« Les mains sales » de Sartre,pièce de musée ?

Je suis tombé par hasard sur un vieux livre de poche tout écorné, « les mains sales » de Sartre, laissé  sur une planche ,au soleil, dans une boite à livres près de  la mairie de Saint-Servan.

La pièce fut écrite en  1946.Elle est passionnante à relire, tant le climat idéologique de l’époque semble éloigné  La relire  c’est  entrer dans une pièce du musée de l’idéologie française. Rappelons que c’est en  1946  que commence la Guerre d’Indochine.  C’est aussi cette année-là que le général de gaulle quitte le Gouvernement et dénonce le régime des partis. C’est aussi  cette année-là que les  femmes peuvent accéder aux postes de la magistrature. Etonnant non ?

 Jouée pour la première fois  le 2 avril 1948 au théâtre Antoine, la pièce fut un succès. La  presse fut élogieuse, du Figaro à Libération, et de Paris-presse à Combat,mais avec  exception,  de taille :la presse communiste, choquée, par la voix de  « l’Humanité » titrait le 7 avril 1948 : » Quand le mensonge ridiculise. C’est Sartre qui a les mains sales ».

 C’est  une pièce  qui traite  du   crime politique .Les idées peuvent-elles justifier le meurtre d’un homme ? Peut-on tuer de sang-froid un homme qu’on a côtoyé ? Qu’est-ce qu’une action politique ? Faut-il chercher l’efficacité en politique ? La fin justifie-t-elle les moyens ? Quel est le rôle des idées dans la politique ?

 Reprenons  brièvement la trame : Hugo est un jeune intellectuel bourgeois qui a intégré en 1942 le parti révolutionnaire d’Illyrie (ici présenté comme un État de l’Est germano-slave). Il sort de prison et va chez la militante  Olga. Celle-ci a obtenu de la part de Louis (un autre chef du parti) la permission  d’évaluer si cet intello  est « récupérable et  apte à  accomplir de nouvelles missions. Elle a jusqu’à minuit pour  faire parler Hugo , l’évaluer, après quoi Louis tuera Hugo si celui-ci n’est pas sauvé par Olga. Hugo accepte de raconter à Olga le déroulement de la mission que lui avait confié le parti deux ans plus tôt .le public est alors plongé en 1943.L’essentiel de la pièce est long   un flash-back. Nous sommes  dans un pays occupé par les nazis, à la veille de leur  effondrement,  et dans l’imminence  de  la libération du pays  par l’armée rouge. Sartre oppose  deux hommes. Hugo l’idéaliste, l’intellectuel  bourgeois qui n’est à l’aise que devant sa machine à écrire (excellent portrait de Sartre par lui-même )  il veut s’engager  mais  ne  cesse d’avoir des états d’âme, des contradictions, des hésitations, il   gratte ses plaies , honteux des restes de son éducation  bourgeoise. Il se sent  mal dans sa peau de candidat militant  parmi les prolétariens .

 En face de lui,  Hoederer . C’est lui le vrai héros. Il a l’autorité (il peut faire  accepter Hugo ce « gosse de riches » à ses  camarades du Parti), il  a la maturité, comprend les femmes et séduit Jessica  la femme de Hugo. Il incarne le parfait entraineur d’hommes concret, c’est l’homme qui fait avancer l’Histoire dans le bon sens. Efficace, logique, intelligent.Il s’adapte au réel et aux  circonstances et en même temps   manipule la vérité sans complexe si ça sert les intérêts de la Cause. . Il  joue du mensonge à l’occasion   pour atteindre son but politique. Enfin  il est  prêt à éliminer  l’adversaire sans état d’âme. Pour lui  la fin justifie les moyens. Il a quelque chose du héros malrucien de « La condition humaine ». Hoederer  est le type même   du  parfait militant communiste, prêt à basculer, au nom de l’efficacité, dans le  stalinisme.  Après avoir longtemps nié, Sartre a fini par admettre  tardivement qu’il s’incarnait plutôt dans Hoederer que dans Hugo,  dans  une déclaration à Francis Jeanson de 1955 ! et un entretien de 1964 avec Paolo Caruso. On comprend que Sartre a prêté au personnage d’ Hugo ses propres questionnements depuis le début de son œuvre.

La presse communiste a détesté la pièce à l’époque. Sartre ,10 ans plus tard, deviendra leur momentané compagnon de route , au temps de sa pièce « Nekrassov », (1956)qui fut un four.

Ce qui  fascine  un lecteur de 2021 dans « Les mains sales », c’est que la  pièce  se révèle  datée.Elle a vieilli,dans son style et sa problématique , c »est donc un véritable objet de curiosité.  On y respire la l’obsession de l’époque :les rapports entre morale, humanisme et révolution.C’est l’époque où Camus écrit « les justes » et publie « La peste »,réflexion sur la révolte et la solidarité. .On mesure avec cette pièce   l’influence du parti communiste  et du marxisme sur la pensée française de Gauche.

François Périer dans le rôle de Hugo en avril 1948

Mains propres ? Mains sales ? On pénètre  entre dans le Musée Grevin des dilemmes de l’idéologie sartrienne. L’écriture  étonne par  des dialogues  chocs ,  ses formules expéditives, voire brutales  destinées à faire  mouche dans la salle. Sur l’action politique : « HUGO : Tous les moyens ne sont pas bons.
HOEDERER :Tous les moyens sont bons quand ils sont efficaces. »

  La haine   du bourgeois est  palpable. Pour les deux héros cette  classe sociale parasite doit disparaitre.  

   Hugo livre alors ce qui taraude Sartre depuis « l’enfance d’un chef », sa » nausée » face à la bourgeoisie. Sa volonté d’échapper à la « chosification » de l’enfant gâté qu’il fut.

On en retrouve un  écho percutant  dans la scène III du troisième tableau quand Hugo crache, convulsif, la  haine de son enfance.

 »Chaque soir, tu vois ça d’ici : »Mange Hugo, mange. Tu vas te rendre malade.  On m’a fait prendre de l’huile de foie de morue ; c’est ça le comble du luxe : une  drogue pour te donner faim pendant que les autres,  dans la rue, se seraient vendus pour un bifteck, je les voyais passer avec leur pancarte : »Donnez-nous du pain. » Et j’allais m’asseoir à table. Mange, Hugo, mange. Une cuillerée pour le gardien qui est en chômage, une cuillerée pour la vieille qui ramasse les épluchures dans la poubelle, une cuillerée pour la famille du charpentier qui s’est cassé la jambe. J’ai quitté la maison. »  C’est là la grande obsession sartrienne déjà développée dans la nouvelle  «L’enfance d’un chef »

Sartre assène des  formules :« C’est vrai, tu as des idées toi. Cela te passera ». Ou « « La politique est une science, tu peux démontrer que tu es dans le vrai et que les autres se trompent. »
Autant de petites phrases  nerveuses, hargneuses, moraleuses, grinçantes, amères qui claquent  comme des slogans politiques –  Enfin, le rôle des femmes est déconcertant.   Jessica est   une écervelée, une  coquette, soumise aux caprices de son désir. Olga, la militante dure, suit aveuglement les consignes du parti, c’est l’obéissance aveugle  faite femme .On se demande ce que Simone de Beauvoir pouvait penser de ces deux caricatures. Elle en parle peut-être dans ses Mémoires, à vérifier.

  Enfin, les gardes du corps de Hoederer : Slick et Georges  sont réduits à  deux sinistres abrutis , deux navrants  seconds couteaux,  deux pieds nickelés  qui causent argot   comme dans une » Série Noire » , collection d’ailleurs  que lisait beaucoup Sartre.

