Pirandello:une famille italienne ordinaire monte sur scène et casse la baraque

La création de la pièce, le 9 mai 1921 à Rome,  de « Six personnages en quête d’auteur »  par la troupe de Dario Nicodemi, déchaina  un scandale énorme. Pirandello  n’est pas alors  un jeune homme. Il a 54 ans. Il sait parfaitement ce qu’il déclenche. Rappelons brièvement qu’entre 1916 et 1924 c’est son printemps tardif.  Il abandonne enfin  l’écriture et la publication  régulière de nouvelles –qui lui rapportaient peu-  au profit du   théâtre . Entre 49 ans et 57 ans, il nous livre le meilleur. Et quelle richesse ! Il écrit 28 pièces, dont Chacun sa vérité, la Volupté de l’honneur, Six personnages en quête d’auteur, Henri IV Son biographe Nardelli raconte ceci à la première de « Six personnages en quête d’auteur »  : « Dans le public, le jeunes applaudissaient à s’en abimer les mains. Mais les bien-pensants, qui occupaient les loges et les places les plus chères, non contents de siffler, de rire, et de crier, chantaient en chœur le mot « bu-ffo-ne » et ils criaient « A l’asile ! à l’asile ! » et firent le coup de poing.

Luigi Pirandello

Sur la scène des acteurs maquillés, des critiques, des amateurs, des journalistes à l’affut, se battaient sans retenue. Le spectacle avait pris fin depuis plus d’une demi-heure et Pirandello ne pouvait s’en aller (..) Il avait laissé  sa fille Lietta dans sa loge puis  il était venu se montrer au public, non pour savourer les applaudissements -car le théâtre n’était plus qu’un champ de bataille- mais pour assumer ses responsabilités et revigorer par sa présence ceux qui le défendaient.. »

Pirandello  attendit 40 minutes que le scandale prit fin. Il se risqua alors   à aller jusqu’à la rue. « Mais quand il y apparut, tenant sa fille Lietta sous  sa protection, il se vit cerné par la foule hostile. Il y avait là six ou sept cents personnes restées pour l’attendre dans la nuit. Elles se ruèrent sur lui, les unes pour l’acclamer, les autres pour lui griffer le visage. On le frappa. Sa fille s’évanouit. Impossible d’avancer ni de revenir en arrière. La rue était pleine de monde. Les agents de police se demandaient s’ils devaient intervenir. Le salut arriva sous la forme d’un taxi  qu’un colonel était allé chercher jusqu’au corso Vittorio, et il le  dirigeait  à  à travers la foule comme un  tank. On y chargea Lietta  dans le taxi , son père y entra  tant bien que mal. Mais la foule continua  se répandre à sa suite, les uns le sifflant, ou applaudissant. »

Un autre témoignage : » »les choses commencèrent à mal tourner dès que le public, en entrant dans la salle, s’aperçut que le rideau était levé et qu’il n’y avait pas trace de décor. Les premiers cris de protestation s’élevèrent alors, de la part de ceux qui toléraient mal ce qu’ils considéraient comme un exhibitionnisme gratuit.

On sait également que la, pièce, dès le début a été vaillamment jouée par les comédiens, mais qu’on avait du mal à entendre le texte. »

Un mois plus tard, jouée à Milan, la pièce fait un triomphe.

                                                  ***

Marta Abba,, excellente comedienne avec laquelle Pirandello eut une longue liaison

Mais pourquoi donc ce texte et cette mise en scène furent-ils si  violemment reçus ?  Que raconte cette pièce de si scandaleux ?

 Une famille toute habillée de noir, débarque dans un théâtre en pleine répétition. Elle affirme qu’elle est  la recherche de » son auteur »,  car elle  déclare avoir  la ferme intention d’obtenir ici, maintenant, sans délai, un plateau de théâtre  pour qu’on joue son drame. Son vrai drame. Ce n’est pas une demande mais une exigence. Il faut que l’art théâtral, maintenant, sur ce plateau reflète enfin la « vraie vie » de cette famille en  plein déchirement. Ce groupe familial bavard, excité, en conflit,  veut qu’on l’entendre.  Elle exige de  prendre corps et forme avec un auteur. On voit donc des êtres humains en train de forcer brutalement  les barrières  du noble art théâtral y traditionnel et se mettre d’eux-mêmes « en quête d’auteur » pour obtenir  enfin une forme artistique  qui   la reflète dans sa complexité  sans rien oublier ni édulcorer.

