Rimbaud, un tout…

S’il y a un Rimbaud émouvant, c’est celui qui fait silence  littéraire absolu  en 1875.  Mais c’est à ce moment-là,  qu’au lieu de se contenter d’une vie ordinaire, il surprend tout le monde. Il apprend l’allemand, il part en Allemagne, en 1876,il se fait enrôler dans l’armée coloniale hollandaise, il aborde à Sumatra, puis il est porté déserteur, il change de nom, embarque à Samarang sur un navire Ecossais, revient en Angleterre. Regagne les Roches. En 1877 il écrit sans succès au consul des états unis pour s’engager dans la marine américaine, il travaille dans un cirque. Il refait des séjours à Charleville dans sa famille qu’il aime.. En 1878, en octobre, il traverse à, pied les Vosges, la Suisse,  arrive à Gênes il s’embarque pour   Alexandrie  trouve du travail à Larnaca à Chypre. C’est en 1880 qu’il part pour l’Afrique et là, toutes ses lettres sont à découvrir, lire et relire. Méditer. Son travail chez Bardey à Harar, ses démissions, ses fièvres, ses retrouvailles chez Bardey. En 1883 il gifle un magasinier  et a des problèmes…en 1885 et 86, il devient trafiquant d’armes il livre dans des conditions périlleuses  2040 fusils et 6000 cartouches, Il apprend les langues des tribus.. etc etc.. Il veut connaitre le roi du Choa en abyssinie orientale,la côte d’Obock,les côtes dankalies et somalies ,les  pays incontrôlés par les europeens, la géographie, la topographie, les coutumes, faire des photos, comprendre les mœurs, devenir riche, il prend tous les risques dans des zones incontrôlées et ne cesse jamais d ‘écrire à sa famille pour dire ce qu’il veut, ce qu’il désire, aime. Et cachant, par  délicatesse, ses dangers, ses risques énormes,  ses échecs.

Ses lettres, à mon avis,  font partie intégrante et capitale de son œuvre, c’est un parcours total, insécable,  et c’en est une part capitale.  son étonnante marche à la brulure, a la fièvre d’exister. vivre libre, intensément, oublier l’Europe et ses vieux  parapets, être riche,   trouver enfin son « livre nègre » . On ne peut pas séparer le Rimbaud  collégien poète, du Rimbaud brulé de soleil, avec son rejet de l’art, si brutal. C’est une seule trajectoire. La vie africaine  violente –mais avec des buts soigneusement étudiés- poursuit l’œuvre littéraire. Comment ne pas être ému à  lire cette lettre à sa famille le 6 mai 1883

Rimbaud à Harar

« Mes chers amis,

Isabelle a bien tort de ne pas se marier si quelqu’un de sérieux et d’instruit se présente, quelqu’un avec un avenir. La vie est comme cela, et la solitude est une mauvaise chose ici bas. Pour moi, je regrette de ne pas être marié et avoir une famille. Mais, à présent, je suis condamné à errer, attaché à une entreprise lointaine, et tous les jours je perds le goût pour le climat et les manières de vivre et même la langue de l’Europe. Hélas ! à quoi servent ces allées et venues, et ces fatigues et ces aventures chez des races étranges, et ces langues dont on se remplit la mémoire, et ces peines sans nom, si je ne dois pas un jour, après quelques années, pouvoir me reposer dans un endroit qui me plaise à peu près et trouver une famille, et avoir au moins un fils que je passe le reste de ma vie à élever à mon idée, à orner et à armer de l’instruction la plus complète qu’on puisse atteindre à cette époque, et que je voie devenir un ingénieur renommé, un homme puissant et riche par la science ? Mais qui sait combien peuvent durer mes jours dans ces montagnes-ci ? Et je puis disparaître, au milieu de ces peuplades, sans que la nouvelle en ressorte jamais.
Vous me parlez des nouvelles politiques. Si vous saviez comme ça m’est indifférent ! Plus de deux ans que je n’ai pas touché un journal. Tous ces débats me sont incompréhensibles, à présent. Comme les musulmans, je sais que ce qui arrive, et c’est tout.
La seule chose qui m’intéresse, sont les nouvelles de la maison et je suis toujours heureux à me reposer sur le tableau de votre travail pastoral. C’est dommage qu’il fasse si froid et lugubre chez vous, en hiver ! Mais vous êtes au printemps, à présent, et votre climat, à ce temps-ci, correspond avec celui que j’ai ici, au Harar, à présent.
Ces photographies me représentent, l’une, debout sur une terrasse de la maison, l’autre, debout dans un jardin de café ; une autre, les bras croisés dans un jardin de bananes. Tout cela est devenu blanc, à cause des mauvaises eaux qui me servent à laver. Mais je vais faire de meilleur travail dans la suite. Ceci est seulement pour rappeler ma figure, et vous donner une idée des paysages d’ici.
Au revoir,
Rimbaud.
Maison Mazeran, Viannay et Bardey,
Aden.

