Virginia Woolf entre Proust et l’eau noire

 

En mai 1925 Virginia Wolf publie » Mrs Dalloway » simultanément  en Grande Bretagne et aux Etats-unis. Elle a  43 ans.C’est l’année où sa maison déditon signe le contrat afin  publier  la traduction des œuvres complètes de Freud..Le roman a été commencé entre 1922 et 1923, et c’est en 1923 que dans son « Journal »  et sans ses lettres V.W. mentionne Proust et ne cache pas son influence sur ce qu’elle écrit.

 Dans ce roman nous sommes à Londres au mois de Juin .  Par une claire matinée de juin Clarissa Dalloway sort dans Bonds Street pour acheter des fleurs et en orner sa maison  pour la fête qui s’y tiendra dans la soirée.  .le teste enregistre   le flux de sa conscience, dans son regard, et tous les petits impacts sonores qui l’assaillent .Sentiments, sensations lumineuses, kinesthésiques images et scènes  du passé , conversations, qui reviennent , prises dans une sorte d’euphorie printanière. Le décousu ajoute au charme..réminiscences diaphanes  questions politiques qui  préoccupent son mari député  : Clarissa  se souvient de P, regrets de n’avoir pas épousé  son amour de jeunesse, Peter Walsh

 Le cinéma mental  mêle  avec un chatoiement d’images charmeur  le présent de la rue, ses bruits, ses voix,  rencontres. La subjectivité  désordonne la réalité  solide et immédiate de la marche avec ses bouffés, à une fièvre envahissante. Ce que ‘l’auteur appelle dans son  Journal « des moments d’être »  envahissent  la conscience brise et émiette le temps des horloges.

C’est dans « Mrs Dalloway » qu’elle pousse le plus loin   l’expérience de «  moments extatiques ». On se souvient que c’est dans « Le Temps retrouvé » que Proust  les réunit ces moments : la sensation du pavé mal équarri, le bruit d’une cuillère contre une assiette,  le grain d’une serviette empesée, qui  transportent le narrateur successivement  aux pavés de la basilique St-Marc à Venise, au bruit métallique entendu dans un train  entre Cabourg et paris, et à la serviette rêche utilisée  à Balbec.»  Clarissa Dalloway, quand  elle sort de chez elle, ressent le même phénomène :  un bruit de gonds et la fraîcheur de l’air la transportent trente ans en arrière, dans la maison de Bourton, au bord de la mer, où elle a passé les étés de son enfance.

 Elle écrit :«  La bouffée de plaisir ! Le plongeon ! C’est l’impression que cela lui avait toujours fait lorsque, avec un petit grincement des gonds, qu’elle entendait encore, elle ouvrait d’un coup les porte-fenêtres, à Bourton, et plongeait dans l’air du dehors. Que l’air était frais, qu’il était calme, plus immobile qu’aujourd’hui, bien sûr, en début de matinée ; comme une vague qui claque ; comme le baiser d’une vague ; vif, piquant, mais en même temps (pour la jeune fille de dix-huit ans qu’elle était alors) solennel »

Mais la particularité de   Woolf  c’est que chez elle, les petites phrases –« vagues » (titre d’un de ses romans)   qui se pressent serrées et moirées  vers le lecteur révèlent  une  vie intérieure soutenues d’abord avec  des métaphores aquatiques : »Car c’est cela, la vérité  en ce qui concerne notre âme, notre moi qui, tel un poisson, habite les fonds marins et navigue dans les régions obscures, se frayant  un chemin entre les algues géantes, passant au-dessus d’espaces tachetés de soleil et avançant, avançant toujours, jusqu’à plonger  dans le noir profond glacé, insondable ; soudain l’âme file à la surface  et joue sur les vagues ridées par le vent ; c’est-à-dire  qu’elle éprouve l’impérieux besoin de se bouchonner, de s’astiquer, de s’ébrouer, à écouter des potins..v Qu’est-ce que le gouvernement avait l’intention de faire (Richard Dalloway serait au courant) quant à la question de l’Inde ? »

On pourrait ajouter que  les conversations snobs  du diner, dans le roman woolfien, renvoient aussi au clan Verdurin et qu’il y a du Norpois dans cet inconsistant Richard Dalloway ,député. Clarissa elle-même, élégante, mondaine, racée, serait assez bien une  duchesse de Guermante  flânant dans les rues de Londres.

