Pavese , si proche

 Je viens de revoir en DVD  « Femmes entre elles » d’Antonioni, c’est un merveilleux film  d’Antonioni sorti en 1955 d’après une nouvelle de Cesare Pavese, »Entre femmes seules » rédigée entre Mars et Mai 1949. Mais ce  récit  fut publié dans  un ensemble incandescent et si caractéristique du grand Pavese,« Le bel été » .

Le film d’Antonioni m’a fait revenir à Pavese. Quelle lecture capitale et si émouvante!.

Son œuvre grandit avec le temps.

On a envie de retourner à Turin et de déposer une fleur sur sa tombe. Il faut  lire attentivement  le début du récit, si magistral  et significatif de l’art de Pavese : »A cette époque-là, c’était toujours fête. Il suffisait de sortir et de traverser la rue pour devenir comme folles, et tout était si beau, spécialement la nuit  que, lorsqu’on rentrait mortes de fatigue, on espérait encore  que quelque chose allait se passer, qu’un incendie allait éclater, qu’un enfant allait naitre dans la maison ou ,même, que le jour allait devenir soudain et que tout le monde sortirait dans la rue et que l’on pourrait marcher, marcher  jusqu’aux champs et jusque dans l’autre côté des collines. »

Dans « entre femmes seules »Pavese, cet homme à femmes, comme Drieu, comme Camus,   aborde lle   milieu de la mode et de la bourgeoisie à Turin. Clélia revient dans sa ville, Turin au moment du carnaval, en pleine neige. Clélia   doit aménager la filiale d’une maison de haute couture et surveiller les ouvriers, plâtriers, électriciens)  et  retrouver sa ville natale après des années passées à Rome .En prenant son premier bain ,après son voyage, des bouffées de nostalgie la saisissent alors qu’elle fume dans son bain.

. Parmi ses fréquentations, il y a un cercle de jeunes femmes qui permet à Pavese de déployer son art  intuitif de décrire les femmes et les jeunes filles.Il y a Momina la cruelle, Gabriella la mondaine,  et surtout Rosetta la suicidaire  qu’elle avait croisé sur une civière le jour de son arrivée. Les grands thèmes de Pavese se croisent : d’abord la ville de Turin et sa jeunesse dans les collines environnantes, puis  l’ennui de la bourgeoisie, avec soirées bavardes, vernissages,  ventes aux enchères, papotages mondains, virées en voiture,  jeu des perfidies,  ajoutez    un délicat  parfum de prostitution sociale si acceptée.  Le bref épisode d’une excursion sur une plage  déserte pas loin de San Remo permet au cinéaste Antonioni de donner toute la mesure de ses cadrages de personnages perdus dans le sable, ce qu’on retrouvera régulièrement dans ses films plus tardifs. On découvre aussi dans le récit de Pavese  un autre grand thème : l’immersion de personnages  bourgeois superficiels et urbains dans un cadre rural ou sur un rivage de dune,  permet à Pavese  une opposition entre vie primitive, image d’un Eden perdu, et corruption sociale des villes. Ce retour,sans cesse, vers les collines de l’enfance, auytre thème que Pasolini exploitera comme si le passage d’une Italie rurale à une Italie industrielle, était particulièrement mal vécu par cette génération.

Rencontrée au cours de l’été 1940Fernanda Pivano a refusé la demande en mariage

Un personnage dit : « Je vous donne ma parole que je préfère habiller les vraies putains » Rosetta finira par se suicider, comme Pavese un an plus tard dans une chambre d’hôtel de Turin, comme dans l’ouverture du récit.

Pavese porte aussi  une attention particulière à l’égard  d’un ouvrier communiste « Becuccio »,  ce qui rappelle sa période communiste quand il publié en 1948, « Le camarade » pour donner des gages à ses amis du Parti qui lui reprochaient ses divagations mythologiques de « Dialogues avec Leuco » et un manque d’engagement.

Dans la foulée   il faut absolument relire deux grands textes pavésiens  « la prison » et « la maison dans les collines ».qui composent « Avant que le coq chante » .

