Avec Yves Gibeau,Marseille sous l’Occupation

Quel curieux cas, celui de l’écrivain Yves Gibeau (1916-1998) Aucune histoire de la littérature, ni aucun dictionnaire ne fait grand cas de lui. Il obtient  l’aumône de quelques lignes élogieuses dans « L ‘histoire de la littérature des années 30 aux années 80 » de Pierre de Boisdeffre. Pourtant, il connut la célébrité en 1952, avec « Allons Z’ enfants », adapté au cinéma par Yves Boisset en 1981. Dans ce roman  amer, Gibeau   se délivre de  sa jeunesse sous l’uniforme  de 1929 à 1939,lui qui fut  enfant de troupe aux Andelys (1929-1934), puis à Tulle (1934-1939) »Il a ensuite  obtenu le grand prix de la littérature sportive, en 1967, avec « la ligne droite. ». J’ai vérifié, du Bordas au dictionnaire encyclopédique Bouquins, Gibeau, on  ignore. C’est injuste . Gibeau fait partie de génération dont la jeunesse fut  sacrifiée par la guerre et la captivité.  Gibeau , mobilisé en 1939  puis envoyé en Stalag en  1940. Rapatrié d’Allemagne en décembre 1941 il gagne ensuite sa vie à l’aide d’emplois  de second ordre puis devint journaliste.

Un de ses meilleurs livres « …Et la fête continue », publié en 1950, est à redécouvrir. Il ressuscite la brutalité du  Marseille occupé de 1942-43. C’est un livre-brulot.  Il a pour héros  un certain Stéphane ,retour de captivité, un démoli de l’intérieur.  Stéphane  est un cousin du  Bardamu de Céline. Moins véhément , mais tout aussi détruit.

 Gibeau  l’exprime  dans  cette veine « populiste- existentialiste  »  des années 5O qui va de Raymond  Guérin à  Albert Vidalie ou  Jean Meckert. Ce sont des  vies  abimées  qui se racontent dans un parti  de lucidité. La noirceur de l’époque, la misère d’une France des humiliés  saute alors  à la figure du lecteur.   Gibeau  décrit ces gens ordinaires , démunis, dont il fait partie, ceux qui survivent  pendant  quatre ans sans bois, ni charbon, et qui ne connaissent que les  tickets de rationnement. Sans oublier   le désastre moral de cette période pétainiste.

Stéphane,donc, de retour de captivité avec de faux papiers, tente de se réinsérer et de trouver du travail dans le Marseille de l’Occupation . Stéphane, est   virtuose en  démarches inutiles.Il négocie mal des combines foireuses dans des arrière salles de bistrots de la Canebière et du Vieux Port, soit pour trimballer des valises de cochon, soit pour balayer le parquet dans une boite de nuit clandestine qui n’attire pas grand monde.   Stéphane-le-naïf fait confiance aux  pires exploiteurs. Plus le héros de Gibeau  additionne les  expériences foireuses, plus son idée de l’humanité   se dégrade. la honte de lui même l’accompagne comme l’ombre d’un chien. Il n’est plus qu’un corps sale,  errant, un crève- la- faim mal fringué qui a faim, froid, se déglingue.  Il lui reste une bribe de rêve : devenir journaliste.

  On le verra tour à tour homme à tout faire  pour  cercles de jeux  ,  portier de boîte de nuit, maquereau , pousse-mégots  pour hommes d’affaires véreux,  complice d’un jour  de  monnayeurs, et même  Résistant d’un soir,un peu malgré lui, couchant dans des chambres de passe avec punaises, dans des draps froissés  tièdes et rêvant d’un bon repas chez « Tortoni »  .