La société bourgeoise est donc  en train de mourir. Le prolétariat est l’espoir, l’horizon.  On est un peu surpris à la lecture du dossier de presse de l’époque de constater que  la presse » bourgeoise », du Figaro à Libération,  applaudit à la pièce. Les journaux communistes fulminent.  Marguerite Duras, militante communiste de la rue Saint-Benoit,  écrit dans « L’aube », le 28 avril 1948 :

«  « On comprend  ce que Sartre a voulu faire, c’est l’exposition de ce qu’il croit être la vie secrète, conjugale, obscène, avec ces mots d’initiés (comme le mot récupérable, dont  les militants de fer sartriens se gargarisent), enfin  les mœurs inavouables de ce qu’il croit être la victime des partis-de-fer. Le travail de Sartre, quelles qu’aient pu être ses intentions, est fait à merveille pour satisfaire dans son public (bourgeois) un appétit de voyeur. « 

 Précisons que  « les mains sales »  fut  LA pièce qui consacra Sartre  grand dramaturge.

 Ce qui m’a  le plus fasciné, c’est le portait d’Hugo. Autopoprtrait de Sartre? Il esten tous cas le porte-parole    des  débats  philosophiques, politiques, littéraires  qui ont occupé Sartre depuis ses débuts et qui sont déjà exposés avec clarté dans ses « carnets d’une drôle de guerre »-le meilleur de toute son œuvre à mon avis- à savoir la situation de   l’intellectuel  qui découvre qu’il est séparé de la classe ouvrière par son origine bourgeoise  et qu’il reste  un remueur de  mots, arrimé à sa machine à écrire, sa bibliothqèe philosophiue, ses jeux de concepts, un idéaliste dont le discours et les  références historiques  sont incompris du peuple.

 Sartre expose de manière le problème d’un homme qui ne se reconnait pas  ontologiquement dans un « acte », qui se sent et se vit comédien sur la scène du monde  réel, problématique  exposée  dans « L’ être et le néant »C’est la facette interessante de cette pièce ,    le tragique de l’intellectuel qui ne se « voit » pas accomplissant cet acte de tuer et qui oscille sans cesse entre le réel et l’imaginaire, entre le vérité et la comédie, à la recherche d’ une authenticité qui n’est peut-être qu’une ruse narcissique, un spectacle qu’on se donne à soi-même.

 Il  analyse donc, Sartre,   sa propre schizophrénie, cherchant à    briser cette solitude de l’intellectuel face à la solidarité de la classe ouvrière. Hugo, selon certains  spécialistes sartriens, rappellerait   aussi le cas douloureux  de son camarade Nizan et de son appartenance si difficile au Parti Communiste .  

La fin de la pièce est déconcertante. C’est un mauvais « coup de théâtre »  , ce Hugo  qui surprend Hoederer enlacé avec sa propre femme, Jessica et le tue dans une bouffée de jalousie. La fable politique tourne alors  au vaudeville et  se réduit à la banale  vengeance d’un cocu.

Jean Paul Sartre (1905-1980) ici a son bureau rue Bonaparte a Paris en 1955

Plus intéressant est  le  rire soudain, énorme  de Hugo après son crime .il en en dit long  sur la dérision   et l’embarras du  Sartre de 1946 pour trouver une solution à son problème philosophico-politique ,cette recherche d’une dose d’humanisme dans  la pratique communiste, sa  recherche d’un équilibre  entre efficacité politique  et  impératif morale  . Hugo déclare à Olga, la bonne  militante : « Attends, Olga, laisse-moi rire. Il y a dix ans que je n’ai pas ri aussi fort. Voilà un crime embarrassant : personne n’en veut. Je ne sais pas pourquoi je l’ai fait et vous ne savez qu’en faire. »

Beau résumé des désarrois et aveux transposés sur la scène  de l’écrivain « bourgeois »Sartre.  Le sens de la pièce a évolué au fil des ans et selon les metteurs en scène. Sartre en est venu à interdire des représentations des Mains sales, notamment aux États-Unis, parce que ce drame prenait une  signification  clairement anticommuniste.

60 commentaires sur “« Les mains sales » de Sartre,pièce de musée ?

  1. Jacques Julliard…JacquesJulliard… Citer Jaques Julliard…Justes Cieux! Comme eut dit Léon Bloy.

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  2. Sartre déclenche toujours des haines, c’est bon signe!
    Il y a quelques mois, dans Le Figaro,le 19 juillet 2019, Jacques Julliard figure de l’intellectuel consensuel, délivre son verdict sur Sartre : « Mauvais romancier, dramaturge injouable, philosophe prolixe mais sans originalité, c’est un libertaire qui a encensé toutes les dictatures, une grande âme qui a justifié tous les massacres, pourvu qu’ils se réclament du socialisme (…). C’est un imposteur de bonne foi qui a réservé sa sévérité, parfois sa rage aux régimes libéraux et qui a fait de l’affichage de la mauvaise conscience de l’écrivain l’alibi de son confort intellectuel. C’est bien le seul domaine où il a engendré des disciples jusqu’à nos jours . »

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  3. @Jean Langoncet
    ha d’accord.
    mais il s’en est fallu de peu, vous savez. ma mère avait pensé nommer un de ses enfants, Gabrielle … et puis il en a été autrement.

    je vous laisse. pas en état de poster quoi que ce soit.
    Faites simplement attention à vous et prends soin de toi, Paul Edel. même dûment vaccinés. un fichu variant et tout se ralentit brutalement, change et se complique … c’est moi qui vous le dis …

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  4. 1949 ce n’est pas le moment Ramadier?
    Faut-il rappeler que Jules Moch, socialiste mais homme d’ordre, a fondé les CRS? Des choses intéressantes dans ses Entretiens.
    Situations émerveillait parfois le lycéen que j’étais, sans pour autant le convertir;
    Ehrenburg est encore cité par Malraux, je crois, dans l’ appendice des AntiMémoires. Ce crépuscule est-il mérité?

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  5. Ilya Ehrenbourg, écrivain, journaliste, traducteur, qui fut correspondant de guerre soviétique célèbre pendant la guerre d’Espagne, et qui joua aussi un rôle important pour la propagande soviétique pendant la seconde guerre mondiale et après, lut la pièce de Sartre dès qu’elle fut publiée. Il écrivit un article qui fut publié dans « Les lettres françaises » du 10 février. 1949 .En voici un extrait :
    « La mains sales » est une œuvre politique. Elle est écrite non pas par un philosophe perplexe ni par un utopiste révolté, c’est un pamphlet anticommuniste et antisoviétique mûrement réfléchi (..)La pièce a été écrite et mise en scène au moment où, en France, le gouvernement réactionnaire entreprenait la croisade contre les communistes.
    Le fait que Sartre ait écrit Les mains sales au moment de la chasse aux communistes, au moment de la campagne antisoviétique acharnée qui n’est autre que la préparation à la guerre, ce fait signifie qu’il a lié son sort au sort de Mr. Jules Moch, au sort de Mr Dulles, de Mr Churchill et des autres inspirateurs de la croisade .Même s’il essaie de renier ses partenaires dans la calomnie, personne ne le croira : »le Maure a fait son œuvre ».

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  6. Courageux, voire téméraire, ce bon JL !

    Discuter avec un Archange comme Michou armé de sa kalach, c’est de l’inconscience. Ces poulets aux grandes ailes flasques sont exigeants côté Vertus et impitoyables question Vices. Or, j’ai entendu dire que ….

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  7. @et si vous développiez ? sinon on ne voit pas comment discuter avec vous …

    Je ne dialogue qu’avec les Archanges. Aujourd’hui avec le Prince de la Milice Céleste, Saint Michel.

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  8. Les articles, préfaces, etc. ont été rassemblés ds Situations V.
    (Paul Edel connaît l’œuvre de Sartre infiniment mieux que moi, Margotte, c’est plutôt à lui qu’il faudrait s’adresser.)

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  9. De Sartre, j’aime Les Mots, les Mouches. déteste la Nausée.
    Jamais lu Sartre, philosophe.