 Ce qui sépare radicalement la romancière  de Marcel Proust, c’est le vide. Il est  placé au centre du personnage. « Comme une religieuse qui fait retraite, ou un enfant qui explore une tour, elle monta à, l’étage, s’arrêta devant la fenêtre, s’approcha de la salle de bains. Il y avait un linoleum vert, et un robinet qui fuyait. Il y avait un vide  au cœur de la vie ;une mansarde. Les femmes doivent se dépouiller de leurs riches atours. A midi, elles doivent se dévêtir. » Woolf va même plus loin dans cette affirmation du vide. Elle précise quelques lignes suivantes : » « Elle qui était allongée là à lire(elle lit d’ailleurs les mémoires du Baron Marbot décrivant l’incendie de Moscou) ,car elle dormait mal, ne pouvait se défaire d’une virginité qui continuait à l’envelopper, malgré la maternité, comme un drap ».  Ce drap ressemble à un suaire. Plus loin, encore plus précise  l’obsession suicidaire aquatique ,avec l’image du froid de l’eau : »Charmante lorsqu’elle était jeune fille,  il était  venu brusquement un moment-par exemple sur la rivière  derrière les bois de Clieveden -où ,par réflexe de cette froideur en elle-elle avait fait défaut à Richard. »

Ce qui étonne dans ce roman c’est qu’au cours de cette promenade, Mrs Dalloway se présente comme une amoureuse ardente de la vie. Or, c’est un leurre. La vérité est toute autre. Si tous les aspects ( bruits, lumières, conversations entendues)   la passionnent,  le passé, qui revient, la hante, et décolore  cette flânerie primesautière. La photo jaunit et aspire le personnage  vers le vide. On n’a jamais aussi bien  déversé les eaux noires du Léthé sur une radieuse  journée de Juin.

 Si on examine de près  ce qui se cache  derrière la sympathie active, délicate, légère  de Mrs Dalloway qu’elle porte  aux êtres , on découvre  des blessures et des brulures, des pressentiments ,  des bouffés d’anxiété , toute une doublure sombre. De ce contraste nait la tension remarquable du roman.

 Les personnages en sont presque tous frappés par l’aspiration néantisante. Septimus Warren Simth, idéaliste enthousiaste,  revient de la guerre « bien étrange ». Lucrézia, modiste italienne  charmante  est  aspirée par la folie. Miss Kilman, cultivée et bigote n’a de cesse  d’inspirer à la jeune fille un dégout de la vie. Le  grand amour de jeune Peter Walsh revient, lancinant  rend inconsolable notre acheteuse de fleurs.. Sans cesse  des présages assaillent le personnage, et dont la source   se situe clairement du côté de  l’adolescence .

Alors même   que Mrs Dalloway  affirme  qu’elle a été « préservée de la vie « dans sa jeunesse   elle ne peut s’empêcher d’avouer    en même temps deux traumatismes : la mort d’un vieillard qui s’effondre dans un champ, et la vision d’une vache en train de vêler.   

C’est un roman d’une conscience qui se  mine et -courageusement –    dans le bain de jouvence de la rue, refuse  de se défaire.  Sous la fastueuse et claire lumière que cette prose tapisserie  chatoyante  impressionniste  se brode un curieux fil noir.  Sous tant d’élégance, oui, le vide gagne et s’étend.La souplesse de ce monologue Woolfien atteint une sorte de  buée lumineuse  qui séduit  mais c’est pour nous entrainer  vers la couche profonde de notre conscience.

.,.Le Temps subjectif triomphe : élastique, discontinu, parfois incohérent, mais pour nous donner à surprendre  dans  les interstices ,une fêlure. Celle-ci  est  en train de s’agrandir.  En cristallisant et privilégiant  des détails de riens-qui deviennent tout-  par un soliloque devenant lyrique  on peut se demander  si nous  sommes encore dans le roman encore ou  déjà sur le divan avec une écoute flottante .

24 commentaires sur “Virginia Woolf entre Proust et l’eau noire

  1. @ Margotte, 4 excellentes et pertinentes remarques sur Woolf et Dalloway. // Je suis encore chez Oblomov, par plaisir et par la faute des vicissitudes de la vie ( belle formule beau poncil, insidieuse réalité !!!)
    Ce qui me plaît, vos enthousiasmes ne pontifient jamais.Fine attitude

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  2. Les vagues,Jazzi?… elles sont merveilleuses et douces pour les bernaches qui viennent d’arriver cette semaine à Saint-Malo..avant de partir pour l’Afrique

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  3. Moi aussi, Margotte, ainsi que dans les jardins et cimetières parisiens !
    Rayonner dans le périmètre d’un km me coûte. Heureusement que j’habite à l’orée d’un bois.
    J’espère que je n’ai pas dit trop de bêtises du côté de ce qui allait devenir chez toi…
    Les vagues, c’est ce salop de Paul qui en a le monopole !

