Marcel Aymé ou l’anarchiste intelligent

Marcel Aymé, est un auteur  couvert de clichés comme certains chiens sont couverts de puces.  Anar de droite,  collabo façon Giono en laissant  des journaux de Vichy oublier ses nouvelles.. …cruel et désabusé …ami de Céline(donc douteux..),oui cet ancien commis de magasin et agent d’assurance n’offre dans son œuvre  aucun  horizon philosophique, aucune promesse d’un avenir meilleur, indifférent » à la religion et aux majuscules métaphysiques » .

dans son bureau de l’avenue Junot

D’abord romancier régionaliste avec les paysans du Jura qu’il  connut dans son enfance,   il se fait  remarquer  par  « La table aux crevés ».Il  rata de peu le Goncourt en 1929. Le succès  et le  scandale, viennent  avec « La jument verte »  à qui on reprocha son obscénité.   Il cultive  le fantastique fantaisiste voir « le passe-muraille »)  devient conteur pour enfants, dramaturge à succès(« Lucienne et le boucher ») tombé  aujourd’hui dans l’oubli .De plus met en cause la magistrature avec « la tête des autres »,pièce qui déclenche un scandale  en se prononçant contre la mise à mort à une époque où les comités d’épuration exigent pas mal de têtes.  Scénariste pendant l’Occupation (travaille avec Louis Daquin sur une adaptation de Simenon « Le voyageur de la Toussaint ) il aggrave son cas  avec un essai  « Le confort intellectuel » dans lequel  il se moque des intellectuels engagés et  mondains, brocarde des universitaires ronds-de-cuir  opportunistes ,ou prétentieux. Bref, son scepticisme naturel, son laconisme le rendent suspect. IL n’arrangera rien en voulant épargner la mort à Brasillach et en défendant maladroitement Céline. Au milieu des ivresses lyriques,  ce moraliste narquois dérange. Il est d’autant plus déroutant  qu’il reste  calme et distant pour pointer  l’hypocrisie,  et les retournements de veste de son époque.   Dans cet après-guerre tiraillé entre communistes, gaullistes, Socialistes, existentialistes  il tourne le  dos   à tout ce qui milite et s’enthousiasme, ça fait du monde.

Alors qu’est-ce qui l’intéresse   ce type à lunettes noires, taiseux avec acharnement, dans les bistrots de Montmartre ? Elle cache quoi  son expression granitique imperturbable genre Buster Keaton vieilli avec pull jacquard. C’est un observateur amusé désabusé..

Il écoute ce qui se dit   dans les cages d’escalier des immeubles de la rue Junot. dans les bus verts,à la sortie des lycées, mais aussi dans les cabarets de Pigalle. Il suit avec un étonnement amusé  ceux qui traversent Paris avec des valises de cochon.

Il  nourrit son œuvre des bavardages et rumeurs qui circulent entre le faux  marbre de comptoir et les percolateurs du bougnat. Rarement on a entendu des dialogues plus parfaits qui fleurissent dans les   bistrots entre Pigalle,la rue Lepic  et  l’avenue Junot… C’est la fine oreille de la France  petite bourgeoise. Il détaille les  familles sur qui pèsent  les soucis d’une France à l’heure allemande : la maison sans feu, le dîner de légumes cuits à l‘eau, le mari  prisonnier en  stalag,la volaille rare, les alertes de nuit , les patrouilles

Ecrit en 1945 et publié en 1946, « le chemin des écoliers » présente le meilleur Marcel Aymé. Le style d’Aymé n’a jamais été aussi lucide, aussi précis, matois.

« Le chemin des écoliers » condense  ses qualités  tendresse et de générosité, avec une pointe acide qui rappelle Jules renard. Il a l’intelligence délicate et nuancée. Il éprouve de l’indulgence pour leurs faiblesses. D’ailleurs, on ne rencontre pas beaucoup de « salauds » dans cet univers : ceux qui commettent de mauvaises actions sont plutôt des esprits maladroits,  des naïfs, des faibles, emportés par un faisceau de circonstances qui les dépassent, et au nombre desquelles il faut mettre la passion amoureuse.

Céline et Marcel Aymé

Le  personnage principal  du roman est  un petit bourgeois plutôt brave type Michaud .Il  co-dirige une  société de gérance immobilière  avec un associé  Lolivier, austère. Les revenus ne sont pas énormes. Michaud l’indulgent   a trois enfants Fréderic, Pierrette, et   surtout cet Antoine, jeune lycéen de 17 ans qui pose des problèmes. En cachette  Antoine  se livre avec son ami Paul Tiercelin au marché noir.  Ses revenus lui permettent d’ailleurs de s’offrir  les services d’un inspecteur de l’école primaire  pour rédiger  ses rédactions. Antoine entretient une maîtresse, Yvette, dont le mari est prisonnier en Allemagne. Lui qui était un excellent élève  néglige son éducation scolaire au profit d’une éducation sentimentale  et sexuelle très complète. Le père d’Antoine s’inquiète des sorties trop nombreuses de son fils et questionne le père de Tiercelin, qui tient un restaurant dont la clientèle est essentiellement constituée d’allemands et de  collaborateurs. L’intrigue se compliquera de manière savoureuse.

Trouvailles, croquis soigneux, style gouleyant, phrasé  classique clair digne d’un La Bruyère . Autant  son ami de quartier,  Louis-Ferdinand Céline est véhément, lyrique, énorme, paranoïaque, claironnant, autant Aymé est  délicat, placide, sceptique, léger ,mélancolique .Donc ils s’entendent à merveille.

C’est avec  « Uranus »  présenté deux ans plus tard et son théâtre que Marc Aymé  présentera  une vision beaucoup cruelle de l’espèce humaine.