    De toutes les façons, au lycée voire dès la fin du collège, mes cours d’histoire et de philosophie étaient mauvais et légers. Des profs qui n’en avaient rien à foutre de couvrir les programmes : tout le XXème siècle quand même ! … Quant aux cours de géographie, dès le lycée, pffft : néant. Mes profs faisaient systématiquement l’impasse sur cette matière qui ne les intéressaient pas.
    Fi-chus-pro-blè-mes.
    Or pour moi, ce sont des matières incontournables pour comprendre le monde. Nous, enfants, avions droit à ces enseignements : je leur en garde une rancune tenace. et allez, à moi aussi. Rétrospectivement, j’aurais dû le leur faire savoir et sentir … J’aurais même dû me mettre en colère. mais trop timide, à l’époque.
    Pas de chance. Regrettable mais … Fort heureusement les enfants, tous les enseignants ne sont pas faits de cette triste pâte …

    Et de nos jours, à combien se chiffre le nombre d’heures d’histoire et de géographie au collège et au lycée ?
    Je côtoie des 25-35 ans qui n’ont jamais entendu parler de la Guerre froide.

    … soupir … avec le temps va tout s’en va … que je me préserve de finir totalement amère et atrabilaire …

    @Elena
    De quel livre de Sartre sont tirées ses réflexions sur la colonisation ?

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  10. @Jean Langoncet
    « Que de commentaires intéressants qui laissent perplexe le rejeton de l’éducation nationale que je suis. »
    et si vous développiez ? sinon on ne voit pas comment discuter avec vous …

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  11. Je reviens sans cesse à Sartre. J aime ses romans comme le sursis ou la nausée.je le chipote sans cesse mais j y reviens et je partage ce qu’ écrivait Le grand Gombrowicz. ».Du côté de chez Sartre se trouve la pensée française la plus catégorique depuis Descartes, une pensée
    follement dynamique… « 

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  12. Jean Langoncet la démonstration du tyrannicide comme pouvoir injuste est surtout aristotélicienne. Je jetterai un coup d’œil pour voir si exempla il y a.
    Les nazis, sauf le parterre d’officiers allemands qui applaudissait les Mouches, n’ont rin à voir ici. La mort d’Hoederer résulte d’une péripétie digne du théâtre de boulevard.
    Me trotte dans la tête une formule de Poirot-Delpech au moment de la mort de Malraux qualifié » d’Hugo d’un siècle dont Sartre eut été le Voltaire. » Double perfidie, mais lucide si on a dans l’esprit le devenir pitoyable du théâtre voltairien. Bon, je sais bien qu’on joue Zaïre une fois de temps en temps, et qu’en turquerie, ça peut être supportable, mais sans plus.
    Les nouvelles de Sartre remontent dans mon estime, en comparaison de ce théâtre brontosaurien…

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  13. Cela me paraît d’ailleurs valable ds le domaine personnel, celui de l’existence privée qui connaît aussi ses engagements (ou leur refus).

    « Et elle (pouvant toujours se voir avec ce recul que donne l’éloignement dans le temps […] se regardant agir avec cette sorte de condescendance un peu méprisante, un peu agacée, un peu envieuse aussi, que nous éprouvons à notre propre égard lorsque nous nous voyons après coup, comme nous regarderions agir un enfant […] ignorant ce que nous savons, avons appris à la lumière de ce qui est arrivé ensuite, comme si de savoir le futur nous conférait une supériorité, alors que tout ce que nous avons gagné, c’est peut-être d’avoir un peu moins d’illusions, d’innocence, de sorte que cela n’a pas été un gain, mais une perte) ».

    Cette fois, il s’agit de Claude Simon, L’Herbe (p. 90)
    Je crains d’ailleurs d’avoir déjà cité ces passages à plusieurs reprises.

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  14. J’ai du mal avec les certitudes des Falèkil & des Zavèkapa.
    En revanche, j’aime bien ce qu’écrit Kundera, à 30 ans de distance (« Personne ne va rire » ds Risibles amours (1963) & Les Testaments trahis (1993)) :

    « Nous traversons le présent les yeux bandés. Tout au plus pouvons-nous pressentir et deviner ce que nous sommes en train de vivre. Plus tard seulement, quand est dénoué le bandeau et que nous examinons le passé, nous nous rendons compte de ce que nous avons vécu et nous en comprenons le sens. »

     » Tolstoï dessine l’espace métaphysique dans lequel ses personnages se meuvent. Ne connaissant ni le sens de l’Histoire ni sa course future, ne connaissant même pas le sens objectif de leurs propres actes (par lesquels ils participent “inconsciemment” aux événements dont “le sens leur échappe”) ils avancent dans leur vie comme on avance DANS LE BROUILLARD. Je dis brouillard, non pas obscurité. Dans l’obscurité, on ne voit rien, on est aveugle, on est à la merci, on n’est pas libre. Dans le brouillard, on est libre, mais c’est la liberté de celui qui est dans le brouillard : il voit à cinquante mètres devant lui, il peut nettement distinguer les traits de son interlocuteur, il peut se délecter de la beauté des arbres qui jalonnent le chemin et même observer ce qui se passe à proximité et réagir.
    L’homme est celui qui avance dans le brouillard. Mais quand il regarde en arrière pour juger les gens du passé il ne voit aucun brouillard sur leur chemin. De son présent, qui fut leur avenir lointain, leur chemin lui paraît entièrement clair, visible dans toute son étendue. Regardant en arrière, l’homme voit le chemin, il voit les gens qui s’avancent, il voit leurs erreurs, mais le brouillard n’est plus là. Et pourtant, tous, Heidegger, Maïakovski, Aragon, Ezra Pound, Gorki, Gottfried Benn, Saint-John Perse, GIono, tous ils marchaient dans le brouillard, et on peut se demander: qui est le plus aveugle? Maïakovski qui en écrivant son poème sur Lénine ne savait pas où mènerait le léninisme ? Ou nous qui le jugeons avec le recul des décennies et ne voyons pas le brouillard qui l’enveloppait ?
    L’aveuglement de Maïakovski fait partie de l’éternelle condition humaine.
    Ne pas voir le brouillard sur le chemin de Maïakovski, c’est oublier ce qu’est l’homme, oublier ce que nous sommes nous-mêmes. »

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  15. Que de commentaires intéressants qui laissent perplexe le rejeton de l’éducation nationale que je suis.
    De cette période critique de la guerre et de l’après-guerre, faut-il plutôt louer la figure du De Gaulle de la résistance à l’Allemagne nazie, du De Gaulle figure de la résistance au PC français alors sous tutelle de l’union soviétique, la figure du De Gaulle du Québec libre et du refus de l’OTAN devant l’impérialisme américain ? Quant au style de ses récits et discours, il se dit, parmi les initiés, qu’il est classique. Go figure…

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  16. C’est « marrant », je m’aperçois en discutant ici qu’étudier la Guerre froide par mes propres moyens (car cette période ne m’a jamais été enseigné) en piochant à droite et à gauche (si j’ose dire !), et davantage même que la 1ère guerre mondiale ou l’entre deux guerre (alors que pourtant … ces périodes étaient lourdes de propagande et de manipulation des masses), et vivre avec conscience une petite portion de cette période pleines de tensions et de risques a été déstabilisant et très formateur pour moi .
    comment lire l’information ? comment se fier aux discours des dirigeants ? des historiens ? des économistes ? des théoriciens et idéologues ? comment aborder les sources ? les chiffres ? le prix et la valeur de l’engagement ? Ne pas courir après une vérité impossible. ne pas se dire hors d’atteinte de la manipulation, de l’instrumentalisation, de l’influence. Se garder du culte de la personnalité, d’une admiration inconditionnelle et strictement émotionnelle. Ne pas basculer pour autant dans une défiance totale et paranoïaque.

