Les couples meurent en Italie?

« L’Avventura », d’Antonioni

C’est étrange comme les couples se séparent en Italie . Est-ce que l’interdiction du divorce dans l’Italie catholique  d’après-guerre a traumatisé le pays ?

En littérature, c’est évident  de Pavese à Bassani, de Moravia à Brancati. Et au cinéma, fin de partie pour les couples, soit sur le mode burlesque de « Divorce à ‘l’italienne » de Germi, ou macabre avec « le lit conjugal » de Ferreri ,soit sur le mode tragique de Rosselini   à   Antonioni .

 Un discret auteur français nous le rappelle,  Jean-Pierre Ferrini. Dans un précèdent essai intimisme (« Le pays de Pavese »-Gallimard, 2009) l’écrivain discret-presque secret- Jean-Pierre Ferrini prenait sa voiture et se rendait au bord du lac Majeur, dans une petite ville à la frontière de la Lombardie et du Piémont, à Luino. Il logeait dans un hôtel, l’Ancora, près d’un embarcadère, avec le but de retrouver  les racines italiennes de son père. Mais en se dirigeant vers le Piémont,  la courbe  du livre s’infléchit. Ferrini passe du fantôme de son père  à la figure de Cesare Pavese, l’auteur  du « Métier de vivre », de « la lune et les feux » (Son plus beau livre ?) , de « Dialogues avec Leuco » et du « Bel été ».Pavese  un de ces écrivains qui réussissent à mettre leur vie intime  à nu, sentimentalement, sans jamais mettre le lecteur dans une position de voyeurisme.  On devine  vite que Pavese est l’auteur de chevet de Ferrrini. Il se rend en voiture  dans les collines  vers  San Stefano Belbo,  où  Pavese vécut enfant, puis à Turin, sous les arcades et dans les cafés où Pavese flirta, passa des nuits à discuter, découvrit les étudiantes, les prostituées, et  littérature américaine. Ferrini se rend  aussi  à Crea, dans la maison de la sœur de Pavese où l’écrivain s’est souvent réfugié pendant ses crises de solitude. Ferrini   retrouve aussi   le couvent qui a abrité  et caché  Pavese  à la fin  de la guerre. Donc  Ferrini dialogue avec  Pavese.  C’est une invitation à    relire  « travailler fatigue »,   « la plage », comme  Ferrini est  nuancé, subtil, maitre de la confession douce  et de la confidence oblique. Tout se passe  comme s’il y avait des superpositions et des affinités entre l’écrivain italien et notre promeneur français, comme si l’un se regardait dans le miroir de l’autre ,mais  dans un portrait bougé ,  tremblé, comme si l’un  cherchait dans les mots de l’autre, dans les textes de l’autre,  la trace vraie de sa vie intérieure ,et des vulnérabilités proches, comme si l’écrivain mort  avait trouvé les mots les plus précis, les  plus  vrais  pour décrire cette vie fluide  qui échappe aux définitions parce que c’est justement la vôtre.



La Notte d’Antonioni

 

l’Italie de Ferrini, cette Italie au miroir de Pavese  ne s’arrête pas à la littérature . Elle  se complète  aussi par  « Un voyage en Italie » publié chez Arlea en 2013.Ici, le miroir est le cinéma italien.