Aden, ,Rimbaud y séjourna

« Les années se passent, je mène une existence stupide, je n’amasse pas de rentes, je n’arriverai jamais à ce que je voudrais, dans ces pays », écrit-il encore d’Aden le 15 janvier 1885, et, à sa mère, qui l’engageait à revenir en France : « Les gens qui ont passé quelques années ici ne peuvent plus passer l’hiver en Europe ; ils crèveraient tout de suite par quelque fluxion de poitrine. Si je reviens, ce ne sera donc jamais qu’en été, et je serai forcé de redescendre, en hiver au moins, vers la Méditerranée. En tous cas, ne comptez pas que mon humeur deviendrait moins vagabonde. Au contraire. Si j’avais le moyen de voyager, sans être forcé de séjourner pour travailler et gagner l’existence, on ne me verrait pas deux mois à la même place. Le monde est plein de contrées magnifiques que les existences réunies de mille hommes ne suffiraient pas à visiter. Mais, d’un autre côté, je ne voudrais pas vagabonder dans la misère. Je voudrais avoir quelques milliers de francs de rente et pouvoir passer l’année dans deux ou trois contrées différentes, en vivant modestement et en m’occupant d’une façon intelligente à quelques travaux intéressants. Mais… l’on va plutôt où l’on ne veut pas, l’on fait plutôt ce qu’on ne voudrait pas faire et l’on vit et décède tout autrement qu’on ne le voudrait jamais, sans espoir d’aucune espèce de compensation. »

Rentré dans son emploi, par suite de la reprise des affaires du Comptoir, il s’y impatiente, veut partir à Bombay, au Tonkin, au canal de Panama. Finalement, en octobre de la même année 1885, il lâche les commerçants d’Àden :

« Quand vous recevrez ceci, je me trouverai probablement à Tadjourah, sur la côte du Dankali annexée à la colonie d’Obock. J’ai quitté mon emploi à Aden après une violente discussion avec ces… (illisible)… qui prétendaient m’abrutir à perpétuité. J’ai rendu beaucoup de services à ces gens, et ils s’imaginaient que j’allais, pour leur plaire, rester ici toute ma vie. Il ont tout fait pour me retenir, mais je les ai envoyés au diable avec leurs avantages et leur commerce, et leur affreuse maison et leur sale ville. Sans compter qu’ils m’ont toujours suscité des ennuis et qu’ils ont toujours cherché à me faire perdre quelque chose. Enfin qu’ils aillent au diable ! Il me vient quelques milliers de fusils d’Europe : je vais former une caravane et porter cette marchandise à Ménélick, roi du Choa. Si cette affaire réussit, vous me verrez rarriver en France vers l’automne de 1886 pour acheter de nouvelles marchandises moi-même. Si je pouvais, après trois ou quatre ans, ajouter une centaine de mille francs à ce que j’ai déjà, je quitterais avec bonheur ces malheureux pays. »

