Du Mans à Saint-Malo, joie du retour

Le  TGV  traverse le Mans (drôle de ville avec son vieux quartier perché dominant des horreurs modernes) puis à nouveau   les pentes des champs.

Dans le rectangle de la vitre  limpide,  prés et herbages   montent, descendent, tremblent, s’éloignent, se cachent derrière une église,  la corne d’un bois ,puis soudain  steppe bien plate avec de légères modifications de couleurs pâles que coupe la tranchée  verte d’une sapinière , un étang miroite, des  poteaux électriques scandent et rythment  les accélérations, on voit défiler en flou les talus, les collines, les fermes, les vallons et les lignes d’arbres  de clôtures ,et enfin  le TGV vire  doucement à  tribord après la gare de Rennes. On pénètre alors  le pays Gallo si feuillu, caché, maternel, avec des chemins creux, des rivières cachées, un canal entrevu par moments,   C‘est le superbes bocage   avec  des hangars et fermes  à peine aperçus, des  bungalows neufs isolés, ,quelques masures dans un carnage d’herbes hautes, les paillettes du soleil dans des saules, des peupliers scintillants comme si tout le passé paysan revenait de siècles oubliés,  puis  des chaumes, l’eau passe,  des cieux bleus éternels,  en épaisseur, des nuages qui n’en finissent jamais d’accompagner le TGV et des bornes , des transfos, quelques filles blondes dans une gare déserte traversée à pleine vitesse, encore   le lointain figé des nuages, les bas cotés herbeux, épis et brillantes collines , qui s’élèvent puis retombent dans la vitre ; quelques maisonnettes à jardinets et linge étendu, un carrefour dans sa solitude au milieu  d’une clairière, puis à nouveau des  pénombres touffues , des ruisseaux enfouis au ras des masses de feuillages, toute une série d’enclos, on  se sent happé par   la sourde tension de terres grasses,  attiré par des  damiers irréguliers    de petits champs à vieille barrière, avec des laisses d’eau boueuse ,des  haies encore brillantes d’une ondée récente, des champs de choux pimpants au soleil, la terre qui fut immense  devient enclos, ruisseaux, vase verte, haies  serrées, ,niches à oiseaux, quelque chose de plus herbu et de plus dru  attire dans sa succulence, comme si  cette contrée bocagère, isolée, creusée, abritée  restait délicieusement préservée, dans  sa sauvage retenue, à l’écart des    folies de  toupies  de béton,  des abstraits plans de l’« aménagements du territoire »  et des chantiers qui saccagent  le pourtour  des villes . Ici, des jeux de nuages, le glacis d’une averse rapide, des sentiers tapissés de bouses, de talus, d e brassées d’ orties, et  enfin l’ ouverture   finale d’un  ciel  arène bleu pâle qui s’élargit   et annonce la petite gare de  Dol.

On s’arrête devant  quelques bâtiments délabrés et leur carcasse de fer tordu, puis, après avoir contourné la ville comme une belle salamandre rouillée , voilà enfin  les étendues  des marais ,une lumière crue et vaste. Elle  frappe puis  révèle des  lignes de saules veloutés  et des peupliers d’un argent qui tremble sur la poussière blanche, si étale,  qui divise de minces    eaux plates à perte de vue. Les hivers anciens y logent encore, et la brise de mer filigranée de boqueteaux.

Cathédrale de Dol vue de la rue Ceinte.

Exaltant.

Le soleil faible colore les maisonnettes comme des ruines. Parfois un verdoiement spectral  glisse dans la vitre. .Voici  que s’ouvre à perte de vue  les vastes  terres blanches  du marais  et les  terres noires  quand on approche de la baie de Cancale. Un tourbillon de passereaux s’élève et monte vers   de hauts nuages, traces grises prises dans  les courants  tranquilles .Parfois le treillage métallique d’un passage à niveau ,un café buvette , son crépi gris. 

  Ici une zone pavillonnaire borde une   route surélevée de goudron d’un noir tout frais. Des branches griffent  la vitre,  et toute cette continuité de plus en plus plate et de ciel de plus  en plus immense    ne rejoint pas les  lignes  des rails et talus, un abime : on respire grand, large, le ciel s’ouvre en approchant de la mer… Puis les hangars poussiéreux, des routes goudronnées devenant rues, maisonnettes alignées,  puis petits immeubles cubiques, usine à phosphates,   et  les terrains de sport, puis croisement rapides  d’autres voies ferrées avec de l’herbe folle ,des parkings, enfin les quais de  la gare de Saint-Malo ,  avec ses lignes    des lampadaires. Arrêt. Secousse.  Les jeunes sportifs   rebondissent sur le quai, voyageurs  serrés , foule  troupeau en ruée vers la sortie parmi un fouillis  caddies.