« Le chemin des écoliers «  offre  donc  une comédie humaine portative, avec une galerie de portraits incisifs .Un des plus beaux  est celui de Lina. C’est une juive polonaise, jeune veuve d’un peintre, Lebon. Elle se cache  dans   un grand appartement cossu sans chauffage,  laissé généreusement  un parent éloigné polonais, antiquaire ayant fui en Algérie. Michaud  vient  dans l’immeuble en tant que gestionnaire, et frappe chez Lina  qui a oublié de régler  le  loyer. Elle lui révèle dans un mauvais français ce qui se passe en Pologne. »Juifs assassinés par milliers à la fois, pendus, torturés, brûlés vifs ou condamnés à mourir de faim, il s’agissait d’une entreprise d’extermination n’épargnant ni les femmes ni les enfants.

-Calmez-vous Lina, répond Michaud, vous vous torturez vous-même sans raison. Ces histoires d’extermination systématique sont absurdes. Pendant la guerre 14, on a raconté pas mal du même genre. On disait que les Allemands coupaient les poignets des enfants et il a bien fallu convenir que c’était entièrement faux »

 L’incrédulité de Michaud devant la réalité des camps  déclenche cette réplique chez Lina :

« -Il faut croire, ragea Lina en tapant du pied. Il faut croire. Mais vous, Français vous comprenez pas. Vous êtes dans vos petites existences de poupées et toutes choses vous voyez petites. Quand vous avez haine, c’est dans la tête avec des raisons pour expliquer. Mais chez nous, loin l’Est, aux pays durs, la haine elle est dans la chair, elle s’occupe pas des raisons, elle veut sang et mort et faire mal. Et les Allemands, ils veulent mort des Juifs et entendre crier, voir souffrir pour avoir plaisir dans la chair. » Elle ajoute :

 « Dans la rue, je pense à des rafles, j’ai accent étranger, peut-être visage aussi. Vous trouvez que j’ai le type juif ? Ici, dans appartement trop grand, au milieu des choses qui coutent cher, je me sens loin perdue et je suis pas brave .Quand le soir tombe, j’ai le cœur serré comme le poing, j’entends gestapo et  pendant des jours il y  a un trou noir dans les pensées. »

Plus loin, Michaud, tendre avec les femmes,  éprouve de la compassion pour sa secrétaire :« Il imaginait ce qu’avait été pour Solange  ce long hiver de guerre, le métro du soir, le train de banlieue, le trajet à pied dans la nuit glacée, le réveil au petit matin, le trajet à pied dans la nuit, le train, le métro, le travail dans un bureau à peine chauffé, le retour du soir. »

Rue Durantin,qui joue un rôle dans le roman

Enfin l’humour de Marcel Aymé  s’exprime  au mieux   quand il rencontre le locataire  Legrand, qui suscite des plaintes dans l’immeuble car il passe ses nuits à danser et chanter. Michaud lui demande de se calmer.

« -Mais vous me demandez une chose impossible ! Je viens d’épouser une femme merveilleuse et j’en suis amoureux fou. Et Clémentine adore la gaieté, le bruit, la danse, la musique, le champagne, les tourbillons. Moi-même, ah ! monsieur, moi-même, je ne me contrôle plus ,je confonds la nuit avec le jour, je crois en Dieu, je crois en Clémentine, je crois en tout, je danse le swing, je crie, je chante, je ris, je rends grâces, j’aime. »

Cependant, si on lit attentivement chaque chapitre, et malgré l’humour froid  constant, le sentiment qui domine   reste  la peur . Oh pas la grande pétoche spectaculaire,  mais la  petite  anxiété tenace et  poisseuses  et insidieuse qui ronge tous ces êtres.  C’est l’appréhension en montant l’escalier d’être  guetté par la concierge, surpris  par un voisin. Le mille feuille des craintes, anxiétés, inquiétudes sournoises  se complète sous nos yeux. Les riches se cachent des modestes. Les pauvres cachent leur détresse. Les craintes s’empilent :   crainte de manquer d’agent,  crainte d’être jugé par sa famille, crainte du couvre-feu, inquiétudes   des parents devant  les enfants  ,mensonges  des enfants face aux parents.  Crainte de vieillir chez les femmes. Locataires et propriétaires se méfient les uns des autres. La peur de  Michaud  à Pigalle   culmine parce qu’il  craint  d’être dénoncé  pour avoir bu  une coupe de champagne avec un officier allemand. Enfin la peur générale est là monte et s’insinue  comme une marée et couvre d’une pellicule de tristesse toutes les actions du récit.

Dernière originalité du livre.

Aymé  offre tout au long du livre une galerie  de  personnages secondaires. L’auteur les dote de courtes biographies en notes de bas de pages et petits caractères. En quelques lignes, nous avons droit  à connaitre  le futur de leur bref passage sur terre. Ces notes  sont toutes d’un tragique noire et semblent prises au fil de l’actualité  de l’époque. Glaçant.

Laissons Antoine Blondin conclure : » « Il disposait de beaucoup d’indulgence pour l’humanité tout entière. Sa fréquentation vous améliorait. » 

28 commentaires sur “Marcel Aymé ou l’anarchiste intelligent

  1. Non, pas de Symbolisme chez le jeune Garaudy, plutôt du Parnasse cinquante ans après.
    Puisque de Nota parle de Vialatte, j’ai vu passer lathèse de Gaudon sur Hugo, Le Temps de la Contemplation, avec un envoi au cher Alexandre! « Et c’est ainsi qu’Allah est grand »!
    Bien à vous.
    MC

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  2. la poésie de Garaudy donnait déjà dans l’oecuménisme rêveur, M. Court ? Bibliothèque bien rangée de Marcel Aymé, sans doute résistante au désordre des jugements littéraires d’après-guerre. à propos..l’Ordre d’Arland. Trouvé ce jour en poche Gustalin de M. Aymé, couverture aux couleurs herbeuses réalisée par Lise Rosier, concurrente de Pierre Faucheux. Que du beau monde pour deux iouros. la libraire-antiquaire qui a tout lu et Aymé me confie qu’elle préfère Uranus.