Ce titre  fait  évidemment allusion au    film de Roberto Rossellini de 1954, avec  Ingrid Bergman et Georges Sanders. Thème : un couple de bourgeois anglais, sans enfants, vient à Naples pour régler une affaire d’héritage. Ce voyage leur permet de constater  qu’ils  se sont éloignés  l’un de l’autre  et n’ont plus grand chose à se dire .Radiographie  d’un couple en pleine déchirure. Mais sans cris .Séparation feutrée, insidieuse, oblique,  avec des mots hypocrites, et de fausses amabilités.. .tout est suggéré par des actes, des gestes, des phrases tronquées, des silences pesants. Rossellini  cultive  un art de  l’ellipse,  en mêlant  ses personnages au milieu qu’il traverse. C’est en visitant un site archéologique de Pompéi que le personnage fémininjoué par Ingrid Bergman  voyant exhumés des corps enlacés et pierreux , que l’angoisse la saisit .Finitude d’un amour, mais aussi découverte de sa propre mort. Le paysage Rosselllinien multiplie les signes visuels qui  agissent sur la psychologie des personnages. C’est un art qu’Antonioni poussera à sa perfection.    Et le paradoxe c’est que la douce chaleur naturelle des nuits italienne, les ambiances de fêtes  populaires de quartier,  accentue la solitude à deux des couples bourgeois isolés dans leur dérive. Les chaudes villes italiennes exacerbent  le  froid des sentiments intérieurs. Le désamour dans le mutisme british  , l’embarras guindé,  d’un couple londonien qui se  déchire  chez Rossellini annonce les films d’Antonioni et  ses chorégraphies de couple dans un paysage dénudé et creusé par on ne sait quel vide. 

Pavese

Ferrini est visiblement dans cette trace et cette influence.    Son  récit  est écrit (faussement)  à la paresseuse   Ferrini se met dans les pas  d’ Antonioni, quand il vivait aimait et filmait   Monica Vitti dans » l’Avventura ».  Un couple  se défait  sous nos yeux, page après page,  en essayant de cerner, ou plutôt de suggérer  avec une grande économie de moyens, le mystère des sentiments, quand ils se défont.

 Et, comme dans Antonioni, le douloureux de la situation  est que chacun a conscience  que les sentiments se défont inéluctablement  et  sent croitre  cette mort au moment même où le trouble s’intensifie sans pouvoir  y remédier. Il y a toujours cet espèce de ralenti  si ingérable et amer  de deux êtres qui s’éloignent, tuent seconde après seconde, entre les portes, entre l’aleternance des jours et des nuits, le couple qui s’est aimé jadis. Les deux   voient  l’accident arriver, découvrent ce qui s’est consumé, usé .Chacun comprend que la trajectoire est fatale et  ne peut plus dévier dans sa chute. Chacun épie l’autre pour y découvrir l’étrangeté. Il nait alors une  paradoxale parenté dans l’amertume. Chacun  se demande alors où fut la promesse, où fut  le mensonge,  où est la fausseté, où fut le début de la trahison. On ne comprend plus rien mais on devine le pire, comme on se cloue soi-même  à sa propre douleur et  à sa culpabilité.esare Pavese

Ce qu’Antonioni  a montré, analysé    de film en film, de « l’Avventura » à « l’Eclipse », Ferrini le vit avec sa compagne. Ici la  vie  privée de Ferrini imite le cinéma. Comme Ingrid Bergman dans « Voyage en Italie »   découvrait la vérité  de sa mort en visitant les thermes sulfureux et  les corps de plâtre de ceux qui furent ensevelis sous la lave du Vésuve, Ferrini vit cet étouffant huis clos du couple en déroute dans ces hôtels qui, dans ce genre de situation ressemblent toujours à  des casinos hors saison.

Jean-Pierre Ferrini

En visitant Venise , Ferrare( ville natale d’Antonioni) et Bologne avec sa compagne , on découvre que  de trattoria  en cafés, de  ruelles tièdes  aux murs décrépits  en chambres avec grand lit « matrimoniale » , un couple s’efface. On parle brièvement, mais on ne s’entend plus. Le passé est miné,  comme le temps présent .Le couple se vit alors comme  une énigme douloureuse. On se dilue  dans sa propre vie dans les  reflets des miroirs de l’hôtel en croisant des couples gais. Le sourd murmure de la fracture amoureuse traverse le livre.

