José Cabanis et sa fugitive

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C’est en 1964 que parait un mince volume « les jeux de la nuit ». Son auteur, José Cabanis,42 ans, a déjà publié plusieurs récits à caractère autobiographique, comme « Le bonheur du jour »(1960) et « Les cartes du temps » ((1962).A l’époque la critique  note le charme et la tenue  de ce style classique. Cabanis, toulousain juriste,petit fils d’un maire de Toulouse, égrène  les  souvenirs d’une enfance à la fois religieuse, bourgeoise  et  dorlotée, à quoi s’ajoute  une  mélancolie. »Les fêtes de l’enfance ne durent pas. » constate-t-il. La disparition de ses parents le laisse perdu, mais Dieu le console.

 Avec « les jeux de la nuit », confession d’un amour, cette morosité disparait.  Gabrielle apparait. Curieuse fille libre, délurée, belle, légère,garçonne, elle collectionne les aventures  sans y prêter une grande attention ; elle va, vient au village, flirte, couchotte, retourne quelque temps auprès d’  un vieux mari  cloitré dans sa demeure  à  Grépiac .C’est  à quelques kilomètres de la grande maison de Nollet où vit Cabanis.  Cette Gabrielle, l’auteur l’avait connue  petite fille. « Les aventures qu’on lui prêtait m’amusaient, et je n’éprouvais que sympathie pour cette fille qu’il fallait se garder de prendre au sérieux, mais qui faisait tant d’heureux. »

Cabanis

 C’est donc  un jour d’octobre, à Grépiac, que le narrateur rencontre Gabrielle, elle  lui parait mélancolique. Il l’invite. Elle accepte. Le couple se revoit dans une forêt « qu’elle avait dessiné sur un calepin ». C’est au cœur de cette promenade  parmi les fougères, le long d’un lac, que Cabanis tombe amoureux. Sait-elle qu’elle suscite un ébranlement total chez cet homme qui aborde  la quarantaine dans une grande fragilité ? Tout est admirablement énoncé  et résumé dans ce passage des « Jeux de la nuit » :

« L’amour  à vingt ans est une flambée qui embrase. Quand on le retrouve à l’âge que j’ai, on est d’abord assez étonné. On se dit ensuite qu’on ne s’en relèvera pas.(..) J’éprouvais un bonheur si violent que j’en fus stupéfait : cela pouvait  donc  encore exister ? C’était vers Pâques, après ce sombre hiver, les premiers beaux jours.  Nous étions au bord de la mer, où jamais encore nous n’étions venus ensemble, et aussi loin que les regards pouvaient porter sur la plage, nous étions seuls. Je m’étais baigné, et j’étais revenu sur le sable où le soleil me réchauffait. Devant moi Gabrielle est sortie de la mer entièrement nue, le visage ruisselant, et secouant ses cheveux. Jamais je n’avais rien vu de si beau. Ce fut le premier printemps de ma vie. La sagesse et la mélancolie de mon enfance, dont je n’avais pu complètement guérir, disparurent comme un brouillard, et avec elles tout ce qui m’avait jusque-là retenu de vivre. Le Dieu que j’avais autrefois tant aimé, et auquel il m’arrivait de songer encore, s’enfuit :il ne peut tolérer que nous soyons heureux. Jamais je n’avais regardé la mer comme ce jour-là, au-delà de ce corps nu, au-delà de ce corps nu qui marchait. »

Grépiac où vivait Gabrielle

Bref, Cabanis connait le paradis, la fête des corps. « Retour dans une patrie qu’on croyait perdue et qu’on reconnait »…  Gabrielle aime les endroits sauvages, les sous-bois, les sentiers mouillés, les plages désertes, les routes inconnues, les dunes, les maisons en ruines, les étés craquants dans une pinède. Cette sauvageonne exerce avec bonne humeur   son pouvoir érotique sur cet homme  de bibliothèque ,morose , et que la quarantaine tourmente. Elle ment beaucoup. Et en même temps  elle avoue ses mensonges,  ses disparitions à Bordeaux, ses retours auprès du mari  cloitré. Cabanis l’attend, la guette, puis la surveille, devient jaloux. Il saute souvent dans sa voiture pour aller guetter Gabrielle  ,à Grépiac,  où vit son mari dont elle dit qu’il, est un peu fou et hurle la nuit. Il découvre , sidéré, une Gabrielle étendue calmement sur  une chaise longue, au soleil. Gabrielle devient  au fil des pages une sorte  de fugitive,  d’Albertine disparue, revenue, retrouvée, repartie.  Tout l’intérêt du livre  c’est  que n’importe quel couple   peut s’y reconnaitre avec ses randonnées en voiture, ses soirées au fond d’une auberge,  devant une cheminée qui crépite .  Recherche du juste éclairage, couleur exacte de chaque nuance, sentiments  qui oscillent entre gravité, amertume, espoir fou, sentiment d’abandon .Quelle prose exacte dans son battement cardiaque pour raconter les tourment de l’amour. Une chose est sûre :Gabrielle est libre comme l’air et le narrateur ressemble   à un mendiant qui attend les récompenses de la nuit  face à une  sylphide enjouée .Cabanis a trouvé le ton, la note, pour exprimer ce   sentiment tragique de la fuite, de l’érosion, de la  « dérive de tout  » quand c’est l’incertitude qui domine. Gabrielle a beau le rassurer , il doute,s’inquiète .  Gabrielle aime voyager ,Cabanis  obeit :Toulouse, Montpellier, Chambord, Rouen,Lyon, ou Paris  . Mais les randonnées hivernales ou les étés ardents n’installent rien de stable.