  Cette irruption bruyante, bizarre,  si inattendue,   trouble  le metteur en scène, les acteurs, les techniciens, qui s’apprêtent  à répéter  une pièce de Pirandello. Mais en même temps qu’ils sont troublés, ils sont de plus en plus  fascinés, médusés, ou  choqués  par ce que raconte le père, la fille, la mère, etc.

Dans sa préface, Pirandello précise bien sa pensée. « Quel auteur pourra jamais dire comment et pourquoi un personnage est né dans son  imagination ?»Il affirme quelques lignes plus loin que son imagination avait produit ces « six personnages » précisément : »Je les trouvais vivants devant moi, vivants au point de pouvoir les toucher, vivants au point de les entendre respirer, ces six personnages que l’on voit maintenant sur scène. Et ils attendaient là, chacun avec son tourment secret et tous unis par leur naissance et par l’enchevêtrement de leur mutuelles vicissitudes, exigeaient que je les fisse entrer  dans le monde de l’art, en composant de  leurs personnes, de leurs passions et de leurs aventures un roman, un drame, tout au moins une nouvelle ». Précisons que parmi ses personnages qui viennent le « visiter »  les  souvenirs d’enfance en Sicile et les traits autobiographiques se multiplient.

Maria Antonietta Portulano, épouse de Pirandello, fut saisie d’une jalousie maladive causée par la fascination que son mari exerçait sur ses jeunes élèves de l’école normale pour jeunes filles où il était professeur. Cette jalousie sans fondement va se transformer, peu à peu, après la faillite de l’entreprise familiale, en folie.


 Pirandello précise : »Nés vivants, ils voulaient vivre. » Mais comment ? et dirigés par qui ? Commence  alors ,dans cette pièce sans division en actes, une lutte pied à pied,  acharnée, entre les  acteurs déjà grimés qui prennent de haut, avec parfois moqueries,  en   professionnels,   les exigences et les criailleries d’une famille ordinaire en plein drame,  qui déballe   son  linge  sale dans la cacophonie.

 Le plus douloureux se passe chez une certaine Mme Pace qui cache un bordel derrière sa vitrine, avec un père qui  se trouve confronté avec une  jeune prostituée qui est sans doute sa fille…Cette réalité crue, virulente, « sale », révélée sur un plateau nu d’une famille italienne des années 20, avec ses versions contradictoires   met dans  un extrême embarras les comédiens professionnels. Ces personnages « sans auteur »  en ont marre d’être exclus de l’Art et exigent d’être représentés en bousculant tout.

Et là, cette pièce  propose  un jeu de miroir vertigineux : l’art noble du théâtre et ses cothurnes  ses maquillages, ses belles phrases littéraires reste  en désarroi face à eux. Comment  représenter   une réalité sociale  si  « vulgaire » et si embrouillée. Car rapidement,   naissent  des querelles  sans fin et des malentendus entre les personnages de la vraie vie  qui revendiquent qu’on transforme leur destin personnel en une histoire cohérente.

Le soir sur l’avenue Karl Johan d’Edvard Munch

Il faut bien comprendre  que  dans cette pièce, ce  ne sont pas  les personnages que « l’auteur » refuse ; au contraire, le directeur   les accueille avec intérêt, mais c’est à proprement parler l’histoire commune qui les lie les uns aux autres qui fait défaut. Où trouver  une construction dramatique solide ? Les membres de cette famille  s’en foutent  et  sont éparpillés dans leurs petites vérités subjectives  et veulent un auteur qui s’en fasse un écho fidèle.