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  3. On est pris de vertige devant semblable énumération.
    Arland aimait le Golfe du Morbihan, et l’Ile aux Moines ou, dans les années 1970, il faillit rester accroché au Calvaire ou il était monté fort acrobatiquement prendre une photo…

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  4. Rien à faire! Je ne sais plus où sont les deux volumes de Vialatte, je voulais retrouver l’article qu’il avait écrit à la mort de Marcel Aymé…mais pour ne pas quitter les bibliothèques, voyez plutôt:

    Il est toujours très excitant pour un chercheur de pouvoir pénétrer dans la bibliothèque de son auteur préféré, et s’il en est empêché, il est toujours profondément déçu. C’est ce qui m’est arrivé à plusieurs reprises au domicile que Marcel Aymé occupa durant les dix dernières années de sa vie, à Montmartre. Sa veuve me permit, en effet, d’entrer en différentes occasions dans le bureau-bibliothèque de son mari, sans pour autant me laisser consulter les nombreux volumes sur les rayonnages. Elle avait voulu tout conserver dans l’état où l’avait laissé le romancier à sa mort en 1967. Il ne fallait toucher à rien, pour éviter tout désordre. J’eus beau promettre et jurer que j’étais prêt à remettre systématiquement en place les livres que j’ouvrirais, si elle me laissait faire ; rien n’y fit. J’espérais y trouver des brouillons, des inédits, des lettres, des articles et, pourquoi pas, des confidences. Or, il ne se passa rien. Je n’obtins jamais la possibilité d’ouvrir, avec émotion et respect, les ouvrages qu’il avait feuilletés ou étudiés attentivement. Le gardien du temple joua complètement son rôle jusqu’à la fin de sa vie, et il me fallut attendre celle-ci pour que Françoise, qui occupe maintenant l’appartement, me donne enfin l’autorisation que je souhaitais depuis si longtemps.

    Outre un bureau, dont le tiroir renferme le début d’un roman inédit, Denise, – publié aujourd’hui dans le Cahier Marcel Aymé, n° 13-14 -, les murs de la pièce sont couverts, dans leur moitié supérieure, de rayonnages impeccablement rangés. La partie inférieure, elle, est constituée de placards à portes pleines. Ceux-ci n’ont rien apporté, car ils renferment des documents privés, auxquels je n’ai pu accéder. Mais avec les étagères supérieures, quel régal ! Je n’ai pas été surpris, tout d’abord, d’y trouver toute une collection de volumes de La Pléiade, comprenant les plus grands classiques de notre littérature : Corneille, Racine, Molière, La Fontaine, Balzac, Chateaubriand et Rimbaud. Alors qu’il a souvent déclaré le contraire aux journalistes, Marcel Aymé, qui ne détestait pas la mystification, s’est toujours nourri des auteurs importants, et en particulier, de ceux du XVIIe siècle. Il plaçait Molière au premier rang, sans pour autant rejeter les tragiques.

    La connaissance qu’il avait de leur poésie le conduisit même, dans Uranus, à une parodie de Racine, puisque Léopold, le cabaretier, finit par cultiver l’alexandrin et gagner le panthéon des créateurs grâce à ses vers:
    « Passez-moi Astyanax, on va filer en douce,
    Attendons pas d’avoir les poulets à nos trousses ».

    L’admiration qu’il portait aux auteurs français du passé, n’écartait Marcel Aymé ni de la littérature de l’Antiquité, ni de celle de ses contemporains, puisqu’il possédait, toujours dans La Pléiade, aussi bien, les Oeuvres complètes de Platon que Les Propos d’Alain, le Théâtre de Claudel et le Journal 1939-1949 de Gide. Celui-ci a dû être lu et relu de nombreuses fois, car la tranche est aujourd’hui bien usagée. Le signet était encore à la page 635, c’est-à-dire au troisième chapitre des Souvenirs de la Cour d’assises. Marcel Aymé, auteur de La Tête des autres, et de plusieurs articles contre la justice, a probablement longuement médité le témoignage d’André Gide. Il y retrouvait, en effet, ses propres conclusions au sujet de la fragilité des témoignages, de la partialité des juges et de la part d’irrationnel qui pèsent sur tout jugement. Quand on pense que Marcel Aymé, présenté à André Gide dans les années cinquante, n’a rien trouvé à lui dire, et que le second a cru pouvoir en déduire qu’il n’appréciait pas son oeuvre, on est pris de vertige !

    L’extrême réserve de Marcel Aymé l’a privé de certaines amitiés, et pourtant… que de dédicaces d’écrivains talentueux et célèbres dans cette bibliothèque, de 1926 à 1967 ! Parmi ses admirateurs, on peut citer : Jules Supervielle, Eugène Dabit – qui lui envoie L’île,en 1934, avec ces mots : « Un de mes bons souvenirs de cette année aura été enfin notre rencontre, Marcel Aymé. Avec amitié ». Ajoutons aussi Drieu La Rochelle, Emmanuel Berl, Jean Cocteau, Colette (qui lui adresse son Toutounier, en 1939, avec cette charmante dédicace : « Pour Marcel Aymé, trois juments pies pour atteler en troïka et mon sentiment amical »). Léon-Paul Fargue, Kléber Haedens, Marcel Achard, Montherlant, Marcel Pagnol, Paul Morand, Philippe Hériat, Félicien Marceau, Maurice Bardèche, Ionesco, Jean Blanzat, François Billetdoux, Diamant-Berger, Jacques Isorni, Pierre Daninos, Lucien Rebatet, Louis Pauwels, Mouloudji, Silvia Monfort, Hervé Bazin, lui ont aussi dédié leurs oeuvres. Bazin lui fait adresser, en 1950, La mort du petit cheval, en l’assurant de son admiration, et, « s’il le veut bien », de son amitié. En 1959, Dürrenmatt charge expressément son traducteur de lui offrir un exemplaire de sa traduction de La Visite de la vieille dame. En 1963, Georges Simenon profite de la publication de ses Anneaux de Bicêtre pour lui écrire qu’il l’admire et le considère comme « le plus grand écrivain français d’aujourd’hui ».