La demeure familiale de Nollet

Gabrielle, au contraire de l’Albertine de Proust,  charme  le lecteur  avec son innocence spontanée, son amour  de la  liberté, du jardinage, son hédonisme guilleret. On la comprend  de ne pas vouloir subir  trop longtemps    les vertiges moroses du narrateur qui ne peut s’empêcher  de ressasser  son enfance  à Bagnères, au pied des Pyrénées. Le livre s’achève sur des lettres de rupture  écrites, déchirées, reprises, puis une mystérieuse fête de village bien nervalienne. Le rideau tombe, abrupt.

Deux ans plus tard, Cabanis publie « la bataille de Toulouse »  ,prix Renaudot 1966 ; c’est  la suite  de cet amour   bancale qui ne connait que des « moments » et pas de continuité .

Soyons honnête, tout au long de cette lecture, j’ai songé à ces couples isolés dans leur bulle, graves, discrets, silencieux souvent qu’on rencontre ,un soir, au fond d’une auberge de campagne. C’est une vaste salle de restaurant, cheminée avec du feu qui pétille, petites lampes en tissu Vichy sur les  tables , ouverture vitrée donnant sur des sapins, un torrent,  ou une vallée de brume. Je me demandais souvent : qui dira et exprimera tout ce qui se passe dans le film muet de  couple amoureux en dérive ?  quelles pensées extravagantes loge chez l’un ,quelle méfiance, ruse ou espoir, chez l’autre dans son faux calme au moment  où le serveur pose les alcools blancs ?Qui devinera    ce qui passe de frivole, d’opaque ? Qu’est-ce qui s’échange ? Des mots brutaux et définitifs, des silences  d’apaisement ?  Quand surgit l’irréparable, dans une conversation amoureuse au bord de la nuit, entre ces deux-là  assis sur un muret qui domine on ne sait quelle discrète  Dordogne ? Sont-ils à la pointe extrême  de leur confiance  ou en marche, pour l’un, vers   la rupture ? Ont-ils, l’un la tête bourrée de scrupules et l’autre  qui enfin  se défait de ses prudences comme on délace ses chaussures….  Qui suivra cette bataille assourdie, dévorante, toute cette météo fragile des sentiments  d’un couple qui se perd et se retrouve dans le tissage complexe  des patiences , des mots étranglés,  ou  l’impatience d’un corps ? Cabanis donne la réponse .Admirable de concision, de sincérité nue, avec,  de plus, cette note  là encore nervalienne : «  Il me semble que ces jours de l’automne finissant où nous avons eu nos premiers rendez-vous ont reculé vertigineusement dans le temps .Il y aura  d’autres automnes, mais nous ne serons plus jamais ce que nous étions alors l’un pour l’autre .»

Enfin, pour finir,  n’oublions pas qu’après ces deux livres  d’autobiographie où les noms des villages et les descriptions sont si exactes,  Cabanis n’a pas écrit sa bataille de Toulouse, mais  il  est devenu    un  écrivain-historien remarquable  avec un « Charles X roi Ultra,  un « Sacre de Napoléon », un « Michelet »  et surtout un « Saint-Simon l’admirable(1975) ,modèle du genre.

52 commentaires sur “José Cabanis et sa fugitive

  1. Précision .il ne s’ agit pas de faire le procès des travaux nes de l’ École des Annales, mais de rappeler que les supposés minores donnent parfois le goût de l’ Histoire et ne font pas que des mauvais bouquins . Castelot se documentait sérieusement, Decaux le faisait à l’ occasion, Petifils le fait quasiment toujours. Après, on peut passer à Michel de Certeau ou d’ autres’ en gardant à l’ esprit le vers de. Théophile.de Viau: « Malherbe a très bien fait, mais il a fait pour lui. »

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  2. Sauf erreur, PR est un autre sur une autre chaine. J’ai dû confondre…

    Je reconnais avoir généré une opinion un peu cuistre avec Jeanneney, heureux fils de son père et de son grand’père, pointant (plutôt gentiment que méchamment) de ces types qui m’ont intoxiqué jadis et longtemps détourné de l’Histoire, à la télévision….
    Exact…, il est de « grands historiens » (i.e; consacrés), dont certains travaux furent « limite » en leur temps…
    Cela dit, auriez-vous un exemple d’inattaquable, en dehors de Gosselin Le Nôtre, ou de vous-même très certainement, MC dont je n’arrive pas à lire la biblio intégrale ? Moi, j’y mettrais une Michelle Perrot, par exemple, lue intégralement, et notamment ses commentaires sous estimés de l’enquête d’AT et GDB sur la condition pénitentiaire américaine… et tant d’autres aimables choses.
    Mais bon, je ne suis pas historien de formatage, je vous l’ai déjà dit. Bàv, Par ailleurs, n’ai jamais fait aucune fixette sur Boucheron sous prétexte qu’il serait macronien… Je n’en suis tout de même pas arrivé à ce degré de bassesse, croyez le bien. Hein !…