« la prison » fut  écrit entre  1938 et 1939’ mais ne fut publié qu’en 1948 apres l’effondrement du régime fasciste, bien sûr. . C’est le récit de Pavese de son séjour de quelques mois à Brancaleone Calabre, où il est assigné à résidence par le gouvernement de Mussolini. Il est assigné dans une humble maison face à la mer. Image de l’ennui, de la monotonie grise du rivage .le  texte lui est passionnant par la profondeur de son analyse car deux personnages féminins interviennent  Elena , la femme de ménage docile, humble, fidèle, attentive et secrète,  si précieuse, et Concia  la femme sauvage qui se donne aux hommes. Sans cesse revient l’image de la fenêtre ouverte sur la mer. Pavese écrit :
« Là-bas il y avait la mer. Une mer lointaine et délavée qui, aujourd’hui encore, s’ouvre derrière toutes mes mélancolies. C’est là que finissait toute terre, sur des plages désolées et basses, dans une immensité vague. Il y avait des jours où, assis sur le gravier, je fixais de gros nuages accumulés à l’horizon sur la mer, avec un sentiment d’appréhension. J’aurais voulu que tout soit vide derrière ce précipice humain. » La réflexion sur la séquestration, dans cette « prison » devient chez Pavese une  méditation générale sur ce qui enferme  de toute vie dans ses quelques images. C’est un roman d’auto-analyse à la fois profond et d’où il émane  une poétique de la pauvreté intérieure nourrie par   la nudité du paysage qui apporte une curieuse nourriture morale.   Pavese avait été frappé par une lettre de Léopardi :»je connais un homme qu’un simple œil-de-bœuf ouvert sur le ciel vide, en haut d’un escalier, met dans un état de grâce » Livre parfaitement baudelairien et métaphysique

Rappelons  que  Pavese fut arrêté le 15 mai 1935 alors qu’il était le directeur par intérim de la revue « La cultura » et qu’il était proche du mouvement « Giusticia et Liberta. » interdit par le régime.
Pavese, qui était alors à Turin professeur d’italien dans des institutions privées, se faisait  envoyer par sa sœur des livres, des romans policiers, Shakespeare, Ovide, les tragiques grecs  .Il corrige son recueil de poèmes « travailler fatigue » .il se baigne,  fume la pipe, bavarde au café du village avec les villageois de Brancaleone écoute le brigadier qui lui propose de l’emmener à la chasse.. Il se remet   au grec. « La prison « fut un texte écrit non pas à chaud, sur le moment, mais en 1939.

Bianca Garufi, d’origine sicilienne,secrétaire générale du siège de l’éditeur Einaudi, autre passion de Pavese qui lui dédia plusieurs poèmes

extrait :
« Elena ne parlait pas beaucoup mais elle regardait Stefano en s’efforçant de lui sourire avec des alanguissements que son âge rendait maternels. Stefano aurait voulu qu’elle vint le matin et qu’elle entrât dans le lit comme une épouse, mais qu’ensuite elle partit comme un rêve qui n’exige ni mots ni compromissions. Les petits atermoiements d’Elena, l’hésitation de ses paroles, sa simple présence lui inspiraient un malaise coupable. Des propos laconiques s’échangeaient dans la chambre fermée.(..) des minutes savourées ave »c Elena ,il lui restait une fatigue oublieuse, repue, presque une stagnation de son sang. Comme si, dans les ténèbres, tout s’était passé en rêve. mais il lui en voulait de l’avoir priée, de lui avoir parlé de lui avoir révélé, ne fût-ce que par feinte quelque’ chose de sincère et de tendre. Il sentit sa lâcheté et sourit : »je suis un sauvage. »

Ce qui est étonnant dans ce récit « la prison », c’est la beauté harmonieuse et l’enchevêtrement des durées, les subjectives et les objectives. Les vertiges, les ruminations, les médiations solitaires, toutes ces harmoniques du temps intérieur, des saisons, des allers retours entre la maison isolée face à la mer vide  et le village. Pavese raonte  ses   bains, ses  humeurs si changeantes et mobiles, sans ignorer non plus les  soudaines harmonies sur le thème de l’espace : la fenêtre face à la mer, les cuvettes des collines, les rives désertes et caillouteuses, les sentiers déserts qui portent à l’exaltation, Il y a aussi  une attention particulière aux les rites : repas,  passages du plein soleil à l’ombre, de la grosse chaleur  à la fraicheur, quelque chose étrangement virgilien mais  asséché.
Pavese maitrise une logique de la forme, un murmure et un écart tout à fait unique, singulier, surprenant  dans sa délicatesse et ses ellipses..
Ce qui étonne c’est que cet assemblage de moments aboutit à une parfaite  unité de la Forme.  C’est tenu et tendu par une invisible construction. L’organisation  par le langage de son expérience vitale, cette exploration systématique  et sismographique de son  une intériorité s’exprime de manière fluide, par des images du monde extérieur d’une apparente banalité. cette architecture si consciente qui traverse tous ses romans et récits aboutit à un sens de une Forme qui est à juste titre  sa marque et sa magie .il constate d’ailleurs, amer, dans son Journal : » Cette exigence de la Forme ne semble plus partagée par l’ensemble des générations actuelles qui publient sous l’étiquette « littéraire »..