Le voyage en Italie

 Ce qui séduit aussi   dans ce texte , c’est que la beauté des villes italiennes  du Nord, l’amour des pierres, l’hymne assourdi des vieilles rues, la beauté baroque du  passé culturel (avec références  à l’écrivain  Giorgio Bassani ( souvenez vous….« Le jardin des Finzi Contini » à Ferrare) tout ça forme contrepoint  la  dérive .Comme on mesure les distances sur une carte routière dépliée , ici, on mesure les distances qui s’accroissent  entre un homme et une femme dans un paysage. .On parcourt avec Ferrini  ce qui se passe dans une chambre, valises ouvertes, oreillers froissés, souvenirs nocturnes, promenades au milieu de la foule, échange de regards  dans un campanile, au cours d’une  promenade à bicyclette . Ferrini  le suggère avec délicatesse, mais c’est comme quelque chose qui s’éteint et se décolore  et pâlit  comme des fresques  antiques d’une villa romaine . Il  revit ces instants  qui s’éloignent :étreintes soudaines dans un couloir, diner avec  bougies dans une trattoria quasi déserte, divines douceurs matinales à la sortie de l’hôtel, moments nus et anxieux, où soudain, tout devient morose et creux, et ce  temps interminable trop grand comme un costume.

Une citation d’Antonioni  dans la deuxième partie du récit  résume bien  le propos de l’auteur :

« Au fond, il faut protéger nos sentiments avec beaucoup de soin, car les sentiments qu’une femme et un homme réussissent  à éprouver  l’un envers l’autre sont des choses auxquelles il est vraiment nécessaire de s’accrocher pour rester en vie aujourd’hui. » PS.

Je signale que Ferrini vient de publier un ouvrage avec photos « A Belleville » que je n’ai pas lu, mais commenté avec beaucoup d’éloges dans « Le monde des Livres » et qu’il a notamment écrit sur Dante, sur Courbet.un auteur à suivre.

28 commentaires sur “Les couples meurent en Italie?

  1. Margotte, je parle de fraicheur du style car si Pavese met en scène un personnage féminin, j’ai touujours l’impression que c’est la première femme qu’il découvre, c est une surprise, une nouveauté, une « fraicheur »,une inquiétude ou une perplexité aussi, comme certaines conversations avec leur sous texte. ..chacun lit à sa fenêtre.L’âpreté, je la trouve souvent dans ses lettres. confidences de blessures à vif même.et aussi dans « la colline et les feux ».

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  2. Parfois mon absence de mémoire des romans que je lis m’inquiète, me complexe, me désole. Je lis, je lis, je lis, mais si je ne fais pas de liste, ne note pas, pffffuuit j’oublie. Souvenirs défaillants, difficulté à analyser sans béquilles, incapacité à citer quel que passage que ce soit.
    Mais en parcourant ce billet et ces commentaires, je me rends compte que cela a quelques avantages. Quand j’ai l’envie, le temps de relire, je retrouve des livres quasi neufs ou inconnus.

    aaaah finalement … ce joli petit plaisir de la relecture fondée sur des souvenirs plus que délavés ou flous.

    Les nouvelles du Bel été de Pavese en font partie. Toujours émue, toujours surprise.

    PS : pour ma part, je parlerai plutôt d’âpreté de style que de fraîcheur de style pour tenter de définir l’écriture de Pavese. C’est un étrange vin.

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  3. @ Demandez-vous pourquoi

    J’ai beau essayer, j’y parviens point… Dites nous plutôt… Vos ellipses gaullées offrent parfois tant d’énigmatisme !… et nous nous sentons tellement demeurés ou démunis…

    Petit rappel personnel : faites attention avec votre email, ça va finir par faire lapsus calami freudien… Et la patience de PE a ses limites… ‘reuseument que vous êtes un solide pilier apprécié sur cette chaîne, Bàv,