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  4. @Paul
    J’aime les Vagues quand j’ouvre le livre au hasard. Un passage ici ou là. je me laisse porter un instant par la grande beauté et la poésie des monologues intérieurs. Mais il m’a toujours été impossible de lire le roman de bout en bout … phénomène similaire face au Livre de l’intranquillité de Pessoa, soit dit en passant. Je ne peux que le lire par bribes éparses.

    Bon Week end à tous.

    @Jazzi
    Je me balade en pensée en reparcourant ton Grand Paris !

    @Elena
    alors Mrs Dalloway ? que nous en dites-vous ? 😉

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  5. « une écriture délicate, d’une très grande finesse. peut-être inégalée dans l’œuvre de Virginia Woolf ? » Inégalée pour la finesse, sans doute, mais pour la profondeur, « les vagues » m’intriguent et m ‘irriguent et me bluffent!

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  6. Enfin, (et je m’en vais), je constate que de nos jours, (je ne cesse de le lire ici et là), le concept de « Chambre à soi » est de plus en plus galvaudé et mis à toutes les sauces féministes ou non. c’est une tendance dans les magazines dits féminins, notamment.
    J’hésite à m’en réjouir.
    Cela me donne le sentiment que les choses sont à nouveau tirés vers le bas et de s’éloigner de ce que Virginia Woolf a voulu dire …

    je sais pas si je vieillis et deviens réac ou quoi. j’ai de plus en plus l’impression que notre époque tire les choses vers le bas. que l’on simplifie. on cherche à évacuer la complexité, la subtilité. qu’à force de réduire à portion congrue, à la surface, on enlève le sel de la vie. on rend pâle, clairet. on enlève de l’essence.

    alors que pourtant ce que nous vivons est historique, dense, lourd, difficile, complexe …

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  7. enfin, on peut se demander si Mrs Dalloway a de l’imagination, du fantasme à revendre. peu. Elle revisite ses souvenirs quand ils se surgissent de manière impromptue ou bien quand ils elle les convoque. elle semble ne les transformer qu’à peine.

    En fait, sa vie n’a rien d’extraordinaire. son mari est banal. elle fréquente un certain gratin. elle reçoit (mais pour le coup, c’est ce que l’on attend d’elle et elle aime cela, organiser des soirées. c’est une de ses raisons d’être.). est préoccupée et égratignée par sa fille qui s’éloigne.

    sa vie devient intéressante, voire extraordinaire que parce que celle-ci est d’une part doublée d’une vie intérieure constituée donc de souvenirs (qu’elle ne censure pas, qu’elle ne bride pas. elle les laisse émerger, éclore et vivre) et d’autre part parce qu’elle est entremêlée à jamais,par l’artiste, aux destins de Septimus, de son épouse, de la professeure, de Peter, etc. au quotidien de Londres, à l’Angleterre, à l’Inde conquise etc.

    Le tout nimbé dans une écriture délicate, d’une très grande finesse. peut-être inégalée dans l’œuvre de Virginia Woolf ?

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  8. « Le personnage nécessaire et bien ridicule de monsieur pouvait seul, aurait pu, seul, à l’époque mettre fin aux fantasmes aquatiques morbides de son épouse. Mais cela l’arrangeait bien, elle, qu’il ne la comprît pas et ne puisse pénétrer son monde intérieur. Elle préférait fantasmer de vieilles liaisons romantiques, car elle n’avait plus à sa portée le loisir d’imaginer en vivre d’autres. Janssen J.J.
    Ceci me semble plutôt juste et une bonne piste pour aborder le personnage.