Ses œuvres(à lire absolument dans le quarto Gallimard –avec biographie complète, commentaires  si éclairants de Martin Rueff,  et photos rares ..) actuellement proposées surprennent par un souci de narration attentive aux sous couches du temps et du désir sexuel, à  l’exploration presque naturelle .On retrouve chez  la solitude intérieure de l’homme urbain contemporain(comme chez Camus, la baignade lave de tout ,pour un instant cet Adam chassé du Paradis..) ,  coupé de son passé et de ses rêves d’enfant et d’ado, coupé de toute communauté –cette communauté qu’il a cherché du côté des militants communistes, sans la trouver….C’est une chimie et un travail littéraire tout à fait unique et à méditer. * j‘ai encore dans l’oreille l’avertissement de martin Rueff qui a établi cette édition Quarto :
« à une époque où les canons formels ont laissé la place à ceux du marché, l’heure est peut -être venue de mesurer les effets d’un écrivain dont l’effort de construction doit désorienter. » réflexion actuelle capitale.

53 commentaires sur “Pavese , si proche

  1. « Billie Wilder et moi » de Coe

    Un roman d’initiation d’un côté : une jeune fille qui découvre le cinéma, l’amour, la Grèce (via une sorte de parenthèse enchantée mais déjà surannée et nostalgique, en pleine dictature des colonels), sa vocation professionnelle.
    Un roman de fin d’une époque, de l’autre : Billy Wilder et son comparse tournent Fédora et se retrouvent dans la peau de stars déchues (ou ironiquement passent par certains des affres de Norma Desmond de « Sunset Boulevard »). alors que les jeunes barbus d’Hollywood ou indépendants, tels que Scorsese, Coppola, Spielberg révolutionnent le cinéma américain voire mondial.
    + des rapports transgénérationnels qui fonctionnent à plein, des rapports familiaux plus compliqués, d’autres enfin brutalement interrompus. et l’extermination des juifs durant la 2nde guerre mondiale en toile de fond des nuits blanche de Billy Wilder.

    A priori rapide à lire et simple, mais en apparence seulement…
    Bouffées de l’air d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître …
    Emouvant.
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  2. Entre 1942 et 1943 Pavese tient un « carnet secret » sur les événements de la guerre et les sentiments qu’elle lui inspire. Il arrachera ces pages du Métier de vivre après 1945. Leur publication en 1990 a déclenché un profond malaise : Pavese y exalte les mythes virils de l’action. Il critique les intellectuels antifascistes comme des femmelettes sans courage. Il loue la guerre jusque dans ses atrocités. Il dit son amour de l’ordre et de la discipline. Mais on fera remarquer aussi que les femmes sont peu présentes dans ces pages (« la » femme, elle, est partout) et que l’Italie est loin elle aussi.

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  3. Certains plans du Valmont de Forman ont été tournés à Camondo. Des scènes d’escalier, notamment. Puisque je suis dans cette époque un saut de quelques années pour dire qu’ Adèle de Senanges n’est pas un auteur mais un titre de roman de Madame de Souza, femme de lettres qui eut son heure de gloire, et peut-être les bras de Talleyrand….

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  4. Je profite du blocage de l’ordinateur édélien pour placer (lâchement ?) quelques lectures récentes sans lien avec Pavese :
    Jonathan Coe « Billy Wilder et moi »
    David Goodis « La lune dans le caniveau »
    Raven Leilani « Affamée »
    Pierre Assouline « Le dernier des Camondo » (que j’ai lu car je me suis rendu compte que je n’avais jamais visité la Musée Nissim de Camondo à Paris. Je sais pas, soit le musée était fermé car en travaux … soit la peur d’une indigestion de bureaux déroulants Riesener, de commodes marquetées Louis XV, d’armoires Boulle,de tapisseries d’après carton de Boucher (pourtant très bon coloriste mais bon, à force, les cuisses dodues de déesses et de nymphes …) me retenait alors)
    Tola Rotimi Abraham « Black sunday »
    Emily Ruskovitch « Idaho »
    Jean-Luc Lagarce « Règles du savoir vivre dans la société moderne » (que Catherine Hiegel interprète, paraît-il, excellemment et drôlement, actuellement au théâtre du Petit St martin … mais que je ne verrai pas parce que réserver, trouver une baby-sitter, expliquer à petite fille que papa et maman vont s’absenter une soirée, prendre le RER pffff… rien que d’y penser je suis épuisée).

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  5. de fil en aiguille …
    Pas mal :
    Une BD intitulée « Amore » de Zidrou et Merveille chez Delcourt (9 nouvelles graphiques sur le thème de « l’amour à l’italienne »)

    Sinon par pur plaisir, et toujours par digression, j’ai relu Les fables de Venise de Pratt. (pas mon Corto favori mais on reste en Italie !)

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  6. Oui une sorte de Caprice littéraire, si je vous suis bien, Elena.
    Pardonnez mon retard mais il ne m’est plus si facile ces temps-ci d’utiliser un ordinateur….