Et c’est sans doute pour cette raison que pendant ma lecture  j’imaginais sans cesse l’irruption des Gilets jaunes dans un studio de télévision sur BFM ou LCI  , un petit groupe exigeant du meneur des débats  et des éditorialistes qu’on les presente dans leur complexité.

Je voyais  aussi les images récentes de groupuscules  de contestataires en plein défilé dans les rues de nos grandes villes   cassant les caméras et micros  des reporters des chaines de télévision car furieux  qu’on ne donne pas une idée  exacte de leurs revendications.

Dans la pièce, les acteurs professionnels  trouvent donc  flous, vulgaires les membres de cette famille. Ils veulent bien s’en faire les interprètes mais ne trouvent pas le bon ton. Le fossé s’élargit, les malentendus se multiplient entre  cette famille (avec deux personnages muets notons-le)   prétendants être mieux informés que quiconque sur  la façon de jouer leur propre vie et les comédiens prétendants être, eux,  mieux informés que quiconque de la façon de jouer dans uun théâtre .Le malentendu restera total jusqu’à la fin. 

 La fin de la pièce laisse sur ce malaise énorme, profond. .Elle  n’apporte aucun réconfort intellectuel et n’esquisse aucune solutionAu contraire. Un  membre de la famille se tue . L’art dramatique noble  et la Réalité triviale ne se comprennent plus.



Le 18 septembre 1924, le journal «  L’imperio » publie une lettre d’adhésion de Pirandello au parti de Mussolini.
L’auteur écrit :»Si vous me jugez digne d’entrer au parti national fasciste, j’apprécierai comme le plus grand des honneurs d’y occuper la place du plus humble et obéissant des sans grade. »

La réflexion de Pirandello  ne  se réduit pas  seulement à montrer  un auteur aux prises avec son imagination débordantes, mais s’élargit au fait que la création artistique –en général-  est sans cesse débordé par le fleuve  de ces vies qui  coulent de partout et que  les explications sociologiques  ne cernent  qu’imparfaitement.

Pirandello, prophétiquement,  pose en 1920  la  question radicale  de la représentation médiatique .Elle est forcement incomplète, partielle, partiale,réduictrice,  fragmentaire,  politiquement biaisée, toujours débordée par la complexité du réel.

Pirandello ,avec brutalité, raillerie,  casse la vitrine du Beau Mensonge Artistique pour nous mettre en face de la spontanéité populaire. Il le fait avec   une puissance percutante. Il ouvre  délibérément la boite de Pandore en  posant  la question dans ces difficiles  années 1920 italiennes. Car  il ne faut pas  oublier  que durant les deux années 1919 et 1920, restées dans l’histoire de l’Italie comme le Biennio Rosso (les deux années rouges), le pays fut secoué par une véritable crise révolutionnaire. Comme dans un grand nombre de pays d’Europe et du monde, la fin de la Première Guerre mondiale et l’exemple de la révolution russe de 1917 incitaient la classe ouvrière à passer à l’offensive contre la bourgeoisie.la pièce s’en fait-elle l’écho ? Je ne sais pas.

   Ce qui est évident c’est que la puissance  subversive du propos   nous atteint aujourd’hui.Pirandello, ce bourgeois assez hautain rejoint la préoccupation de Brecht qui se demanda sans cesse comme refléter les tensions sociales et la lutte des classes sur une scène. Et comment secouer le théâtre dans ses clichés et sa sclérose.

Dans  sa préface, Pirandello résume: »le tragique et immanent conflit entre la vie qui bouge continuellement et qui change, et la Forme qui la fixe, immuable ». Quelques répliques donnent le ton.

Le personnage de la mère dit  : »Toi, tu sais parler, moi je ne sais pas.. » et quand le directeur de la troupe,  débordé et inquiet par l’irruption de cette famille qui se chamaille demande au père : »Tout cela est très joli ! Mais qu’est-ce que vous voulez exactement ?

Le père : Nous voulons vivre monsieur !

Le directeur, ironique : Pour l’éternité ?