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  9. Effectivement, une journée entière en compagnie de Mrs Dalloway – – mais aussi de SEPTIMUS, qui traumatisé par la guerre, devient sous nos yeux de page en page et de minute en minute plus poétiquement mais aussi fort douloureusement fou. oui, de l’autre, une journée, avec Leopold Bloom.
    Mais Mrs Dalloway navigue entre rue, chez elle et son passé. Leopold Bloom fait caca aux cabinets, mange des rognons au petit déjeuner, marche énormément, boit, fantasme (et plus – – le savon mousse) sur une jeunette, et passe une nuit dans un bastringue-bordel. Mrs Dalloway, elle va acheter des fleurs, fait de la couture, se souvient, s’inquiète de sa fille, organise une soirée chez elle.
    bref bien des différences. la journée de Clarissa est tout de même moins hallucinante. même si je l’aime beaucoup. la journée, Mrs Dalloway c’est autre chose. toujours été très ambivalente à l’égfard de Clarissa moi. tantôt je l’aime. tantôt elle m’énerve-m’éerve-m’énerve.

    L’analyse Janssen n’est pas mauvaise, non négligeable et intéressante. je ne la balaie pas. je la ressens aussi.

    Si ce n’est que, pour moi, certes, il y a sans doute pression sociale et respect des conventions, mais Mrs Dalloway se marie avec son mari car il est convenable, raisonnable et lui offre une situation matérielle confortable et … stable. Elle-même est très pragmatique, certainement conventionnelle (quoi que parfois perdue dans ses songeries, et conscience de l’âge qui l’emporte et du temps qui fuit). De fait, le point faible de Peter (pour notre chère Clarisa du moins) est son côté pseudo-aventuresque, incertain, flou, maladroit.

    Il y a dans Mrs Dalloway du Proust, du Joyce mais aussi ce que Janssen souligne.

    Le fait est : l’on élude souvent un personnage important de « Mrs Dalloway » : Sally Seton. et les sentiments qu’elle inspire. et qui persistent, peut-être bien, tout autant mais de façon plus voilée que ceux voués à Peter. (et alors même que Sally Seton, autrefois jeune fille piquante, vive, à la langue bien pendue et aux manières assez libres, semble devenue une épouse et une mère de famille comblée.)

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  10. Je faisais un peu de provocation, Paul, et vos réponses, avec M. Court, ont été à la hauteur !
    Promis, juré, je ne recommencerai plus…

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  11. Et les mots rois et reines soigneusement effacés des pièces de Corneille et de Racine durant la Révolution, au moins jusqu’à Thermidor, au profit de « tyran »! Il semble qu’on revienne vers un cycle de ce type…Aura-t-on encore bientôt le doit de parler du Grand Colbert, ou faudra-t-il céder aux diktats de Messieurs Tin , Thuram, et de leur camarilla?
    MC

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  12. Deuxième réponse à Jazzi

    Je sais, Jazzi, que la critique littéraire n’est pas une science exacte, mais elle est quand même elle tend à une exactitude.. et à une vraie pédagogie(Merci mes vieux profs de français tous hélas dans la tombe..) et pas seulement l’humeur du moment d’un lecteur! car la narratologie, la lecture psychanalytique, la sociologie jouent un rôle..(arrêtons d’interroger les auteurs à la tv comme les pythies qui n’écrivent que sous une inspiration soudaine venue du fond du ciel..( je sais à la tv . les auteurs adorent cela être des pythies merveilleuses….) etc.. Les critiques sérieux(-merci l’université) nous permettent d’étudier, comme dans un laboratoire, le texte. Sa stylistique, figures rhétoriques, érudition, position sociologique de l’auteur.. Un texte renvoie à ses implications philosophiques, religieuses, sociales et aussi à ce qui est passionnant :la science des filiations, des influences.. etc. et là on ne peut pas lancer n’importe quoi vraiment, comme tu le fais.
    Oui, la critique littéraire est une grande et belle pédagogie toujours en chantier, en corrections, qui repose sur la familiarité avec l’œuvre, son siècle, ses présupposés idéologiques. sur la mise en contexte de l’époque, sur les intentions de l’auteur. Et, là, c’st aussi passionnant d’étudier les romans à l’eau de rose d’une époque qua les grands œuvres isolées. L’impression qu’on reçoit d’un livre, bien sûr, à la première, à la deuxième, à la troisième lecture, change. S’interroger là-dessus… c’est une subjectivité intéressante. Chaque époque a,d e plus, des normes esthétiques, des normes morales, politiques qu’il faut étudier sinon on commet sans cesse d’énormes erreurs à vouloir tout rapporter à notre époque: exemple, les féministes radicales et le » politiquement correct » qui projette sur les textes du passé ses préoccupations. On aboutit à censurer Shakespeare comme si le personnage de Shylock renvoyait directement à la Shoah, etc.. donc attention, oui, la critique littéraire est d’abord une compréhension et une attention à l’œuvre dans le jus de son époque .La critique tend à la fois à une mise en contexte, à exactitude historique. et en même temps à un jugement sur celui qui a lu à telle ou telle époque. Voir comment on a ignoré puis encensé Shakespeare en France entre », le XVII° siècle puis retrouvé avec les Romantiques et Stendhal.. jusqu’à aujourd’hui..