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  7. MC, j’ignore si Paul Edel reprenait un commentaire ou une citation de l’édition Quarto — je sais en revanche que Pavese lui-même a employé divagare ou divagazione à ce propos : je l’ai lu fin octobre, mais il me faudra peut-être un certain temps pour retrouver où.

    En attendant, il me semble qu’il y a un léger quiproquo linguistique : DIVAGARE ne correspond pas tt à fait aux sens du français divaguer : l’errance, le vagabondage, oui (à la rigueur, plutôt rare) ; mais absurdité, folie, délire, non !
    Les sens les plus fréquents :
    1) s’éloigner d’un sujet, s’écarter d’un thème c-à-d dévier, digresser
    2) (se) distraire, se délasser, se détendre

    Cela dit, remplacer le « délire » par l’échappée ou l’évasion modifie qq peu peu la question sans la faire disparaître : la « voie droite » de l’écriture & le « devoir » de l’écrivain, ou pour le moins les sujets urgents, sont tjs supposés se trouver ailleurs…
    (Je crois en tt cas que les accusations de « décadentisme » de la part de C. Salinari & Moravia sont postérieures à la mort de Pavese.) 

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  8. St Malo. Selon l’article du Monde d’aujourd’hui c’est surtout Airbnb qui est visé et l’augmentation du foncier dans et hors de la « vieille ville » Curieuse expression s’agissant d’une ville reconstruite pour l’essentiel, qui donne comme un hommage au travail d’ Arretche.

    Pavese. En quoi ces Dialogues avec Luco sont-ils délirants alors qu’on s’accorde ici à dire qu’il y a un Pavese virgilien?

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  9. Descriptions, au cours de la partie de chasse (4ème ch) avec Giannino, tjs ds Il carcere.

    « Stefano avrebbe voluto sedersi e lasciare che l’alba sorgesse dall’immobilità: vedere lo stesso cielo, gli stessi rami, lo stesso declivio impallidire e arrossare. Camminando, la scena mutava; e non era più l’alba a sgorgare dalle cose, ma le cose a succedersi. Solamente da una finestra o da una soglia Stefano amava goder l’aria aperta. »

    La récurrence de la fenêtre, notée par Paul Edel, mais pas seulement face à la mer — tjs cette impression d’un monde & de gens tenus à distance (pas le « regard éloigné » supposé objectif, mais sans tomber ds le pathos, plutôt qqch d’une difficulté, d’une façon d’être au monde & d’un rapport aux autres qui n’iraient pas de soi)
    Qq lignes plus bas, simplement pour la beauté du § :
    « Finalmente, Giannino sparò. Sparò fulmineamente al cielo, al mattino, alla tenebra che fuggiva, e il silenzio che segui parve solare: l’alto silenzio del meriggio trasparente sulla campagna immota. »

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  10. Mon commentaire étant en attente de modération à cause d’un lien (& sachant d’expérience que ce purgatoire dure parfois tr longtemps, comme celui de Georgius à l’article sur les surréalistes), j’en profite pour mettre une citation :

    « In quel sorriso lo mordeva l’amarezza di aver creduto i primi giorni all’ingenuità del paese; e c’era pure la sua ripugnanza a scoprire ciò che gli altri commettessero di sordido. Più che il fatto era il tono canzonatorio di chi raccontava, che gli dava fastidio. Gli impediva di amare comodamente come semplici cose le persone degli altri. » (une quinzaine de ligne avant la fin du 2ème chapitre de Il carcere)

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  11. OK OK OK – – Pierre Assouline a évoqué cette biographie il y a 15 jours mais … c’est que je viens de lire quelques articles sur ce livre dont le contenu diffère de son billet. voilà tout.

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  12. Une biographie de Jacques Shiffrin, fondateur de la Pléiade Amos Reichman au Seuil) est parue.

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  13. J’ai entendu ce matin que les commerces disparaissaient dans le vieux Saint Malo, sous les coups de boutoir du tourisme de masse. Qu’en est-il ?

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  14. Evocation romaine passée vintage, dear PaulEdel, depuis la faillite d’Alitalia.
    Avec Ryanair tentez d’atterrir à Fiumigino, l’autre aéroport lowcost, oublié le nom, trop affreux. Les thermes de Caracalla offrent les ruines proportionnées à cette période épidémique.