Le père : Non monsieur, pendant un moment au moins, en eux(en montrant les comédiens professionnels)

S’exprime ici l’« humorisme » de Pirandello, cette conscience critique qui soumet tout aspect du réel à son contraire.  Cet écrivain ne s’habitue pas à la coupure qui oppose  la fixité immuable de la Forme Artistique à la Vie, dans son incessant  flux  anarchique.

Marta Abba, , interprète fidèle et inspirée des pièces de Pirandello, apparait dans les dispositions testamentaires de l’écvrivain sous forme de « fille d’élection ».

Une part autobiographique dans la pièce?

Dans sa préface, Pirandello déclare  que l’«Imagination, cette mienne petite servante, eut, il y a plusieurs années, la fâcheuse inspiration ou le malencontreux caprice d’amener chez moi toute une famille dont je ne saurais dire ni où ni comment elle l’avait pêchée, mais dont, à l’en croire, j’allais pouvoir tirer le sujet d’un magnifique roman

. Ces personnages, auxquels Pirandello aurait d’abord pensé pour un roman (qui devait s’intituler précisément ‘’Sei personaggi in cerca d’autore’’ et dont on a conservé les premières pages), s’imposèrent à lui, lui racontèrent « leurs vicissitudes », car ils « voulaient vivre ». Et ils vivaient déjà « d’une vie qu’il n’était plus en mon pouvoir de refuser », devinrent pour lui « une véritable obsession ». Il s’interrogea sur « le mystère de la création artistique » qui est « le mystère même de la naissance naturelle. Une femme, parce qu’elle aime, peut désirer devenir mère ; mais ce désir seul, si intense soit-il, ne peut suffire. Un beau jour, elle se trouvera être mère, sans savoir exactement quand cela s’est produit. De même un artiste, parce qu’il vit, accueille en lui d’innombrables germes de vie, et ne peut jamais dire comment et pourquoi, à un certain moment, l’un de ces germes vitaux s’introduit dans son imagination pour devenir lui aussi une créature vivante sur un plan de vie supérieur à la mouvante existence quotidienne. » Ce mystère fit qu’un « jour, tout à coup, la manière d’en sortir me vint à l’idée. Pourquoi, me dis-je, ne représenterais-je pas ce cas, neuf entre tous, d’un auteur qui se refuse à faire vivre des personnages nés vivants de son imagination, et celui de ces personnages qui, ayant désormais la vie infuse en eux, ne se résignent pas à demeurer exclus du monde de l’art? Ils se sont déjà détachés de moi ; ils vivent pour leur propre compte ; ils ont acquis voix et mouvement ; ils sont devenus d’eux-mêmes, dans cette lutte pour la vie qu’ils ont dû livrer contre moi, des personnages qui peuvent bouger et parler tout seuls ; ils se voient déjà comme tels ; ils ont appris à se défendre de moi ; ils sauront aussi se défendre des autres. Eh bien, alors, soit, laissons-les aller là où ont coutume d’aller les personnages de théâtre pour avoir une vie : sur une scène. Et voyons ce qui en résultera. » (page 15). Il précisa : « Ma pièce a vraiment été conçue dans une illumination spontanée de mon imagination, lorsque, par une sorte de prodige, tous les éléments de l’esprit se répondent et œuvrent dans un divin accord. Nul cerveau humain travaillant à froid, quelque mal qu’il se fût donné, ne serait jamais parvenu à pénétrer et à pouvoir satisfaire toutes les nécessités de sa forme. »

Pirandello   affirma  que ces personnages venus de son imagination  n’avaient rien à voir avec son cas personnel, mais les définit comme « ombres nées de ma passion » ». On peut quand même  s’interroger  dans la mesure où il écrivit cette  pièce immédiatement  après l’internement  de sa femme, Antonietta  qui souffrait  de jalousie et de grave paranoïa depuis des années, transformant son couple avec Pirandello en véritable enfer conjugal. Dans quelle mesure  cet internement n’est pas représenté dans la pièce par l’exil conjugal de la mère, à chacun sa vérité!