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  3. J’ y avais pensé, au Janneney, Cette condamnation de l’ Histoire à personnages porte son âge quand on voit un Boucheron très justement louer un travail italien sur Jean Premier le Posthume sur lequel je rédigeai moi-meme une critique laudative. Il peut , il y a des faiblesses chez ces historiens qu’ on qualifie de mineurs et d’ amateurs. Mais il y a aussi des ratés colossaux chez ces Messieurs de l’ Empyrée Historique. Je pense au calamiteux Duby qui évacue l ´ aspect mystique de St Bernard dans son bouquin éponyme. Quand on se souvient de la sensibilité employée à décrire laVie de Guillaume le Maréchal, c’ est à pleurer. Pareillement, Contamine peut laisser tomber les phrases les plus méprisantes sur Du Guesclin qu’il m’ait été donné de lire, il serait bien incapable tout Contamine qu’il est ,de prendre un Chateau, Le Connetable haïssait les chats fourrés de l’ administration royale,il est des historiens qui,planqués dans leur bureau, en sont l’ équivalent. Je ne suis pas PR, qui m’est inconnu. Seulement. MC

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  4. 1 – Jean Noël Jeanneney qui explique détester les historiens à la petite semaine. Tels par ex., les Decaux, Castelot et surtout Amouroux. Je faisais juste un parallèle… (in, Le rocher de Susten, mémoires I).

    2 – Haut-Mal (un roman de Simenon), juste une association libre sans doute trop osée… avec Daumal.

    Mille excuses, MC ou PR, je ne parviens pas à résister aux mauvaises associations d’idées ou jeux de mots qui m’envahissent face aux répliques des grands érudits qui condescendent avec sentence. L’objectif qui m’anime plus ou moins consciemment est alors de toujours vouloir en briser la fascination éprouvée, afin de pouvoir repartir d’un bon pied avec iceux, respectueusement mais sur un pied d’égalité, et sans autres objurgations parasitaires..
    Bien à vous,.

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  5. PS. Ou ai-je dit que je lisais le Haut-Mal? Vous devez confondre! Quant au Jean Noël, je ne vois pas. Ne confondez-vous pas avec Jean-Clement Martin?
    Cordialement. MC

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  6. Lenotre fait allusion à des renseignements obtenus quand on s’ y attend le moins, ce qui arrive très souvent chez un chercheur: Je prends un exemple personnel. Je passe par amitié chez un libraire plutôt spécialisé dans les deux derniers siècles. Je lui demande à tout hasard s’ il a de la genealogie à vendre. La reponse est positive mais le volume absent (nous sommes au Salon du Livre Ancien, soient de petits stands souvent partagés, il me l’a présente le lendemain et voilà que surgit une genealogie de la Maison de Rieux, avec des détails inédits sur Rene de Rieux gouverneur de Brest. Il ne sait pas que j’ ai rencontré ce personnage, je ne savais pas les renseignements portés qu’ au surplus on inventerait pas. Et voici par le plus grand des hasards un problème tranché : le pourquoi de sa nomination comme gouverneur, qui n’ est pas un hapax du pouvoir monarchique mais une conséquence de son réseau familial,.
    Pour le reste il y a dans Lenotre des articles faibles, un ton pastiché je crois par Muller et reboux mais aussi un sens de la psychologie dans les grands livres que sont Martin de Gallardon, ou paraissent Decazes et Esquirol, la Femme sans nom, le Baron de Batz, le Vrai Chevalier de Maison rouge, etc. Ce Lenotre là descendait du Jardinier du Roi et il avait, comme on dit de la branche! Bien à vous . MC

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  7. Ah Gosselin L., dit le pape de la petite histoire !… J’ai l’impression que vous avez avec lui quelque parenté commune, MC. Pas sûr que le bien-né né Jean-Noël Jean… vous aurait suivi sur ce coup-là… Donc, « le hasard est le dieu des chercheurs »… Il avait dû trouver sa sérendipité en chemin courbe sur des lignes droites, ce citoyen là, croyez pas ?. Avez vous récupéré le Haut-Mal de l’autre Georges ?
    Bien à vous, JJJ.

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  8. Indépendamment des réseaux, JJ j’ ai toujours à l’esprit la phrase de Lenotre, non Georges mais Gosselin, selon laquelle   Le hasard est le Dieu des chercheurs ». Ces lumières sur Daumal me sont tombées dessus quand je ne m’ y attendais pas. Et si j’ en fais état ici, c’ est parce que je me doute qu’ on en fera pas mauvais usage …
    Bien à vous. MC

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  9. Nulle envie d’aller ouvrir la serrure de la ceinture de chasteté de Jissé,
    La pauvrette a déjà ben assez à trouver la sienne de clé.. 🙂
    (Pour un dépannage express, voyez plutôt avec jean-marcel, un spécialiste sur une autre chaine)…

    Qu’est-ce au juste que « le Ms de la Grande Beuverie », MC ? Des « milieux daumalophiles » en Italie, vraiment… ? Quel réseau vous avez, dites donc !
    Mais je vous comprends… Toujours exaspérant de ne jamais voir revenir un bouquin prêté, et d’avoir à le quémander… Y’en aurait des choses à raconter là dessus !…, des amitiés fracassées à cause de ça !… .

