Calaferte l’aerolithe

Un homme revient dans une grande demeure de la province française  après cinq ans d’absence. Il retrouve  Adrien, dans le jardin qui  lui fait admirer les roses, et Clémence, sa femme, qui ont entretenu le domaine en son absence. Ce couple aimerait connaitre  les raisons du départ et celles du retour de ce narrateur. Il est   « taiseux », singulier,  avoue  préférer les lieux aux présences humaines.Il s’arrête devant le soleil sur une lame du  parquet ou des voilages qui se gonflent en été.  Quelques scènes de son enfance reviennent,énigmatiques.L’incident  d’une griffure laissée sur une reliure d’un vieux volume et la recherche du coupable.  Ce solitaire  avoue  cependant pas mal de choses, son gout pour le retour vers une ou deux scènes du passé qui ont un tremblé particulier, son amusement d’une réception au cours duquel un couple bourgeois lui fait les honneurs d’une table bien dressée avec argenterie et vaisselle à filets dorés; il avoue aussi  son plaisir a sadique  à plaquer les femmes, mais c’est  révélé  d’une voix étouffée. Entre les phrases  des silence. Il   se souvient  d’une poule caillassée dans son enfance, cite des  épitres de Paul aux Romains, une lettre de Van Gogh. Il s’adresse à Dieu , il s’avoue  troublé par « la poésie de la femme »  est « avide de croiser les visages de femmes inconnues ». Alors pourquoi  se mure-t-il dans une solitude orgueilleuse, qui, soudain, ressemble à une tristesse  cultivée ? Qui est-il ? Que lui est-il arrivé ?  C’est l’énigme du récit, sa densité, sa puissance, car on se demande si il s’agit d’une méditation religieuse, une violence exercée contre soi, une attente becketienne, ,une  épiphanie ressentie au ralenti.. C’est  de toute manière une expérience intérieure avec une joie secrète  que la prose exprime admirablement. Saisissant.

 Ce narrateur  aurait pu annoncer son retour, entretenir des rapports de bon voisinage, renouer avec une ancienne maîtresse. Mais non. Il est presque revenu en cachette. Il s’installe vite dans le fauteuil de son bureau. « Rien de l’émotion que, souvent, j’avais imaginé devoir m’étreindre, ne s’est manifesté. » Il préfère penser à son ancienne maîtresse B.  « Cette demoiselle B., à Rome, qui s’ennuyait en ma compagnie, à stationner de longs moments devant les toiles dans les salles des musées. Et qui se gorgeait, le jour durant, de glaces au chocolat » .Il précise qu’il l’a  abandonnée  à Rome , sans prévenir. Elle n’habite pas loin, dans la ville voisine, il hésite à la revoir, sonner à sa porte,  car il s’est dépris d’une partie du monde. Laquelle ?  Pourquoi ? A la suite de quel évènement ? De quel drame ?  Ce texte est tout en  interrogations sur le mystère qui entoure ce misanthrope  qui dit  « je ».  Il rumine beaucoup dans le jardin au milieu des  rosiers,  prie ,ébahi par la beauté  des champs alentour qui  lui permettent d’admirer le ciel et de s’adresser à lui.

 Sa filleule Geneviève vient passer ses vacances auprès de lui.. Il se souvenait d’ une enfant. Or c’est presque une femme qui vient vivre sous son toit. Une incarnation de la pureté absolue ,mais aussi  l’image obsédante  d’une   Lolita qui devient un savoureux tourment sensuel.     Il écrit :»Elle est habituée à discerner dans les regards qu’on la trouve jolie. Elle n’est pas habituée à ce qu’on le lui dise ». Il fait visiter la maison à sa filleule,  et l’accable de souvenirs d’enfance. Dans la ville ou habite son ancienne maitresse, il se rend dans un hôtel sordide, monte avec une prostituée, ne fait rien , redescend. Non seulement le narrateur est misanthrope, mais aussi misogyne,  il trouve par plusieurs aspects les femmes « inférieures »mais elles le hantent. Négativité, angoisse, jubilation, excès, vie creusée de vide, tout est  jeté avec force. Certains chapitres (il y en a 72) sont bricolés de  quelques phrases. Implorations d’un moraliste façon  Grand  siècle . Voix blanche dans les ténèbres. Parfois, une seule phrase est lancée,  galet qui rebondit  sur une surface   de silence :  « Quand tout d’un être nous émeut ».