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  15. Parfois Jean Langoncet je me retrouve avec des bribes de pensées en Opitz ou plutôt son vieux fantôme en jean et mocassins fendillés. Miracle pour quelques instants :reprendre un vol Alitalia et se retrouver au cœur d’un été ardent dans le lacis de ruelles noires à l’ombre du Quirinal. Retrouver la fournaise romaine, les remous vert olive du Tibre,les trams ferraillant qui glissent sous les ombrages de feuillages qui semblent mouiller les vitres du compartiment.
    Le tram longe les voies ferrées désaffectées et herbeuses, celles qui me font somnoler le soir vers les roseaux de la rivière berceuse l’Aniene.
    Retrouver demain la vitrine abimée du kiosque à journaux fermé depuis deux ans, vers la Piazzza Giunone Regina. En se penchant, on distingue des piles de revues anciennes de cinéma, que les étés ont jauni, avec Fellini ou Germi en couverture.
    Je retourne vers des quartiers résidentiels à jardins clos, si éloignés du centre qu’on se sent enveloppé d’une nappe de silence que brise un portail claqué ou une porte-fenêtre qu’on ferme .
    Vers midi la paix de ces quartiers ne cesse de grandir, elle devient éternelle et vertigineuse dans le bleu épais de ce ciel si énigmatique à Rome. Il est habité, mais par on ne sait quoi. Des anges ? Une gloire invisible ? Une folle pureté? Allez savoir.
    Je reviens vers la via Tiburtina, populeuse, embouteillée, encombrée, qui aligne ses barres d’immeubles. On écoute le pizzaiolo baratineur, véritable Arlequin de la commedia dell’arte qui fascine les ménagères à cabas . Des hommes sirotent des cafés amers sous la treille, plongés dans leur mutisme.
    Envie d’aller fumer le cigare dans l’espace ouvert du Giardino degli Aranci, curieuse esplanade plantée d’orangers et de pins, bordé par un parapet et un précipice où brillent Rome, ses dômes, ses clochetons, ses campaniles, ses embouteillages rutilants son immensité tiède et son indicible grandeur vibrante dans une lumière crue. On se sent, ici, pour quelques secondes, complétement éternel et éphémère, religieux. Cette étendue de terrasses éblouissantes nous happe et nous dissout.
    Mais la fête est finie, les personnages qui m’intéressaient ? Envolés ! Enfouis dans la vie familiale, ou disparus dans une urne. Que le lierre les protège.
    Je regagne mon hôtel et ses couloirs monastiques, en passant devant le palais Farnèse, puis détour par piazza di Petra où habitait cette mystérieuse « Earline » jeune comtesse italienne folle de bals romains, c’est elle qui a tant fait bondir le cœur du vieux consul Stendhal.
    Dans les journées grises et maussades de l’hiver je regarde le dvd du « journal intime » de Nanni Moretti, il se promène et zig-zague sur sa Vespa sur une petite route ombragées le long des murailles antiques. Glissent des filles en robes légères et sandalettes.

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  16. Concernant les blogs littéraires ou artistiques, nous avons connu une belle floraison, de riches heures et de belles années. Certains sont abandonnés. tout court ou bien au profit de Facebook. D’autres continuent à publier des billets de jour en jour. Certains blogueurs maintiennent leur espace de commentaires ouvert, d’autres ont appris à s’en méfier, d’autres les ont fermés.
    Comme pour tout post, article, image publié en ligne : lire et participer aux commentaires n’est pas une obligation …
    valable également pour la presse papier : lire le courrier des lecteurs n’est pas une étape indispensable.
    consomm-acteur, quoi. et non con-sommateur. 😉

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  17. en 15 ans ans on est passé de « la promesse de l’aube » aux « Illusions perdues ».

    Indeed. Probablement parce que « La promesse de l’aube » ne cachait que « Les enfants de l’aube ».

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  18. « être connecté fatigue »..c’est un Twit post Pavesien Margotte?.. A propos des blogs littéraires en 15 ans ans on est passé de « la promesse de l’aube » aux « Illusions perdues ».

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  19. Je pourrais me lancer dans un recueil de poèmes de notre temps …
    « Etre connecté fatigue » …

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  20. merci.
    Quoique lisant encore parfois certains billets de Pierre Assouline (mais encore faut-il que j’ai le temps …et … moins je suis connectée mieux je me porte), mais ne fréquentant plus l’espace d’échanges de la RDL depuis bien des années, je ne pouvais savoir … et trouvais ton post curieusement sec.