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  10. Je sais de source sûre que le Ms de la Grande Beuverie se promène en Italie pour avoir été imprudemment prêté à un professeur de là-bas. J’ ai proposé à mon informateur de cibler les milieux italiens daumalophiles, mais lorsqu’ on est etudiant, on a autre chose à faire… Détail piquant, mon informateur du devenir de la Grande Beuverie servait le champagne deux ans de suite au Salon du livre ancien. Et c’ est à cette circonstance que je dois cette révélation. Il existe un humour dans certaines situations qui rappelle irrésistiblement le proverbe lusophone et claudelien: Dieu écrit droit avec des lignes courbes….

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  11. Remercions surtout Marc Court qui a fait allusion à Daumal, ce qui m’a permis de rebondir sur le mont Analogue, Je ne connaissais pas La Grande Beuverie. Oui, LMA, c’ est un bouquin merveilleux… Bàv,

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  12. Par ailleurs (on verra que je potasse pour une éventuelle session de rattrapage…) l’allergie au Moi forcément haïssable &/ou inintéressant a aussi ses ridicules selon Peter Walsh évoquant sans charité excessive son rival heureux « My name is Dalloway » :
    « Seriously and solemnly Richard Dalloway got on his hind legs and said that no decent man ought to read Shakespeare’s sonnets because it was like listening at keyholes (besides, the relationship was not one that he approved). »
    L’interprétation autobiographique était alors* d’actualité ayant été invoquée par O. Wilde au cours de son premier procès.
    * : le « alors » correspond à la jeunesse des personnages, période qu’ils se remémorent au cours de cette journée — & non à celle où est situé le récit, 1923, contemporaine de son écriture.

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  13. C’est La grande Beuverie.

    Les Moijiciens sont surtout tr forts pour dénoncer des travers généraux dont ils se croient miraculeusement exempts (« Et comme tous ces gens vivotent par ces pensées : « moi, je sais les secrets qui délivrent du déterminisme universel… tout est soumis à la nécessité, mais moi je suis initié à une réalité supérieure… l’homme est plongé dans les ténèbres de l’ignorance, mais moi je suis dans le secret des dieux… moi je sais… »)
    Ils voisinent ds La grande Beuverie avec les Scients et les Sophes, les Manciens (« tous habiles à dire le passé et l’avenir et à escamoter le présent ») & l' »Abyssologue » branche viennoise, « examinateur de poubelles » à qui il faut tout dire « tout ce qui vous passe par la tête, sans réserve, sans choisir, sans juger. » (conclusion: » Je trouvais assez répugnant qu’un homme s’abaissât ainsi et s’abêtît volontiers devant un autre que recommandaient seulement le titre et le prestige. »)

    Enfin le critère de l’infirmier mériterait d’être repris en d’autres lieux :
    « Nous estimons scientifiquement l’âge organique d’un être humain par le rapport entre ce qu’il donne et ce qu’il reçoit. À ce compte, ceux-ci sont de petits enfants, comme vous pouvez voir. « 

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  14. Tu as la clé, Gigi, compliments !
    (…, reste à obtenir la serrure, et là, c’est loin d’être gagné, ma pauvrette…)

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  15. Merci Janssen de citer cet écrivain superbe; René Daumal.il suffit de quelques lignes pour voir combien cet amoureux de la Montagne, était un prosateur magnifique.Lui, aussi, Montagne magique..
    « Je savais que diverses circonstances m’empêcheraient avant longtemps de retourner au pays aérien des arêtes déchiquetées, dansant en plein ciel, l’illusion du haut et du bas des corniches blanches tracées dans l’abîme bleu-noir d’en haut, et qui s’écroulent au milieu d’un après-midi silencieux ; et parmi les pentes burinées de couloirs et luisantes de verglas, d’où partent des mitrailles à l’odeur de soufre. Une fois encore, j’avais voulu flairer l’haleine verdâtre d’une crevasse, palper une dalle, me glisser entre des blocs croulants, assurer une cordée, peser les va-et-vient d’un coup de vent, écouter l’acier tinter sur la glace et les petits morceaux cristallins dévaler vers le piège de la rimaye trompeuse – machine à tuer poudrée et drapée de gemmes – tracer une piste dans les diamants et la farine, me confier à deux brins de chanvre, et manger des pruneaux au centre de l’espace. [.] Et voici que nous avons abordé un continent inconnu, noyau de substances supérieures implanté dans la croûte terrestre, protégé des regards de la curiosité et de la convoitise par la courbure de son espace — comme une goutte de mercure, par sa tension superficielle, reste impénétrable au doigt qui cherche à en toucher le centre. »
    Extrait du « Mont Analogue » »

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  16. Le Mont Analogue ?… dont Etienne Klein a fait un magnifique éloge dans son récent bouquin d’entretiens sur l’ascension.
    Les Moijiciens ? sûr qu’ils ont pas grand choseà voir avec papa Thomas Mann…
    « Remplir le vide de soi-même sur les réseaux » ? Ah, voilà enfin une clé d’entrée dans la racine de l’Arbre de Jissé qui pousse inutilement dans certaines îles du sud !

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  17. Les Moijiciens dit quelque part Daumal, ce qui n’est pas un compliment… (La Grande Beuverie? Pas le temps de chrercher)

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  18. Il ne sert à rien de parler de soi, d’écrire sur soi, à des gens qui s’en foutent royalement !

    Et si on ne s’en abstient pas, c’est qu’il faut bien remplir le vide en soi-même….D’où le succès des réseaux, et des livres blabla-MoiJe. Perte de repères, perte de temps.