Le chapitre 40 détaille le corps de Geneviève. Joli blason .Je ne révèlerai rien de la fin.

On referme enchanté ce livre prière, ce livre-énigme Chaque mot possède un  son   mat  particulier.

***

  Extrait : « On ne connaît rien de ceux qui nous entourent, de ceux qui nous sont chers. On les regarde sans les voir, on les entend sans les comprendre, on les aime sans les pénétrer : ils disparaissent, étrangers à nous comme à eux nous le sommes; et, après nous, ce désert se prolonge. » .

 Disons-le, Calaferte est une énigme, une  étrange fissure dans le roman français. L’homme de l’écart et du fragment. Sa sourde violence immédiate ,ses flambées de prose brulent froid. Il cache un vertige, une sensualité,  une démesure .Il inquiète , dérange, interroge des limites, fascine,  secoue le lecteur  avec ses aphorismes d’une inquiétude concise passionnée.  Il a le  ton volontiers hautain, aristocrate, homme de l’écart. Il exprime une sournoise violence  blessée, refuse d’être l’ami du lecteur.Il ne nous fait jamais oublier qu’un écrivain est un homme qui tourne le dos à la société pour écrire. Sa voix altérée,presque enrouée, est  séductrice dans son contrôle d’un grand classicisme. C’est tout à fait exceptionnel cette expérience d’écriture d’un mystique de l’érotisme pris dans ses contradictions. Il n’a pas de pensée unique, ne construit pas de morale : il a  des hantises. Ouvre des espaces en trois lignes.Mais comme si tout était déjà fini.

Né le 14 juillet 1928 à Turin, en Italie, il émigre avec sa famille, dans la banlieue lyonnaise, au début des années 1930. Il y vivra une enfance marquée par la pauvreté et la xénophobie. La guerre puis la découverte de l’esclavage salarié en usine à l’âge de treize ans le marqueront à jamais. Requiem des innocents (1952), son premier livre, est remarqué par deux grands critiques qui n’ont pas l’admiration facile,  Kemp et Henriot.

“L’homme est une saloperie.” Ecrira-t-il. Il fera scandale avec « la mécanique des femmes », bouquin érotique qui serait sans doute impubliable aujourd’hui car les féministes » ultras  » brûleraient le livre.  Son « Septentrion »(1963), qu’il met quatre ans à rédiger, fut condamné par  les tribunaux pour son » caractère  provocateur et obscène ».Pendant vingt ans  des lecteurs « happy few »  se repasseront le bouquin sous le manteau . c’est là que  naitra ce club des fanatiques de Calaferte , ce noyau d’admirateurs qui ne cesse de grandir ( « grandir »? enfin ce que je me dis plutôt  dans mes jours optimistes..)

 »Septentrion »  ré -apparaitra en librairie en..1984. L’interdiction à la vente a provoqué  un vrai  désespoir chez l’auteur. Il a failli ne plus  jamais écrire. Cela nous aurait privé de quelques   beaux récits, dont cette « Rosa mystica » de 1968. Il a aussi écrit pour le théâtre, il a   tenu un journal intime, qu’il faut lire. Je reviendrai sur cette auteur ,mais j’aime inciter des lecteurs à apprivoiser  ce flamboyant  ascète  par la porte étroite de cette » Rosa mystica. »