 L’amour de Nathalie, une paumée comme lui, pourrait le sauver,, mais là encore  il échoue par timidité. Gibeau  chantonne   donc  le refrain  d’un voyage au bout de la nuit :

 »J’étais grillé .Plus on donne l’impression de crever de faim, moins on consent à vous offrir le moyen » Ou :»J’étais seul. Personne ne pourrait me convaincre que la vie réservait toujours des surprises réconfortantes aux désespérés Frédéric, qui eût pu m’apprendre à être fort, venait de me renier énergiquement. Nathalie n’était sans doute puis de ce monde. Et les chers parents se passionnaient pour les communiqués des Londres, oubliant même de répondre à la lettre que je leur avais écrite, un soir où je faisais des projets d’avenir. De quelque côté que je me tournasse, c’était bien le vide absolu. »

La Rafle de Janvier 1943 à Marseille

Vacherie de la société, verdeur de la langue.  Par bonheur, Gibeau  écrit  avec gouaille et dynamisme, ce qui fait passer l’affreux bouillon de son héros. L’argot popu,  le vérisme  brutal donnent des couleurs à ce panorama d’un Marseille qu’on voit peu dans les romans. Gibeau  pourrait mettre en exergue de son œuvre la réflexion de Céline, « la grande défaite, c’est de crever sans comprendre jamais jusqu’à quel point les hommes sont vaches. »  

Mais l’essentiel du roman  n’est pas là. Il trouve son ton,  son originalité et son  centre de gravité dans la description du Marseille,  ville martyr. Le tournant du livre est dans la description,  de  la rafle de janvier 1943 par les  troupes allemandes  aidées de la police de Vichy. L’abjection.

  Le  quartier du Vieux-Port  fut  fouillé , sa population poussée dehors,  les  juifs  déportés, puis les immeubles dynamités.

Selon l’historien Jacques Delarue, deux cents inspecteurs venus de Paris et ailleurs, quinze compagnies de GMR et des escadrons de gendarmerie et de gardes mobiles sont descendus à Marseille. En tout, « douze mille policiers environ se trouvaient concentrés à Marseille ». Le 22 janvier 1943, le Vieux-Port est complètement bouclé. La ville est fouillée maison par maison, mis à part les quartiers résidentiels, durant 36 heures. « Au total, à la suite des dizaines de milliers de contrôles, près de 2 000 Marseillais se retrouveront dans les trains de la mort. » écrit ainsi Maurice Rajsfus. 1 500 immeubles sont détruits.

Gibeau   écrit :

« Je suis tout  de suite happé, entrainé, brassé, roulé dans un courant de chair qui va et vient, ondule, roule, s’écarte et se resserre, s’affole crescendo. Le Vieux-Port est en ébullition, tiré de son engourdissement séculaire par ordre d’évacuation instantanée. Cependant on y croit aps pour tout de bon. On marche, on gueule, on s’agite, mais le cœur et la tête sont à la traine, encore en pleine euphorie.. »

Janvier 1943.Le quartier du Vieux Port

Plus loin 

: »Les charretons, les brouettes, les vélos, les voitures d’enfants affluaient, se croisaient, s’entrechoquaient, repartaient roulant sous la charge, en une chaine sans queue ni tête, et la cohue s’enflait à mesure qu’on enfonçait dans le Vieux-Port. Après l’hôtel-Dieu où je repris mon souffle à cause d’une trouée dans la ligne continue des taudis, je fus soudain, coincé entre deux familles d’Arméniens qui s’envoyaient en pleine face des rancœurs, des jalousies entassées depuis longtemps, et qu’ils n’avaient pu jusqu’alors bien exhaler. »

D’après les historiens, et Wikipedia  c’est René Bousquet qui  demanda le 14 janvier 1943, auprès des autorités allemandes,  une interruption des opérations d’une semaine afin de mieux organiser l’opération. Il  commanda   des renforts policiers. De plus, alors que les nazis se préparaient à se cantonner aux limites du 1er arrondissement, Bousquet propose d’élargir l’opération à toute la ville.

Bilan humain de l’opération: 1 642 transferts vers le camp de Royallieu à Compiègne le 24 janvier. Le 10 mars 1943 786 Juifs (dont 570 de nationalité française) sont envoyés au camp de Drancy puis déportés à Sobibor.

 Le seul personnage vraiment  tendre et beau  du roman, la juive Nathalie, disparait dans la rafle. On ne la reverra jamais..