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  21. C’était un twit !Margotte mais j’ai expliqué sur la RDLK ma délicate aventure de lecture du Goncourt « subsaharien » comme on dit à la télé.. C’est très délicat de parler d’un roman dons lequel on n’arrive ni à comprendre ni l’enjeu, ni la dynamique ni à apprécier ce style, avec ses changements volontaires, tantôt documentaire, tantôt lyrique, tantôt proche, tantôt évanescent, esquivé, dérobé toujours d’une volkubilité qui se dilue en bavardage… Je dois avouer que je suis resté complètement dépassé à la lecture de ce roman devant un coffre-fort fermé en lisant plus de 3OO pages de » La plus secrète Mémoire ». Je n’ai pas compris comment les narrateurs et les morceaux d’enquête s’enchâssent, se répondent, ou se développent. Tout tourne autour de la quête d’un certain, T.C. Elimane, disparu après le succès et le scandale pour son roman paru en 1938 »Le labyrinthe de l’inhumain ». Cette œuvre fut celle d’un « Rimbaud noir » Pourquoi cette quête est-elle enclenchée ? Pourquoi est-ce qu’on y revient sans cesse en posant du ton bavard questionneur à des « entretiens » avec ceux qui ont lu le livre, ou des comptes rendus de critique? Mystère !
    Tout se dérobe dans le livre de Mohamed Mbougar Sarr construit en mosaïque, en morceaux en faux raccords: on saute d’un style plat à un autre légèrement plus lyrique (avec parfois des pages avec peu de ponctuation), d’une voix imprécise à une voix venue d’on ne sait où.. Avec des allusions à Kundera ou Gombrowicz qui tournent court, quelque chose qui sans doute d’une machine littéraire qui se veut être piège et trappes ???? Livre qui apparait disparait ? Livre de toutes les dérobades ? … en bref je n’ai rien compris. Pourquoi des de scènes érotiques mal fichue ?, Pourquoi_ des multiplications de questions ? tout fait comme des élans brisés, ni cette manière de toujours faire une construction en abyme, en miroir qui ne mène nulle part ? Successions d’entrées et sorties de personnages, des moments, de témoignages, de lieux, comme si il n’y avait que du récit de récit, des allusions, une perpétuelle mise en abyme ? une machine célibataire pour souligner une réalité en fuite, un texte sur l’insaisissable vérité en littérature ? une réflexion ambitieuse sur la dérobade de l’acte même d’écrire ? comme cette recherche de l’auteur maudit et disparu T.C. Elimane ?Un livre et la fumée des célébrités littéraires ? Une mise en cause de la vanité de toute critique littéraire ? Pourquoi pas ? Un trompe l’œil sur le Rien ? .. bref, je suis resté noyé devant ce roman qui m’a toujours paru d’une construction fragile, flottante, sans direction, sans aucun centre de gravité, avec une prose emphatique et creuse.. Je ne peux en dire plus. J’aimerais que d’autres commentateurs de la RDL donnent leur avis. Il n’y a évidemment aucune animosité ni à l’égard de l’auteur, ni à l’égard du prix ni à l’égard des jurés, mais un simple constat de lecture.

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  22. « Travailler fatigue »
    j’aime bien ce titre.
    au delà de la rigolade (travailler c’est la santé, rien faire c’est la conserver), ces 2 mots accolés ont une portée multiple : sociale, philosophique voire idéologique (car que le régime soit capitaliste, socialiste ou communiste ou en utopie, ou même en rêve : travailler fatigue). Eternellement d’actualité.

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  23. Il est intéressant et même passionnant de voir comment l’écrivain Pavese juge le Flaubert qui a écrit « Madame Bovary » :
    « Les jugements moraux de Madame Bovary ignorent tout principe sauf celui de l’artiste qui violente et imite les gestes humains. Certains se gargarisent du tableau que « Madame Bovary « donne de l’amour ,y voyant une saine critique des vieilleries romantiques faite par une ROBUSTE CONSCIENCE(souligné par Pavese) , et ils ne voient pas que cette robuste conscience n’est pas autre chose que le fait de regarder nettement, d’étaler fougueusement les tristes mobiles humains. Comment peut-on vivre selon « Madame Bovary » ? D’une seule manière, en étant un artiste calfeutré chez lui.
    Garde-toi bien de prendre au sérieux les critiques de Flaubert envers la réalité : elles ne sont faites que d’après ce seul principe : tout est boue, sauf l’artiste consciencieux. »17 février 1938 (Le métier de vivre)

    Je me dis :si ce n’est pas une lecture intelligente du roman, c’est quoi ?

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  24. « On a tant parlé tant écrit, tant donné l’alarme sur notre vie, sur notre monde, sur notre culture, que voir le soleil, les nuages, que sortir dans la rue et trouver l’herbe, des cailloux, des chiens, émeut comme une grande grâce, comme un don de Dieu, comme un rêve. Mais un rêve réel, qui DURE, qui est là. » Pavese, « le métier de vivre » le 7 décembre 1947
    Notons que quelques pages en amont Pavese affirme qu’il ne croit pas du tout en Dieu.