21 commentaires sur “Du Mans à Saint-Malo, joie du retour

  1. Ken Folett (Les Piliers de la Terre et autres briques) vient d’offrir un don d’agent conséquent pour la restauration de la Cathedrale de Dol. On ne dira pas qu’il a cherché un monument célèbre et facile enchoisissant la cathédrale la plus méconnue et la moins touristiques des Evechés bretons.
    (5 lignes dans le Figaro de ce matin)

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  2. La dernière image me fait très mal. Elle me rappelle la maison et le pré familials du nord de la Drôme vendus

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  3. Dol c’est l’ évêché mal aimé, à l’écart des routes touristiques. Il se mérite, à l’image des oeuvres de son mystique Jean de St Samson.. on a pu faire des efforts autour du Mans pour gommer la tragédie de Conlie, mais les spectres de l’ armée bretonne levée par Keratry en 1870 sont toujours là. Page honteuse écrite par Gambetta au mépris de l’ intérêt général. Là dessus, Le Mercier d’Erm , Keratry lui-même, la Borderie, ont écrit des pages éloquentes qui ne sont pas à la grandeur de Marianne lll. J.´y renvoie. MC

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  4. JC parmi les vaches, j’aime la Salers, elle a une robe rouge brique, des cornes magnifiques, rumine sur les pentes d’Auvergne imaginez , c’est une bonne laitière et sa viande est exquise, sacrée vache, vache sacrée.

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  5. Confidentiellement, les plus belles vaches posent leur cul dans les fauteuils de Bercy et plus généralement ceux, cossus, de l’Administration Publique.

    Ah la vache ! Toucher de l’oeil un cul de Procureure…quelle aventure inoubliable !

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  6. on épie et on se sent épié

    ..pister les rencarts des amoureux..je me souviens d’avoir flippé à mort tapi en planque dans un galta d’un abris a bestiau..si j’avais été vu j’étais fait..mais ouf..j’ai été récompensé..c’était bien

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  7. la bolée de cidre..le calva c’est bien..au mans polo y faisait le plein de jasnière..pas facile a dégoter et 3 cartons te rembourse ta carte seignor qu’elle dirait térezoune

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  8. J’ai vécu, Jazzi, mes étés d’enfance dans le bocage normand entre Vire, Flers, et bcp la suisse Normande entre Pont d’Ouilly Clécy et les rives de l’Orne si ombragées avec la petite brume des moucherons sur des bras d’eau morte, le soir. Le bocage est un retour vers ces images, c’est le vrai fond de ma mémoire la basse continue de ma mémoire.Ces paysages me hantent. Refuge et liberté ,je m ‘y sentais enfant braconnier,anonyme dans sa liberté,un peu chat en vadrouille pendant des heures, un simple vieux mur d’étable était mon ami.. que dire des joies enfantines du matin dans la brume qui stagne sur un champ, Ou le virage d’une route tiède,au plein de l’après midi d’été…Quel refuge et cachette, on épie et on se sent épié par des petits animaux furtifs qui brisent des branchettes ou s’enfouissent sous des feuilles. .

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  9. Jazzi. .je venais de Paris en, TGV et je n’ai pris mon petit carnet à spirale et mon stylo qu’à partir de la Gare du Mans. le simple épaississement des verdures, la multiplication des taillis,clôtures, haies, et des chamsp en pente me fascine.

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  10. Mais qu’allais-tu faire au Mans, Paul !
    Uniquement pour t’offrir le plaisir de revenir à Saint-Malo ?

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  11. Ce serait presque aussi beau que du fil Jaccotet, comme une synthèse raisonnée de Gracq et Bernanos entremêlés en terres Gaste. Mais surtout, l’audacieuse richesse des allitérations chuintantes, tels ces merveilleux champs de choux pimpants. Avec Ch,, nous aimons beaucoup la succulence de ces herborescences bocagères, à l’arrivée d’en gare de la Ciotat. Une prochaine rando sur la route des Ducs pour regarder passer les TGV, avec le père Ollivier ? En route, amis voyageurs. On y croisera peut-être Maxime et Gustave, leurs mânes, veux-je dire https://www.letelegramme.fr/bretagne/bernard-ollivier-face-a-une-menace-on-subit-ou-on-bouge-29-04-2020-12544831.php.

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  12. Merci pour la petite video.Ici, dans l’anse Solidor à Saint-malo , tout l’hiver, il y a de petites bernaches sympas qui barbotent dans l’eau ou se dandinent avant de remonter vers le Nord au printemps.

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