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  17. Le texte datait de 1948 : c’est un extrait d’Uranus de Marcel Aymé, roman dont il était question à l’article précédent. D’accord, j’ai un train (de lecture) de retard…
    Comme Paul Edel l’avait précisé (ds un commentaire, & non ds le corps de l’article) « Marcel Aymé. se moquait des sartriens et des staliniens (QUI RÉGNAIENT) ».

    Margotte, même réaction de ma part : Prisma Media c’est aussi Capital, la Harvard Business Review. C’est un peu comme choisir le Canard enchaîné pour étudier l’histoire du catholicisme.

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  18. Les « US go home » scandés par les militants PCF.
    et la grande question jamais tranchée : à partir de quand un allié libérateur étranger devient un occupant ?

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  19. Bon … je ne vais pas pleurer sur Duclos … même si les agents internationaux soviétiques étaient capables d’aller jusqu’à l’assassinat sur n’importe quel territoire.

    Début de la Guerre froide … nouvelle bascule géo-politique et stratégique.

    J’ai lu il y a quelques temps alors que je me documentais après avoir lu le glaçant livre de Berberova sur l’affaire Kravtchenko (mais je n’ai plus la source en tête) que l’on sait maintenant que la CIA a été impliquée dans la construction de la toute nouvelle Europe des années. Elle a dialogué avec ses fondateurs historiques. Europe de la paix franco-allemande mais aussi rempart à l’ennemi rouge.
    idem dans l’affaire Kravtchenko, d’ailleurs. implication de la CIA prouvée.

    Si aute vie, autre lieu, autre temps : ce qui me passionnerait : dépouiller et lire des archives concernant ce qui a pu être demandé au PCF par l’URSS juste après le pacte germano-soviétique (discours à tenir, ordres, consignes) dont on connaît maintenant l’intégralité du contenu dont les terribles clauses secrètes, que depuis assez récemment finalement. Quid de ces archives ? lacunaires ? codées ? détruites ?
    Je ne sais pas si un historien a pu accéder à ce type de documents et en a fait une analyse. bref, le PCF en pleine lutte antifasciste et antinazie qui se retrouve face au pacte germano-soviétique, à défendre avec je ne sais quel élément … de propagande certainement.
    Il est connu que cela a fortement ébranlé nombre de militants qui ont claqué la porte et conforté certains qui ont dénoncé très tôt les purges staliniennes mais ça a dû méchamment faire réagir aussi l’appareil PCF et les communistes en vue parmi les plus actifs …

    Par ailleurs, je me demande régulièrement ce que sont devenus les têtes nucléaires de l’attirail de dissuasion militaire Est-Ouest qui quadrillait l’ensemble de l’Europe ou l’espace (La Guerre des étoiles) … ça rouille ou ça rouille pas ? arsenal enterré comme déchets ? ou bien recyclé ? vendu ? légalement ? illégalement ? (puis je balaie cette pensée d’un revers de la main tant tout ce qui touche aux vente d’armes et à la force nucléaire me fiche une horrible frousse).

    PS : il y a sans doute mieux que Géo sur l’histoire du communisme quand même 😉 mais les journalistes doivent citer leurs sources, j’imagine.

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  20. Extrait du magazine Geo consacré au PCF.
    « Plusieurs fois dans l’après-guerre, le PCF sera recadré par les instances soviétiques, dont la stratégie antifasciste s’est transformée en anti-impérialisme américain. Les responsables du parti n’auraient pas suffisamment fait le lien entre l’éviction des ministres communistes du gouvernement Ramadier, en mai 1947, et une supposée pression venue des Etats-Unis. Autre reproche : le parti n’a pas suffisamment dénoncé le plan Marshall, le programme américain accordé aux Etats européens pour la reconstruction.
    Lors de la réunion constitutive du Kominform (Bureau d’information des partis communistes) en Pologne, le PCF en prend pour son grade. Les reproches fusent. Face à Andrei Jdanov, le numéro 2 soviétique, Duclos est contraint de se livrer à une autocritique en règle. Dorénavant, le PCF sera placé sous le contrôle direct d’un membre du comité central du PC soviétique qui prend ses quartiers à l’hôtel d’Estrées, siège parisien de l’ambassade d’URSS.
    Thorez qui, lui aussi, a reconnu ses fautes, est reçu secrètement par Staline en novembre 1947. Au «petit père des peuples», le «fils du peuple» confie que «bien qu’il soit Français il a l’âme d’un citoyen soviétique». Mais surtout, Thorez revient avec des propos fermes sur le nécessaire changement de ligne politique. Dès lors, le PCF s’emploie à défendre l’URSS «contre l’impérialisme américain et ses alliés en France, en particulier les socialistes qui ont accepté le plan Marshall», souligne l’historien Roger Martelli dans Le Parti rouge (éd. Armand-Colin, 2020).

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  21. et j’aurais dû écrire « le gros problème » du PCF (avec des guillemets) pour que l’on se comprenne bien. je ne relativise rien.

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  22. et à côté de cela, je sais qu’il y a des groupes qui fonctionnent. où ça pulse. Une entente formidable. Mais à condition de les trouver et d’être en phase avec eux …
    J’ai pas trouvé.

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  23. @elena
    et qui est l’auteur de ces lignes ? et quand cela a-t-il été écrit ?

    Dans les années 50 (et les suivantes), le gros problème du PCF était : de ne pas être capable de se démarquer de la ligne du PC soviétique (quand bien même il avait ses spécificités propres), du stalinisme; la centralité de son appareil ; les méthodes d’intimidation et d’exclusion ; le vote ; le droit aux débats et à la libre parole.
    Aujourd’hui, le PCF hormis dans de rares communes et départements à certaines élections fait des scores minables.
    Ce genre de dialogues le concernant me semblent dépassé car étudié et connu.
    par ailleurs, à ceraines époques le pCF faisait plus de 20% et attirait.

    Pour moi, les enjeux, le sujet et les difficultés se situent ailleurs. Il s’agit de savoir comment les historiens, les associations à caractère mémoriel, les enseignants de pouvoir continuer à faire leur travail. Quel accès aux archives ? quelle programme d’enseignement vers les écoliers, collégiens, étudiants ? En Russie actuellement, l’histoire du goulag ou du stalinisme, par exemple, est passée plus qu’au second plan. les associations mémorielles sont entravées dans leurs démarches, leurs publications, de faire une partie de leur recherches.

    Une partie de ce que j’écris ici ne vaut d’ailleurs pas que pour l’histoire du communisme …

    Par ailleurs, ce dialogue ressemble quelques peu à des échanges que j’ai pu entendre ou lire il y a moins de 5 ans.
    et pas au PCF.
    Ce genre de problème se pose toujours actuellement au sein de certaines associations, partis, syndicats. Et je vous laisse imaginer ce que cela peut donner dans les circonstances actuelles alors même que ces mêmes associations, partis, syndicats font face à un déficit d’adhésions et de membres. Dénoncer un membre (mettons « historique » et à côté de cela actif et bien utile parfois) dont le comportement dérive vers l’autocratisme ou l’autoritarisme ou le harcèlement ou le sadisme (que sais-je) n’est pas une mince affaire…

    On ne vous dit pas ta gueule, non, mais d’abord il y a le silence, puis qu’il ne faut s’arrêter à des désaccords, que ce sont les ressorts de la lutte, que les rapports sont immanquablement durs puisqu’il y a lutte, engagement, que vous devez tanner votre cuir (sauf que vous n’avez pas envie d’aller faire un stage de commando, vous, mais simplement que le débat et la démocratie se maintiennent), que va falloir cohabiter car il y a peu de bras, et quand il y a insistance de votre part … une grosse tonne d’anges peut passer à nouveau ou un gros gros malaise peut se faire sentir… jusqu’à ce qu’il yait des actions mais sans que vous sachiez bien lesquelles.
    et alors cela peut accroître temporairement le mal-être, alors peut venir une forme de colère, puis le désengagement progressif.
    voilà-voilà.