28 commentaires sur “Calaferte l’aerolithe

  1. A propos de » Nœuds de vie » de Gracq , dans la section géographique et descriptive de bourgs, de routes, de forêts, de ceintures de banlieues et de villes ,peu aimées (Le Mans et Vierzon notamment) – et nommée « Chemins et rues », Julien Gracq parle d’un bourg sur la route qui mène de Caen à Vire . Il précise ceci : «Le Mesnil-Vilbert (je ne suis pas tout à fait certain du nom »)
    Or il se trouve qu’ayant vécu pendant une dizaine d’années tous mes étés et une partie de l’automne en Suisse Normande, près de Clécy, je connais parfaitement cette route pour l’avoir pratiquée à bicyclette, allant à Flers ou à Vire . La description qu’il fait ne laisse aucun doute : »Au Mesnil -Vilbert, de l’autre côté du vallon abrupt où la route plongeait, on voyait sur la crête d’en face, que les haies cessaient de cloisonner, se profiler en sentinelle les premiers genêts et les fougères d’une lande» Je reconnais immédiatement. le bourg et la vue du Ménil-Hubert-sur-Orne! A la lisière d’un moutonnement forestier etendu qu’on découvre immense avec ses landes.Il y a des coins très ensauvagés comme la roche d’Oëtre…endroit tout à fait fascinant.

    J'aime

  2. Passage d’un entretien entre Gracq et Jean Carrière (1986)

    Gracq- Je n’ai pas de réserves à l’égard des écrivains d’aujourd’hui. Je suis seulement un très mauvais lecteur de romans nouveaux ( je les abandonne le plus souvent vers la quinzième ou la vingtième page). La dernière très forte impression que j’ai ressentie en ce sens m’a été causée, il y a sept ou huit ans, par le Seigneur des anneaux, de Tolkien, où la vertu romanesque resurgissait intacte et neuve dans un domaine complètement inattendu. Mais je lis beaucoup d’essais, d’ouvrages critiques, de travaux d’histoire. D’où l’impression que j’ai -fausse peut-être et due aux déséquilibres de mes lectures- que cette littérature d’idées est dans la seconde moitié du siècle plus riche que celle de la fiction et de la poésie. Et, en tout cas, agit beaucoup plus sur le public qui compte – la consommation rituelle des livres de prix annuels soulignant le caractère anodin, inoffensif, convenu, que semble prendre la lecture romanesque.(…..) Je le répète: il n’est pas question de porter un jugement sur l’époque littéraire que nous vivons: il est bien trop tôt. Ce qui est sûr pour moi, c’est que vue à travers la lecture des ouvrages et des périodiques, la vie littéraire est devenue plus ennuyeuse que celle de l’avant et de l’immédiat après-guerre. J’ai quelquefois l’impression que j’en juge plutôt mieux parce que je vois très peu d’écrivains, et ne participe pas à l’activité littéraire quotidienne: quand on est plongé dans le mouvement du temps, bataillant, donnant ou recevant des coups, on a l’impression que tout reste autour de vous très remuant et animé. Par exemple, Breton ne voyait aucune différence d’intérêt, quand je lui en parlais, entre la vie du surréalisme des années vingt, qui nous semble de loin sa plus grande époque, et celle des années cinquante: il était toujours dedans, vitupéré, admiré, ferraillant, attaqué; il ne voyait pas de changement.
    Il est clair aussi que la littérature se provincialise, intéresse beaucoup moins le reste du monde. Une guerre mondiale perdue, cela compte, même si une agitation d’idées très voyante, à défaut de grandes oeuvres, a joué dans les années de l’immédiate après-guerre le rôle d’un rideau de fumée qui masquait la retraite, retardait le constat d’un amoindrissement. Mais il ne faut pas être pessimiste: les littératures des pays moyens et des langues en recul peuvent avoir de beaux restes.
    Il y a à propos de la littérature actuelle un phénomène qui peut aussi inquiéter. Normalement, un écrivain, à soixante-quinze, à quatre vingt-ans, n’est pas forcément oublié du public, mais de toute façon il produit moins, il perd le contact avec la vie de son époque. Il s’éloigne et il prend place sur un rayon déjà un peu éventé de la littérature qui se fait. Son temps est passé. La pleine force de la production littéraire, qui est représentée par les écrivains qui ont entre trente et soixante-ans, le repousse mécaniquement vers un demi-oubli respectueux. Je crois que les écrivains de ma génération, septuagénaires ou octogénaires, ne ressentent pas comme il serait normal, ou ressentent beaucoup moins, cette impression d’être poussés sur la touche par la génération qui les suit. Signe, apparemment, que cette génération n’a pas tout à fait rempli son contrat. Elle fait à ses aînés une vieillesse heureuse- mais ce n’est pas trop rassurant. »