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  25. elena, il s’agit du 5 avril 1947 dans « le métier de vivre » un autre passage typiquement Pavesien: » Chaque soir,une fois le bureau fini,une fois le restaurant fini,une fois les amis partis-revient la joie féroce,le rafraichissement d’être seul.C’est l’unique vrai bonheur quotidien ». 25 avril 1946 (dans la nouvelle traduction de Martin Rueff en Quarto d’aprés la nouvelle édition de Marziano Guglielminetti et Laura Nay de 199(Einaudi)

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  26. Paul Edel, on voit que je ne lis pas Le Monde des livres… (Mais tt de même, après la blague, vs n’auriez pas envie d’écrire prochainement « pour de vrai » qq mots sur ce roman non couronné ? la tendresse pour les perdants, les cabossés ce serait raccord avec le thème — on espère pour T Viel qu’il ne partage pas avec son personnage la célébrité comme façade trompeuse de l’exploitation.)

    Requête moins lourde : pourriez-vs donner plutôt la DATE du passage du Métier de vivre que vs citez (espoir au tps de la clandestinité vs. perspective de désastre) ?j e n’ai que l’édition Einaudi (1990/2000). 

    Pas lu non plus le livre de Ferrini dont vs ns aviez déjà dit du bien, mais il y a des ch intéressantes sur ce pt (le rapport de Pavese aux forces sauvages éternelles & mythes) ds les annexes aux Dialoghi con Leucò (peut-être Ferrini les cite-t-il d’ailleurs ? il est tt aussi possible qu’elles figurent ds le Quarto) — vs me direz s’il y aurait qq utilité ou intérêt à les recopier ici qd j’émergerai.

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  27. Pavese et Ferrini
    Dans son beau livre « le pays de Pavese »(Gallimard), Jean-Pierre Ferrini multiplie les approches intelligentes et si finement tracées des textes de Pavese. Il a raison d’insister sur l’importance de « la lune et les feux » ce texte ultime. Ce retour au lieu de son enfance, à Santo Stefano Belbo, dans les collines de l’enfance, avec les vignes , n’est pas qu’une simple bouffée de nostalgie et des souvenirs d’enfance émouvants, c’est bien autre chose de plus fondamental et plus concret,, c’est un lieu qui le rapproche d’un pacte avec des forces sauvages éternelles, une réalité cachée qui n’est pas sujette aux modes et aux séductions passagères de la Culture, mais un moment de reconnaissance, quelque chose de virgilien, quelque chose qui est sans âge et qui se renouvelle sans cesse et possède une vérité cachée qui se répète, c’est le mythe… et ceci imprègne de génération en génération ceux qui sont nés ici, dans ces collines, dans ces vignes, hors de toute temporalité provisoire.. Il l’exprime tres tôt dans plusieurs poèmes du recueil « Travailler fatigue »(1936)
    « Maintenant
    il est seul. Il lui semble que l’odeur insolite de terre
    ait surgi de son corps, et que des souvenirs lointains
    -il l’a connait la terre- le poussent vers le sol,
    Vers ce sol qui est vrai. »
    La pensée que lui inspire ce paysage ne se réduit pas à un admiration pour des superstitions paysannes(notamment l’influence de la lune sur les plantes et le cycle des saisons) Pavese insiste bien sur le fait que son œuvre, du début, de ses poèmes jusqu’à cette prose capitale « la lune et les feux », rédigée entre le 18 septembre et le 9 novembre 1949 est un aboutissement réussi entre sa recherche d’une fusion entre sa veine réaliste et sa recherche poétique d’une autre réalité à caractère symbolique.
    Ce qui explique la lettre du 30 Mai 1950 à son ami Aldo Camerino : »je crois que pour longtemps-et peut-être pour toujours-je ne ferai plus rien d’autre ».Il se suicida le 27 aout de cette année-là. Avait-il mesuré qu’il avait atteint son point culminant ? Qu’il avait tout dit de ce qu’il pouvait ? Avait-il peur de se répéter , d’être moins bon ? Se sentait-il vide de toute inspiration après un tel texte rassembleur? On ne sait.
    Pour Ferrini, ce texte « plonge à pleines mains dans la langue de Virgile et de Dante et qui trouve, dans la réalité, sa mythologie, dans le classique, le rustique. »

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  28. Je reste frappé par cette phrase de Pavese qui faisait allusion aux combattants italiens résistants aux fascistes dans les collines autour de Turin et ce qu’elle affirme sur le ton de la désillusion dans son journal « le métier de vivre » : »
    « Pendant la période de la clandestinité, tout était espoir ; maintenant tout est perspective de désastre » (Le métier de vivre, page 388) et je la rapproche souvent d’une réflexion de Brecht dans son » journal », reprise je crois dans un de ses poèmes qui alerte et dit , en gros que « les difficultés de la montagne » (la guerre contre le fascisme) étant achevées, les « difficultés de la plaine »(la période de paix) n’en seront pas moins énormes. .