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  4. Loin des Cieux italiens,Retour dans la mythologie de La Varende avec Les Manants du Roi. Le texte a très bien vieilli malgré l’ entretien interfolié accordé dans l’edition du Club du livre, à Maximilien Vox. Heureuse surprise donc. Parfois un personnage à la d’Aurevilly, parfois une description gracquienne de la Normandie d’avant 1944, toujours l’enjeu spirituel de ce qu’a pu représenter la mort, la chute du Roi, la Condamnation de l’AF, et, vivifiant tout cela, un certain idéal de service transmis de génération en génération.Pensé à ce propos de De Gaulle: « j’ai eu pour moi la petite noblesse, pas la grande ». Demandez-vous pourquoi…

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  5. Cesare Pavese – Le bel été – Folio bilingue

    « Je peux vous aider, mais je ne peux pas vous guérir de la vie »

    Comme porte d’entrée à la littérature italienne, je me réjouis de choisir l’écrivain Piémontais Cesare Pavese dont le Journal intime Le métier de vivre – lu il y a bien longtemps – révéla une existence fracturée entre les passions du siècle et des tragédies intimes. Né en 1908, il étudia la littérature anglaise à Turin. Parallèlement à son métier d’enseignant, il réalisa des traductions d’œuvres américaines et dirigea la revue Culture. Il adhéra en 1932 au parti fasciste italien pour obtenir un poste, plus que par conviction : il facilita d’ailleurs la correspondance d’opposants à Mussolini et fut assigné pour cela en résidence en Calabre. Au sortir de la guerre il adhéra au Parti Communiste, travailla pour les éditions Einaudi et publia romans et poésies jusqu’à son suicide le 27 Aout 1950.

    Publié en 1949, Le bel été, longue nouvelle, n’est pas la création la plus célèbre de ce lointain parent d’inspiration de Fitzgerald. Elle participe cependant de sa manière, c’est-à-dire des histoires qui reposent essentiellement sur la subjectivité des personnages. L’héroïne Gina est âgée de seize ans au début du récit. Elle vit chez son frère Severino, un ouvrier et elle-même travaille dans un atelier de couture. C’est l’été et elle guette avec impatience le moment de la sortie en compagnie de ses copines : « A cette époque-là, c’était toujours fête.il suffisait de sortir et de traverser la rue pour devenir comme folles, et tout était si beau, spécialement la nuit, que, lorsqu’on rentrait, mortes de fatigue, on espérait encore que quelque chose allait se passer, qu’un incendie allait éclater, qu’un enfant allait naitre dans la maison ou, même, que le jour allait venir soudain et que tout le monde sortirait dans la rue et que l’on pourrait marcher, marcher jusqu’aux champs et jusque de l’autre côté des collines. ». Il y a l’insouciance, la jeunesse, et à travers tout le texte un éloge de la légèreté, sans les arrières pensées d’un Kundera.

    De toutes les amies de Ginia, une se détache, Amelia, qui vit d’expédients et pose pour des peintres. Un peu plus âgée, vingt ans, elle fascine sa toute jeune amie et l’introduit dans son microcosme artistique. Pavese rédige là une sorte d’éducation sentimentale dont le final colore mélancoliquement de quelques nuages, sans dramaturgie, le ciel des deux jeunes filles. Tout est décontextualisé dans ce livre. Le milieu ouvrier dont sont issues les héroïnes aurait pu servir de toile de fond à une fresque néoréaliste façon cinéma italien d’après-guerre. Mais le récit pencherait plutôt vers un réalisme poétique à la Marcel Carné. L’ouvrage s’affranchit des descriptions et s’attache aux dialogues. Du portrait physique des personnages, le lecteur retient surtout un détail, la voix rauque d’Amélia, empruntée à Tina Pizzardo, le grand amour déçu de Pavese.

