la référence exacte.

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  14. Margotte, en résumé (& en généralisant) : l’exilé politique venu de l’Est ou d’ailleurs est accueilli à bras ouverts mais curieusement s’il ne reste pas ds son double rôle de victime & d’imprécateur (du régime ds le pays qu’il a fui) on commence à le trouver moins bon (ah, mon bon monsieur, depuis qu’il écrit en français, ce n’est plus ça).
    S’il a le malheur de porter un regard lucide et sans concession sur le mode de vie du pays bienfaiteur, sur la modernité en général, pays d’accueil compris, personne n’est assez grossier ou stupide pour lui dire « dîtes-donc mon vieux, la France/l’Europe/le monde libre vous l’aimez ou vous la/le quittez ». Mais il se trouve, (pure coïncidence ?), que le jugement porté par la critique journalistique sur ses œuvres devient alors beaucoup moins favorable, voire dépréciatif.
    Aucun « complot », cela se fait tout seul (& fait boule de neige, comme tte rumeur).
    Certains (pas tous) ont des antennes plus sensibles à ce qui permet d’être « bien en cour » ou en phase avec l’air du temps qu’à la valeur littéraire intrinsèque. Joue aussi chez beaucoup leur conception de la littérature : ils peuvent être (malheureusement) tt à fait sincères, trouver ça moins bien maintenant, parce que l’enthousiasme précédent reposait sur un malentendu : ce qui les intéressait c’était le dissident, les histoires qui se passaient « de l’autre côté », à titre documentaire, comme « témoignage », ce à quoi ils réduisaient les romans — pas à l’écriture & la composition des textes.

    Je sais bien qu’en écrivant cela, je risque d’être accusée d’avoir un point de vue partisan (voire « négationniste » i.e. « stalinien ») et d’écrire le couteau entre les dents. Mais il me semble qu’on trouve un phénomène équivalent ds l’évolution du regard critique porté sur Terrence Malick (ni transfuge ni réfugié pourtant) : jadis encensé (comme il filme bien notre Mère Nature), maintenant déclaré ennuyeux, sans intérêt, plein de « mysticisme de pacotille » depuis qu’on le soupçonne d’un point de vue chrétien.
    Je simplifie sans doute, je force qq peu le trait & ce n’est que mon point de vue.

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  15. En attaquant violemment les biographes notre Kundera se mettait à dos pas mal de gens qui adorent non seulement plonger dans les affaires sombres d une vie autre mais la juger.il y a du redoutable inquisiteur et confesseur chez tout biographe.

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  16. Beaucoup de bons exégètes du cinéma de Bergman trouvent que Persona est une expérience LIMITE et notent qu il y aurait ensuite une régression et un retour à
    à des formes plus traditionnelles notamment avec la fresque Fanny et Alexandre.Bergman a souvent dit qu’il avait atteint une limite avec Persona.il devait aussi penser en patient de psychiatre puisque les deux moitiés de visages qui forment un nouveau visage inquiétant est formé par sa maîtresse qu il quitte Bibi Andersson et sa nouvelle maîtresse M
    LIV Ullman.
    .

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  17. Curieux et compliqué … compte tenu de la situation internationale et du blues ambiant (je ne sais ce que vous en pensez et vivez mais certaines personnes sont méchamment déprimées … …), ne lire QUE maintenant les Essais de Kundera (comme quoi l’inculture et le fait d’avancer lentement quand d’autres s’y lançaient à fond peuvent être gratifiant) , et alors même que le billet d’Assouline quelque part me mine car il est toujours difficile de se prendre dans la poire qu’un artiste très aimé (mais aussi jugé très redoutable – – je sais pas, je l’ai toujours aussi tenu à distance – cette noirceur, cette dureté, cette masculinité (le terme n’est pas juste, ni heureux mais bon …) cohabitant avec la légèreté) à une vie constituée de parts peut-être bien sales voire insupportables, me fait moins courber le dos et me tourne la tête comme un trop plein d’oxygène.

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  18. @Paul Edel
    J’ai commencé « Les testaments trahis ». Le chapitre « Kafka » (kafkaloguisé) est parfois très drôle. Grande culture, grande souplesse et agilité d’esprit, alacrité du style, grande capacité d’analyse. Kundera est plus (pour en revenir au Billet d’Assouline) qu’un passeur vers Kafka, Broch, Musil, Janacek, Stravinski. Il les pense et les vit. C’est sans doute contestable, critiquable à bien des lignes mais c’est hyper brillant. En fait, certains passages du billet de PA me semblent des petits coups d’épée dans l’eau : en lisant ces essais, et quand bien même il ne parle pas directement de son oeuvre, on comprend pourquoi Kundera n’a pas souhaité d’appareil critique dans la Pleiade et que comme d’autres avant lui, il fait le choix de faire commencer son œuvre ici et non là. C’est clairement exprimé.
    Kundera se tait alors faut le lire.
    Ensuite, ses biographies versus son mythe à lui, la manière dont il donne à voir son passé, son présent, lui, et pour quels motifs il le fait, c’est tout autre chose …
    et encore faudrait-il que la biographie tchèque récente soit traduite … je ne sais pas vous, mais moi, je ne lis le tchèque. (aux dernières nouvelles, elle est en tchèque).