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  24. Petit dialogue non sartrien entre deux militants, un ouvrier pur jus et un intello, petit-bourgeois d’origine mais d’autant plus zélé pour la Cause. La discussion porte sur un membre du Parti violent, malfaisant, qui s’était déjà montré particulièrement « excessif » (sadique) au moment de l’épuration — faut-il ou non l’exclure ?

    — Franchement, […] je trouve qu’il n’est pas si mal […]
    — Tu ne vas tout de même pas me dire que tu approuves ses saloperies ?
    — Saloperies… saloperies… Notre point de vue n’est pas celui du notaire ou du commissaire de police. […] nous sommes justement, toi et moi, l’espèce d’hommes capables de le comprendre. […] Alors, quoi, j’irais me scandaliser d’un homme qui veut secouer son joug, […] un homme qui a souffert, qui a saigné, un travailleur humilié qui a enfin compris la sainteté et le devoir de la vengeance, un tirailleur de la révolution […]
    — […] Il n’a jamais souffert […] Ses parents sont des cultivateurs des environs […] pendant l’occupation, il n’a manqué de rien. Ses parents le ravitaillaient.
    — C’est quand même un prolétaire […]
    — Laisse le sentiment de côté. Dans [cette] histoire, il n’a rien à faire. […]
    — Il est certain […] qu[‘il] a commis une faute. D’autre part, on ne peut pas lui reprocher d’avoir manœuvré intentionnellement contre le parti. Peut-être même a-t-il cru vraiment le servir.
    —Ça va. On n’est pas des curés. Tu dis toi-même que le dedans des âmes n’est pas notre affaire.
    — D’accord. Mais faut pas se gourrer…
    — Faut pas quoi ? demanda [l’un] en feignant de n’avoir pas compris, car il supportait mal que [l’autre] s’exprimât en argot ou même dans un langage un peu peuple.
    Il est vrai que le jeune professeur, lorsqu’ils ‘efforçait ainsi de communier plus étroitement avec le prolétariat, avait l’air d’un colonel qui goûte la soupe des simples soldats. L’ironie de la question posée par [le premier] lui fut sensible et ne manqua pas de le peiner. Abandonnant l’argot, il reprit d’un ton sec, agressif :
    — C’est évident, [il] a commis une faute. Mais ce qui plaide en sa faveur, c’est sa conduite passée, ce que tu appelles, toi, des excès ou des saloperies et qu moi je considère comme des états de service. [Il] a fait la preuve qu’il appartient à cette espèce d’hommes sur laquelle le parti pourra s’appuyer quand le moment viendra d’organiser la terreur. Des gens comme toi et moi ne sommes capables que d’envoyer des fournées d’ennemis au poteau. Ce sont [ceux comme lui] qui créeront le véritable climat d’horreur indispensable à la réussite.
    — Pardon ! […] La terreur, on en recausera plus tard ! Pour le moment, la consigne est de recruter des électeurs communistes […] j’estime qu’en restant au parti un jour de plus, [il] lui fera perdre des centaines de voix [dans la ville]
    — […] Prends garde, [il] est dans le sens de la révolution et, au fond, c’est justement ce qui te gêne. […] [Ceux comme lui] qui vont de l’avant, tu les vomis parce qu’ils te dérangent. […]
    […] Mieux que s’ils se l’étaient dit, les deux hommes comprenaient maintenant qu’ils se haïssaient. Ils figuraient l’un pour l’autre une catégorie exécrable d’individus, l’ouvrier, les hommes lucides et courts qui ramènent tout à leur propre échelle, le professeur, les brillants écervelés sans cœur qui cherchent le frisson dans les idées et jouent du piano sur la lutte des classes.* […]
    — Tu te crois en train de faire une conférence devant des étudiants […] Facile, n’est-ce pas? On est contre la discipline, on est pour la poésie de la révolution et pour les éclats de génie. En face d’un public de petits crâneurs, c’est gagné. Mais moi, je ne suis pas étudiant, ça me ferait mal, et je vais te dire […] au fond, tu n’es pas des nôtres.
    […]
    — Tu me flanques à la figure un mélange d’impressions et de suppositions gratuites, qui a peut-être la prétention de constituer un jugement. C’est un petit jeu facile […] Ce que je retiens de ton laïus, c’est l’intention et, surtout, cette aigreur que, jusqu’à maintenant, tu avais réussi à cacher plus ou moins. Je comprends du reste ton hostilité à mon égard. Pour toi […] qui t’es fait communiste contre Durand et Dupont, […] je représente l’élément étranger, l’homme qui apporte de l’extérieur des vues plus vastes, plus générales, qui se trouvent servir les grands intérêts du parti parce que toute espèce de particularisme en est justement absent. Ton communisme de clocher s’irrite…
    — Ta gueule […]
    […] Au fond, il admettait à contrecœur que l’injustice pût être un moyen de la justice. Dans le cas de [l’homme en question], il ne l’admettait pas.
    — Allons […] Réfléchis […] posément, comme si ce n’était pas moi qui t’en parle. […]
    Il se rendait compte que dans cette tête qui fonctionnait si facilement, les idées naissaient de tous les prétextes qu’on lui offrait. […]
    — N’en parlons plus […] Je vois que tu en fais une affaire d’amour-propre.
    — Tu n’as jamais rien dit d’aussi juste. En effet, je mets mon amour-propre à trouver la vérité.

    * jouer du piano sur la lutte des classes, voilà qui intéresserait François Noudelmann, auteur de Le Toucher des philosophes. Sartre, Nietzsche et Barthes au piano,

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  25. pas inexact. quand j’étais en Première, j’aimais beaucoup le théâtre de Sartre. Aujourd’hui, je ne sais pas … Jamais relu ou vu aucune pièce de lui (hormis un extrait de la P… respectueuse dont, je crois, les répliques ont vieilli aussi – – rien que le libellé du titre …), depuis.

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  26. On a souvent répété avec cruauté cette formule que Albert Camus était « un philosophe pour Classes terminales » Jean-Paul Sartre,lui, s’est beaucoup servi du théâtre pour lancer des formules chocs assez ronflantes à caractère moralisant.Pour classes terminales? Parfois, c’est excitant, parfois drôle, parfois proche du théâtre de boulevard, parfois c’est au niveau de l’almanach Vermot
    . Exemples : » Jessica: C’est beau ,un homme qui est seul.
    Hoederer : Si beau qu’on a tout de suite envie de lui tenir compagnie. Et du coup il cesse d’être seul :le monde est mal fait. » Les mains sales.
    « Toute destruction brouillonne affaiblit les faibles, enrichit les riches, et accroit la puissance des puissants. » Le diable et le bon dieu
    « Ceux qu’ on aime, on ne les juge pas. » Les Séquestrés d’Altona.
    « L’homme est une illusion d’optique »Le Diable et le bon Dieu
    « Il y a des mariages qui sont des enterrements » Les Séquestrés d’Altona.
    « Voulez-vous que je vous dise pourquoi vous n’avez pas peur de la mort ? Chacun de vous pense qu’elle tombera sur le voisin. » Le Diable et le bon Dieu
    « Le jardinier peut décider de ce qui convient aux carottes mais nul ne peut choisir le bien des autres à leur place ». Le Diable et le bon Dieu.
    « Un élu, c’est un homme que le doigt de Dieu coince contre un mur. »Le Diable et le Bon Dieu.
    « L’argent n’a pas d’idée. » Nekrassov.
    « Le plus lâche des assassins, c’est celui qui a des remords »Les Mouches.
    Enfin, cette forte pensée ,extraite du roman « La Nausée » :
    «“Les pensées, c’est ce qu’il y a de plus fade. Ca s’étire à n’en plus finir et ça laisse un drôle de goût.”