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  19. Je comprends… Je m’en veux un brin d’avoir peut-être introduit une malheureuse allusion sur votre vie privée, alors que je ne faisais que de l’humour… Ce qui aurait peut-être poussé Jacques B (jazzi) à surenchérir, et provoqué votre fureur. Du coup, comme il est du genre susceptible, il vous vous aux gémonies…
    C’est d’autant plus con qu’il appréciait bien votre blog, il l’a souvent prouvé.
    Mais vous venez de clarifier bien des choses à propos des sentiments mitigés que vous suscitez parmi des erdélien.nes historiques. Cette piqure de Grand Rappel était peut-être devenue indispensable par les temps troublés qui courent, où il faut s’engager pour ou contre la vaccin de l’addiction aux blogs littéraires…
    Bien à vous, PE… Et pardon pour ne pas savoir alimenter plus avant votre chronique José Cabanis.
    (Du coup, je me punis avec la vie d’Henry Brulard… après avoir soupesé mon temps gagné avec les Souvenirs d’égotisme)…

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  20. Il est certain qu’on crève de cette littérature façon parlez moi de moi, il n’y a que ça qui m’intéresse: Il y a là dedans des éléments amalgamés d’un romantisme pleurard qui a la vie dure, et d’un réalisme qui peut-être stakhanoviste par la production littéraire,dont Christine Angot est un assez bon exemple et Edouard Louis la caricature..j’avoue partager cette horreur du moi saucissonné pour plateaux télévisés à prétention littéraires. C’est peut-etre ce qui me retient d’adhérer aux tartines clopiniennes , entre autres.

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  21. Janssen J-J je n’aime pas qu’on parle de ma vie privée.Point. j’ai toujours censuré dés qu’ on abordait ça…La porte sur ma vie privée est fermée.. j’ai été choqué quand sur la RDL on a révélé des choses sur moi. J’en ai été blessé. Si j’ai pris le pseudo de Paul Edel, c’est justement pour qu’on ‘entre pas dans ma vie comme on entre dans un moulin.Ici, sur ce blog,ce sont les écrits,les textes, qui m’interessent…rien d’autre. je découvre souvent des biographies d’auteurs avec beaucoup de gêne.On fait du « Gala » Culturel..On écrit aussi pour échapper à son « moi » social. Proust avait raison là dessus, oui, je deviens clair et net et tres ferme. Jazzi le sait fort bien.Il insiste. Il .raconte sa vie en long en large,aimant l’autobiographie.., parfait
    .Moi pas. . Chacun a le droit qu’on lui foute la paix sur sa vie privée, Si des auteurs tiennent un journal intime ou adorent parler d’eux même, comme Carrere , c’est autre chose. et ça ne m’intéresse pas.

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  22. Sur la Restauration «  basse de plafond » voir la Foire d’ Empoigne » d’ Anouilh à la fois relecture du passé et constat d’ une fêlure inguérissable entre le Monarque et ses Serviteurs. Dans un autre genre, côté ultra, voir l’ affaire de Gallardon qui apparait comme une parodie de Jeanne d’ Arc réincarnée dans un paysan beauceron sur le motif «  Sire Roi, on te trahit » . Curieuse époque.

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  23. Il ne faut pas censurer Jazzi Cabanis.. Chacun a son humour propre. Et comme il aime ce blog, du coup il est profondément vexé et menace de s’exfiltrer.
    Merci pour ce roman de Roth que je ne connaissais pas…Vais aller de voir… Les rapports troubles des lecteurs qui savent mieux qu’elles-mêmes ce que devraient écrire leurs idoles au point de s’aventurer dans leur propre vie, voilà un objet passionnant. Nabokov en avait produit une méditation vertigineuse et presque désopilante dans Feu Pâle, après la dépression ayant suivi le succès mondial de sa Lolita.
    Bien à vous PE. Attention à la houle septentrionale.

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  24. Le culte de la Sainte Enfance est à l’ origine une grande chose lancée par Monsieur de Renty, grand mystique et patron de l’ Aa. des choses sur sa réception dans sa correspondance publiée par Triboulet.

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  25. Scènes de la vie conjugale/familiale ou les invités pris en otage, on se croirait ds le film d’Ingmar B. ou un roman de Fr. Nourissier
    Puisque l’article est consacré à l’auteur d’un Pour Sainte-Beuve (que je n’ai pas encore lu), je m’abstiendrai de refaire mon numéro habituel, qui risque d’ailleurs d’ennuyer.
    Tout de même, pour dire les choses autrement, on a parfois l’impression que lecteurs & lectrices en posture pourtant royale désavouent les Rumpelstilzchen de service : on leur donne l’or (qu’ils ont réclamé) mais ce qui les intéresse au fond c’est la paille avant d’être filée, celle qu’ils trouveraient aussi bien à tous les coins de rue ou ds leur propre grange. Comme l’animal humain est bizarre. L’or est froid & la paille, elle, tient chaud, me direz-vous, mais je ne suis pas certaine qu’on la recherche particulièrement propre & nette.