    On trouve aussi des noms plus ou moins inattendus dans cette bibliothèque : Léon Blum, Louis Aragon, François Mauriac, Marcel Jouhandeau, Raymond Queneau, Jean Paulhan, André Malraux et Louise de Vilmorin. Si Léon Blum lui envoie son hommage, avec ses Souvenirs sur l’Affaire (Dreyfus), en 1935, Louis Aragon se contente, l’année suivante, d’écrire « · Marcel Aymé » sur ses Beaux quartiers. Il faut rappeler que l’auteur de La Jument verte a signé un manifeste de droite à la fin de 1935, et qu’il s’en est suivi une vive polémique, en particulier avec André Wurmser, dans la revue Commune, que dirigeait Aragon. C’est en 1951 que François Mauriac lui fait parvenir son Feu sur la terre, en l’assurant de sa cordialité. Un an après, avec La Tête des autres, les relations entre les deux hommes deviendront conflictuelles… et lorsque, beaucoup plus tard, Mauriac citera le nom de Marcel Aymé comme candidat possible à l’Académie française, celui-ci refusera poliment… mais fermement.

    Marcel Jouhandeau, qui a si vivement critiqué la bourgeoisie de Guéret, se reconnaissait dans la peinture acerbe que Marcel Aymé a donnée de ses concitoyens de Dole. L’humour de Raymond Queneau ne pouvait qu’être en phase avec celui de Marcel Aymé. C’est pourquoi l’on trouve beaucoup d’oeuvres du premier dans la bibliothèque du second : Les derniers jours, Chaîne et chien, Un rude hiver, Pierrot mon ami et Bucoliques. · chaque envoi, Queneau exprime son admiration et sa sympathie. Avec ses Bucoliques, il laisse même à penser que leurs relations sont devenues familières, car il salue le « nouveau poète Marcel Aymé (jeune homme, c’est très bien) », et signe : « Un vieux de la vieille. Queneau (avec une grande barbe) ». Il est probable que les deux hommes se voyaient chez Gallimard dont ils devaient fréquenter les « coquetèles ». Marcel Aymé disait les détester, mais il s’y rendait néanmoins… C’est également chez l’éditeur de la rue Sébastien Bottin qu’il a fait la connaissance de Jean Paulhan, avec lequel il a entretenu une correspondance quand il ne le rencontrait pas dans son bureau. En lui adressant ses Fleurs de Tarbes, Paulhan s’est amusé à imaginer le petit dialogue suivant :
    « -Et Homère ?
    -Il travaille à un nouveau chant de l’Odyssée.
    -Encore !
    (Propos grecs recueillis par le professeur Théodoulis) ».

    Quant à André Malraux et Louise de Vilmorin, on sait maintenant, grâce à Jean Bothorel, combien ils ont été proches de Marcel Aymé à la fin de sa vie. Ainsi s’explique cette très belle dédicace de L’heure déliciôse : « · Marcel qui est Aymé et que j’aime. Son amie. Louise ». Les noms de beaucoup d’amis de l’auteur du Passe-Muraille figurent naturellement dans sa bibliothèque : Jean Prévost, Jean Guirec, Pierre Véry, Emmanuel Bove, Maurice de Vlaminck, Pierre Mac Orlan, Maurice Fombeure, Louis Daquin, Georges Papazoff, Pierre Bost, Louis-Ferdinand Céline, Jean Anouilh, Antoine Blondin, Roger Nimier et Paul Guimard.

    Céline, le génial imprécateur, n’excellait pas dans l’art de la dédicace. En 1957, alors que Marcel Aymé a tout fait pour l’aider à se réinsérer en France, il se contente de la formule « · Marcel » pour D’un château l’autre. Mais certains sont plus prolixes. Roger Nimier donne dans la familiarité en inscrivant sur Amour et néant : « Marcel Aymé, si t’y comprends rien, c’est que t’as pas l’intelligence pour. Fraternité. Géger ». Antoine Blondin reste plus respectueux en lui déclarant que ses Enfants du bon dieu ont été écrits « par surprise et bien plus à coeur entrouvert qu’à tête reposée ». Il le remercie « de tout ce qu’il a fait » pour lui et ajoute que son « admiration … ne trouve plus ses mots ». Rappelons que Marcel Aymé passait discrètement régler les dettes de Blondin dans ses bistrots préférés et qu’il a toujours été un critique très favorable à son égard. Un envoi de Jean Anouilh sur L’Alouette précise que, en 1953, ils n’en étaient qu’au début de leurs relations. On y lit, en effet, « Pour Marcel Aymé dont je voudrais bien être le La Boétie. Si c’est vrai qu’au milieu de l’âge, une amitié fraternelle puisse pousser… En le remerciant de beaucoup de joies, de toutes façons ». Paul Guimard, lui, a toujours été très discret au sujet de son amitié pour Marcel Aymé. On trouve néanmoins dans la bibliothèque de celui-ci un exemplaire des Choses de la vie avec ces lignes : « Cher Marcel, Je ne me décide pas à écrire un livre sans une phrase de toi pour commencer ; il est vrai que ça fait gagner une page et ces Choses de la vie en avaient grand besoin. Je t’embrasse ».