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  27. @Jicé
    « Vivant dans la nature depuis toujours, l’homme en pratique la loi qui y règne : l’état de guerre.
    L’illusion est de croire qu’on peut changer l’ordre des choses en définissant un système parfait … »
    A l’état de guerre, j’ajouterai la corruption et la folie du pouvoir.
    Moi aussi souvent, j’en arrive à ce constat sans appel, d’une noire lucidité et désespéré. C’est alors s’adonner au dur métier de vivre voire toucher le fond du fond. La station verticale quel fardeau. etc. Puis je me secoue, et me remets à croire que la vie peut se poursuivre sans ployer définitivement l’échine, que des améliorations et des changements sont possibles, que des engagements sont nécessaires.
    Mais je ne crois en aucun système, en aucun modèle.

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  28. « Olga, la militante dure, suit aveuglement les consignes du parti, c’est l’obéissance aveugle faite femme »
    Sartre a l’air très marqué par ses lectures de polars américains (ou par Balzac ? ha-ha) : la quasi idiote, coquette, inconstante / la femme froide, cruelle, un peu fatale. ok des stéréotypes littéraires féminins qui peuvent surprendre sachant avec qui Sartre partageait sa vie.

    Mais si l’on prend du recul, en quoi est-ce vraiment déconcertant ?
    il y a eu de ce type d’individus, il y en a, il y en aura toujours. Terribles fruits d’un endoctrinement qui fonctionne à merveille. qui peut déboucher sur le fanatisme. que l’individu soit homme ou femme.
    C’est vrai, la guerre est majoritairement une affaire d’hommes, déclarée et faite par les hommes de manière subie ou volontaire. Mais je ne crois pas que l’aveuglement idéologique (ou le culte de la personnalité) soit genré et que les femmes soient épargnées par ces plaies.

    et vu ce que dit ton billet, les hommes n’ont pas l’air vraiment mieux lotis dans la pièce…

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  29. @Paul
    Oui, je comprends mieux. L’emploi de l’argot ne vieillit pas toujours bien, en effet.
    A l’aune de ton exemple, on croirait presque que Sartre nous donne à lire une version parallèle des tontons flingueurs, quoi. C’est l’influence des romans noirs américains qu’il affectionnait et défendait à une époque où le polar était jugé mineur, non ?

    Par ailleurs, Hoederer est accusé de quelle trahison par le PC dans la pièce ? de collaboration avec les nazis ? de leur avoir fourni des informations ? de s’être trouvé au mauvais endroit au mauvais moment ? d’avoir des idées, une vision politique divergente de la ligne du parti (jugées trop bourgeoises ? trop trotskistes ? que sais-je ?) ? d’exister tout simplement ?

    Parce qu’entre liquidation arbitraire et mensongère (type purges staliniennes (terreur d’état) à leur apogée ou tout individu pouvait se retrouver dénoncé, torturé, fusillé ou envoyé au goulag) – – liquidation factieuse (genre membres du POUM durant la Guerre d’Espagne) – – liquidation d’un traître mettant en péril un réseau de résistants contre l’occupant nazi, les contextes historiques et les motifs diffèrent.

    @Elena
    Merci pour tes commentaires.

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  30. Sartre se retrouve en Enfer copulant avec la Royale, alors que le Hollandais concubine avec la Momone du Bavoir ! Etrange romanesque, un vécu potentiel, né d’une explication quantique de l’Univers hélas inaccessible au commun des contribuables…

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  31. (Mon dernier commentaire doit être momentanément bloqué à cause du lien que j’y avais inclus.
    Je le redonne après suppression de tt élément susceptible d’irriter la modération automatique.)

    Enfin, sur la question de « l’engagement », pour ne pas se contenter d’un réflexe pavlovien vis-à-vis du « personnage » (= célébrité) Sartre ou se limiter au seul PC, je signale un court texte d’un autre philosophe existentialiste Paul-Louis Landsberg (côté personnalisme & revue Esprit, mais il avait d’abord été élève de Max Scheler) : Réflexions sur l’engagement personnel (1937)
    J’apprends sur le site Fabula qu’il vient d’être réédité.*
    Certains rappels ne sont peut-être pas inutiles en temps de désengagement : « l’avenir possible pour l’individu dans un moment donné se détermine en grande partie par les forces collectives qui se montrent efficaces dans la formation et la transformation de la collectivité contemporaine ».
    Le choix paresseux ou fataliste de « renoncer à la petite marge de liberté qui [nous] est concédée », le refus de devenir sujet de l’histoire n’empêchera pas d’en devenir objet et victime : « N’acceptons pas d’être les jouets résignés des forces massives de l’histoire qui profitent de notre inactivité ». Pour un vivant, « l’engagement et l’action s’effectuent dans un état de danger appartenant à la condition humaine […] et le “vivons dangereusement” de Nietzsche est une constatation avant d’être l’exhortation à l’action héroïque. » **

    * Pour se faire une idée, on peut en lire une bonne partie sur le site de l’éditeur, allia (taper « réflexions sur l’engagement personnel » ou Landsberg)

    ** Mes deux dernières citations sont tirées d’un autre texte : « Le sens de l’action » (1938), qui complète utilement « Réflexions sur l’engagement personnel » ; les deux étaient réunis avec d’autres écrits de Landsberg ds le livre plus complet Pierres blanches Problèmes du personnalisme (2007, aux éditions du Félin, en poche).
    Mais le dernier manuscrit de Landsberg a lui aussi disparu.

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  32. Pour en revenir à Sartre : 20 ans après cette pièce, le climat idéologique & intellectuel ayant déjà bien changé, il prononce des conférences au Japon, réunies & éditées ensuite sous le titre Plaidoyer pour les intellectuels.*
    Je copie un passage de la 2ème (« Fonction de l’intellectuel »), bien qu’il soit plus en rapport avec la conversation sur ce blogue qu’avec la pièce elle-même ou l’article de Paul Edel.
    Il y est question du « faux intellectuel » qui « cultive le “non mais…” ou le “je sais bien mais encore…” :
    « Par exemple, beaucoup de faux intellectuels ont dit chez nous (à propos de notre guerre d’Indochine ou pendant la guerre d’Algérie) : “Nos méthodes coloniales ne sont pas ce qu’elles devraient être, il y a trop d’inégalités dans nos territoires d’outre-mer. Mais je suis contre toute violence d’où qu’elle vienne; je ne veux être ni bourreau ni victime et voilà pourquoi je m’oppose à la révolte des indigènes contre les colons.” »

    Selon Sartre, « cette prise de position pseudo-universaliste revient à déclarer : “Je suis pour la violence chronique que les colons exercent sur les colonisés (surexploitation, chômage, sous-alimentation maintenus par la terreur) ; en tout cas, c’est un moindre mal qui finira bien par disparaître ; mais je suis contre la violence que les colonisés pourraient exercer pour se délivrer contre les colons qui les oppriment.” [Mais] dès lors qu’on interdit la contre-violence aux opprimés, il importe peu qu’on adresse de doux reproches aux oppresseurs (du type: égalisez donc les salaires ou, du moins, faites un geste; un peu plus de justice, s’il vous plaît !) […] [Les colons] ne verront donc aucun inconvénient à ce que le faux intellectuel contribue à éloigner les colonisés de la révolte en leur faisant miroiter le piège du réformisme. »
    Résultats réels : le statu quoi. Pour Sartre, la prise de distance du « faux intellectuel » par rapport à la classe dominante n’est donc qu’apparente ; tant qu’il ne conteste pas, radicalement, « les principes mêmes de la classe dominante » il la sert « en paraissant la contester ».