55 commentaires sur “Rimbaud, un tout…

  1. Christiane, je précise pourquoi j’aime tant ce texte…
    Ce qui est curieux, c’est que ce roman , « Entre les actes » publié de manière posthume, fin 1941, quelques mois après la noyade volontaire de l’auteur, laissa la critique anglaise perplexe, mitigée et en gros, déconcertée… il faut avouer que le livre est si novateur !..le suicide de l’auteure perturbait de toute façon l’accueil.. On évoqua même une soi-disant « perte de contrôle ».Alors que dans les années 1980, la critique anglaise souligne les innovations stylistiques, et notamment à la tonalité d’humour et le passage de plans parodiques avec des flux étonnamment libres des sensations et des échappées d’images intimes obsédantes. Ce flux mental, ces images je dois le dire, m’impressionnent. Le roman vibre autrement, avec urgence et brutalité. VW capte des instants volatiles, l’éphémère dans les secondes d’une journée et parmi tous ces personnages qui jouent à être d’autres personnages plus nobles ,ou plus triviaux. Mais toutes nos journées, à y regarder de pres, miroitent dans le mental, cette terre étrangère à nous-mêmes, comme notre passé et forme une projection d’une intensité qui me touche.
    Le fait aussi que cette journée de juin 1939, dans cette demeure nommée Pointz Hall, soit axée sur une représentation burlesque ( une femme de ménage devient reine en s’accrochant des tampons à récurer aux oreilles ) permet à l’auteure de payer une dette reconnaissante à l’histoire théâtrale anglaise, depuis les Mystères du Moyen âge aux comédies si brillantes de la Restauration du type Congreve, sans oublier les Elizabethains.
    Le théâtre permet à Woolf de passer s d’un bond d’un seul de la vie nue et ordinaire des villageois aux fastes anciens de la Grande Histoire Anglaise, sa moirée tapisserie de chronique historique, à un moment où l’Angleterre risque d’être envahie et dominée par le nazisme c’est très émouvant. Ces perpétuelles décalages, si affirmés ( quand les vaches lancent, par exemple leurs mugissements au milieu du spectacle)et que l’anxiété de la guerre proche saisit une spectatrice, cela m’alerte, m’émeut, et laisse de grandes traces rêveuses.. Si émouvantes aussi ces voix woolfiennes qui envahissent le paysage de la campagne anglaise et ses dégagements si tranquilles.. Oui, Woolf est allée très loin dans les sa recherche de rythmes, et ces canevas de vies. Il faudra encore du temps pour que les lecteurs apprennent à apprécier ce qu’elle a défriché.

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  2. Signé Youyou Youyouille ! des cailloux dans les poches, pour toujours (+ hibou chou genou)

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  3. Harar, 25 février 1890.

    Chères mère et sœur,

    Je reçois votre lettre du 21 janvier 1890.

    Ne vous étonnez pas que je n’écrive guère : le principal motif serait que je ne trouve jamais rien d’intéressant à dire. Car, lorsqu’on est dans des pays comme ceux-ci, on a plus à demander qu’à dire ! Des déserts, peuplés de nègres stupides, sans routes, sans courriers, sans voyageurs : que voulez-vous qu’on vous écrive de là ?

    Qu’on s’ennuie, qu’on s’embête, qu’on s’abrutit ; qu’on en a assez, mais qu’on ne peut pas en finir, etc., etc. ! Voilà tout, tout ce qu’on peut dire, par conséquent ; et, comme ça n’amuse pas non plus les autres, il faut se taire.

    On massacre, en effet, et l’on pille pas mal dans ces parages. Heureusement que je ne me suis pas encore trouvé à ces occasions-là, et je compte bien ne pas laisser ma peau par ici, — ce serait bête !

    Je jouis du reste, dans le pays et sur la route, d’une certaine considération due à mes procédés humains. Je n’ai jamais fait de mal àpersonne. Au contraire, je fais un peu de bien quand j’en trouve l’occasion, et c’est mon seul plaisir.

    Je fais des affaires avec ce monsieur Tian qui vous a écrit pour vous rassurer sur mon compte. Ces affaires, au fond, ne seraient pas mauvaises si, comme vous le lisez, les routes n’étaient pas à chaque instant fermées par des guerres, des révoltes, qui mettent nos caravanes en péril. Ce monsieur Tian est un grand négociant de la ville d’Aden, et il ne voyage jamais dans ces pays-ci.

    Les gens du Harar ne sont ni plus bêtes, ni plus canailles que les nègres blancs des pays dits civilisés ; ce n’est pas du même ordre, voilà tout. Ils sont même moins méchants, et peuvent, dans certains cas, manifester de la reconnaissance et de la fidélité. Il s’agit d’être humain avec eux.

    Le ras Makonnen, dont vous avez dû lire le nom dans les journaux et qui a conduit en Italie une ambassade abyssine, laquelle fit tant de bruit l’an passé, est le gouverneur de la ville du Harar.

    A l’occasion de vous revoir. Bien à vous,

    RIMBAUD

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  4. Les Fetes galante avaient aussi tapé dans l’oeil de Hugo pour d’autres raisons « Quelle merveille qu’un bijou rose et noir! »
    Les originales, plus soignées que le reste , faisaient tourner la Boutique à Lemerre, étant souvent au début à compte d’auteur;;;

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  5. Oui, il s’agissait de Paul Nizan dans son livre pamphlet « Aden Arabie » devenu célèbre avec la longue rpéface de Sartre.