    Malgré l’absence d’éléments matériels qui caractérise le texte, un lieu cependant échappe à l’évanescence, c’est l’atelier de peinture. Ginia et son amie y retrouvent Guido et Rodrigues. Un rideau coupe la pièce en deux, dissimulant un lit. Ginia tente de grapiller quelques instants d’intimité avec Guido. Mais le local, ouvert à toutes les promiscuités, symbolise une forme d’impuissance affective ou sexuelle que met en évidence la syphilis d’Amelia.

    Le bel été émeut par la simplicité, le naturel et la fraicheur du style. Pavese avait tout de même trouvé ici une forme de bonheur dans l’écriture, brodant sur le thème de l’échec sentimental avec une pudeur extrême.

    Post-scriptum : merci à Paul Edel pour ses remarques.

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  6. Elle sut rendre un hommage émouvant au poète grec Odisseas Elitys, ce qui ne fut pas le moindre de ses talents d’artiste. Merci pour le rappel de la mémoire de la grande Angélique Ionatos…

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  7. Beaucoup plus jeune, j’avais feuilleté son Journal. J’ai tout de suite eu un coup de cœur pour cet homme fragile.

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  8. « C’est un texte inclus dans « Avant que le coq chante »,recueil qui réunit trois des plus belles nouvelles de Pavese. »
    Argh, j’ai l’édition bilingue du « bel été ». Je verrai après

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  9. Que de beaux moments offerts à la lecture, Paul Edel.
    Surtout lorsqu’il s’agit de l’Italie.
    Mais il est difficile de faire la part du roman et de la vie réelle…
    Cela se sent bien chez vous.
    Bonne journée!

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  10. Pourquoi et dans quelles circonstances le Pavese de 28 ans a-t-il été arrêté le 15 Mai 1935 puis assigné à résidence pour trois ans en Calabre ? Il arrive le 4 aout à Brancaleone. Il ne fera finalement que huit mois.
    Au départ, le jeune prof Pavese accepte de remplacer Leone Ginzburg, qui est en prison, pour diriger la revue « La Cultura », qui rassemble les auteurs de la maison d’édition Einaudi à Turin, maison où travaille Pavese
    Depuis 1932, il faut noter que Pavese est membre du Parti National Fasciste afin de pouvoir enseigner, et il croit que cette appartenance le protège et lui assure une garantie. Erreur.
    L’amie tant aimée de Pavese, Tina Pizzardo, femme antifasciste, demande à cette époque , à Pavese, si elle ne peut pas utiliser sa boite aux lettres pour correspondre avec un autre antifasciste, Bruno Maffi, car elle chercher à éviter les contrôles de police qui la surveille.
    Pavese accepte mais le 15 Mai 1935, Pavese est arrêté avec des militants du mouvement « Giustizia e Libertà ».L’accusation portée contre Pavese est qu’il met la patrie en danger en favorisant une correspondance clandestine entre deux antifascistes. Tina soutiendra qu’il n’y avait aucun contenu politique dans cette correspondance. Arrêté à Turin, il est transféré à Rome, en Juin. Le 4 aout il débarque à Brancaleone : »Je suis arrivé à Brancaleone le dimanche 4 dans l’apres- midi et tous les habitants de la ville qui se promenaient devant la gare avaient l‘air d’attendre le criminel qui, muni de menottes entre deux carabiniers, descendait d’un pas ferme, droit sur la mairie.(..) Je suis le seul de l’endroit assigné à résidence. On dit que les habitants sont sales par, ici, c’est une légende. Ils sont cuits par le soleil. les femmes se peignent dans la rue, tout le monde se baigne » écrit-il à sa sœur Maria, datée du 9 aout 1935.
    Il faut lire les 80 pages serrées de « La prison » (dans le recueil « avant que le coq chante ») pages si remarquables rédigées par Pavese pour raconter son « confino ». Il détaille « le beau temps vide du matin, le regard tombait à pic sur la mer ». et cette analyse si précise n’oublie pas les deux silhouettes féminines qui fréquentent le prisonnier Pavese. Pavese note : « le désir charnel brûlant et impossible à satisfaire.. »
    Quand il reviendra de Calabre à Turin, Pavese apprendra que Tina, son amoureuse, s’est fiancée. C’est son ami Sturani qui lui annonce la mauvaise nouvelle sur le quai de la gare. Et il précise que Pavese tombe évanoui sur le quai de la gare, il tombe comme un sac.