    Cela dit, Cabanis est aussi celui qui écrit ds La bataille de Toulouse :
    « Quand je songeais à La Bataille de Toulouse […] je trichais, et c’est ici ou jamais que tricher n’est pas tolérable. On n’écrit rien qui vaille, tant qu’on n’a pas vidé son sac, quoi qu’il en coûte. […] Rien ne mérite d’être écrit, que ce qu’on n’oserait dire à personne, face à face, et qui brave l’honnêteté et toutes les convenances, bien entendu, mais aussi le ridicule. C’est à ce seuil que la plupart s’arrêtent, et se perdent. »

    & plus loin :
    « Il ne faut faire entrer personne dans certains secrets, et comment expliquer ce que j’avais éprouvé devant une poupée de celluloïd [représentant l’enfant Jésus ds la crèche d’un couvent, émotion partagée avec un des moines] sans avoir l’air d’un niais ? Je ne serais pas allé jusqu’au bout, je me serais arrêté sur une pirouette, j’aurais plaisanté, cela ne se raconte pas. Mais c’est cela qu’il faut écrire, cela et rien d’autre, qui m’intéresse autrement que toutes les histoires inventées […] Wellington sur son cheval blanc ne serait qu’un alibi commode pour me dérober, encore une fois. »

    Peut-être la contradiction n’est-elle qu’apparente, peut-être la discrétion autour du présent, des liens actuels & « à l’oral », ds la vie, est-elle la contrepartie de l’impudeur nécessaire mais a posteriori (« Un certain recul est indispensable, car c’est avec le temps que tout s’éclaire. ») & ds l’œuvre écrite ?

    Vs pourriez m’objecter, à juste titre, que ses publications ne furent pas posthumes & que ce décalage ne résout pas le pbl des effets collatéraux de l’autobiographie & de l’autofiction, les « mises à nu » non souhaitées comme l’éventuelle jalousie rétrospective exacerbée (quoique depuis Byron au moins la réputation qq peu sulfureuse, surfaite ou non, soit parfois une arme de séduction de l’écrivain (masculin ou féminin) & à ce titre un facteur déclenchant de la cristallisation initiale).

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  26. « L’écrivain des ombres » est un excellent roman sur ce sujet ,Margotte. Il fut curieusement repris en Folio sous le titre « l’écrivain fantôme » qui figure dans l’ensemble « Zuckerman enchainé ».J’ai laissé tomber Roth avec « Opération Shylock »les jeux de miroir narcissique m’ennuient pour rester poli. je préférerais la légèreté des premiers textes Goodbye,colombus ou « Portnoy et son complexe. » .

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  27. @Paul
    ha ! tu as donc vécu ce genre de moments où l(on voudrait disparaître sous terre…

    Il existe un roman du genre « grosse ambiance chez l’écrivain » qui soulève, plutôt habilement toutes ces problématiques = « L’Ecrivain des ombres » de Philip Roth.
    Un livre assez complexe au final.
    Je l’ai lu avant de démarrer le Yoga de Carrère et au moment où l’ex-épouse de celui-ci montait au créneau, justement pour rappeler le contrat passé entre eux lors de leur séparation et rétablir, si j’ai bien suivi, quelques vérités (mais comment rétablir la vérité d’un ROMAN qui certes n’est pas totalement fictionnel mais l’est aussi ? vaste vaste vaste question …) …

    Un jeune écrivain juif écrit sur sa famille qui le lui reproche et l’envoie chez un éminent rabbin qui lui fait la morale sur le respect de la famille etc. (passage comique sur les entraves à la liberté d’écrire et comment y résister) (enfin, moi, j’ai trouvé ça drôle).
    Le jeune écrivain est admis à séjourner chez un écrivain qu’il admire. et là tout dérape. notamment parce que l’épouse pète les plombs (pas d’autres termes).
    Durant ce séjour, le jeune écrivain entre paralysie/crispation et quelques conversations au coin du feu avec son auteur favori (à tendance casanière) fait fonctionner son imaginaire, et au cœur d’une nuit d’insomnie et de tension, et rédige mentalement un petit roman sur Anne Franck (roman dans le roman + hommage décalé voire assez gonflé à Anne Franck, mais aussi au travail du romancier, libre de son matériau).

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  28. « L’oncle Octave faisait des vers. Non seulement il en fit d’assez beaux, mais il eut jusqu’au bout la passion de la poésie. Il se serait assurément consolé de n’avoir été ni heureux ni aimé, s’il avait eu la certitude d’être un grand poète. […]
    Il avait à mes yeux un grand prestige: c’était l’écrivain de la famille. […] Ce n’est pas une œuvre immortelle qu’il a laissée: ce sont des confidences que je suis seul à écouter, mais attentif comme personne. »

    « Il ne cessa de fumer que pour souffrir et mourir, les poumons dévorés. Il ne sortait plus depuis longtemps, le visage défait, l’œil douloureux, ne dormant plus, le feu dans la poitrine, et la mort l’attendant embusquée à chaque levée du jour, qu’il relisait Proust et me disait:
    — Au point où j’en suis, il n’y a plus que cela qui tient.
    Je lui ferais grâce de tout pour ce mot. Proust, Baudelaire, Pascal, tout ce que j’aime il l’aimait. Je lis ses vers et ne les aime pas. Mais cette destinée qui m’apparaît maintenant tout entière m’émeut comme si c’était la mienne. »

    « Je n’avais jamais imaginé [tout enfant] que l’oncle Octave pût vivre autrement qu’auprès de ma grand-mère, dans cette chambre qui puait le tabac, vieux garçon maniaque, personnage familier de mon enfance, et en même temps hors du commun et revêtu d’un mystère qui exigeait, précisément, la solitude. Souvent quand je voulais aller le voir dans sa chambre, on me disait:
    — Ne le dérange surtout pas. Il faut le laisser seul: il écrit.
    Voilà qi allait tout changer. Non seulement l’oncle Octave ne vivrait plus avec nous, mais s’il se mariait il ne serait donc pas un grand écrivain. Je détestai à l’avance cette femme. »

    José Cabanis, Le bonheur du jour.