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  6. Nizan.

    Mais de qui ceci ?

    « Les trois hommes galopèrent en silence, traversant ou longeant des petits villages aux toits coniques, des champs de maïs, de dourah, des terrasses verdoyantes de caféiers, de bananiers, bordées d’euphorbes pareilles à d’énormes langues dressées, vertes, grasses et semées d’épines. […]
    La terre devenait rouge, limoneuse. Le soleil aspirait rapidement l’humidité laissée par la pluie, les sabots des chevaux commençaient à soulever une poussière ocrée. Les hameaux se faisaient plus nombreux, tous composés de huttes rondes, couvertes d’un toit aigu en chaume, et d’enclos pour le bétail protégés par des branchages épineux. Des troupeaux coupaient la route : zébus, chèvres et moutons à tête noire. Souvent, les cavaliers croisaient un guerrier abyssin – juché sur sa selle dure et haute – qui trottait sur un mulet marchant l’amble, harnaché de larges bandes de cuir. L’homme portait une cape sombre qui couvrait à demi sa longue culotte et sa chemise de toile blanche. Un grand sabre courbe, dans un fourreau de cuir, battait ses jambes serrées par l’étoffe et ses pieds nus qui, tenant par le gros orteil un étrier minuscule, tambourinaient sans arrêt les flancs de la bête. Derrière lui venaient les domestiques portant le fusil, le parasol, le chasse-mouches de leur maître.
    Les trois cavaliers arrivèrent ainsi aux murailles épaisses et sombres de Harrar. »

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  7. « Ce n’est pas assez d’avoir saisi l’essence et les ressorts d’une vie inhumaine( la vie coloniale) pour être protégé contre les maux qu’elle donne. Je vis comme une ombre parmi les autres ombres, tout passe avec des pas de coton au milieu des pierres de la fièvre. »
    De quel écrivain est ce texte écrit à propos d’Aden..

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  8. Extrait de la lettre à Georges Izambard, datée du 25 août 1970 :

    « J’ai les Fêtes galantes de Paul Verlaine, un joli in-12 écu. C’est fort bizarre, très drôle ; mais, vraiment, c’est adorable. Parfois, de fortes licences ; ainsi :

    Et la tigresse épou — vantable d’Hyrcanie

    est un vers de ce volume. — Achetez, je vous le conseille, la Bonne Chanson, un petit volume de vers du même poète ça vient de paraître chez Lemerre ; je ne l’ai pas lu ; rien n’arrive ici ; mais plusieurs journaux en disent beaucoup de bien.

    Au revoir, envoyez-moi une lettre de 25 pages — poste restante — et bien vite. »

    A. Rimbaud.

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  9. Tout commence par la lettre que Verlaine trouve au retour de son escapade, à la fin du mois d’août 1871. Employé à l’Hôtel de Ville et ayant soutenu la Commune de Paris après la semaine sanglante et la victoire des Versaillais, il craint d’être arrêté. Dès lors, en juillet, accompagné de sa jeune épouse Mathilde, enceinte, il part, tremblant, se cacher à Fampoux, un village de la région d’Arras d’où est originaire sa mère.
    Parmi le courrier adressé à son intention chez Lemerre, passage Choiseul, à Paris, – l’éditeur de ses deux premiers recueils publiés à compte d’auteur : Poèmes saturniens et La Bonne Chanson -, une enveloppe l’intrigue. Postée de Charleville et traversée d’une écriture fine et nerveuse, celle-ci renferme une longue missive accompagnée de plusieurs poèmes. Elle est signée d’Arthur Rimbaud, un parfait inconnu de seize ans, qui, néanmoins, a déjà écrit, entre autres, Le Dormeur du val et Ma Bohême !
    Dans cette première missive, Rimbaud, de son écriture toute en zébrures, y déclare son admiration pour Verlaine, et avoue avoir trouvé « fort bizarre, très drôle » Les Fêtes galantes.