Il faut même noter  que  des biographes sérieux  comme le français Georges Piroué ou l’italien Nardelli( ou l’écrivain sicilien Léonardo Sciascia fin analyste de Pirandello)ont souligné combien la démence de l’épouse Antonietta a obligé le mari  Pirandello à s’interroger sur la vérité d’une vie qui ne repose que sur des phantasmes. Les dégâts et les désastres de l’imagination, cette « folle du logis »   sont au cœur de l’œuvre de Pirandello non seulement dans son théâtre mais  dans ses multiples nouvelles,comme dans « le mari de sa femme » .

 on voit bien dans la pièce  que chaque personnage s’isole  dans sa vérité avec une ténacité diabolique  Les biographes ont aussi remarqué que l’âge des deux enfants dans la pièce  correspond d’une part à l’âge qu’il avait quand une de ses soeurs fut frappée de démence, et, d’autre part, à l’âge auquel mourut une autre de ses sœurs.  Mais l’élément autobiographique le plus troublant reste l’accusation d’inceste qui est au cœur de la pièce. Cette accusation, l’épouse de Pirandello, Antonietta  la porta contre son mari dans une crise. Elle exigea même que leur fille Lietta quitte le foyer familial car la mère répétait : »Si Lietta rentre, c’est moi qui sors »! Pirandello a à demi reconnu  le caractère semi autobiographique  de son œuvre en disant que le refoulement   y avait joué un rôle important.

11 commentaires sur “Pirandello:une famille italienne ordinaire monte sur scène et casse la baraque

  1. JJ-J
    J’ai longuement parlé sur ce blog -quand il était hébergé par « Le monde » il y a plusieurs années- du roman de 800 pages « Les démons » de Heimito von Doderer que je tiens pour une œuvre littéraire capitale.Cet écrivain autrichien,très apprécié des Viennois , est l’égal d’un Musil . j’ai lu il y a longtemps « Un meurtre que tout le monde commet » et votre rappel de cette œuvre me donne envie de m’y replonger.Merci.

    J'aime

  2. Votre chronique sur Pirandello, je ne sais trop pourquoi, P,, m’a fait irrésistiblement penser au roman d’H von Doderer, que vous connaissez sans doute, mais dont, sauf erreur, vous n’avez jamais traité… Je vous rappelle l’argiment d’un « meurtre que tout le monde commet »… C’est un roman un peu obscur mais qui marque de son empreinte la conscience du lecteur qui le découvre pour la première fois. Je vous en rappelle l’argument puisé dans le réservoir de babelio…
    ————
    Paru en Allemagne en 1938, Un meurtre que tout le monde commet est le premier roman important de Heimito von Doderer, l’auteur des Démons. L’œuvre immense et extrêmement originale de ce romancier le place au premier rang des écrivains autrichiens, à côté de Musil et de Hermann Broch. Ce livre rassemble les éléments d’une enquête policière, ceux d’une éducation sentimentale et ceux, enfin, d’un roman d’initiation que n’épuise pas l’anecdote : parvenu à l’âge adulte, Conrad Castiletz (Kokosch, l’anti-héros romantique du roman) qui mène dans l’Allemagne des années vingt, la vie ordinaire et sans histoire d’un fils d’industriel, s’efforce un jour de résoudre l’énigme de la mort de la sœur de sa femme, survenue plusieurs années auparavant. L’extraordinaire construction de ce livre où ressurgissent, avec la force du leitmotiv, certaines images-clés, la densité poétique et souvent baroque du style, suggèrent une volonté d’élucider ces ellipses de la vie où Doderer perçoit non pas le déterminisme d’un hasard mais la magie d’un destin. Toute l’œuvre de Doderer, du reste, s’articule autour de personnages égarés dans l’Histoire collective et que l’on voit chercher inlassablement la nature de leur identité. Telle est la fatalité de Conrad qui découvre avec stupeur que la seule chose à laquelle il ne peut échapper est son enfance. Il y a chez Doderer comme la mélancolie d’une énigme impossible. Et c’est peut-être de là que provient la beauté étrange de son œuvre. »

    Bàv, et bravo pour cette chronique sur la genèse des 6 Personnages…, elle m’a bien instruit de certaines lacunes inadmissibles… Merci.