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  11. « On a tant parlé, tant écrit, tant donné l’alarme sur notre vie, sur notre monde, sur notre culture, que voir le soleil, les nuages, que sortir dans la rue et trouver l’herbe, des cailloux, des chiens, émeut comme une grande grâce, comme un don de Dieu, comme un rêve. Mais un rêve réel, qui dure, qui est là. »
    « Le métier de vivre », 7 décembre 1947, Cesare Pavese .
    Pavese a souligné l’expression « qui dure » 🙂

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  12. Cela dit, on a bien envie de se jeter sur les trois nouvelles de Pavese, défendues par ailleurs avec beaucoup de talents htousiasmés. Bàv,

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  13. Merci jzmn d’avoir tenté mon exfiltration de l’obscurité par le tuyau de l’évier…
    Evidemment, ne connaissant quasi rien de l’œuvre du maître des lieux, j’en suis resté à formuler mes objections-interrogations un brin balourdeuses ou embourbeuses… Ne pensais cependant point avoir frôlé de si près le rideau cramoisi… Merci à vous, jzmn, me sens moins seul, maintenant… Apprécie votre solidarité et gentillesse, quand vous le voulez… Croyez le bien, cher ami…

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  14. Une fois de plus, j’en suis également désolé… Le mieux est de laisser tomber, voire d’effacer mes commentaires incompréhensibles. Je vous en saurais même gré. Bien à vous, Paul.

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  15. @ tous les médecins rencontrés m’ont dit que la séparation amoureuse aboutit à des traumatismes graves.Une blessure souvent ineffaçable.

    à condition de préciser qu’on n’est pas dans le cas de figure de la séparation consentie à deux… Ou que l’un.e ne l’ait pas imposé.e à l’autre, contre son gré… Et que c’est plus dur à vivre pour un mec plaqué qu’une femme plaquée… Alors, imaginez-le bien dans un pays culturellement réputé pour ses latin lovers naufrageux… D’où d’ailleurs la profondeur de ce filon de la littérature italienne. Sinon, pourquoi l’avoir stigmatisée, en dehors de votre tropisme stendhalien personnel ?
    C’est aussi le sujet…, dérivé, explicatif, causal ou parallèle… désolé Paul,… ne peut-on pas également s’interroger sur vos propres motivations, après tout ?…
    Que la tristesse de la situation de la rupture par désamour puisse être universelle, je n’en disconviens pas… Qu’elle produise des traumas identiques de par le monde dans tous les couples, je n’en disconviens pas non plus…
    Mais il me semble que vous ne traitiez pas de médecine de l’âme et du corps au départ… Mais juste de littérature et de cinémas « situés », même à l’occasion d’une réactivation récente…
    Accordez-nous au moins cela, non ?… Merci d’avance, Paul E, d’entendre un autre son…