    Ceux qui se sont senti une parenté d’esprit avec l’auteur de La Vouivre n’ont pas manqué de lui adresser leurs ouvrages. En1959, le jeune Bernard Clavel lui a fait part de son admiration en lui adressant L’Espagnol dans lequel il a, dit-il, « tenté de mettre un peu d’air du Jura ». En 1963, Alphonse Boudard lui dédicace sa Cerise, « murie à l’ombre »…

    Outre les Mémoires de Saint Simon, l’Histoire de France de Michelet, la Légende dorée de Jacques de Voragine et quelques dictionnaires, dont le Littré, la bibliothèque de Marcel Aymé révèle quelques textes oubliés. Un volume publié par Laffont, en 1960, rappelle que Marcel Aymé est l’auteur de La Femme seule, l’un des sketches du film La Française et l’amour (1960). D’autre part, on s’aperçoit qu’il a participé, en 1949, à un recueil en hommage au romancier Maurice Betz, et qu’il a accepté de célébrer, en 1962, la mémoire de Jean Flory, qui fut longtemps secrétaire général de l’Atelier. Passionnante bibliothèque, que celle de Marcel Aymé, car elle révèle à la fois un homme cultivé, un humaniste épris d’équité et un écrivain apprécié de ses confrères.
    Au-delà des conventions, certaines dédicaces ne trompent pas.

    Michel Lécureur président de la la « Société des Amis de Marcel Aymé »
    ( Mis en ligne le 03/11/1998 )

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  5. J’ai connu Marcel Arland à la fin de sa vie, dans son bureau de la NRF partagé entre Jean Grosjean et Dominique Aury, il s’enthousiasmait encore pour parler de Stendhal. j’étais aux anges.

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  6. Très joli passage qui prouve qu’Arland n’était pas que l’homme qui « pond trous bouquins par an » comme disait cette mauvaise langue de Georges Fourest. Son Anthologie de la Poésie Française reste d’un gout très sur.

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  7. il est toujours intéressant de lire les critiques contemporaines d’un auteur, en juillet 1933, c’est Marcel Arland, et dans la NRF, qui donne sa critique du livre de Marcel Aymé, « la jument verte »:
    M .Marcel Aymé vient d’écrire le livre le plus réjouissant. C’est d’une drôlerie, d’un sans-gêne, et parfois d’un lyrisme dans l’humour, dont je ne vois pas d’équivalent aujourd’hui. Cela n’a ni queue ni tête, ce la se moque de soi et de vous. Parfois c’est un tableau de moeurs, d’un sûr réalisme, plein de sens, voire de mesure; parfois une satire, puis un vaudeville; puis une suite de pirouettes. A l’instant que l’on crie à l’invraisemblance, une invraisemblance plus forte vient tout sauver. D’un bout à l’autre, une bonne humeur, un entrain, une « naiveté » qui faiblissent à peine. Il s’agit d’une jument verte, de Napoléon III, d’un vétérinaire, de Roméo et Juliette; il pourrait aussi bien s’agir, et le livre n’y perdrait rien, n’en changerait en rien, de tout autres personnages. L’ai-je donné pour simplement plaisant? C’est beaucoup plus; on y trouve même, dans les caprices les plus extravagants, un grand bon sens, une odeur de terre. On y voit parfois parodier Zola, plus rarement George Sand; mais en fin de compte, c’est M. Aymé que l’on voit. M. Aymé est un paysan narquois, dont le sac est bien garni et qui connait son sac à merveille.

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  8. Van Bever sait trier , ce que ne fait pas toujours son homologue Walsh qui relève de l’aspirateur japonais pour poètes. Je me souviens avoir trouvé dans un recueil de ce genre le sonnet probablement unique du très prometteur Roger Garaudy , alors jeune élève!
    Je partage votre avis sur le discrédit qui frappe certains auteurs, comme Samain, dont les deux grands recueils se tiennent on ne peut mieux. La rédemption littéraire est affaire de patience. Sans Jacques Maitre, je n’aurais jamais lu introibo, qui s’est révélé le contraire d’un roman à scandale.
    Bien à vous.
    MC

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  9. Merci Mister Court. Il s’agit bien de ce Billy, intime de Léautaud qui a vu passer toute la littérature du siècle passé dans son bureau du Mercure. Un appareil critique du Journal serait bien utile pour retrouver la biographie de ces auteurs aujourd’hui injustement aux oubliettes, le web n’étant bien sûr d’aucune aide. qui connait aujourd’hui van Bever, auteur avec Léautaud d’une excellente anthologie de la poésie dont les notices lumineuses périment à l’aise les recueils suivants..

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  10. Oui, tout cela est dans la préface de B. Didier (folio classique n°1430, 1983)… Merci… votre mise au point est un bon résumé de cette préface. De fait, j’ai commencé ma découverte de Stendhal par les Souvenirs d’égotisme. Et comme chronologiquement, H. Brulard vient après…vais donc le lire maintenant…, (j’ai dû mal m’exprimer)… mais avec Philippe Berthier comme autre viatique (folio à part). Je faisais allusion à votre conseil de lecture plus ancien. Et maintenant, j’ai tout mon temps, je vais approfondir l’œuvre du bonhomme, graâce à vos encouragements enthousiastes et passionnés. Je commence à les mieux comprendre. A bientôt, cher P.E.,

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  11. Phil
    Oui, je vois mal qui d’autre ce pourrait etre. Meme si Introibo est publié chez Flammarion! Mais en 1939, le Mercure n’est plus grand chose…
    Bien à vous.
    MC