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  10. Belmontet est d’ailleurs visé sans Châtiments: « Les Belmontet ont aiguisé leur luth » sans qu’on sache si c’est l’ancien du Cénacle où le poete officiel qui est visé. Plus curieuse est la référence à Lammenais, qui, vu le contexte des visions, ne peut porter que sur les poèmes en prose de « Paroles d’un Croyant ». On a d’autre part l’impression que cette voyance est ou plastique comme si vous y étiez, ( la poésie descriptive et très tableau de Gautier , de Lecomte de Lisle) ou celle plus profonde des Anciens Dieux, telle que décrite dans les Exilés de Banville. Le mouvement d’Ophelie , à la fois personnage factuel et personnage issu d’un passé très ancien, à quelque chose de ces anciens Dieux…

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  11. Voici un extrait d’une lettre célèbre de Rimbaud à Paul Demeny
    .Elle est datée du 15 Mai 1871.Rappelons que la Commune de Paris est née le 18 Mars 1871 et que la « Semaine sanglante » de la répression versaillaises date du 21 au 28 mai. Rappelons aussi que Paul Demeny fut poete, assez proche de Rimbaud, il devint codirecteur de la Librairie artistique, où il publie en 1870 son premier recueil de vers, Les Glaneuses.
    Rimbaud:.. »Les premiers romantiques ont été voyants sans trop bien s’en rendre compte : la culture de leurs âmes s’est commencée aux accidents : locomotives abandonnées, mais brûlantes, que prennent quelque temps les rails. — Lamartine est quelquefois voyant, mais étranglé par la forme vieille. — Hugo, trop cabochard, a bien du VU dans les derniers volumes : Les Misérables sont un vrai poème. J’ai Les Châtiments sous la main ; Stella donne à peu près la mesure de la vue de Hugo. Trop de Belmontet et de Lamennais, de Jéhovahs et de colonnes, vieilles énormités crevées.
    Musset est quatorze fois exécrable pour nous, générations douloureuses et prises de visions, — que sa paresse d’ange a insultées ! Ô ! les contes et les proverbes fadasses ! Ô les nuits ! ô Rolla, ô Namouna, ô la Coupe ! Tout est français, c’est-à-dire haïssable au suprême degré ; français, pas parisien ! Encore une œuvre de cet odieux génie qui a inspiré Rabelais, Voltaire, Jean lafontaine, commenté par M. Taine ! Printanier, l’esprit Musset ! Charmant, son amour ! En voilà, de la peinture à l’émail, de la poésie solide ! On savourera longtemps la poésie française, mais en France. Tout garçon épicier est en mesure de débobiner une apostrophe Rollaque ; tout séminariste en porte les cinq cents rimes dans le secret d’un carnet. À quinze ans, ces élans de passion mettent les jeunes en rut ; à seize ans, ils se contentent déjà de les réciter avec cœur ; à dix-huit ans, à dix-sept même, tout collégien qui a le moyen, fait le Rolla, écrit un Rolla ! Quelques-uns en meurent peut-être encore. Musset n’a rien su faire : il avait des visions derrière la gaze des rideaux : il a fermé les yeux. Français, panadif, traîné de l’estaminet au pupitre de collège, le beau mort est mort, et, désormais, ne nous donnons même plus la peine de le réveiller par nos abominations !
    Les seconds romantiques sont très voyants : Th. Gautier, Lec. de Lisle, Th. de Banville. Mais inspecter l’invisible et entendre l’inouï étant autre chose que reprendre l’esprit des choses mortes, Baudelaire est le premier voyant, roi des poètes, un vrai Dieu. Encore a-t-il vécu dans un milieu trop artiste ; et la forme si vantée en lui est mesquine : les inventions d’inconnu réclament des formes nouvelles. »

    On notera la critique de Hugo comparé au poète médiocre Belmontet !et l’éloge de Baudelaire.

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  12. Jazzi, on a aucune certitude d’une participation « active » de Rimbaud à la Commune, même si à Londres, il est allé assister à des réunions de communards.

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  13. Privilege bien réducteur pour un poète universel…Il est curieux que la même métamorphose n’est pas frappé Virgile. Horace et Tibulle, peut-être tout simplement parce qu’on ne sait plus les lire. Ou qu’on ne fait plus la part de l’imitation des Grecs, Anacreon chez Virgile, etc . Quant au Chant Séculaire, si imité dans la lyrique monarchique, ou l’Ode au Vaisseau de Mécène , quoi de plus commode que de les enterrer? Désolé mais un vrai grand poète est toujours multiple, Rimbaud compris , qui ne fut pas pour rien premier prix de vers latins. (Scandez le « Comme des lyres, je tenais les élastiques » et vous verrez !) Bien à vous. MC

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  14. Oui, mais Rimbaud a désormais une qualité positive : la sodomie !
    Avec sa participation active à la Commune, il est définitivement classé à gauche.