    Aimé par 1 personne

  3. Marie Claire Blais a écrit ce me semble un magnifique « David Sterne »Le drame de la jeunesse hante ce livre à travers une figure rimbaldienne . Étant du Quebec, elle n’ est pas très connue du public français… Je ne sais même pas si elle a eu droit aux honneurs du poche. Bien à vous. MC

    J'aime

  4. « et même si on le lit encore »

    On ne le trouve plus en librairie ni dans les bibliothèques de la Ville de Paris, JJJ.
    « Paysage de fantaisie », adulé dans les années 70-80 est désormais totalement ostracisé !
    (si la mariesasseur lit ça, on est bon pour l’étiquette d’infamie dont elle a définitivement affublé Phil !)

    J'aime

  5. oui j’y ai pensé aussi, jzmn… par les temps d’hystérie qui courent, craignoss pour Paul…Je l’ai lu à la grande époque, le TD… Serais incapable de le refaire, donc inapte à dire s’il a tenu la route, et même si on le lit encore !… Bàv,

    J'aime

  6. « Mais on ne va pas jouer à cela »

    Non, JJJ. Surtout qu’avec Tony Duvert, Paul prend de sérieux risques !

    J'aime

  7. @ Le Clézio ou un Tony Duvert, une Marie Claire Blais ou un Benoziglio

    euh je connais mon incompétence, mais en dehors du premier qui a tenu sur la longueur, inégalement, je n’en dirais pas autant pour les trois autres… Le cabinet portrait de JL Benoziglio ne tient plus la route… enfin je trouve… Mais on ne va pas jouer à cela, hein PE, je serais pas sûr de gagner quoi que ce soit….
    Bàv

    J'aime

  8. Jazzi, je comprends ton attitude,mais il y a d’une part chez Gracq des ferveurs qui sont toujours exprimées avec des formules heureuses d’une grande justesse .Quant à ses angles d’attaque, c’est aussi d’un artilleur qui vise souvent juste. Sachons surtout les limites d’un Gracq, ou d’un Rinaldi: ils écrivent superbemebnt, rassurent tout le monde en installant une hiérarchie exigeante, ce qui permet aux lecteurs indifférents, aux paresseux, aux lecteurs distraits ou désinvoltes de se dire et de se rassurer,: »bon, je ne perds pas grand chose en n’achetant pas les nouveautés.. »Grosse erreur.. .
    je préfère les critiques « découvreurs » à ceux que j’appelle videurs ou flics qui jouent de la grosse matraque . Par découvreurs j’entends ce que furent un Nourissier, un Kanters,un Renaud Matignon dans les années 60-90 qui imposaient Un inconnu, Le Clézio ou un Tony Duvert, une Marie Clair Blais ou un Benoziglio,on peut les relire et ça tient le coup.. aujourd’hui, la promo commerciale crie aux chefs d’oeuvre chaque semaine,la boussole s’affole , on y perd un eu son latin..

    J'aime

  9. Bref, il ne se prend pas pour une merde, Paul. Les autres oui !
    Je trouve finalement la critique très indulgente à son égard.