    @Elena
    Je prendrai le temps cette semaine de lire ce que vous avez posté.

    @Olga
    « Si vous avez vu « Persona » qu’avez-vous apprécié ? »
    Il est difficile d’écrire après le commentaire de Paul ci-dessus. Mais bon … Le noir et blanc ; la beauté des visages de ces deux femmes si différentes filmés en gros plan ; l’immense, terrifiant et glaçant pouvoir du silence de Liv Ullman sur Bibi Anderson, si spontanée et prête à se livrer, à aider ; la tension constante du film qui pourtant est éprouvante ; la liberté de parole. La confession érotique de Bibi Anderson reste un moment à la fois de malaise et de capacité à se dire et à se raconter (mais à une personne finalement peu digne de confiance) d’une modernité assez sidérante. En dépit du lâcher prise et des performances et expérimentations de toutes sortes, je ne sais même pas si cela a été dépassé au cinéma.

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  19. Olga
    Dans » Persona » je suis assez peu sensible à l’histoire de ces deux femmes : l’une, la malade, la tragédienne devenue muette sur scène qui finit par déverser sur l’infirmière sa propre maladie,qui finit par l’envahir et se l’approprier.. ça m’intrigue sans me convaincre. Surtout lorsque les deux visages n’en forment plus qu’un par un trucage.
    Film sur le double ? Sur le vampirisme ? Je n’y suis pas sensible. Trop abstrait. En revanche le face à face de ces deux visages, leur intimité, leur puissance charnelle ..oui.. leur manière s de s’approcher, et d’être approchés, examinés, sondés, par la camera ( Mondrianesque et géométrique ) de Sven Nikvist ça me fascine. Le visage est le masque ou le révélateur de l’âme ? Le chef opérateur va loin dans ce jeu tout en lignes serrées, cadre serré, exploration au ras de la peau de ces deux admirables visages des comédiennes. Visages renversé, visage couché, visage renversé, visage extatique ou visage clos,, en gros plan, visage oppressé par le cadre qui se resserre.. visage prison ou visage évasion ? ca, c’est puissant ! Le grand théâtre de la peau atteint un sommet.. La folie de scruter à vif, de faire parler le visage comme une sorte de cérémonie d’Inquisition religieuse. Comme si le cinéaste, fils de pasteur voulait comme son père sonder et forcer a apparaitre le tréfonds de l’âme dans une démarche protestante…. le bloc de mutisme de Liv Ullmann, cette lourdeur passive, face à la fraicheur parfois presque mutine, la rondeur si fraiche , pétulante, vive, érotique de Bibi Andersson ça fascine.
    La lumière surexposée, la blancheur sensuelle du visage de l’infirmière Alma(Bibi Andersson,), cette saturation blanche du front, des lèvres, des joues, la racine des cheveux contre l’oreille c’est admirable. Enfin l’intimité de ces deux femmes, et le récit érotique sur la plage sont des grands moments bergmaniens. C’est « Femmes entre elles » porté à la perfection, attente des femmes enfin affirmée….j’apprécie les après- midi de beau temps sur l’ile de Farö, quand les deux femmes prennent un bain de soleil, Liv Ullmann avec un grand chapeau de paille, visage impassible et Bibi Andersson cheveux courts, lunettes noires, robe simple et sombre contre un mur nu, dans une sorte de calme frémissant et tiède ,oui je trouve ça émouvant, ce lien des deux femmes par le silence(titre du précédent film) -qui tantôt les sépare, tantôt les unit tantôt les calme, tantôt les exacerbe. C’est un sommet de l’Art du portrait au cinéma. mais la cruauté de l’humanité résumée par le bonze qui brule ou l’image de l’enfant dans le ghetto de Varsovie ça me laisse perplexe. le morceau d’anthologie du début avec la rafale d’images (clignotements, perforations, chiffres, sons agressifs, incandescence des lampes du projecteur, bandes perforées ,vision de dessin animé, enfant nu, ou araignée velue a quelque chose d’onirique surprenant, un effet choc pour moi artificiel.