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  15. Rimbaud un rien du tout pour ceux qui prétendent faire œuvre comme on empilait jadis les paquets d’invendus de la presse ?

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  16. Jazzi, avec la Loi Taubira, Rimbaud dans les écoles risque de passer un sale quart d heure et d’être enseigné avec ds pincettes…en même temps, dans « une saison en enfer » il écrit: »Les blancs débarquent.Le canon! Il faut se soumettre au baptême, s’habiller, travailler. » Enfin et surtout dans « une saison en enfer » dans la partie « mauvais sang » il se revendique fièrement de « mauvais sang », ce qui veut dire « de mauvaise origine » de basse extraction .. ce qui devrait être étudié de prés car son cas est particulièrement complexe ce marchand d’armes qui gifle des employés et a quitté des patrons exploiteurs..

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  17. ..incorrecte.
    Uchronie, dear Baroz. Lettre revigorante pour cette journée de la diversité. Fini la pouésie à faire suer le burnous des futurs écoliers, s’agit pas de perdre son latin pour bien fourguer du fusil aux indigènes et se faire payer.
    Probablement de l’esbroufe chez Monfreid, dear Mr Court, Carco des mers du sud. A son époque « le pêcheur d’éponges » d’Istrati est plus mémorable
    Oui, Saint Ex, trop lu, trop imposé.
    connaissais cette baderne de Perrichon mais pas « thalaris » !

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  18. Une lettre politiquement incorrecte, reflétant une mentalité colonialiste.
    Les statues vont être déboulonnées et les colères et lycées débaptisés !

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  19. Harar, 4 août 1888

    Mes chers amis,

    Je reçois votre lettre du 27 juin. Il ne faut pas vous étonner du retard des correspondances, ce point étant séparé par la côte par des déserts que les courriers mettent huit jours à franchir ; puis, le service qui relie Zeilah à Aden est très irrégulier, la poste ne part d’Aden pour l’Europe qu’une fois par semaine et elle n’arrive à Marseille qu’en quinze jours. Pour écrire en Europe et recevoir réponse, cela prend au moins trois mois. Il est impossible d’écrire directement d’Europe au Harar, puisqu’au-delà de Zeilah, qui est sous la protection anglaise, c’est le désert habité par des tribus errantes. Ici, c’est la montagne, la suite des plateaux abyssins : la température ne s’y élève jamais à plus de 25 degrés au-dessus de zéro, et elle ne descend jamais à moins de 5 degrés au-dessus de zéro. Donc pas de gelée, ni de sueurs.

    Nous sommes maintenant dans la saison des pluies. C’est assez triste. Le gouvernement est le gouvernement abyssin du roi Ménélik, c’est-à-dire un gouvernement négro-chrétien ; mais, somme toute, on est en paix et sûreté relatives, et, pour les affaires, elles vont tantôt bien, tantôt mal. On vit sans espoir de devenir tôt millionnaire. Enfin ! puisque c’est mon sort de vivre dans ces pays ainsi…

    Il y a à peine une vingtaine d’Européens dans toute l’Abyssinie, y compris ces pays-ci. Or, vous voyez par quels immenses espaces ils sont disséminés. A Harar, c’est encore l’endroit où il y en a le plus : environ une dizaine. J’y suis le seul de nationalité française. Il y a aussi une mission catholique avec trois pères, dont l’un Français comme moi, qui éduquent des négrillons.

    Je m’ennuie beaucoup, toujours ; je n’ai même jamais connu personne qui s’ennuyât autant que moi. Et puis, n’est-ce pas misérable, cette existence sans famille, occupation intellectuelle, perdu au milieu des nègres dont on voudrait améliorer le sort et qui, eux, cherchent à vous exploiter et vous mettent dans l’impossibilité de liquider des affaires à bref délai ? Obligé de parler leurs baragouins, de manger de leurs sales mets, de subir mille ennuis provenant de leur paresse, de leur trahison, de leur stupidité !

    Le plus triste n’est pas encore là. Il est dans la crainte de devenir peu à peu abruti soi-même, isolé qu’on est et éloigné de toute société intelligente.

    On importe des soieries, des cotonnades, des thalaris et quelques autres objets : on exporte du café, des gommes, des parfums, de l’ivoire, de l’or qui vient de très loin, etc., etc. Les affaires, quoique importantes, ne suffisent pas à mon activité et se répartissent, d’ailleurs, entre les quelques Européens égarés dans ces vastes contrées.