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  13. Jazzi, enfin!!
    Il ne s’agit pas de deux élèves de classe de sixième qui « pompent » l’un sur l’autre pour une rédaction !!. Relis le Journal de Woolf.. ..Quand elle était en train d’écrire en 1922 » Mrs Dalloway » son mari était en train de lire « Ulysse ». Dans son « journal » elle ne cesse de dire son admiration pour Proust et combien elle lui ouvre des perspectives. Plus tard confie aussi qu’elle est bien contente de n’avoir pas à rédiger une critique littéraire de ‘l’Ulysse de Joyce Elle avoue qu’elle a laissé tomber sa lecture d’ Ulysse .On sait qu’elle n’a pas, à l’époque, dépassé la page 2OO.. donc parler d’une influence, non, Nada ,Niet,Rien. Jazzi, ça ne colle pas chronologiquement (elle avait déjà achevé une première mouture ,un premier jet de « Mrs Dalloway » )et ensuite,lis Woolf, rien à voir avec l’art de Joyce ni dans la présentation et l’abord des personnages ni dans la dispersion des émotions et les tensions contradictoires..Elle revendique l’influence libératrice de Proust.Enfin il y eut plusieurs enquêtes dans les suppléments littéraire des journaux anglais de l’époque et dans l’un d’eux, Virginia Woolf a répondu à propos de James Joyce : » « ennuyeux… et finalement nauséabond »..Elle a dit la même chose dans son cercle d’amis intimes.

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  14. Leurs dates sont les mêmes, (1882-1941). Ulysse est de 1922, Dalloway, de 1925, la théorie du courant de conscience remonte à William James, soit les année 1880, et le premier monologue intérieur doit être Les Lauriers sont coupés, d’Edouard Dujardin, publié bien avant l’Anglaise et l’Irlandais. Pour ces raisons, l’accusation de pompage me parait sans objet, d’autant qu’il ne s’agit pas du tout du même univers.
    MC

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  15. « le récit des émotions d’une femme en une demi-journée et une soirée, selon un temps objectif et un « lâcher tout poétique de la vie intérieure « laissé à son discontinu et ses hasards. »

    N’a-t-elle pas tout pompé sur le modèle du Ulysses de James Joyce, Paul ?

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  16. Janssen J-J

    Ce qui m’apparait le plus dans cette « Mrs Dalloway, » c’est une sorte d’oscillation entre amour de la vie (et ses données sensorielles immédiates) et vertige de la mort, comme il y a aussi oscillation chez cette Clarissa entre conscience aigüe de soi(, égocentrisme et magnétisme des émotions) et sentiment d’opacité devant un monde en perpétuelle mobilité
    . Enfin il y a une oscillation particulière dans ce roman entre le récit des émotions d’une femme en une demi-journée et une soirée, selon un temps objectif et un « lâcher tout poétique de la vie intérieure « laissé à son discontinu et ses hasards.. Quelque chose qui parait arbitraire et subjectif. Sur le plan technique Woolf parle sans cesse sur cette balance entre les éléments psychologiques et les causalités et les cohérences du roman traditionnel et une attirance vers le « pur poème élégiaque » pour reprendre ses termes.. Problème qui la hante depuis ses débuts: larguer les amarres,, dissoudre les points de repères sans devenir incompréhensible pour le lecteur… C’est sans doute dans « les vagues », publié en octobre 1931 qu’elle réussit le mieux à jeter par-dessus bord, toute idée de roman au sens traditionnel pour s’abandonner à un flot poétique « pur » venu du fond s de sa conscience et de sa mémoire.Elle élabore enfinn un texte qui n’a plus de centre de gravité ni d’architecture narrative traditionnelle au profit de quelque chose qui s’esquive devant les mots au dernier moment mais qu’il faut inlassablement traquer comme les impressionnistes qui s’évertuent à capter sur la toile le mouvement des vagues….. Elle l’exprime plusieurs fois dans son « journal » ou dans ses lettres : « je préfère la texture à la structure ». Elle le redit à sa manière avec son éternelle métaphore « aquatique » vers la fin du texte « Les vagues ». Elle parle magnifiquement de ce « flot impétueux de rêves brisés, de comptines, de cris des rues, des phrases inachevées et de choses vues- des ormes, des saules, des jardiniers qui balaient, des femmes qui écrivent- qui montent à la surface et retombent même ,quand nous donnons le bras à une dame pour passer à table. »
    La révolution d écriture chez Virginia W. me fait souvent songer à la révolution musicale de Debussy.Chez ces deux artistes l’organisation d’une syntaxe nouvelle apporte une telle évidence dans le charme chez ces deux artistes qu’en les lisant et en les écoutant on atteint sans difficulté une fraîcheur et une profondeur de l’être qu’on reconnait en soi.