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  20. C’est une remarque hors littérature; pendant le mois d’Aoùt, j’ai vu (et revu) le cycle Bergman à la TV. Vous avez dit souvent que vous préfériez le premier chef op’, celui de « Sourires d’une nuit d’été », au second :sven nykvist. J’ai vu et revu « Persona »,en VO sous-titrée (caractères peu lisibles; j’ai donc dû inventer parfois); ma question : si vous avez vu « Persona »,êtes-vous arrivé à créer un sens, multiple, dans cette narration complètement éclatée ? Pour ma part, j’ai admiré le talent des deux actrices, la maîtrise du réalisateur, l’art incomparable du chef op’ c’est l’image qui crée le sens, Elisabet est muette, elle a perdu la parole…mon plaisir est plus intellectuel que bonheur à me laisser entraîner dans l’histoire. Si vous avez vu « Persona » qu’avez-vous apprécié ?
    *vous avez tout loisir de ne pas répondre ! Quant aux écrivains / cinéaste dont vous parlez, je retiens Botho Strauss que je connais mal.

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  21. À l’heure qu’il est, ce n’est plus une perspective, c’est un cul de sac, Jordi. “On s’est plantés Billy” dit Fonda Peter à Hopper Dennis, dans le film.

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  22. À ombelle de talus:

    Désolé, peut-être j’ai dit une connerie, mais j’aime bien la perspective de finir mes vieux jours dans un bordel de la Nouvelle Orléans ou de Puerto López en Équateur…

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  23. Hooper et son Easy Reader

    Chip Hooper fut un excellent serveur ; quand ses services passaient le filet. On ne voit pas bien ce qu’il vient faire ici. Jordi, finirez vous vos vieux jours dans un bordel de la Nouvelle Orléans comme il ne s’en fait plus ?

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  24. Paul Edel, cette génération de la « distance », du « voyage » et de « la sensation vraie », chères à Handke/Wenders trouve peut-être sa source cinématographique chez Bergman/Godard (Les fraises sauvages/Pierrot le fou), puis de Hooper et son Easy Reader (1969), auquel Wenders, me semble-t-il, doit tant. Mais remarquez que Don Quichotte déjà était parti en quête de la sensation vrai sur les routes de la Mancha jusqu’à Barcelone, aller-retour… Et, à présent, ne croyez-vous pas que Roberto Bolaño en est au même point, ce pour quoi il plaît tant à ceux de notre génération ?

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  25. Leszek Kołakowski & Z. Bauman avaient été collègues & amis à l’université de Varsovie pendant une quinzaine d’années.

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  26. Merci, Paul Edel, me voilà rassurée. (Je ne trouvais pas d’articles pour confirmer, mais j’ai peut-être mal cherché ou alors c’est tellement évident pour les vrais Germanistes que cela va sans dire !)

    Si vous le permettez (car à vrai dire je marche sur des œufs), je voudrais proposer à l’attention de Margotte et peut-être d’autres lecteurs quelques extraits d’un article que je viens de lire dans la dernière livraison de la London Review of Books .
    Cet article évoque une vie un peu comparable à celle de Kundera sous certains aspects : un intellectuel venu d’un « pays de l’Est », accueilli à bras ouverts à l’Ouest où il s’adapte et rebâtit une carrière riche et productive— ds une direction inattendue pour certains : il n’exploite pas ad vitam æternam le filon victimaire, il ne réserve pas ses critiques (ou son ironie pour MK) au monde d’où il vient et conserve une lucidité certaine pour analyser le fonctionnement de la société qui l’accueille. Bref, il n’adopte pas une vision manichéenne d’un combat (politique) éternel entre les Méchants (« Eux, » avant qu’ils ne voient la Lumière & trouvent la Voie) et les Gentils en tt temps & en ts lieux, quoi qu’ils fassent (« Nous », puisqu’il a rejoint le Camp du Bien), ne se focalise pas sur le seul passé & même s’il est attentif aux spécificités des sociétés & donc aux modalités selon lesquelles les mauvais penchants ou les comportements auto-destructeurs peuvent s’y développer, ne partage pas la nature humaine en deux.
    Le généreux enthousiasme qui entourait les dissidents a vite fait de retomber ds ce cas-là : on leur reproche (même si ce n’est pas tjs de façon explicite) leur ingratitude, ce n’était pas ce qu’on attendait d’eux (tt compte fait, l’accueil n’était pas inconditionnel).
    Et après l’écroulement des régimes ds les pays satellites de l’URSS, on leur demande des comptes ds leur pays d’origine (devenus qq peu dépendants de ce qui était l’autre camp — dire cela ce n’est pas refuser de comprendre pourquoi ils se sont jetés ds leurs bras ni prétendre que c’était mieux avant). Surgissent alors des éléments pêchés ds les archives policières, & présentés de façon à noircir leur réputation & prouver que ces salauds étaient mouillés jusqu’au cou (Paul Edel pensera peut-être aussi à des auteurs, au moins une, qui n’étaient pas partis à l’étranger), éléments soigneusement choisis, coupés de leur contexte pour paraître plus incriminants (surtout aux yeux des européens de l’Ouest ou des américains).