    Aimé par 1 personne

  3. Soleil vert,on peut le dire comme ça, en constatant que ce qui s’annonce comme une simple comédie, au départ, provoque un incident majeur(comme dans un centrale nucléaire) avec une lente déflagration.Pirandello fait craquer les limites de l’Art et son corsetage abstrait , infirme au regard de la fuyante réalité.Des créatures vivantes pulvérisent littéralement l’univers conventionnel du théâtre bourgeois..cet acte d’accusation est assez stupéfiant.ce procès au théâtre fait à l’intérieur d’un théâtre agit comme un trou noir qui sidère.

    J'aime

  4. Au fond « Six personnages en quête d’auteur » c’est un impromptu élargi aux dimensions d’une pièce de théâtre

    J'aime

  5. Est-ce que ce repas des Machines devenues folles n’est pas un lieu commun de l’Europe de l’entre deux guerres? le lyrisme machiniste façon Pacific 231, ou, moins optimiste, la parabole du Concerto pour la Main gauche, ou la mais est précipitée aux enfers et la mélodie disloquée, le tout pour un pianiste dont un projectile a fauché la maun droite, ne rejoint pas, en définitive, le choc éprouvé par Pirandello?
    Un Farrère dont Les Civilisés ressemblent beaucoup à Métropolis utilise un titre qui sonne dérisoire. Ces cCivilisés-là ont pouvoir de mort par la machine qui structure d’ailleurs leur Empire…
    Plus tardive (1948? )n et d’un tout autre style, La France contre les robots porte un diagnostic similaire; la mort des valeurs et surtout de l’ame de l’ancienne France. Tout ceci mériterait d’être creusé plus que je ne le fais brièvement ici….

    J'aime

  6. Ce qui est évident pour ceux qui ont étudié de prés la vie et la sensibilité de Pirandello c’est qu’ils ont noté que l’expérience de la guerre 14-18 a provoqué chez lui une stupeur, un ébranlement durable,notamment voyant un de ses fils partir à la guerre.la réalité est devenu une machine folle. Dans « Noi e til mondo » il écrit : « On assistait naguère dans les sérails au repas des fauves. nous assistons aujourd’hui à un repas encore plus monstrueux :le repas des machines devenues folles. C’est ainsi que je vois, sous cette forme-là,cette guerre épouvantable .Guerre des machines, guerre des marchés. Elle dévore, dit-on, sept hommes à la minutes :pour le triomphe des produits industriels d’une nation devenue non seulement sur les chantiers, mais dans les esprits et les organisations, métallique, un immense parc des machines. »

    J'aime

  7. Pat V pourquoi ai-je pensé aux gilets jaunes? .parce que je dis bien dans mon texte que ce qui m’a frappé dans la pièce de PIrandello  » c’est à proprement parler l’histoire commune qui les lie les uns aux autres qui fait défaut. »

    J'aime

  8. Souvenir de la grande Suzanne Flon, là dedans, à une époque ou la télévision préférait Pirandello à la postérité décérébrée, forcément décérébrée, de Nabila… La pièce se trouvait un peu tirée vers le Drame façon Henri IV et s’en trouvait très bien, je crois.

    J'aime

  9. Pourquoi évoquer les gilets jaunes à ce propos?
    Ne font-ils pas assez caricaturalement l’acteur?
    Passionnante évocation Paul Edel. Merci!

    J'aime

  10. Mise en scène très percutante de Demarcy-Motta au Théâtre de la Ville, il y a plusieurs années. impressionnée et durablement marquée par ce moment de théâtre (voir dernière photo du billet tout en contraste ombres-lumière).

    J'aime

  11. « Six personnages en quête d’auteur », c’est un remake à l’italienne de la bataille d’Hernani, Paul.
    Aujourd’hui, sur la RDL, les personnages ne sont même plus en quête d’un auteur !

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s