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  29. et pourtant dieu sait que les épouses, les compagnes ou les compagnons sont les meilleurs témoins de ce que sont vraiment les écrivains qu’on vient interroger. Demandez toujours à la femme d’un écrivain ce que vaut son bonhomme. Sans même penser à l’ex campagne d’un Manu Carrère….
    Moi je dis, méfiez-vous toujours des écrivains qui vivent avec des chats dont ils se disent les esclaves, ce sont les pires de tous, comme le Général qui les appréciait, vu que c’était les seuls êtres vivants qui n’avaient pas peur de lui, (anecdote rapportée par J-N Jeanneney).
    Je crois qu’on n’a pas assez interrogé Mme Cabanis sur sa vie personnelle, publique et privée, elle aurait peut-être raconté que son mari n’avait pas été d’une grande aide dans sa carrière…
    Quelqu’un avait essayé d’écrire sur le sujet des « conjoint.es de l’ombre »… Mais la réf. m’échappe. Arggh… Ah oui, une certaine Mme Amette, peut-être ? 🙂 Jacqueline, je crois, mais je suis pas sûr de moi, là. La mémoire !

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  30. Sans doute cette solitude est-elle le prix pour rêver et créer » Les vrais livres sont les enfants du silence. et de la solitude, disait vous savez qui. On pouvait rêver, sur le salon virtuel du slalom, en voyant défiler l’ exemplaire du Roman de la Rose de Madame de Pompadour, une lettre de Proust expliquant le plan de la Recherche, et l un des rarissimes exemplaires non cartonnes de La Sorcière de. Michelet. Remarquable aussi cette lettre de Zola a Flaubert :  » Vous êtes notre centre. Quand vous n êtes pas la etc. proposée par Laurent Auxiettre . Un bien bel hommage alors que Zola vient d’écrire Nana , et qui est tout sauf une flagornerie. …

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  31. J’ai rencontré Margotte pas mal d écrivains chez eux, me recevant avec épouse et enfants ,et je peux vous dire que ça paraissait difficile à vivre.je me souviens de déjeuners assez tendus.Certaines épouses avaient le don de saisir l’occasion de ma présence( j’étais là pour écrire un papier..) pour rectifier, corriger,voire combattre tout ce qu’affirmait LE GRAND ECRIVAIN.Pénible.

    Les auteures,les écrivaines interviewées me recevaient plutôt dans le calme d’un bureau d’éditeur ou à une terrasse de café, ce n’est pas une loi,mais ce fut souvent comme ça.

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  32. Réflexion faite (et totalement bête) mais en lisant ce billet, je ne peux m’empêcher de m’imaginer à la place de Madame Cabanis. Franchement, après 3 livres à encaisser où apparaît cette Gabrielle qui a l’air si ceci, si cela, tant ceci, tant cela, ce souvenir si présent, ce fantasme rongeant et obsédant, j’aurais accueilli avec un grand soulagement les bouquins suivants de mon mari sur Charles X, Napoléon et St Simon.

    ça ne doit pas être évident tous les jours d’être conjoint(e) d’écrivain(e) … je veux dire, non seulement respecter, admettre, permettre des moments de repli et de solitude mais respecter, admettre, permettre cette liberté fondamentale de création et d’expression.

    Ne pas ruer dans les brancards, ne pas être obstacle à …

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  33. un conseil : « le soldat et le gramophone » de Sasha Stanisic (auteur bosniaque, ayant fui en Allemagne et qui écrit en allemand).
    comment la dernière guerre des Balkans enfle et fond sur une famille serbo-bosniaque et une ville, Visegrad (sur la Drina, celle du pont d’Andric).
    C’est pas mal.

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  34. ah Bon, bye-bye Mrs Dalloway. (c’est dire si j’ai du retard sur la lecture des billets).

    Ann Beattie c’est vraiment bien : c’est vrai ! bonne série de courts récits, en effet.

    « Yoga » d’Emmanuel Carrère me surprend et me plaît plutôt (comme majoritairement ce qu’écrit Carrère). Il parle de notre époque. Par ses « autofictions », il s’inscrit dans une certaine histoire : le tsunami d’il y a qqs années, l’URSS/La Russie, la Collaboration, la dépression, la famille, les potes, la littérature, ses apprentissages, l’attentat de Charlie Hebdo. J’aime bien avoir de ses nouvelles : est-ce qu’il va bien, est-ce qu’il va mal, ses amours, des menus faits, ses divagations, ses accès de nombrilisme, où il s’enfonce, où il s’écroule, où il se relève, ses saccages, ses tourments, ses voyages, ses rencontres ?
    C’est un reporter de lui-même.

    Quant au reste conseillé ici : pas le temps. Mais je fais ma moisson. 🙂
    A bientôt !