    Pourquoi être gênée ? Parce que la Pologne n’est pas la République tchèque, parce que la judéité de l’un a joué un rôle certain ds les péripéties de sa carrière (alors qu’il n’était pas du tt religieux mais chacun sait que l’antisémitisme ne s’arrête pas à cela), parce que comparaison n’est pas raison, & surtout parce qu’il ne s’agit pas d’un romancier ou d’un homme de lettres, mais du sociologue Zygmunt Bauman (le concept de la « vie liquide » comme mode d’existence post-moderne c’était lui).
    Bref, je lisais l’article pour lui (i.e. parce que c’est un auteur qui m’intéresse), mais au cours de la lecture certaines ressemblances dans les RÉACTIONS à son parcours m’ont frappée (même si ZB était bcp plus engagé politiquement).
    Qq précisions avant les extraits de l’article : après avoir été chassé de l’université en 1968, ZB n’a plus le choix : il quitte la Pologne, part pour Israël, y enseigne qq temps (l’approche sociologique régnante n’est pas du tt la sienne) avant de rejoindre le Royaume-Uni (sa thèse de doctorat portait déjà sur le Labour Party).
    « Wagner » (Izabela) est le nom de l’auteur de la biographie de Zygmunt Bauman (biographie sur laquelle porte l’article)

    • « The files of this surveillance, now stored at the Institute of National Remembrance in Warsaw, were cherry-picked in the 2000s as part of a campaign against the (now absent) Bauman. It’s always a challenge to write a story when your main source consists of reports from police snoopers. Wagner handles this well, weighing the evidence judiciously and generally ending up either acquitting Bauman or placing his alleged crimes – notably with reference to his work in the KBW and his three years’ nominal service as an informer for the Polish secret police in the late 1940s – in the context of the habits of the times: she notes that Bauman, as a communist, couldn’t refuse the invitation to inform, but gave the police so little of use that they soon dropped him. Most of the surveillance files on Bauman were prompted by suspicions about his political reliability. As any good historian would, Wagner applies the appropriate critical scrutiny to the information she gleans from the files before using it as scaffolding for her own narrative. »

    • « Leeds was their new home, not one of the more prestigious places – Oxford, Chicago, Yale – that had taken other 1968 departers such as Kołakowski. But the more prestigious places often wanted a Sovietologist or expert on East European communism, disillusioned but with an insider’s perspective, and that didn’t suit Bauman. Leeds wanted him simply as a sociologist, and he arrived in 1971, aged 46. »
    « Helped by some constructive editing on the part of Polity Press, which published all Bauman’s late works, Liquid Modernity gave Bauman a following.
    But not in post-1989 Poland, which embraced him with less enthusiasm than it did Polish Catholic anti-communist heroes like his old friend Kołakowski. The malice of the attacks grew in the 2000s, partly – Wagner suggests – thanks to his former colleagues’ envy of Bauman’s late global success. But a bigger reason, she thinks, is that Bauman was a Jew: a Jew who insisted he was Polish and had failed to renounce his old socialist allegiances.
    After 9/11, Kołakowski’s daughter sharply attacked him in the Polish press for not seeing that ‘our holy duty now is loyalty to America and our civilisation’: Bauman had committed the offence of condemning ‘them v. us’ rhetoric. It was typical of Bauman, a man not prone to taking offence himself, that, after the publication of this attack, he waited for a word from Kołakowski. But it didn’t come, and the friendship ended. »

    L’auteur de l’article est Sheila Fitzpatrick
    https://history.uchicago.edu/directory/sheila-fitzpatrick

    Pardon pour la longueur (d’autant que je ne sais même pas si cela correspond aux interrogations de Margotte.)

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  27. Jordi Bonells, d’accprd avec ce que vous exprimez,seulement j’insiste davantage sur les affinités dans ma génération car elles m’ont toujours frappé.., Comme il y eut la génération romantique des années 1830 ou la génération moralisatrice de Sartre Camus( (dont Régis Debray et BHL en sont sans doute les enfants turbulents..) , ou les « hussards » des années 5O il reste cette géneration des grandes distances et du voyage et de » la sensation vraie »,je maintiens. Bien sûr,entre eux, bcp de différences! et dans l’écriture et dans la manière d’aborder leurs contemporains..,et heureusement tous bien singuliers le contraire serait effrayant.En ce qui concerne Modiano né en juillet 1945, il est si particulier, si solitaire, avec son huis clos avec une Occupation qu’il n’a pas vécue , mais qui devient un immense demi-jour projeté sur la culpabilité d’une certaine France Collabo.il y a un envoutement Modiano si particulier qu’il échappe à toutes les catégories.

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  28. À mon avis, Olivier Rolin; un écrivain que j’apprécie particulièrement malgré sa « pose » ex-baroudeur mao, est un voyageur du désenchantement, tandis que Le Clézio, sans aucune pose, lui, est un voyageur de l’enchantement. Par ailleurs, OR est né en 1947, donc en pleine postguerre. Le côté générationnel s’élargit un peu trop, car alors il faudrait ajouter Échenoz qui part en Chine et dans l’espace sidéral.. Et Modiano, alors, qui n’arrête pas de s’agiter entre Paris, Rome, le nord de l’Afrique et le Venezuela mythifié de son père? Et parmi les germanistes, un autre auteur qui part souvent en voyage est G. W. Sebald, né en 1944.