Dynamitage d’un quartier de Marseille par les allemands,1943, Bundes archiv

Lucidité et éclairage vif  sur la condition humaine. L’itinéraire tragique du  héros  de Gibeau   garde, aujourd’hui encore,  puissance  d’évocation  déflagrante soixante et onze ans après sa publication. Dans sa  grandeur désolée  ce « …Et la fête continue » mériterait  d’être réédité.

21 commentaires sur “Avec Yves Gibeau,Marseille sous l’Occupation

  1. La destruction des centres historiques pour faire craquer le bon peuple par des bombardements massifs avait son chantre dans l’entourage de Churchill. Qq ch comme Arthur Williamson (?) je donne le nom sous réserve, mais une bio de ce stratège de bureau est parue il y a quelques années. Pour la ville qui ne devait pas être reconstruiteJe pencherais pour St Lo, « capitale des ruines ». Pour les souvenirs de guerre, il devait il y avoir des refoulements liés à l’indicible. Tant du côté du combat que du côté de l’attitude des foules, pas toujours très belle. MC

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  2. Merci pour cet article sur cet oublié majeur. Je l’ai bien connu, notamment à la fin de sa vie, dans son presbytère de Roucy qu’il avait acheté en vendant sa collection de timbres… Nous allions rechercher les vestiges de la première guerre dans les chemins et les bois défoncés par les obus…

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  3. eh non Nadeau pas infaillible en dépit de son travail et de sa carrière remarquables.
    Il adorait et défendait Henry Miller vents et marées au nom de la liberté de provocation, d’expression et contre la censure (à une époque où c’était légitime, cela dit) alors que certains des romans de Miller ont horriblement vieillis (vocabulaire, thèmes carrément inintéressants parfois, traitement des sujets sexuels, manière de considérer et de traiter les femmes ….) La trilogie en rose, franchement, mais quel ennui … pfff.

    Le seul point un peu rigolo dans l’histoire reste sans doute cet ego de mâle ultra vantard et surdimensionné de Miller …
    … Quand je pense qu’Anaïs Nin a dépensé plein de fric pour ce type, pour qu’il vive à peu près décemment et écrive et publie … ah l’amour, le désir, que c’est étrange.

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  4. Il est vrai que ce compte-rendu D’ÉPOQUE de Nadeau ne plaide pas en faveur de la réhabilitation, aujourd’hui, d’un « ensablé », d’un auteur injustement oublié, & qu’il ne va pas ds le sens de votre article. Mais on n’est pas tenu de considérer Nadeau comme un oracle infaillible
     ou un critique miraculeusement à l’abri de lassitudes, d’accès d’humeur & de partialité. Je ne l’avais d’ailleurs pas convoqué comme « autorité » (un atout plus fort qui surcouperait !) mais pour suppléer au manque de littérature critique.
    D’autant que je n’ai pas lu ce roman ni rien d’autre d’Yves Gibeau.

    La phrase finale condescendante (« oser devenir un vrai romancier », sans autre précision) se comprend d’autant moins que 3 ans auparavant la longue critique détaillée que Nadeau avait consacrée à Planète sans visa de Jean Malaquais (autre roman de la « souricière marseillaise ») commençait par une attaque en règle du genre romanesque jugé dépassé, voire nuisible, du moins ds sa forme la plus commune :
    « Planète sans visa n’est pas, à proprement parler, un roman. Le genre se perd, et c’est tant mieux. […] La vie n’est pas un roman et le roman n’est pas de l’art. Il ne le devient qu’à partir du moment où il s’évade des garde-fous de l’intrigue, brise les canons de la fameuse progression dramatique, remet à leur rang les démêlés particuliers de Pierre et de Jeannette, jette tout entier un homme dans le bain d’une époque et l’y laissant patauger, s’interdit de l’en tirer. »