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  17. Mais, JJJ, dans un tout autre milieu que Woolf, il y a parfois du romancier à fantomes dans Paul Edel , une sorte de chercheur de cryptes , de blessures de la mémoire, d’invocateurs d’ombres, et certains de ses personnages n’ échappent pas non plus à une sorte de noyade et d’anéantissement après une confrontation avec le Passé. Voyez certaine Peau du Monde, par exemple, que pour ma part je place haut parce qu’il n’y a rien de trop. Que l’essentiel.
    Bien à vous.
    MC

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  18. Désolé pour les champignons laissés dans le texte supra non relu, Vous aurez rétabli de vous-même la place des chênes truffiers où elles ont pris racine.
    Bien à vous, cher Paul Edel. Vos chroniques m’impressionnent de plus en plus, à mesure que je les découvre. Je voulais donc vous titiller un brin, « pour le fun »…

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  19. Vous savez sonder l’âme de Virginia W. dans ce roman… Et j’ai trouvé vos parallèles avec LTR de Proust tout à fait convaincants. Mais je crois que vous n’avez pas compris « le sens du vide » spleenique qui se dégage de la conscience de Madame. Il est celui d’une impossibilité historique à être et à advenir en tant que femme de… un vide qui ne demandait qu’à être rempli, mais se trouvait encore trop étouffé par la pression sociale corsetière dans laquelle se débattait la grande bourgeoise du gros balourd Mr. Delaway, (ce Norpoix, en effet). Vis à vis duquel Madame ne savait ni ne pouvait se situer en totale indépendance économique si elle y réussissait sur le plan de la rêverie mentale (et de manière infiniment plus subtile qu’une Emma B). Le personnage nécessaire et bien ridicule de monsieur pouvait seul, aurait pu,seul, à l’époque mettre fin aux fantasmes aquatiques morbides de son épouse. Mais cela l’arrangeait bien, elle, qu’il ne la comprît pas et ne puisse pénétrer son monde intérieur. Elle préférait fantasmer de vieilles liaisons romantiques, car elle n’avait plus à sa portée le loisir d’imaginer en vivre d’autres. J’espère et suis bien sûr que nous avons dépassé ce stade, fanci cette étapes des suffragettes lesbiennes non revendiquées. Mais nous faisons encore comme s’il nous fallait encore sur-coder nos analyses de ce roman magnifique, via le prisme d’un proustinisme inefficace, que ne ressentirait plus aucune femme d’aujourd’hui, Et que ne ressantait pas non plus Virginia Woolf incapable de se vivre dans la peau du narrateur comme de la caricature de la « prisonnière » entravée dans ses élans par la jalousie maladive d’un homosexuel.
    Je ne pense pas que les employées et ouvrières heureusement dotées d’une chambre à part aujourd’hui, ayant acquis leur indépendance économique depuis longtemps, et vivant, pour les plus heureuses d’entre elles dans la sororité solidaire d’un lesbianisme parfaitement assumé, avec ou sans enfant, retrouveraient quelque chose de votre analyse.. Ne le croyez-vous pas, Paul ?…, que Virginia W. avait compris quelques chose de beaucoup plus subtil et que Marcel sur la blessure du temps et qui nous reste encore inaccesssible ?

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  20. Très beau texte qui donne envie de lire. N’est-ce pas l »essentiel? Ceci quelles que puissent être mes réserves sur Virginia Woolf. On attend Elena, qu’on aime toujours lire.
    MC

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