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  29. Je vais peut-être (sans doute) dire une sottise, mais ce sera du moins sous la forme d’une question à Paul Edel :
    r
    je m’étais demandé si l’on pouvait voir dans Roithamer logé dans la mansarde des Höller un écho, une vague allusion à Hölderlin hébergé chez le menuisier Zimmer.
    Je ne sais plus ce qui m’avait mis cette idée dans la tête (j’essaye de déchiffrer mes gribouillis en marge de différentes pages), est-elle délirante ?

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  30. Jordi Bonells. je vois aussi, non pas à la suite de Le Clézio- mais dans une littérature assez autobiographique de voyageurs solitaires- le cas d’Olivier Rolin .Il puise comme Le clézio dans ses itinéraires geographioques, de « Port Soudan » à » Baïkal Amour ».,deux titres emblématiques. Le thème de ‘éloignement de la France est à remarquer présent. désillusions politiques pst 68 ont conduit Olivier Rolin à parcourir l’amerique du Sud, à aimer les ports, à parcourir la russie post soviétique jusque dans sa Siberie.. et à exprimer un grand écart avec la france contemporaine qu’il ne parcourt que la nuit pour évoquer son passé soixantehuitard.(« tigre en papier »)..Si on ajoute que les figures féminines éphémères mais bien présentes, sont évoquées plutôt sur le mode nostalgique, avec une aura romantique; des belles inconnues croisées entre bistrots de ports, couloirs d’hôtel et quais de gare .on a donc une vision en partie générationnelle.. Cet ancien de la Gauche prolétarienne s’est affirmé dans ses romans-errances par un art de bourlinguer, ce qui est pas étonnant pour ce grand admirateur de Blaise Cendrars.Bien sûr, les styles de ces deux beaux écrivains sont différents.

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  31. Puisque Paul Edel le permet, je continue de faire le scribe.
    Cette fois je ne recopie pas Kundera, mais lisez plutôt :

    « Quand ma tête sera dans la position pour le faire, mais seulement alors, dans cette position de la tête, comprends-tu, m’a dit Roithamer, ces fragments devront être constitués en un tout. Ainsi, il s’agit effectivement de fragments que Roithamer m’a légués mais que je ne remanierai pas parce que je n’en ai pas le droit ; d’une façon générale, il n’existe jamais un droit de remaniement ; […] mais partout et dans le monde entier, il y a constamment des produits de l’esprit non terminés, comme on a coutume de les nommer, des travaux entrepris par des têtes qui soudain n’ont plus été capables de continuer à travailler à ces travaux, peu importe pour quelles raisons, mais cependant la plupart du temps pour raisons de maladie et de désespoir, ou pour raisons d’autocritique, ainsi s’exprime Roithamer, pour raisons de récusation par ces têtes de ce qu’elles ont pensé […] il y a des produits de l’esprit non encore terminés qui sont en même temps abandonnés et d’autres s’attaquent au remaniement, de ces fragments, lambeaux, lambeaux de pensée laissés tels quels et gisant à l’abandon en se croyant obligés de les remanier et publier, de les éditer, peu importe chez qui: cette entreprise d’édition est dans tous les cas toujours un crime, peut-être le plus grand des crimes, parce qu’il s’agit d’un produit de l’esprit ou de beaucoup de ces produits de l’esprit que leur créateur pour une bonne raison a laissés en plan tels quels ; »

    (Thomas Bernhard, Corrections)

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  32. Je comprends votre réticence sur le mot génération,mais, au fond, oui, il y a des points communs.. des affinités..comme il y en eut coté Nouveau roman sans qu’un Robbe grillet ressemble à un Claude Simon.Mais on voit bien des refus communs..Heureusement, chaque écrivain est une planète complète..

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  33. Beaucoup aimé votre billet, dans lequel je me retrouve, car je retrouve ma propre découverte émerveillée de Handke, de Peter Schneider (1940), de Strauss, vers 1977, grâce à une lectrice d’allemand de l’université de Nice à qui j’ai fait découvrir les auteurs latino-américains… Pour autant, le terme de génération me pose toujours problème… trop réducteur ou, si vous préférez, trop « synthétiseur ». Il regroupe d’une manière un peu forcée ce qui devrait rester dans l’individualité, dans la spécificité « autoriale » ou créatrice. Difficile, en tout cas, d’après moi, de l’appliquer aux auteurs italiens nés dans les années 1940-45, voire espagnols, portugais, britanniques… Quand aux écrivains français, outre Le Clézio, qui voyez-vous d’autre « à prendre la recherche d’un ailleurs comme emblème »?