    J'aime

  10. Jazzi, je ne crois pas à la « grosse tête » ,non, plutôt une volonté, dès sa jeunesse, de ne voir dans la littérature que les cimes et basta pour le reste.. après 1940-45 il se persuade d’un rapide déclin du littéraire, n’aimant ni Sartre,ni Aragon, ni Camus ni le Nouveau Roman…… Il n’aimait s’entretenir qu’avec des « pointures »: André Breton,Jünger, Mandiargues,mais ses préférences se portent vers les gloires mortes du XIX° et son « massif romanesque »,de Balzac à Zola.. Il n’en reste pas moins que ses ferveurs intimes et sacralisées se dirigent vers le noyau dure de la poésie moderne se méritent par une longue fréquentation sourcilleuse: Lautréamont, Stendhal,Rimbaud,Nerval. Il adore les réserves cinglantes notamment sur Balzac et Flaubert..,.. Il ne porte aucun attention au tout-venant de la production de son époque.Relis « la littérature à l’estomac »,c’est un coup de fouet!il juge avec un immense dédain l’existentialisme, le Nouveau roman,les nouvelles femmes, de Simone de beauvoir à Duras…l réduit Céline et Proust à de curieuses maquettes douteuses.assez stupéfiant quand même..
    Je soupçonne certains admirateurs de Gracq de ne l’aimer que pour cet perspective hautaine du châtelain retranché dans son bocage et ses brumes.il a la rudesse du hobereau anachronique retranché dans sa tour ;il juge anémique la littérature de son époque, incongru le tintamarre parisien et le » gendelettrisme »qui met à ses pieds le cadeau du Goncourt. .

    J'aime

  11. « toute la littérature d’après 1945 qui aboutit à produire, dit-il, une littérature de second ordre. »

    D’où son « je n’ai plus de confrères », Paul !
    Après moi, le déluge, en somme.
    Il a pas un peu pris la grosse tête ?

    J'aime

  12. Jazzi,Les « nœuds de vie » de Gracq sont tout à fait dans la ligne de « en lisant en écrivant », descriptions parfaites de paysages déjà arpentés par ce grand géographe, considérations brèves et éclairantes sur l’histoire,notamment Robespierre.., On retrouve des souvenirs hantés par la guerre et la débâcle de 4O.., retours familiers sur écrivains aimés et lus et relus:Lautréamont, breton, Stendhal, son Nerval, etc.. a noter plus d’agacement et de franches volées de bois vert pour les dramaturges, critiques littéraires ,commentateurs des années 70 qui accrochent leurs commentaires aux grandes œuvres jusqu’à les faire disparaitre de notre vue sous des couches qui forment glue et plâtras plutôt que clarté…. en vieillissant, Gracq est cinglant pour toute la littérature d’après 1945 qui aboutit à produire,dit-il,, une littérature de second ordre.
    A voir.. à voir.. Pour le reste toujours les mêmes qualités qui lui sont reconnues:une écriture gourmande,précise, savoureuse, parfois surveillée, et qui frôle la préciosité ou la belle rédaction-modèle.Enfin toujours, un regard aigu sur les écrivains dont il nous entretient avec ses réticences et écorchures sur les grands noms:Proust, Flaubert.Découvrir éreintement suave de Hugo que j’ai relu trois fois en éclatant de rire…donc, un exercice de haute volée qui est l’équivalent en littérature de ce qu’est le cadre noir de Saumur pour le cheval..Nous restons sur les bords de Loire. enfin je lui reprocherai toujours de décrire la ville de Nantes avec plus d’amour que Rome, là, faut quand même le faire.. A noter, un commentaire épatant sur Gide, et une méditation bien morose et prenante sur ce qu’il voit de la Loire de sa fenêtre(page 46) le moment émouvant,, comme un adieu à cette terre, serein. Rien d’autre à en dire.
    Assouline en a bien parlé.