    Je vous salue sincèrement. Ecrivez-moi.

    RIMBAUD

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  20. J’avoue que Monfreid en tant qu’écrivain me tombe des mains, Phil, y compris Les Secrets. Il y a un cot »é mis en scène dans le personnage qui le fait vieillir. Plius généralement,je crois qu il y a toute une littérature de l’exploit de ces années là qui parait extremement datée et vieillit mal. Je n’en excepte pas Saint-Ex. Bien à vous.
    MCourt

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  21. Le Bris…suis en train de lire son « Kong », excellent pavé pour confinement avant de s’équiper d’un beamer. Finito les rétros films japonais muets dans des salles jaugées comme des tonneaux troués.
    Le gros Le Bris, velu comme un gorille, à crevé l’écran virtuel en ressuscitant le vrai cinéma manière Kong. Schoedsack et Cooper ont fait Quatorze, pas des crevettes à quémander l’avance sur recettes pour sortir du numérique à bueurs de soja.
    Continuez à nous mettre du vrai, dear Paul Edel, le manuscrit de Kafka en dit plus long que les palabres à la Lévinas. La tête de ce Rimbaud, émacié, coiffé comme un légionnaire, l’auteur du bateau ivre ? Diable, il fallait le communiste Nizan pour comprendre son Aden sans eden.
    Les histoires de perlouses piratées par Montfreid ne m’ont jamais bien branché. Que faut-il lire, dear Mr. Court ?
    Pêcheur d’Islande ne déçoit jamais.

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  22. « Quand un peintre écrit » C’est selon.On trouvera des énormités chez Vlaminck sur Picasso, Mais des considérations qui vont loin, plus loin qu’il ne le soupçonnait, chez Maurice Denis, et les meilleures pages sur Friedrich en France ont été écrites par David d’Angers dont le Journal n’est pas assez fréquenté.
    Bloy? Les cuites du Chat Noir ne sont peut-etre pas responsables de l’énormité anti-rimbaldienne du Mendiant Ingrat. Sa puissance destructive est largement supérieure à sa puissance empathique. S’y ajoute une mystique malade inculquée par Tardif de Moidrey.
    « Un Rimbaud sortable ». Si Berrichon a pu contribuer en quoi que ce soit à l’image que Claudel s’est faite de Rimbaud, alors il n’a pas été complétement inutile. Il faudrait revoir Etiemble là dessus.
    A bientot, en espérant que le « coup de mou » passe.
    MC

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  23. T’as raison Bouguereau,on va bientôt arrêter tout ça

    t’as un coup dmou polo?..depends toi vite..si tu veux que jme taise suffit de demander

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  24. Un Rimbaud sortable, en quelque sorte…

    le gros léon en fait trés tôt la promotion.. »un avorton qui se soulage au pied de l’ihiimlaya »..sapré léon..ha il aurait bien rigoleye en lisant la lettre à polo..moi je jette la pierre à personne attation..le rire étant de l’homme le prope sur lui..lors que polo il est pas clair..je dirai même plus..il est obscur et sombre

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  25. Paterne Berrichon, mari d’Isabelle Rimbaud, sœur d’ Arthur, fit carrière avec des Editions tronquées du Beau-Frère qui ravirent en leur temps Claudel. Un Rimbaud sortable, en quelque sorte…Oui, Stenmeitz est un chercheur sérieux.

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  26. Bouguereau, peut-on vous rappeler que le maître de ces lieux estime Henri Martin? Par ailleurs les deux Monfreid d’ Albi sont très estimables. Il y eut une fois un conservateur, dans l’EntreDeux guerres , qui demanda à tous les amis de Lautrec de peindre pour honorer sa mémoire, le sujet était libre, ils le firent, et fort bien. La Baie des Anges par Bonnard en est peut-être le joyau. Bien à vous. MC

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  27. ..quand un peintre écrit..on dit que ce sont écrit de peintre et on a bien raison..on en fait pas un aspirant..un polymathe..les critiques devraient surtout être soucieux de leur pertinence et non pas de l’augmentation infini de leur domaine de lutte..ça c’est pas du bon boulot polo

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  28. Le Monfreid peintre , lui, est en voie de réhabilitation, très justement d’ailleurs

    faut harréter de faire le fétichiss à pas cher msieu courte..de cette foultitude de gens qui se sont fait un nom et qui ont griblouillé on saisi l’occasion..tant on se défend de prende le marketting pour de l’art par d’autre moyen..qu’on se dit.. »pourquoi se géner »