    Et s’agissant de Nous avons les mains rouges de Jean Meckert (récit situé ds l’immédiate après-guerre dont le protagoniste à peine sorti de prison est lui-même assez paumé), la chronique de Nadeau débute comme ça :
    « A-t-on déjà eu la curiosité de dénombrer la postérité de Céline ? Depuis la parution du Voyage, dont il faudrait étudier l’influence proche et lointaine sur une bonne part de la littérature actuelle, ceux qui ont sacrifié, volontairement ou non, à l’esthétique célinienne, ou qui se sont abreuvés aux mêmes sources, forment une troupe abondante et bigarrée. [Henry Miller, Jens-August Schade] Parmi les Français, on pourrait y faire entrer, sans trop forcer, une bonne dizaine de vétérans ou de jeunes recrues. Qui sait même si le Sartre de La Nausée ou Raymond Guérin, n’ont pas oublié d’acquitter une petite dette envers l’auteur de Mort à crédit ?
    Leurs visages à tous sont divers, mais portent le même air de faimille. Inadaptés sociaux, révoltés ou résignés […] »

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  5. Je trouve Nadeau tres injuste et bien peu inspiré envers Gibeau dans cette « critique » condescendante . Si le personnage de Stéphane est un perdant, c’est bien comme ça que Gibeau, l’a voulu,car Gibeau est tout sauf idiot .Il a voulu montrer comme un naïf et un innocent se fait régulièrement plumer et exploiter par des escrocs précisément période de guerre.Les loups saignent les agneaux. c’est sur le modèle de Grimmelshausen et de son grand roman..

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  6. @Janssen J-J
    Si vous allez un jour prendre un verre en terrasse sur le Vieux Port de Marseille, vous constaterez qu’une partie de celui-ci est ceinturé d’immeubles (avec en bas des bars donc) dont l’architecture rappelle certains quartiers d’Evreux, d’Amiens, Caen ou d’autres villes ayant été reconstruites un peu sur le même modèle (car notamment il fallait aller vite), après-guerre.
    A Marseille : parce que les forces d’occupation nazies ont tout fait sauter …

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  7. @Jean Langoncet
    Incapable de vous répondre. mais je sais que les bombardements alliés, les motifs et stratégies militaires anglaises, américaines et canadiennes et leurs impacts ont fait l’objet de travaux d’historiens. à vous de chercher …

    J’habite dans une ville qui a été dévastée par les bombes canadiennes parce que gros noeud ferroviaire. cette ville a failli ne pas être reconstruite après-guerre et les ruines laissées telles quelles. Pour le symbole. A bas la guerre – plus jamais ça, etc. Puis l’idée a été abandonnée. Aujourd’hui, cette ville est souvent en chantier, en travaux (aménagement du territoire, promoteurs fous et avides). Parfois, les ouvriers tombent sur de flippants « bébés » de plus de 400 kilos. Quartier bouclé. Evacuation des habitants. Déminage. ça fait stresser les vieilles personnes et marrer les enfants.
    … C’est d’un chouette.

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  8. euh j’avais loupé ce texte… et donc je comprends mieux le chafouinisme ambiant qui circule ailleurs…
    Merci pour l’exhumation de cet écrivain sorti du néant, PE… Je me demande si vous n’auriez pas pu rajouter à la liste des oubliés, tels Guérin, Vidalie, Meckert, et autres Hardellet,… le Georges Hyvernaud, un peu mieux exhumé des Stalags, je crois… Donc, Yves Gibeau. Merci aussi pour les précisions historiques sur la rafle de Marseille… N’en avais pas eu vent. Bonne J.