    J'aime

  13. Oui, Paul. Là je sais que tu converses avec plaisir sur la tombe de Gracq et l’on attend avec impatience ta relation de ses Noeuds de vie…

    J'aime

  14. Non Jazzi, je ne suis pas resté bloqué au Nouveau Roman. J’aime lire ces dix dernières années Olivier et Jean Rolin , Marie Ndiaye, Le Guillou, Michon, Le Clézio qu’il est de bon ton de moquer depuis son Nobel… . Enfin c’est vrai je ne suis pas fanatique de Perec ni par cette littérature –jeu de l’oie, parfois littérature à fiches, dans le sillage du structuralisme, littérature tirée au cordeau ,froide pour moi. Les oulipiens, je les trouve laborieux et gris , malgré leur volonté d’être des « joueurs ». La seule dans la lignée « sociologique » de Perec, et qui sait bien parler de la société de consommation, c’est la grande Annie Ernaux
    De cette génération, je préfère Chamoiseau, Claude Simon, Edouard Glissant, Robert Pinget, Robbe Grillet , Véronique Olmi, Jacques Teboul, André Rollin,ou Marguerite Duras c’est vrai. Je ne parle pas des contemporains sur ce blog , je préfère veiller sur les charmeurs oubliés, m’asseoir sur leur tombe un bouquet de fleurs des champs à la main, écoutant la lointaine fanfare de leurs mots passer avec des éclats de cuivre derrière le mur(je pense à Audiberti ou Giono)…. oui papoter avec leur mots d’anciens vivants, leurs livres pleins de rues, de femmes, de voisins, de villes, de campagnes, comme Calaferte ou Bataille, Mandiargues ou Jouve. Je te le redis, je suis devenu gardien de cimetières pour écrivains à l’écart :mes amis, compagnons, ma famille de toujours, depuis les heures d’étude du lycée Mézeray, faisant la ronde dans mon cirque mental ,comme les comédiens de « Huit et demi » de Fellini qui se tiennent par la main dans leurs pluies de souvenirs et une musiquette de cirque…. Tu dois me comprendre, toi qui es un opiniâtre flâneur des cimetières. J’aime beaucoup ceux de Rome, certains longés par des tramways ferraillants grinçants qui, trois stations plus loin déversent à midi lycéens braillards, petits vieux tirés à quatre épingle, mutilés à lunettes de soleil, chair et vie des secrétaires à jupes étroites ou Hôtesses de l’air rejoignant leur hôtel préféré dans l’ultra blancheur de la Porta Maggiore.

    J'aime

  15. Merci, x, j’aime beaucoup cette littérature oulipienne un peu zinzin, mais j’ai le sentiment que Paul Edel est moins porté sur la chose. Il cite très peu Georges Perec. Il doit être resté bloqué au Nouveau Roman ?

    J'aime

  16. Elena – « dans la Nâ »- Elenana
    Eh… les nanas !?
    On se calme.., c juste pour voir si ça passe ou ça casse icite- passacaille à passoul)
    Bàv,

    J'aime

  17. Oui, Elena c’est dans « dimanche m’attend » mais il semble bien aussi qu’on trouve aussi la même remarque d’Audiberti exprimée dans la Nâ » mais il faudrait vérifier..

    J'aime

  18. Pardon encore, Paul Edel, x insiste sottement pour squatter encore un peu & répondre ici à Jazzi ; il paraît que c’est une urgence, alors elle espère votre indulgence :

    Jazzi, s’il s’agit avec cet inventaire d’un travail encore en cours, je te signale le livre de Thomas Clerc, Intérieur.
    Il fonctionne précisément sur le mode de l’autoportrait sous forme d’inventaire (im)mobilier (qu’il place sous le patronage de RB : « Roland Barthes l’a fait remarquer dans ses notes de Cours au Collège de France […] la “pharmacie d’1 individu est son autobiographie”. N’ayant fait qu’étendre cette remarque à l’ensemble de mes possessions territoriales, et fidèle à la règle topographique qui est la mienne dans cette sorte d’inventaire […] »
    Tout y passe, dans l’ordre et la disposition de l’appartement, des clefs de la porte d’entrée à la chambre, en passant par le tapis de la salle-de-bains et la cuisine, ou l’histoire d’une pièce de mobilier administratif récupérée non sans mal dans la rue, les piles de livres à lire et la vue par la fenêtre. Tout, sauf les objets présents chez lui mais qui ne sont pas les siens et qu’il ne se reconnaît aucune légitimité à décrire, de peur de trahir « des secrets qui ne [lui] appartiennent pas ». (Sous cette forme il est donc possible de se « mettre à nu » sans obliger d’autres vies que la sienne à un strip-tease involontaire.)