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  29. l’ incontournable Jean-Jacques Lefrère

    havec mon 4×4 de 2 tonnes jécrase polo qu’il dirait rimbo sur le paris djibouti

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  30. JJJ voir Wikipedia

    hallons polo tu vas pas faire l’entrenous que les encyclopédies hinforment henluminent tant elle n’existe que pour ça

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  31. On ne pourrait pas avoir copie de cette lettre inédite, Paul ?
    Sauf si elle n’en vaut pas la peine…

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  32. qui est Paterne Berrichon ? Merci de préciser le cas échéant, pour les demeurés.
    Bàv

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  33. Aujourd’hui, l’édition de la correspondance est bien rétablie, sans les tripatouillages de Paterne ,je recommande,pour les notes et commentaires la correspondance choisie et présentée par Jean-Luc Steinmetz en GF sous le titre « Je ne suis pas venu ici pour être heureux ».
    Pour la bio,il faut choisir l’ incontournable Jean-Jacques Lefrère,Fayard.
    Si on veut la correspondance vraiment complète, il faut acquérir l ‘édition Fayard, par jean jacques Lefrère, en 2007,avec une lettre inédite qu’on ne trouve pas dans les autres éditions.
    Pour les commentaires des poèmes de Rimbaud,le contexte, là encore, l’édition des « œuvres complètes » par Jean-Luc Steinmetz en GF(donc prix modique) est parfaite.

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  34. Le Monfreid peintre , lui, est en voie de réhabilitation, très justement d’ailleurs.
    Ecrire « O la pureté des races antiques » mènerait-elle nécessairement au Harrar?
    Est-on sur que Paterne Berrichon n’a pas sévi sur les lettres?

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  35. « Et je puis disparaître, au milieu de ces peuplades, sans que la nouvelle en ressorte jamais. »
    Dans le mille

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  36. C’est dommage qu’il fasse si froid et lugubre chez vous, en hiver !

    et on le sait bien..on y peut rien

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  37. La vie africaine violente –mais avec des buts soigneusement étudiés- poursuit l’œuvre littéraire

    ha les storytelling à polo..

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  38. La seule chose qui m’intéresse, sont les nouvelles de la maison

    tu vois polo..jle savais qu’il faut pas miser un pot de cidre sur les commis d’assurances qui vont à putes et qui pense rien qu’à des chateau en transilvanie qu’elle dirait bonne clopine

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  39. difficile aux exégètes poilus de causer « Rimbe pédé »

    dirfilou y’est toujours a casser le biznèce modèle à baroz

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  40. C’est Mélani Le Bris, la fille de Michel Le Bris, qui a repris, apres la mort de son père , la direction du festival d’Etonnants Voyageurs du 22 au 24 mai.C’est une édition réduite. Ça commence demain en présence de 50 auteurs au lieu de 250.Les rencontres et débats seront suivis sur Ecrans tv .Il y aura des dédicaces dans les librairies de Saint-Malo,notamment Mathias Enard,Hubert Haddad,Carole Martinez, Dany Laferrière.Prévoir Kway, averses en vue.

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  41. -Erreur dans le transcript ? : « comme les musulmans je sais que ce qui arrive arrive.

    (en 1885 et 86, il devient trafiquant d’armes il livre dans des conditions périlleuses 2040 fusils et 6000 cartouches),,

    une rumeur rejetée d’un revers de main par le jalouseux Henry de Monfreid…, dans ses propres « secrets de la mer rouge » des années 30,… Ne se sont évidemment jamais rencontrés… mais d’aucuns ont voulu établir des similitudes entre eux… Intéressantes d’ailleurs. Je me permets ce lien au sujet de votre nouveau post…
    Des valeurs sûres, Paul, après K… pour susciter pas mal de nouveaux rebonds en poupe… :

    http://www.africantrain.org/arthur-rimbaud-et-henry-de-monfreid-en-ethiopie

    Bien à vous, étonnant voyageur ! Pensée à Michel Le Bris, le malouin, en vos parages …

    .

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  42. Comme les musulmans, je sais ce qui arrive..
    Rimbaud Wellbeck

    rêve d’un fils ingénieur…mazette, après ça, difficile aux exégètes poilus de causer « Rimbe pédé »

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