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  12. Il est intéressant de compléter la lecture de « la vie d’Henry Brulard », de 1835(il a 52 ans et il lui reste 7 ans à vivre) par les « Souvenirs d’égotisme » de 1832, en folio.C’est à cette date que Stendhal confie à son grand ami Domenico Fiore : »Je m’amuse à écrire les jolis moments de ma vie ; ensuite , je ferai probablement comme avec ujhn plat de cerises, j’écrirai les mauvais moments, les torts que j’ai eus et ce malheur que j’ai eu de déplaire toujours aux personnes auxquelles je voudrais trop plaire. » Il ajoute dans une autre lettre : »Je m’amuse à décrire toutes les faiblesses de l’animal ; je ne m’épargne nullement. » On notera que dans ces souvenirs il ne remonte pas au-delà de 1821, pour ne pas avoir à aborder retrouver le moment si douloureux de la rupture avec Métilde. Ce qui le mit dans une dépression pendant au, moins deux ans..Sa hantise.
    Apres la publication de « Le Rouge et le Noir » qui a l’estime des connaisseurs, Fin 1830,après la publication du « Rouge et le Noir » en novembre, Stendhal n’a aucun projet littéraire .Il est nommé d’abord à Tristes puis à « Civita- Vecchia »,port si ennuyeux connu pour son bagne , mais heureusement à cinq heures de diligence de Rome. Son projet ? Tout dire dans son journal intime, de ce qu’il est, de ce qu’il pense des autres.il revient aussi sur son chagrin d’avoir été quitté par sa maitresse Clémentine Curial. Il songe qu’il y a 11 ans écoulés après son départ de Milan après le désastre de sa relation avec Métilde Dembowski en 1819. Et aussi là il jette sur le papier son insolence et son franc parler dans les salons parisiens (parfois plus de vingt pages rédigées en une journée)il est toujours tenu en suspicion de carbonarisme par les états du Vatican et les autrichiens. Même à Paris, au gouvernement, on se méfie de lui. Il est également,nt tenu en laisse par le Paris monarchiste qui n’oublie pas son républicanisme bien affirmé.

    Pourquoi je recommande de lire les « Souvenirs d’égotisme » ? parce qu’il n’a pas l’intention de publier et qu’il se « lâche » dans ses propos. Dès qu’il écrit sur lui, son mot est « franchise » et c’est son seul souci : être vrai.. même si ça doit heurter le lecteur. Il ne veut surtout pas être Rousseau et encore moins Chateaubriand qui accumule, lui , les beaux mensonges romantiques. Stendhal, est, comme jamais, incisif, râpeux, vrai, agaçant, égoïste-égotiste, mais il faut savoir que le mot « égotiste » est assez péjoratif et traine dans son esprit toutes les complaisances narcissiques dont il une sainte horreur. Donc, il rédige ces moment-souvenirs dans une constante auto surveillance, se méfiant de ses humeurs car sachant combien elles peuvent varier très vite.Il accumule fait des portraits si vrais de ses proches, amis ou simples rencontres.. il est d’une telle drôlerie intelligente, navré, méprisant, ironique, tendre, si fantasque, désarmé, audacieux, avec toujours cette crainte de l’ennui qui va grandir avec les années. Il découvre qu’il est dans les salons un « exagéré sentimental », un déprimé qui craint à chaque minute que l‘ennui lui tombe sur le dos. Ces notes jetées le montrent à la fois lucide, don juan malhabile , toujours d’une subtile distance avec ses défauts. « Esprit infernal »,confie-t-il, dès qu’il a bu du punch. Et se vantant de n’importe quoi, clamant imprudemment et bien haut des vérités politiques dérangeantes pour cette Restauration si frileuse… Il décrit : « je me jetterais par la fenêtre plutôt que de me laisser mener dans un salon ennuyeux ».Mais ce qui surprend le pus, c’est la mobilité de sa pensée, et aussi un sentiment très subtil, très original , comme le note Béatrice Didier dans la belle edition Folio, que Stendhal résume ainsi : « Je craignais de déflorer les moments heureux que j’ai rencontrés, en les décrivant, en les anatomisant ». Cette méfiance à l’écart de l’analyse (qui déflore) et cette méfiance face aux pouvoirs l’écriture ,incapable de restituer avec justesse « les moments heureux », aboutit à une tension entre le dit et le non-dit, qui est toute l’identité de Stendhal autobiographe lancé dans cette éternelle chasse (épuisante ») au bonheur.. ». Il écrit à son libraire Levavasseur : »J’écris maintenant un livre qui peut être une grande sottise ; c’est Mes confessions, au style près, comme Jean-Jacques Rousseau, avec plus de franchise. J’ai commencé par la campagne de Russie en 1812 ; j’étais en colère contre toutes les platitudes de M. de Ségur, qui, lui, veut voler le grand cordon de la Légion d’honneur. A côté de la campagne de Russie et de la cour de l’Empereur, il y a les amours de l’auteur ; c’est un beau contraste. Peut-être la franchise de ce manuscrit le rendra-t-il trop ennuyeux pour être publié. »***

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  13. @ Rien à voir avec Mal Aymé, mais grâce à vous et au confinement du jour qui permet toutes les audaces de lecture…, ce petit message au passage, depuis que j’ai le moral dans les chaussettes à cause du sinistre commentarium du blog à Passoul devenu,… compensé par la découverte de quelque chose de cet illustre écrivain rouge et noir (délaissé pour ma part depuis 50 ans). Du coup, je souhaitais rendre hommage à ce petit bijou édité en folio dans la foulée des « Souvenirs d’égotiste » découvert avec un immense bonheur et perplexité…
    Et notamment, cet article 3 parmi les 23 des « Privilèges » (NB / Rome, 10 avril 1840 => notre Stendhal a alors 57 ans et va mourir d’apoplexie dans deux ans, mais ne le sait pas encore) :
    « La mentula, comme le doigt indicateur, pour la dureté et pour le mouvement : cela à volonté. La forme deux pouces de plus que l’orteil [?], même grosseur. Mais plaisir par la mentula seulement deux fois la semaine. 20 fois par an le privilégié pourra se changer en l’être qu’il voudra pourvu que cet être existe. Cent fois par an il saura pour 24 heures la langue qu’il voudra ».
    Avais des fantasmes à peu près similaires il y a dix ans, à cet âge-là. Révisons les objectifs à la baisse, mais réjouissons-nous surtout d’avoir découvert ce nouvel article parallèle du code civil…( sur le très tard ! 🙂
    Bàv, Paul Edel, mes remerciements pour vos conseils… Et voilà que je vais bientôt m’embarquer sur l’Henry Brulard et les promenades italiennes, grâce à vos encouragements. Bien bonne soirée,