    Cordialement

    JB

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  34. a propos des testaments trahis, j »‘aime énormément la récuperation de Verlaine et rimbaud par notre nouvelle Ministre de la Culture qui soutient la panthéonisation de Rimbaud et Verlaine sans tenir compte une seconde de leurs volontés.Ah il faut récupérer les rebelles… Le plus drôle dans cette proposition de » panthéonisation » c’est que plusieurs fois, Arthur Rimbaud, devant les Communards réfugiés à Bruxelles,puis devant ceux réfugiés à Londres avait clairement affirmé qu’il fallait détruire le Louvre et les Grands monuments publics.C’était son idée clé.
    Quand on lui avait demandé: »Hésiteriez vous à détruire des monuments ou des œuvres d’art? , Rimbaud avait répondu:
    « Non, car ils représentent, presque tous l’histoire d’une société que nous condamnons. » plus loin il parle de « pétroliser toute une ville si c’était nécessaire pour notre défense. »
    Par « notre défense »il entend la défense de la cause communarde.

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  35. Les Testaments trahis
    « Les inculpabilisables dansent »

    « La morale de l’extase est contraire à celle du procès ; sous sa protection tout le monde fait tout ce qu’il veut […] chacun songe à écrire un livre pour pouvoir dire son inimitable et unique moi […] personne n’écoute personne, tout le monde écrit et chacun écrit comme on danse le rock : seul, pour soi, concentré sur soi-même, et faisant pourtant les mêmes mouvements que tous les autres. Dans cette situation d’égocentrisme uniformisé, le sentiment de culpabilité ne joue plus le même rôle que jadis ; les tribunaux […] sont fascinés uniquement par le passé ; […] ils ne visent que les générations âgées ou mortes. »
    [Une seule perplexité : je croyais que le rock se dansait à deux.]

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  36. Autre roman dont on pourrait dire la même chose, L’Immortalité.
    Mais j’hésite à vous resservir ces passages, je les cites si souvent… Cela dit, c’est encore pile dans le sujet (biographique)
    Bettina Brentano von Arnim en groupie manipulatrice

    « Bettina lui racontait les histoires apprises de la vieille dame […] toute son enfance, toute sa jeunesse prenaient dans les récits de Bettina une coloration ou même un sens qui lui déplaisaient. Non que Bettina voulût utiliser contre lui ses souvenirs d’enfance ; mais tout un chacun (pas seulement Goethe) trouve agaçant qu’on raconte sa vie selon une autre interprétation que la sienne propre. Si bien que Goethe éprouva une sensation de menace. […] Un jour, du reste, elle le lui dit sans détour : elle voulait écrire un livre à partir des souvenirs de sa mère. Un livre sur lui, sur Goethe ! En cet instant, derrière les protestations d’amour, il entrevit l’agressivité menaçante d’une plume et il commença à se tenir sur ses gardes. »

    « Comprenant que les lettres qu’il lui adressait de temps en temps pouvaient avoir d’autres lecteurs, il se vit dans la situation d’un accusé averti par le juge : à partir de maintenant, tout ce que vous allez dire pourra être utilisé contre vous. »

    « Dès la lettre suivante, en lui faisant savoir qu’il avait entrepris la rédaction de ses Mémoires, Dichtung un Wahrheit, il lui demanda de l’aider […] Je parie qu’il lui demanda ce service non par réel besoin, mais pour la mettre dans l’impossibilité de rien publier sur lui. »
    « Fragilisée par le sortilège de leur dernière rencontre […] elle céda. Il réussit à la désamorcer comme on désamorce une bombe.  »

    « Goethe explosa. “Ce taon insupportable (diese leidige Bremse) que m’a légué ma mère […] nous importune depuis longtemps.” »

    [Ensuite on passe à l’étape de la réécriture de leur correspondance]
    « Il fallait se mettre au travail. Celui-ci dura trois ans : elle corrigeait, elle réécrivait, elle complétait. Si elle était mécontente de ses propres lettres, celles de Goethe lui semblaient plus décevantes encore. En les relisant, elle se sentait blessée par leur laconisme, par leur réserve […] »
    « Elle ajouta d’autres développements, rendit plus dramatiques les situations décrites […] Personne n’a mis en doute l’authenticité des lettres jusqu’en 1921, date à laquelle la correspondance originale [qu’elle n’avait pas brûlée à temps] fut découverte et éditée. »

    Et l’espèce de « conversation aux Enfers » entre « immortels » rabaissés à l’état de célébrités de la téléréalité :