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  35. Sinon, à propos de J. Cabanis, j’ai été éblouie par La bataille de Toulouse ; je suppose que l’on a des impressions de lecture très différentes de ce roman selon qu’on a ou non lu Les jeux de la nuit auparavant.
    Quand on n’a pas de connaissance préalable de la relation entre le narrateur & Gabrielle (c’était & c’est encore mon cas), la composition du roman (l’agencement non linéaire de la narration, & ce qui apparaît comme une certaine réticence à fournir des informations, ainsi que le moment parfaitement choisi pour apporter qq éclaircissements par des retours en arrière (que ce soit au lecteur ou à un destinataire interne, en l’occurrence Gabrielle, à propos de la voisine châtelaine) semble à la fois audacieuse & parfaite. Peut-être ai-je vu du génie là où il n’y avait que le souci d’éviter les redites ?
    La lectrice non renseignée a donc été très impressionnée par cette économie, ces notations allusives — sans parler du contrepoint entre le passé & le présent, le récit emboîté & l’histoire qui l’englobe & résonne avec lui, & des réflexions sur l’écriture biographique à partir des difficultés de l’autobiographie (l’importance pour le jeune garçon de cette attente du père ds la cour & de tt ce qui y est associé).

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  36. Il faudrait donc voir la v.o. car, s’agissant de Le Carré, l’un ou l’autre terme est envisageable, même si l’évocation de la déception-déconvenue-désillusion/disappointment est moins attendue, plus originale (& psychologisante) que celle du mensonge-leurre-faux-semblant/deception-deceit).
    On ne braque pas le projecteur au même point de la chaîne (la déception s’intéresse à la « victime » plutôt qu’au manipulateur, à l’ (ex) dupe, au (dés)abusé, (dés)illusionné, (dé)trompé ; à la traversée des apparences aussi), Mais il y a un lien (en remontant de l’effet à la cause) avec le mensonge, la dissimulation, le brouillage délibéré aussi bien qu’avec l’aveuglement & l’erreur de jugement, la confiance accordée trop facilement, etc.
    En tt cas la connaissance du dessous des cartes, la compréhension des rôles & des mécanismes, relève de l’expérience vécue, d’où son amertume.

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  37. Paul Edel, si l’article était en anglais, il y a peut-être un léger malentendu car « deception » signifie tromperie, supercherie, imposture, mensonge & « self-deception » aveuglement.
    Faux ami donc, mais puisque la désillusion, la découverte de la feinte (& du rôle de dupe que l’on a joué), les masques qui tombent, etc. s’accompagnent de déception.

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  38. Mort de l’écrivain David Cornwell plus connu sous son nom de plume,John Le Carré.Un critique anglais avait touché juste en déclarant que le thème principal des romans de Le Carré n’est pas l’espionnage, c’est l’ exploration du labyrinthe des déceptions qui caractérisent les relations humaines

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  39. Oui JanssenJ-J
    Pierre Assouline est fair play depuis très longtemps à mon égard.Exemplaire de fidélité et d’attention. Très rare..Réconfortant.

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  40. Oui JanssenJ-J
    Pierre Assouline est fair play depuis très longtemps à mon égard.Exemplaire de fidélité et d’attention. Très rare..Réconfortant.

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  41. Charles X Roi ultra est un bouquin exclusivement à charge qu’il faut contrebalancer par le Sacre de la Dernièe chance, dont l’auteur m’échappe .Et ce charmant bouquin sur le Diable à la NRF ? Et celui auquel on pense peu sur la Coillection Espagnole des Princes d’Orléans, sottement vendue en 1848?
    Notons que la Bataille de Toulouse comme fait historique, la vraie, à quelque peu écoeuré Wellington des français… Trop de girouettes, trop d’accueil triomphal pour qu’il soit sincère… Cela doit jouer dans le choix du titre de Cabanis.

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  42. Bon merci, P, je vais aller commander « les jeux de la nuit » chez mon Leclerc, lundi. J’aime bien avoir une pile légitimée par des gars comme vous, hein, des conseilleurs solides sans souci d’actualités… !
    Pour le portrait de St Simon, je passe mon chemin… J’en ai trop lu, ai pu trop envie de le découvrir, je pense.
    Bon WE, A bientôt,

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  43. Janssen J-J,il est plus logique de commencer par « Les jeux de la nuit » Pour moi, le meilleur.. ».La bataille de Toulouse » a quelque chose de plus complaisant et des redites dans la tristesse et les souvenirs d’enfance entre Bagnères de Bigorre et Toulouse. Côté essai historiques, il faut lire le succulent « Saint-Simon l’admirable. » .

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  44. Je n’ai jamais lu ce Cabanis, en revanche j’ai fumé beaucoup de Canabis quand j’étais d’jeune. Personne ne m’a jamais parlé de cet auteur, hormis Stendhal qui évoquait le groupe des « idéologues » autour de Destutt de Tracy. Mais ce n’était pas le même. Je me demande quel serait le meilleur à lire, Paul, si je devais n’en lire qu’un seul. Merci par avance d’étancher ma soif. Je tiens le plus grand compte de vos conseils, en général.

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  45. C’est beau. C’est triste mais c’est beau.
    Il est vrai que l’on a envie de donner des claques à Albertine et des coups de pieds au cul du narrateur !
    Qu’écrire, après ça, ce chant du cygne, quand on ne donne pas dans la fiction soi-même ?
    Des autobiographies historiques, sous lesquelles sourdent les sentiments intimes.
    Un seul bémol, la photo de José Cabanis, où il ressemble à… Jean Castex !
    Un Jean Castex souriant…

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