    « Devenir tout de suite citoyen du monde » & « faire régner sur terre la Paix universelle » plutôt que de « réclamer la paix » là où l’on se bat actuellement ? (allusion au mouvement de Garry Davis)
    « Si l’on veut la Paix universelle sans aucune paix particulière, on se borne à condamner moralement la guerre. Or, c’est ce que tout le monde fait », y compris les chefs d’états impliqués (en l’occurrence le président Johnson).
    Les faux intellectuels se transformeraient alors en moralistes, en idéalistes & en rêveurs attendant une « paix descendue des cieux » parce qu’ils ont oublié que loin d’être donné, « l’universel humain est À FAIRE ».

    * La 3ème conférence, « L’écrivain est-il un intellectuel ? », intéresserait peut-être Margotte ?

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  33.  » le Parti, ça se quitte les pieds devant  » — par association d’idées, je voulais évoquer Eugène Dabit, & sa triste fin (bien que l’auteur mérite mieux que d’être réduit à cette dernière étape de sa biographie), mais impossible de remettre la main sur mon exemplaire de La Mise à mort (Aragon).
    Nizan ayant été mentionné, j’ajouterai seulement qu’en cette période où des manuscrits qu’on croyait perdus refont surface, le sien n’a pas eu cette chance. Je le regrette d’autant plus que Le Cheval de Troie avait été un de mes grands « chocs » de lecture (je le préfère à ses autres romans), indépendamment des thèmes abordés (je le précise seulement parce qu’il serait dommage qu’ils en détournent d’autres lecteurs).

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  34. Le Parti ça se quitte les pieds devant.
    Surtout le parti d’en rire de Pierre Dac et Francis Blanche ; mdr comme dirait l’autre

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  35. Margotte, j’ai utilisé le terme « musée » car le style des dialogues dans cette pièce sent la serie noire, ou les films avec Lemmy Caution Eddie Constatine quand, appelle les femmes « poupée. »
    extrait page 87 troisième tableau scène II: » « Voyons mon p’tit pote,fais pas l’idiot.je te dis qu’on nous a prévenus:il va y avoir du baroud un de ces jours.tu pourrais balader des grenades ou n’importe quelle pétoire quoique j’aie dans l’idée que tu n’es pas doué par le tir au pigeon. » Hoedrer qui appelle Hugo « Môme »
    le marxisme semble être l’horizon indépassable des personnages . »le Parti, ça se quitte les pieds devant. »

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  36. Ma remarque se rapporte à votre commentaire suivant :

    septembre 23, 2021 à 11:18
    Sur le Tyrannicide comme acte noble, le De Regno, du Royaume, de Thomas d’Aquin est incontournable dans la réflexion occidentale.

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  37. Ma remarque se rapporte à votre commentaire suivant :

    marc.court1429@gmail.com
    septembre 23, 2021 à 11:18
    Sur le Tyrannicide comme acte noble, le De Regno, du Royaume, de Thomas d’Aquin est incontournable dans la réflexion occidentale.

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  38. « Si un gouvernement inique est exercé par un grand nombre, il est appelé démocratie, c’est à dire domination du peuple, comme quand le peuple des plébéiens, s’appuyant sur la puissance de sa multitude, opprime les riches. Car ainsi le peuple entier sera comme un seul tyran. »

    Sur quels exemples de démocratie Thomas d’Aquin appui-t-il son affirmation, MC ?

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  39. PS : tous mes posts ne font que réagir au terme « muséifié » que je trouve bien curieux.
    J’ai lu l’argument de la pièce. Elle peut trouver encore résonnance : Le crime politique réel ou symbolique a toujours son actualité.

    PS2 : Je me suis assez documentée sur le stalinisme pour en connaître les atrocités, les purges et liquidations arbitraires sans fondement de milliers d’innocents.

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  40. Et dans ce nombre de ces groupes, les couples sont normalement séparés (exemple : le rapprochement Aragon-Triolet et leur vie clandestine commune sont une exception qui a fait débat car jugée risquée) et les histoires d’amour et de c… non encouragées. elles étaient/sont jugées effectivement petites bourgeoises, comme susceptibles de ficher la grouille et de fragiliser la lutte menée.

    Par contre, à l’issue des combats, certains (et pas du même bord), sont restés unis à la vie à la mort. Des partisans PC sont restés très potes avec des résistants gaullistes, même si cela ne les empêchaient pas de s’enguirlander en meeting ou lors de débats ou à l’occasion de campagnes électorales où ils étaient rivaux. mais le passé au maquis les avaient cimentés.

    Mais rien de bien nouveau sous le soleil exactement.

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  41. Par ailleurs en situation de tyrannie, de dictature, de pays occupé par une force étrangère, les mouvements de résistance testent leurs troupes, c’est bien connu, quand bien même le groupe est en apparence cohérent, uni, fiable, solidaire. et c’est ce dont parle Sartre, me semble-t-il.

    Ce n’est pas propre au PCF durant la seconde guerre mondiale et l’occupation nazie.

    Un mouvement qui se revendique de résistance, dans pareille situation (ou dans une autre qui d’ailleurs peut être totalement illégitime), s’inscrit dans une logique de guerre et de groupe discipliné – – armé, qu’il le soit ou pas. Un membre qui parle trop, un membre hésitant, un membre qui retourne sa veste par faiblesse, épuisement, peur, terreur ou intérêt et c’est tout un réseau qui peut tomber. risque de prison, ou torture, de peine de mort, d’envoi en camp et donc à une mort plus ou moins rapide, risque de menace sur les familles, voire représailles sur des civils plus en retrait de ma défense idéelles, des combats et des oppositions.

    Dans un tel contexte, l’engagement et les actes n’ont rien d’anodin, de léger.

    Pourtant, finalement, Sartre a fini par trouvé la voie de son engagement, mais plus tard, durant la guerre d’Algérie ou en Mai 68. Par la parole, l’écriture. pas en combattant physiquement, pas en posant des bombes, pas en cachant des gens, des armes ou en en faisant passer.

    De toutes les façons, je pars du principe que tant que l’on n’a pas vécu semblable situation, on peut s’imaginer ceci ou cela, espérer être comme ci comme ça, mais en réalité, on ne peut préjuger de ce que l’on arrivera à faire, de ce que l’on sera face à un quelqu’un mettant en réel péril la vie de notre famille, d’un ami, d’un voisin, face à un occupant, face à une extrême pression policière, sous la torture.

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  42. Vivant dans la nature depuis toujours, l’homme en pratique la loi qui y règne : l’état de guerre.

    L’illusion est de croire qu’on peut changer l’ordre des choses en définissant un système parfait …Lequel, bien entendu, est un fantasme d’intellectuel, totalement utopique. Chez les humains, on tue bien volontiers, violemment ou lentement, ses frères déviants lorsqu’ils ne correspondent pas aux voeux pieux du système à respecter, quel qu’il soit.

    Tout le monde a les mains sales : l’état civil accepte cela par nécessité.

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  43. Sur le Tyrannicide comme acte noble, le De Regno, du Royaume, de Thomas d’Aquin est incontournable dans la réflexion occidentale.

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  44. Quant à l’engagement des intellectuels et les questions qu’il pose : des romans d’Olivier Rollin, Eri de Luca, Salman Rushdie, de Douglas Kennedy nous en parlent. (je ne cite pas BHL, dans la mesure où je n’ai jamais lu un seul bouquin de lui, mais il en fait certainement état lui aussi.)