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  14. Billy
    Cher M. Court, s’agit-il de ce Billy dont il est souvent question dans le Journal de Léautaud, un de ses contemporains du Mercure ? difficile de trouver sa notice biographique, ses oeuvres etc..
    comme d’ailleurs pour cette dame Aurel, célèbre en son temps, bête noire de Paul L., complétement oubliée aujourd’hui, à des abîmes en dessous de Marcel Aymé, c’est dire

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  15. Dimanche matin, place Marcel Aymé Montmartre. foule de coureurs qui s’aèrent les bronches, slalomant expectorant leur salaire à rien faire entre les masqués du dimanche qui veulent serrer la paluche du passe-muraille creveur d’un mur où les appartements se mafioïsent à quinze mille euros le mètre carré. Certes vue imprenable sur le balcon de Céline qui créchait pilepoil en face à tir d’arbalète, aucune plaque ne commémore l’Imprécateur, aubaine pour les agents immobiliers qui font encore monter leur sauce en causant du prestigieux voisinage anonymisé. Les chagrineux regarderont en diagonale vers le cinéma subventionné de Lelouch ou à droite en torticolis sur l’atelier de Gen Paul, rescapé des mauvaises réputations effaçeuses de mémoire. Marcel aurait aimé, sa statue par Cocteau ou Marais, paluche patinée usée par la plèbe incrédule boboïsée, comme celle d’un Saint Janvier à Naples. Sur le retour pensée pauledelienne, huîtres à deux euros cinquante l’unité, pas de petits profits à Montmartre qui ne compte plus aucune librairie. On fait la queue pour les coquillages de luxe comme à l’époque du Marcel pour le rationnement. Heureusement il reste un blog qui donne envie de bonne littérature à lire en poche, encore un bon coup de Faucheux.

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  16. Billy était, je crois, Lyonnais, intéressé par l’esotérisme et l’envers de l’Histoire Contemporaine, on lui doit une biographie légère mais solide de Stanislas de Guaita C’est à lire en croisant avec le travail de Jacques Maitre, « l’Hysterique et la peau de son Eveque ». Billy fait l’impasse sur ces visions qui alimentent le camp adverse,se contentant de très breves allusions proviennent de Suzanne Foccart, Sont aussi présents dans cette cabale, outre le Supérieur, le grand compositeur Maurice Emmanuel.
    Ce qui est fort chez Billy, c’est le tableau de la victime collatérale, tout comme les témoignages qu’il a pu glaner sur Nordez-Dauberville . Il est exact que le modèle gouvernait par promotions et disgraces ne relevant que de lui-seul, que cette Évêque-Roi avait des amitiés républicaines -Le Combes de la Séparation, contre laquelle il ne s’insurge pas, d’ou le bruit répandu par ses adversaires de l’évêque Maçon, ce qu’il n’était pas, mais va entraîner sa chute. Billy omet Combes mais garde les accusations maçonniques. Quant au clerjon, il paie d’avoir attiré l’oeil de Nordez, ce dernier -selon Billy- se faisant une idée de son diocèse à travers les ordinands et autre personnel écclésiastique. Une grande partie du roman roule sur le problème de l’ordination: si l’évêque est maçon, doit-on considérer valide la pretrise qu’il décerne? Et si l’ordination cas du héros, à lieu en catimini, sans témoin, du seul fait du caprice épiscopal, est-elle valable?C’est ce qui ronge le personnage central dont le roman raconte la vie, et sans doute y-a-t-il là dedans plusieurs déçus de Nordez. On voudrait savoir si la dernière rencontre entre l’évêque, qui s’est fait oublier dans un petit château normand, et l’Abbé est exacte. Les détails donnés sur le cadre sont d’une grande précision et attestent un sérieux problème d’hubris .Là, il faudrait continuer l’enquête de Maitre. Les tableaux du Vatican de Merry del Val et des girouettes que le malheureux rencontre durant toute sa vie ne sont pas tristes non plus.Impression d’intense gâchis humain.
    J’ignorais que Cabanis s’était muré dans l’érudition parce que déçu par le roman.
    Bonne journée.
    MC
    PS
    Suite à votre chapitre Carentan , op.cit, relu, vu de l’intérieur, l’agonie d’un Journal sous Hersant puis Presse-Ocean par un de ses responsables.Je vous enverrai la référence via PA si elle vous intéresse. Les noms changent, mais pas la lente mise à mort. Et c’est pratiquement ce que vous racontez…

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  17. Pour Nerval au Club Francais du LIvre, il s’agissait du
    Faust. Introduction et notes de Gilbert Badia. et surtout j’étais scotché par les Illustrations d’Eugène Delacroix. Le club français du livre.en 1961

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  18. Je note ce que vous dites pour André Billy.De Cabanis, je garde précieusement le si subtil récit d’une histoire d’amour « Les jeux de la nuit » et le si mélancolique « La bataille de toulouse », absolue merveille.bien sur, saint-simon, et le reste, admirable.. J’ai eu a chance de le rencontrer,, de vister sa belle demeure, de le voir aussi ‘enfermer dans le passé et ne pas comprendre qu’il était aimé d’une poignée de lecteurs fanatiques.Il pensait que j’exagérais. Dans les dernières années, il m’envoyait des cartes postales si émouvantes
    Ferveur pour cet écrivain.