    Quelques extraits « réflexifs » (l’inventaire lui-même est nécessairement différent, mais ses motivations, les raisons de l’entreprendre, peuvent être communes)

    « Si je n’avais la conviction que l’archive, comme la Littérature, dit le vrai. Certes, les qualités discursives témoignent mieux que l’énoncé de faits et des pièces qui condensent sèchement la biographie d’1 homme, mais cet argument a si souvent été employé pour masquer la réalité matérielle des conditions d’existence […]  » *
    « S’émerveiller du monde technique est 1 moyen comme 1 autre de passer 1 bon moment avant la mort ; faire chanter l’eau du robinet, c’est puiser 1 cliché poétique (de même, quand je prends l’ascenseur, je me dis que je rencontrerai peut-être les dieux de l’Olympe ; dans 1 parking, j’espère croiser Orphée). »
    « Le travail des magazines de décoration consiste à présenter des maisons sans aucune trace de travail ».
    « Décrivant cette table, je tombe dans le piège que me tend 1 vision idéale et mensongère, celle des agences de voyages où il ne pleut jamais, et des catalogues où tout apparaît propre et parfaitement rangé. […] Au moment où j’écris ces lignes, elle offre le spectacle d’1 champ de bataille criant de prosaïsme ».
    « La vie est de la théorie usée par la pratique. »
    « L’accusation de consumérisme et de grand déballage […] il faut l’adresser à toute 1 époque sinistre, égotique et moyenne. »
    [Ses vêtements] « En multipliant mes incarnations provisoires, ils me signalent mon propre vide. J’entends le célèbre cri du « marchand d’habits ! avez-vous des habits à vendre ? » qui résonne dans ma tête pleine de poussière et de références ».

    * Tous les nombres figurant dans le texte sont écrits en chiffres ; chaque fois que je les ai rencontrés j’ai eu une pensée pour Audiberti qui détestait cela (pour des raisons esthétiques) et considérait qu’il fallait les écrire en toutes lettres afin de ne pas rompre l’harmonie visuelle de la page (je crois que c’est dans Dimanche m’attend).

    J'aime

  19. Pour Jazzi, de la part de x (qui se met en congé des blogs) — avec la permission de Paul Edel :

    Chose promise, chose due. Marcel Cohen Autoportrait en lecteur (Éric Pesty Éditeur), en cinq chapitres.
    J’avais au départ l’intention de trier par rubriques les matériaux de la mosaïque : art exercé par la personne citée (cinéastes, critiques littéraires, peintres, philosophes, poètes, romanciers) et/ou par domaines (allemand, anglais, américain, espagnol, hongrois, russe) et/ou par « support »/medium (articles de journaux, carte de vœux, conversations personnelles, émissions radiophoniques ou télévisées, livres) et/ou par thèmes (anecdotes, aphorismes et bons mots, l’angoisse, l’art, les camps de concentration, citer, l’écriture, l’extermination des juifs, guerre de 14, l’identité, l’intelligence, la mélancolie, la violence).
    À l’arrivée je me suis rabattue sur l’ordre alphabétique : même problème (évidemment) que pour ranger sa bibliothèque, les intersections entre les catégories.