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  9. En complément, voici ce qu’écrivait Maurice Nadeau dans Combat du 16 novembre 1950 :

    « C’est encore un “déclassé” que met en scène notre ami Yves Gibeau dans … Et la fête continue, suite attendue à son Grand Monôme. Un déclassé de l’espèce veule et larmoyante, qui nous dégoûte autant qu’il nous apitoie. Il revient d’un camp de prisonniers et se trouve jeté sans ressources, sans appuis, et surtout sans ressort, dans cet énorme caravansérail que fut Marseille pendant l’occupation. Il fait tous les métiers: trafiquant (modeste) de marché noir, garçon de bar, changeur dans un cercle clandestin, portier de boîte de nuit, “maquereau” et gigolo. Il promène dans tous les milieux son incommensurable naïveté et ses souliers percés, sa faim de mangeaille et d’affection, sa mouise et la culture secrète d’une toute petite fleur bleue. Il a quelque chose d’un Charlot désabusé sur qui s’abattent les coups du sort les plus inattendus. Il accepte et tend le dos. C’est à peu près tout ce qu’il sait faire.
    Le récit vaut par son authenticité, son côté picaresque, son humour involontaire. Quelques scènes: la destruction du Vieux Port, Stéphane portant sous son veston une bombe qui doit faire sauter une librairie allemande, les rencontres avec la pure et touchante Nathalie, prouvent que Gibeau sait conter. Il lui reste d’oser devenir un vrai romancier. »

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  10. @Oui, Caen est en Normandie et je suis né en Normandie

    Les bombardements alliés manquaient de précision. Faut-il incriminer le matériel de l’époque ou une volonté délibérée d’apeurer la population ? Il se dit à voix basse et à demi-mot que certains habitants du département limitrophe, bien que privés d’électricité, pouvaient lire le journal en pleine nuit, tant le feu était intense.

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  11. et moi je ne pose pas de questions car je devine que je ne vais pas poser les bonnes … (soupir) … vous voyez ce que je veux dire ?

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  12. Ce chocolat avait un goût, pour mes grands-parents, vraiment très spécial. impartageable en fait. 🙂
    Pour ma mère, c’était le lait d’après-guerre. elle n’en pouvait plus de ce lait dont on l’abreuvait pour sa bonne santé, sa croissance. jusqu’à la détestation.
    Mon père, lui, quand il s’énerve, dit que l’on ne connaît pas la guerre, ni l’après-guerre et que donc l’on ne sait rien. mais spontanément, il s’arrête, ne continue pas, ne dit rien, ne livre rien.

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  13. « le jour où un soldat canadien m’a donné une tablette de chocolat »
    ha. Longtemps j’ai cru que c’était LE moment de la Libération … Le jour où les trains transportant des Américains qui lançaient à la volée des conserves et du chocolat sont passés à côté de la grande maison familiale. le jour des tablettes de chocolat … Je pense que c’était un moyen d’une part de partager avec nous un moment très heureux, de le revivre et de nous faire comprendre, de nous enseigner, d’autre part, combien les goûters qui nous étaient offerts chaque jour en vacances étaient fantastiques et savoureux.

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  14. Merci Paul pour cet échange.
    Plus j’y pense et plus je me dis qu’ils ne nous racontaient vraiment rien à nous, les petits-enfants. je suppose qu’ils préféraient tourner la page, vivre le présent et étaient plus occupés nous voir jouer, en paix, joyeux et insouciants.
    De toutes les façons, trop impressionnés par le mot « guerre » (une affaire de grandes personnes), nous n’osions pas poser de questions. Pas simple de poser des questions.

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  15. Jean Langoncet
    Dès l’annonce des débarquements du Jour J en Normandie, le chef de la Gestapo décide d’exécuter tous les prisonniers alliés détenus à la prison de Caen. 87 d’entre eux seront fusillés dans la cour de la prison tout au long de la journée du 6 juin 1944. Leurs corps n’ont jamais été retrouvés.
    Oui, Caen est en Normandie et je suis né en Normandie, dans le pays d’Auge, à Saint-pierre-sur Dives ; toute mon enfance et mon adolescence j’ai vécu à Caen au milieu des baraquements , des chantiers.