    « Moi non plus je n’échappe pas à leurs perpétuels réquisitoires. »
    « [Hemingway] — Que mes livres soient immortels, je n’ai rien contre. Je les ai écrits de telle façon qu’on ne puisse pas y changer un mot. J’ai tout fait pour qu’ils résistent aux intempéries. Mais en tant qu’homme […] l’immortalité je m’en fous !
    — […] Vous auriez dû vous montrer plus prudent quand vous étiez en vie.
    — […] C’est une allusion à mes vantardises ? Eh oui, dans ma jeunesse, j’étais comme un coq. Je me donnais en spectacle. […] Mais croyez-moi, si vaniteux que j’aie été, je n’étais pas un monstre et je ne songeais guère à l’immortalité ! Le jour où j’ai compris que c’était bien elle qui me guettait, la panique m’a saisi. Cent fois, j’ai exhorté les gens à ne pas se mêler de ma vie. […] L’horreur que j’en ai éprouvée a été pire que l’horreur même de la mort. L’homme peut mettre fin à sa vie. Mais il ne peut mettre fin à son immortalité. […] C’est l’horreur, […], c’est l’horreur […] Je voyais mes quatre épouses […] écrivant tout ce qu’elles savaient de moi […] et tous mes amis étaient là et racontaient tous les cancans »
    « Ce que vous racontez me rappelle un rêve […] Imaginez une petite salle de théâtre de marionnettes. Je suis derrière la scène, je dirige les pantins et récite moi-même le texte. C’est une représentation de Faust. De mon Faust. […] Et puis tout à coup j’ai regardé la salle et j’ai constaté qu’elle était vide. […] Ils étaient tous derrière la scène ! […] Et j’ai compris que le spectacle qu’ils voulaient voir, ce n’étaient pas les marionnettes, mais moi-même. […] Je les savais à mes trousses. »

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  37. Un extrait de roman, mais il y a continuité de préoccupations (& une certaine actualité)
    Risibles amours
    (« Personne ne va rire »)

    • Maintenant, on examine rétroactivement toute votre conduite passée et on cherche un rapport entre votre passé et votre attitude présente. […]
    — Toute vie humaine a d’incalculables significations, dit le professeur. Selon la manière dont on le présente, le passé de n’importe lequel d’entre nous peut aussi bien devenir la biographie d’un chef d’État bien-aimé que la biographie d’un criminel.

    (Pour arrêter la rafale d’extraits, il suffit de dire « stop ! »)

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  38. L’art du roman

    « L’héritage décrié de Cervantès »
    • Appel du jeu. — Tristram Shandy, de Laurence Sterne, et Jacques le fataliste, de Denis Diderot, […] deux romans conçus comme un jeu grandiose. Ce sont deux sommets de la légèreté jamais atteints ni avant ni après. Le roman ultérieur se fit ligoter par l’impératif de la vraisemblance, par le décor réaliste, par la rigueur de la chronologie. (648)
    • Appel de la pensée. — Musil et Broch firent entrer sur la scène du roman une intelligence souveraine et rayonnante. Non pas pour transformer le roman en philosophie, mais pour mobiliser sur la base du récit tous les moyens, rationnels et irrationnels, narratifs et méditatifs, susceptibles d’éclairer l’être de l’homme ; de faire du roman la suprême synthèse intellectuelle. (648)
    • L’esprit du roman est l’esprit de complexité. Chaque roman dit au lecteur : « les choses sont plus compliquées que tu ne le penses. » C’est la vérité éternelle du roman mais qui se fait de moins en moins entendre dans le vacarme des réponses simples et rapides qui précèdent la question et l’excluent. Pour l’esprit de notre temps, c’est ou bien Anna ou bien Karénine qui a raison […]
    • L’esprit du roman est l’esprit de continuité : chaque œuvre est la réponse aux œuvres précédentes, chaque œuvre contient toute expérience antérieure du roman. Mais l’esprit de notre temps est fixé sur l’actualité […] le roman n’est plus œuvre (chose destinée à durer, à joindre le passé à l’avenir) mais événement d’actualité comme d’autres événements, un geste sans lendemain. (650)

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  39. « Soixante-neuf mots »
    Romancier
    D’après une métaphore célèbre, le romancier démolit la maison de sa vie pour, avec les briques, construire une autre maison : celle de son roman. D’où il résulte que les biographes d’un romancier défont ce que le romancier a fait, refont ce qu’il a défait. Leur travail purement négatif du point de vue de l’art, ne peut éclairer ni la valeur ni le sens d’un roman. Au moment où Kafka attire plus l’attention que Joseph K., le processus de la mort posthume de Kafka est amorcé.

    Transparence
    Le désir de violer l’intimité d’autrui est une forme immémoriale de l’agressivité qui aujourd’hui est institutionnalisée (la bureaucratie avec ses fiches, la presse avec ses reporters), moralement justifiée (le droit à l’information devenu le premier des droits de l’homme) et poétisée (par le beau mot : transparence).

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  40. Pardon, je n’avais pas vu (je vais mettre une alerte pour les nouveaux commentaires aussi…)
    Mon silence s’explique par mon incompétence à peu près totale en la matière (celle du billet de Paul Edel) !