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  16. Soleil vert, le début du texte « Le bel été » (écrit entre le 2 mars et le 6 Mai 1940) est très dans la manière de Pavese. Une jeune femme parle:
    : »A cette époque là, c’était toujours fête.il suffisait de sortir et de traverser la rue pour devenir comme folles, et tout était si beau, spécialement la nuit, que, lorsqu’on rentrait, mortes de fatigue, on espérait encore que quelque chose allait se passer, qu’un incendie allait éclater, qu’un enfant allait naitre dans la maison ou, même, que le jour allait venir soudain et que tout le monde sortirait dans la rue et que l’on pourrait marcher, marcher jusqu’aux champs et jusque de l’autre côté des collines.  »
    Toujours chez lui l’appel vers une enfance et une innocence champêtre.Retour pour lui vers les mythes.
    Mais je vais vous donner un vrai « tuyau ».
    Il faut lire absolument « La prison », quand Pavese fut assigné à résidence par le gouvernement fasciste. C’est un texte inclus dans « Avant que le coq chante »,recueil qui réunit trois des plus belles nouvelles de Pavese.Pour moi,c’est le le cœur vibrant de l’oeuvre.. ces nouvelles sont presque trois courts romans : « Par chez nous », « La prison » et « La maison sur les collines ».
    Je reprends un texte du site Babelio qui résume bien le volume..
    « D’abord, il y a Talino, mécanicien, qui, revenu de prison, trouve un emploi dans une ferme lointaine et commet l’irréparable. Ensuite, Stefano, Italien du Nord, assigné à résidence dans une région méridionale : son inadaptation à ce nouveau milieu l’enferme dans une solitude infinie. Enfin, c’est un professeur isolé pendant les bombardements sur Turin qui n’aspire finalement qu’à retrouver sa maison natale afin de s’y réfugier. Cesare Pavese observe des paysans, des ouvriers, des midinettes, des femmes du monde, des intellectuels, et chacun avec le langage, la mentalité, les vices, les petitesses de son groupe, mais c’est toujours fondamentalement le même personnage : l’individu dans sa subjectivité, dans sa vie intérieure, passionnelle et morale, dans son rapport affectif à l’autre, dans son rapport à la nature. À travers ces trois nouvelles, Cesare Pavese enchante le lecteur grâce à un langage des plus authentique et une prose italienne d’une vie et d’un naturel absolus que le traducteur, Nino Frank, a su retranscrire avec finesse. » Tout est dit !

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  17. Janssen. rien d’une déliquescence romantique dans Antonioni et autres cinéastes ou écrivains, de Pavese à Brancati.Mais lucidité, précision presque clinique chez tous, sans lamento.
    Ne prenez pas à la légère la déchirure sentimentale. Un Rossellini transforme en or cinématographique une douloureuse expérience qui met à nu aussi bien les hommes que les femmes.le machisme n’est pas le sujet. tous les médecins rencontrés m’ont dit que la séparation amoureuse aboutit à des traumatismes graves.Une blessure souvent ineffaçable.

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  18. Tentative estimable de suggérer la douleur du délitement des amours perdues, dans la littératureet le cinéma italiens… Peut-être bien que ces machos qui furent pris dans les chocs amoureux, n’eurent-ils jamais le génie d’en parler (en dehors du sociologue Albéroni), et préférèrent-ils alors concentrer leur génie dans le filon de leur déliquescence romantique… Cela m’a toujours frappé, chez Pavese, Brancati et tant d’autres…,la complaisance des amours malheureuses et fantasmées… Et ce Ferrini suivrait cette veine paresseuse; Que veut-elle dire au juste ? Que le génie artisitique italien ne résiderait nullement dans ses footballeurs, mais bien plutôt dans le sort de ses amants délestés ?…
    Merci pour ce nouveau billet, dissemblable des autres et néanmoins fort intéressant… Mais un poil trop douloureux à mon goût… Veux bien concéder que les gens amoureux n’ont jamais eu aucun intérêt pour la littérature… et que le désamour n’était guère que la rançon durable d’un art de la joie éphémère… Sauf qu’il y eut…. Goliarda !
    (NB / petite note et question prosaïque qui n’a rien à voir… et j’en suis désolé pour semblable trivialité… J’ai lu que le Métier de vivre, était traversé par un drame personnel lié à la sexualité douloureuse de Pavese, l’EP… Qu’en est-il au juste de ce détail « plmtq » biographique sur sa littérature – et cela n’apporterait-il pas un éclairage plus clinique aux syndromes abandonniques de maints littérateurs de tendance plutôt hétéro-doxe ?)..

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