    Il n’y a pas d’index*, mais les notes de fin sont très bien faites  : références + parfois quelques mots d’explication ou des précisions indispensables (par exemple dans un roman, à quel personnage les propos cités sont attribués, ou lorsqu’il y a chaîne de citations, les propos choisis ayant été déjà rapportés par un autre auteur ou un journaliste :E. M. Forster cité par S. Bellow, ou Paul Klee par Georges Perros)

    Adorno, G. Agamben, Cholem Aleikhem, Woody Allen, Ivo Andrić, Auden, Bachelard, Bataille, Beckett, W. Benjamin, M Blanchot, Alexandre Blok, Hermann Broch, Bill Bryson, Martin Buber, Roger Caillois, Elias Canetti, Paul Cézanne, V. Chalamov, Cioran, Coleridge, Robert Creeley, Michel Deguy, Duchamp, Jaxques Dupin, T.S. Eliot, Hans Magnus Enzensberger, Flaubert, Louis-René des Forêts, Robert Frank, Jean Frémon, Maw Frisch, Gide, Ivry Gitlis, GAG (Goldschmidt), Ramón Gómez de la Serna, Roger Grenier, Simon Hantaï, Hemingway, Ludwig Hohl, V. Jankélévitch, Alexandre Jardin, Joseph Joubert, Ernst Jünger, Kafka, P. Kéchichian, Alexander Kluge, Dezső Kosztolányi, Karl Kraus, Milan Kundera, Roger Laporte, Cl. Lévi-Strauss, Lichtenberg, Clarice Lispector, Ernst Lubitsch, Gérard Macé, K. Malevitch, Katherine Mansfield, A; Malraux, Charles Mauron, Pierre Morhange, J-L. Nancy, Erich Neumann, Novalis, George Oppen, Gilles Ortlieb, Orhan Pamuk, Pessoa, Fr. Picabia, Gaëtan Picon, Alejandra Pizarnik, Edgar Allan Poe, Fr. Ponge, J.-B. Pontalis, Antonio Porchia, Proust, de Quincey, Jacques Rnacière; Reverdy (Le Livre de mon bord), Sviatoslav Richter, Philip Roth, Carl Sagan, W.G. Sebald, M. Serres, Gertrud Stein, Susan Sontag, Stendhal, Wallace Stevens, Cy Twombly, Bram van Velde, Roger Vitrac, Keith Waldrop, Rosemarie Waldrop, Mae West, Virginia Woolf, John Yau, Louis Zukofsky

    * ne pas trop se hâter de déduire quoi que ce soit d’une absence apparente, c’est peut-être un oubli de ma part (à mon avis il sont nombreux).

    Contrairement aux apparences, le livre est plutôt « léger » : présentation aérée et sur ses 145 pages, les citations (courtes) n’en occupent qu’environ 110.

    J'aime

  20. Faire cohabiter Mitterrand / Chardonne / Calaferte … amusant.

    Il faut vous dire que je n’ai lu de ce dernier « que » (car c’est déjà pas mal) « Requiem des innocents ». une vision bien corsée de l’enfance et de la famille dans mon souvenir. ça vit et cogne dur à tous les étages et pages et on ne peut pas dire que l’écriture laisse indifférent, ni les thèmes abordés qui gardent leur pertinence encore à ce jour (je n’emploierai pas le mot fraîcheur, très mal adapté à Calaferte). gros talent d’écriture même, je dirai. sans doute plein de problèmes avec la censure, non ? Henry Miller à côté, quoique ce ne soit pas tout à fait comparable (mais disons que c’est un contemporain provocateur), c’est de la gnognotte.

    Enfin, ça me renvoie aux temps anciens, où un collègue essayait de me convaincre de lire Céline, Miller, Bukowski …

    J'aime

  21. Hors sujet, F. Mitterrand, grand lettré, amateur de littératures et du charentais J. Chardonne en particulier, aurait eu 25 ans de plus aujourd’hui.

    J'aime

  22. « Quand tout d’un être nous émeut », belle formule — c’est exactement ça.

    Je n’ai pour l’instant lu que deux livres de Calaferte, dont Promenade dans un parc, assez mystérieux aussi (l’autre, C’est la guerre, autobiographique, suit un dispositif différent).
    Je note donc ces deux titres.

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s