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  16. Désillusions, désenchantements, déclassement, débâcle, tout cela en si peu de temps, si rapidement, et la nation qui explose en mille morceaux n’ayant rien compris au changement du monde autour d’elle. Enfant, ces éclats resteront en mémoire sans pouvoir être réunis, sans pouvoir être compris. Plus tard, le doute systématique quant aux discours des beaux parleurs, et la certitude que l’humain est plutôt mauvais que bon…

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  17. Vous a-t-on rapporté des faits de rafles et de déportations survenus à Caen, Paul Edel ? Etant entendu que le breton est par nature plus taiseux que le marseillais, mais non moins chafouin

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  18. C’est un étrange moment Margotte, quand vous êtes un enfant d’après-guerre, comme ce fut mon cas, à Caen, dans une ville bombardée qui met 20 ans à sortir des ruines et à se reconstruire.
    Vous entendez, à table, des parents, des amis, des cousins, des tantes, oncles, qui vous racontent des bribes de l’Occupation, qui vous racontent des instants, des trucs personnels pendant le Débarquement, tout ça en miettes, fragments ; ma sœur et moi, on avait donc des bouts de guerre, comme on a des bouts de ficelle… avec des jugements vifs à l’emporte-pièce-par exemple pour juger durement les aviateurs américains incapables faire des bombardements précis , ou les autorités municipales incapables de donner des précisions pour des évacuations de population.
    Les enfants doivent donc se débrouiller avec ,une avalanche d’historiettes, d’impressions, d’anecdotes (le jour où on a tué le lapin et mis son sang sur un drap pour faire croire que ma mère était blessée- le jour où la grand-mère a pris un cachet d’aspirine et que son étage s’est écroulé au même instant, le jour où un soldat canadien m’a donné une tablette de chocolat, le jour où une bombe a soufflé la maison voisine alors que ma mère me lavait dans une bassine, dans le jardin proche, au soleil…. etc. etc.) c’est une avalanche d’informations en vrac qui restent en suspens.. La position des enfants que nous étions est une position bizarre. On connaissait une guerre, une Libération, par des chagrins familiaux, des détails à faire dresser les cheveux sur la tête(les bulldozers qui aplanissaient un quartier et ses tas de gravats avec des cadavres dessous !)des morts, des blessés, de grands cimetières couverts de croix blanches, sur la côte normande.. La Grande Histoire apprise à l’école m’a surpris, étonné, déconcerté. L’instituteur ou les professeurs nous racontaient le bonheur des populations françaises délivrées des allemands et nous nous demandions qui disait la vérité.. Ma sœur et moi nous n’avions que des petits morceaux d’histoires de famille ou de voisins de quartier qui ne raccordaient pas, comme un film pas monté.
    C’est impossible à définir. Quand mes parents ont commencé à vieillir, je leur ai donné à chacun un cahier, un crayon à bille et je leur ai demandé de me raconter leur Débarquement de 44, chronologiquement, et sans copier l’un sur l’autre. Ce qu’ils ont fait. Les deux cahiers ont été remplis et les deux histoires étaient si différentes que j’en suis resté ébahi, ma sœur aussi. Mes parents sont morts et je continue à jouer au chat et à la souris, à colin-maillard, à cache-cache avec ma mémoire pleine de trous,perplexe, questionneuse, incrédule,tremblée, éternellement provisoire ,des souvenirs familiaux flous,filandreux, les miens introuvables jusqu’à six ans.., ceux de ma sœur un peu plus précis. Ajoutez les photos et les récits des journalistes et des historiens « officiels, » qui n’ont rien à voir avec ce qui était raconté à table. Bref rien ne raccorde avec ce qui se disait, à l’apéro, autour de la table….

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  19. C’était des moment absolument atroces dont on pouvait entendre parler, tout enfant, il y a plusieurs décennies, à table, ou au moment de l’apéro : le dynamitage du Panier et du Vieux-Port de Marseille, les rafles, le sabordage de la marine française à Toulon, les fusillés sur les places publiques, les pillages et contraintes industriels qui pesaient en Picardie et dans le Nord de la France, la menace du STO, trouver de la nourriture.

    je n’ai pas connu la guerre. des bribes de « musiques » épouvantables de la guerre dans mes oreilles. ça sortait parfois, come ça. pas grand chose, finalement. Je m’aperçois qu’ils ne racontaient pas grand chose …

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