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  45. Néolibéralisme, décroissance, sociale-démocratie, souverainisme, fascisme, écologisme, néo-conservatisme, islamisme
    telles sont certaines idéologies qui s’opposent et n’ont pas fini de se heurter au XXIème siècle.
    (et j’en passe …)
    Tout un tas de romans contemporains (dont des romans américains) en font état.
    et vous le savez fort bien…

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  46. JJJ écrit : « Je trouve proprement stupéfiant qu’on puisse encore aujourd’hui évoquer ce bouquin sorti de la poubelle de l’Histoire, et expliquer en quoi il remuerait encore quelque chose de vous, de nous, de cette époque hyper idéologisée et désormais muséifiée… »
    Je n’ai pas lu cette pièce de Sartre mais les Justes de Camus. Eternel sujet : si lutte contre un système, une tyrannie, un ordre établi, lutte armée ou non ? casser des oeufs ou ne pas en casser et si oui, lesquels et comment ?
    Quand bien même le communisme est moribond et fait des scores plus que pauvres aux élections dans divers pays, il me semble évident que (mais cela n’est que ma perception) :
    – nous vivons de nos jours les conséquences de la Guerre froide, quel que soit l’endroit de la planète où l’on vit. et ce n’est pas terminé. (idem pour la période de colonisation.)
    – la guerre froide n’est pas morte (même si les tensions ont changé de théâtre, d’espace, de contenu) ou son atmosphère si l’on préfère. cf. rapports USA/Chine ou USA/Corée du Nord cf. l’indépendance de l’Ukraine qui urtique les russes et l’annexion de la Crimée il y a qqs années. Certains gouvernants (d’un certain âge ou bien plus jeunes) en ont toujours la forte nostalgie … (voire en tire un indéniable pouvoir et pourquoi non ? une forme de jouissance perverse sur notre dos, notre petitesse, notre impuissance, notre « mal information »).

    Il serait bien naïf de penser que l’évaluation de la loyauté de candidat à une cause ou bien au sein d’un parti (quel qu’il soit), ou d’un syndicat (quel qu’il soit) n’est plus de mise… justification de tel ou tel acte, de tel comportement, mise à l’écart, évitement, privation de prise de parole, demande pour aindi dire d’autocritique, humiliations, engueulades. oh par chez nous on ne tue pas. mais certains, vous le savez bien, reçoivent des lettres de menaces, des petits cercueils.

    et … nous vivons toujours dans un monde hyper idéologisé … idéologies de tout poils : politiques, religieuses, de genres, de sexualité. etc …
    et certains sont toujours prêts à mourir pour une cause. Ou à en descendre d’autres pour une cause.

    Mais je vais m’arrêter là. Il y aurait tant à dire.

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  47. En tt cas la transition avec l’article précédent & le personnage de Jourdan (« le jeune professeur, venu au communisme par les livres ») est tte trouvée…

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  48. Dear Paul edel, je n’ai sous les yeux que son histoire de la littérature parue en 1948, voici ce qu’il en dit, de Sartre, extraits..
    « La méthode de Sartre consiste à vulgariser sous le nom affreux d’existentialisme une philosophie démarquée du danois Kirkegaard et de l’Allemagne Heidegger. A vrai dire, peu de sartriens ont médité sur l’Être et le Néant, épais volume écrit dans une langue d’une barbarie incroyable…Ainsi, Les Mains sales exposent avec adresse, mais sans la moindre personnalité et sans le moindre génie, le drame des hommes de parti. Des spectateurs inquiets sont venus écouter ce qu’ils attendaient qu’on leur dise, exactement au moment où il le fallait. …Dans ses œuvres littéraires, Sartre manifeste un goût répugnant pour tout ce qui est sordide et laid.. »

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  49. Phil Je regrette de n’avoir pas sous les yeux les articles ou une anthologie des papiers de Haedens car ils étaient d’une vacherie talentueuse. quand il aimait, il était aussi excellent.je me souviens d’une défense des paysans de Faulkner superbe lecture et drôle à lire.

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  50. Toujours agréable de voir une belle couverture de Poche, au graphisme de cinéma.
    Haedens, critique le l’époque, n’a pas aimé la pièce, Sartre non plus, « il ne s’occupe que de laideurs ».

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  51. Finalement, il y a autant de « littératures » que de nuances entre le blanc optimiste et le noir sinistre. Cela veut dire que 90 % de ce qui est dit dans un espace temporel réduit, càd deux ou trois générations, est « mode »…

    Conséquence ?
    Foutez à la poubelle tout ce qui est actuellement littérature Netflix !!!.

    Seuls les grands sortent la tête de l’océan verbeux et restent vivants.
    Et on les connais tous !

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  52. Janssen J-J

    Pour donner un exemple des éloges de la presse à la sortie de la pièce, voici un extrait de l’article de JJ Gautier dans « Le Figaro ». Il donne bien le ton des autres papiers de la « presse bourgeoise ».
    « Je viens de voir Les mains sales », et je crois bien que c’est la plus grande pièce qui soit sortie depuis 1944, et même depuis assez longtemps avant.
    Pleine, solide, multiforme, puissante, violente, tragique, bouffonne et surtout vivante (..) Certains auteurs ont prétendu mettre sur pieds des Hamlet modernes… Mais, le voilà le Hamlet de notre temps ! Est-ce que Hamlet manque de vie ?
    « Les mains sales » peuvent s’entendre de cent façons différentes, selon qu’on a l’esprit fait comme ci, ou comme ça ; selon que l’on pense d’une manière ou d’une autre. Et c’est bien le fait des grands ouvrages de se dépasser, de s’enrichir de toutes les interprétations que leur prêtent ceux qui en prennent connaissance.(..) Quant à ce qu’elle vaut sur le plan dramatique, lorsque j’aurai dit qu’elle est bien faite, bien construite, fermement agencée, je n’aurai point exprimé toute à fait ma pensée. Toutes les répliques portent et, à une première audition, je n’en ai pas entendu qui me parussent inutiles. » »
    Dans « Les nouvelles littéraires », Gabriel Marcel écrit : »La pièce est magnifique, ce n’est pas seulement et de loin ce que l’auteur a donné de plus fort au théâtre, c’est une des œuvres les plus remarquables qu’on ait vues sur la scène française depuis des années.(..) Que Sartre écrive ou non des pièces, il s’st classé avec « Les mains sales » parmi les grands dramaturges de ce temps. »
    Pour « Franc-Tireur » Georges Altman termine ainsi son article : »Pour nous qui ne séparerons jamais la liberté de la Révolution, c’est faire acte révolutionnaire que de parler comme a fait Sartre dans « Les mains sales »

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  53. Enchanté (!) d’avoir lu jadis les Mains Sales, enchanté d’avoir oublié totalement la production du borgne Sartre, cocu magnifique, j’attend avec envie, ferveur, cruauté sadique, que sorte une pièce équivalente, écrite de nos jours par n’importe qui, où le communisme fou des années post WWII serait remplacé par l’écologisme woke et fada des crânes creux actuels…

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  54. J’avais déjà signalé les impasses de cette pièce et la totale invraisemblance du dénouement. En comparaison, les nouvelles du Mur valent mieux. On retrouve ce gout des formule dans Le Diable et Le Bon Dieu, autre fleur de serre très lointainement inspirée de Cervantès, et tout aussi peu convaincante. « Les Justes » en comparaison ont de la dignité.
    Bien à vous.
    MC

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  55. Plutôt basculer dans le stalinisme que le satanisme…
    Drôle de papier, total encore à contre courant… Mais fort intéressant, comme souvent…
    Je trouve proprement stupéfiant qu’on puisse encore aujourd’hui évoquer ce bouquin sorti de la poubelle de l’Histoire, et expliquer en quoi il remuerait encore quelque chose de vous, de nous, de cette époque hyper idéologisée et désormais muséifiée…
    L’explication que vous donnez de l’enthousiasme (?) de la presse bourgeoise de l’époque m’étonne un brin, PE… Celle d’un « voyeurisme » à l’égard de l’autoflagellation du célèbre bigleux en Hugo plutôt qu’en Hoederer…
    J’aurais plutôt évoqué une manière critique de cynisme mâtiné de sado-masochisme. On visait plutôt à exciter la rage d’un Jean Kanapa…, tu m’étonnes !…
    Bàv,

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