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  19. Sulivan a été porté par Guillemin. Dans ce genre là, Introibo d’André Billy, qui eut la malchance de praire en 1939 est à la fois un roman sur un évêque saisi par l’ hubris et un document de première main sur l’affaire Le Nordez. Mais le personnage écrasé par cette chute, qui a la vocation mais ne pourra jamais precher pour toutes sortes de vengeances ecclésiastiques, est une réussite.
    Si l’on ne lit plus Jean Cayrol, il y a de quoi s’ inquiéter. Je crains que de Cabanis, les biographies seules ne survivent. Pour Bastide, je note. Quel Nerval est édité au CFL? C’est l’époque de l’édition insurpassée du Voyage en Orient aux éditions Richelieu..
    Bien à vous.
    MC

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  20. Janssen, avec ce blog j’aime retrouver le passé littéraire. Promenade en littérature comme je me suis promené dans Rome. je rouvre des romans oubliés des jeunes générations, je reçois une secousse de vie intense, je retrouve des sentiments, des heures oubliées, en retrouvant en admirant les vieilles couvertures des livres de poche liées à ma jeunesse(celles de Vipère au poing » et de « Sous le soleil de Satan » me font jubiler) et ce graphisme démodé fait partie d’une odeur de l’époque et de son charme. Je revis ainsi mes découvertes de grands ou petits auteurs pendant mon adolescence… En ouvrant ces vieux poches écornés, tachés, je retrouve des phrases souvent merveilleuses en piquant au hasard, sur un marché, un vieux Folio, une pièce de Salacrou avec des notes en marge..un Nerval magnifiquement imprimé par le Club Français du Livre…. La solitude de ces livres entassés en vrac, entre des mémoires d’un amiral et un recueil de poèmes en breton, ces bouquins serrés dans des cartons a banane de la Martinique, sur un marché bruineux,c’est un moment rare… Solitude d’auteurs à l’écart qui deviennent des amitiés.. Les bibliothèques chuchotent jour et nuit. Je n’exige surtout pas des chef-d’œuvre chaque semaine, c’est idiot, mais j’attends des voix humaines vraies. On les reconnait vite en quelques pages. Je pense à cette cohorte d’ écrivains injustement tombés dans l’oubli:Roger Vailland, superbe, François Régis Bastide-méchamment évacué des dicos- qui m’a ébloui avec « la fantaisie du voyageur » .N’oublions pas aussi son roman Les Adieux, prix Femina.Il a créé et dirigé l’émission radio « le masque et la plume » pendant des années et curieusement, ça a caché l’écrivain rare et discret qu’il fut. Je viens de trouver une vieille édtiion jaunie et annotée de Jean Sulivan « Mais il y a la mer.. » datant de 1964 . Une dédicace de l’époque avec un stylo à bille baveux sur une page de garde… Jean Sulivan, qui pense à lui ? écrivain chrétien, prêtre qui s’était écarté du Vatican .Son roman »mais il y a la mer » est vraiment rare, pages grandioses sur un retour vers une vraie foi, avec son personnage d’évêque qui soudain abandonne les fastes du clergé, sa routine, délaisse sa mitre, sa crosse, pour retrouver une intimité fraternelle dans un couvent.. Par bonheur, un José Cabanis et un Mandiargues échappent à l’oubli. Mais une Henriette Jelinek ou un Jean Freustié, un Cayrol, ou un Henri Thomas qui s’en occupe, qui les lit ?
    Par ailleurs je vois avec une consternation grandissante que deux ou trois cracheurs d’imprécations, inusables et obsessionnels, profs de mépris jubilant dans l’insulte, dans la mauvaise foi glorieuse, dans l’aigreur suffisent à perturber et asphyxier le blog d’Assouline. Immense tristesse car les sujets proposés sont toujours divers et surprenants.

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  21. JJJ Le Chat Perché,; c’est particulier.Je pensais à des contes plus épicés comme Le Passe-Muraille, l’Enlèvement des Sabines, etc (d’ailleurs dans le même recueil en poche) qui tirent plutôt vers le Conte pour adultes, si j’ose dire. Il arrive que son anarchisme prenne cet aspect là.

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  22. Avec MC, vous venez d’exhumer la seule chose que j’aie lu de Marcel Aymé, quelques pages des ‘Contes du chat perché’, les histoires de Delphine et Marinette, avec lesquelles la prof de français nous avait gonflé en 4e… C’est vous dire l’utilité de votre blog… ! Merci pour nous avoir raconté ce roman parmi d’autres. C’est incroyab’ cette faculté que vous avez d’aller dénicher des trucs pareils, enfouis sous la poussière. J’admire !…
    J’admire surtout l’horrible couverture de ce livre de poche qui me fascine. Notre génération de BB est née à la littérature avec ces gribouillages scolaires… Mais nous les avons gardés, ces premiers livres de poche, tant ils nous ont marqués… Quand nous étions jeunes et pauvres, nous n’avions que cela à nous mettre sous la dent… Et nous y avons fait nos premières classes. Alors, merci bien pour ces petits rappels, chers Paul Edel et Marc Court pour ce moment de nostalgie personnelle.

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  23. « les bistrots entre Pigalle, la rue Lepic et l’avenue Junot… »

    En passant par la place des Abbesses. Peut-être le coin de Paris qui a le moins changé, Paul !
    Belle introduction à l’oeuvre d’un écrivain que je connais mal, à part le conteur.
    Françoise Arnoult, la première pin-up du cinéma français !

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  24. En voilà un qui avait à dire, qui le disait bien, le Marcel…C’est exact, l’époque était propice à l’éclosion de belles fleurs sur un fumier européen de qualité.

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  25. « Auteur dramatique tombé dans l’oubli »
    Il y a le Confort Intellectuel souvent repris.
    Il y a les Oiseaux de Lune, et Clérembard, Ce dernier vu il y a deux ans.
    Classant ma Bibliothèque par ces temps de Covid, j’ai exhumé il y a deux jours la Vouivre. Il m’a semblé que les illustrations de Grau-Sala accentuaient l »effet France Profonde, mais je vais peut-etre m’ y remettre.
    Vous ne parlez pas ou peu des Contes. Je le regrette un peu.
    Bien à vous.
    MC
    PS
    Memes goûts en effet: Céline mais aussi Gen-Paul estimé par les deux, à tort ou à raison.La planche à lithos a beaucoup tourné….

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