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  41. Pas grand monde sur mon blog ces temps-ci ! c’est vrai !..
    bah.. il y a plus grave.. Je poursuis ma route, Margotte ,tranquillement. je suis par choix et vocation : gardien de musée littéraire, et un peu gardien de cimetière de ma génération, en voie d’effacement..…ce manque de visiteurs me permet de me promener dans les salles de mes auteurs préférés et d’ouvrir les fenêtres pendant que Le Conservateur déjeune avec le maire, ça me donc permet d’admirer la campagne, et de fumer tranquillement, et de vous parler à cœur ouvert en mettant les pieds sur un tabouret et en ôtant ma casquette de gardien de musée. . Pour répondre à votre question, oui, Kundera parle de Musil, de Kafka, de Broch, de Musil, dans les études du « Rideau »(2005) centrés sur la cohérence et la spécificité les romanciers centre- européens. mais ces sept études sont la poursuite d’une vaste réflexion déjà commencée depuis longtemps avec « l’art du roman » (1986),publié deux ans après « l’insoutenable légèreté de l’être » , ce premier texte d’essais fut écrit directement en français et traite de la spécificité du roman européen, de ses immenses qualités, depuis Rabelais et Cervantès jusqu’à Broch et Kafka.
    Puis « les testaments trahis » (1993)reprennent les mêmes thèmes mais avec un ton beaucoup pus polémique, notamment à propos de Kafka, car Kundera s’en prend avec une ironie ravageuse contre les interprétations « castratrices ». La démonstration est brillante à propos de Kafka qui est « kafkologisé », soumis au supplice des bandelettes étouffantes de commentaires .K. dénonce des tripotages et caricatures qui ont émasculé l’œuvre de Kafka ,notamment son amin Max Brod, et par d’innombrables lectures politiques et allégoriques,religieuses. Mais c’est aussi là –ce qui m’intéresse personnellement beaucoup dans ces « Testaments trahis » – qu’il parle si bien des musiciens comme Janacek et Stravinski. j’ai constaté au cours de nos rencontres qu’il avait précieusement gardé les vieux disques noirs 33 tours tchèques dans son exil.. des œuvres de Janacek notamment pour lequel il manifestait une grande ferveur .il ne faut jamais oublier chez lui que la composition si musicale de ses œuvres (avec les variations) le relie à son père. Ludvík Kundera (1891-1971),fut célèbre musicologue et excellent pianiste, recteur de l’académie de musique de Brno ,sa ville natale où Kundera veut être enterré.

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  42. pas grand monde, hein.

    J’ai décortiqué récemment le billet de Pierre Assouline dédié à Kundera (et à une nouvelle biographie (tchèque) – – non traduite à ce jour en français mais visiblement au marketing européen bien orchestré – – qui lui est consacrée).
    Je vais m’abstenir ici de développer l’effet que la lecture de celui-ci m’a fait.
    Question : dans quel(s) essai(s) Kundera parle-t-il de Musil, Kafka etc … ? Plutôt « Le rideau » ou bien tous ?

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  43. Rien lu de Handke depuis des lustres. dernier en date = essai sur la fatigue. rien compris.

    Quant à Le Clézio, jamais rien lu delui hormis « Lullaby » et ceci (très documenté)
    https://www.lemonde.fr/livres/article/2009/03/12/mexique-la-magie-de-la-memoire-par-j-m-g-le-clezio_1166892_3260.html
    lu dans la continuité de ceci (ça me semblait faire sens) :
    https://www.lemonde.fr/livres/article/2017/10/19/alexis-jenni-a-la-conquete-du-mexique_5203032_3260.html

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  44. Aucune idée de l’existence de ce Wenders avant ton billet. merci.
    comme férue de littérature allemande / germanophone, je note les titres. remerci. (et pour la énième fois : regret « éternel » de ne pouvoir lire les ouvrages allemands dans le texte).

    « Je m’étonne. Je m’étonne simplement. Cet étonnement qui ne connait ni acquiescement ni négation s’étend à de plus en plus de chose. Il se mêle à la pensée, à l’action, à l’amour. C’est une disposition qui manifestement apprend plus que je ne suis capable d’apprendre en pensant, en agissant ou aimant. »
    j’aime beaucoup aussi. surtout que l’on ne sait très bien si cet étonnement est teinté d’ironie, de cynisme, de profonde philosophie (l’étonnement comme complément à l’observation du monde et comme démarche philosophique essentielle (étonnement = quasiment questionnement), veux-je dire) ou bien s’il est le signe d’un reste candeur, voire d’une volonté tenace de rien perdre de sa fraîcheur …

    Tentative de lecture d’un livre allemand fleuve relativement récent pour l’instant avortée :
    Comment un adolescent maniaco-dépressif inventa la Fraction Armée Rouge au cours de l’été 1969 de franz Witzel
    https://www.babelio.com/livres/Witzel-Comment-un-adolescent-maniaco-depressif-inventa-la/1040487
    connais-tu ?

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