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  29. Elena/Nescio, vous écrivez: »C’est sans doute pour cette raison que je n’ai pas compris grand chose à ce que vs écrivez à propos du dernier livre de Tanguy Viel, » sur le RDL..
    Chère Elena! vous ne pouviez pas comprendre ce que je raconte sur Viel puisque je me suis permis un humour particulier surréaliste qui consistait à imiter le style gris abstrait de la critique littéraire du « Monde des livres » en faisant un article uniquement constitué de morceaux de phrases découpées dans « le monde des livres » pour montrer qu’il existe une écriture de parfaite grisaille critique charabia pretentieux qui me fait rire certains jours.. et pas du tout à d’autres..C’était vraiment une blague idiote..il, n ‘y a que vous pour remarquer l’étonnant du texte..

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  30. Paul Edel, la relecture de La bella estate (je parle du récit & non du recueil) a été suffisamment concluante pour que je commande Il carcere et Tra donne sole (que je n’avais pas lus, eux).
    J’ai pris un tas de notes sur le premier des 3, je devrais donc pouvoir répondre ds qq jours — car entre temps je suis tombée malade.
    C’est sans doute pour cette raison que je n’ai pas compris grand chose à ce vs écrivez à propos du dernier livre de Tanguy VIel, La fille qu’on appelle, sur la Rdl (il est vrai que cela s’adressait à Bouguereau), alors que je l’avais lu attentivement aussi, je l’espère, & plutôt bien aimé (à qq réserves près, dont celle que vs mentionnez, pas tt à fait un véritable happy ending si l’on s’en tient à ce qui est mentionné p. 174, mais plutôt, comme ds Article 353, une satisfaction donnée aux besoins des lecteurs (au personnage de Max Le Corre aussi, bien sûr, mais avec pour lui des conséquences à la clef) & qui détonne un peu avec tt le reste, tt ce qui est dit du destin des perdants d’avance).
    Il n’y aurait pas gd ch à ajouter pour transformer le commentaire en article ici (un peu de décryptage, qq explicitations pour les demeurées ds mon genre, incapables de saisir les allusions au vol — s’agit-il de la virtuosité de construction ds le traitement du temps, un des aspects les plus remarquables du roman en effet ?)

    À propos de Pavese & de Tra donne sole, je suppose que vs connaissiez la lettre de Calvino à Pavese du 27/07/49 & la réponse de celui-ci (contrairement à moi, qui viens de les découvrir en feuilletant le livre).
    Elle dit à peu près le contraire de vs, ce qui m’a fait rire (mais a priori pas plus d’infaillibilité pour Calvino que pour Nadeau, & la réponse de Pavese, qui voit ds les arguments de Calvino une esquisse de récit calvinien, me paraît bien vue aussi — je verrai bien qd j’aurai lu le roman lui-même !) Mais comme certaines de mes réactions récentes à La bella estate vont un peu ds le même sens que ce qu’écrit Calvino à propos de l’autre roman, je ne peux m’empêcher d’être favorablement impressionnée (en tt cas un peu rassurée), c’est humain.
    Il est d’ailleurs tt à fait possible que j’aie lu de travers votre article (si je « couvais » déjà qqch) — rien de tt cela n’est grave ds la mesure où je crois que ns sommes ts d’accord sur l’essentiel : Pavese est grd (& mérite plusieurs prophètes).

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  31. Voici un extrait d’un texte qui est significatif de l’art de Pavese et de sa nostalgie.
    «Autrefois on disait déjà la colline comme on aurait dit la mer ou la forêt. J’y allais le soir, quittant la ville qui s’obscurcissait, et, pour moi, ce n’était pas un endroit comme un autre, mais un aspect des choses, une façon de vivre. Par exemple, je ne voyais aucune différence entre ces collines et les anciennes, où je jouais enfant, où je vis à présent : toujours sur un terrain accident et tortueux, cultivé et sauvage, toujours des routes, des fermes, des ravines. J’y montais le soir pour éviter le sursaut des alertes : les chemins fourmillaient de gens, de pauvres gens que l’on évacuait pour qu’ils dorment au besoin dans les prés, en emportant un matelas sur leur vélo ou sur leur dos, criaillant et discutant, indociles, crédules, amusés.»
    Ce sont les premières lignes qui ouvrent le texte de Pavese « la maison dans les collines »

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  32. Paul Edel, j’ai eu ma grande période Pavese il y a 10-12 ans. J’ai alors lu ses romans, en commençant par La bella estate, ainsi que Dialoghi con Leuco — mais un peu calé sur le Journal, qui ne m’avait pas particulièrement fascinée. Comme je place en général l’œuvre avant les éléments biographiques, même « auto-« , (importance accordée & aussi ordre de lecture), je n’en ai pas fait un drame — me disant que j’aurais l’occasion d’y revenir.
    L’occasion s’est présentée bcp plus récemment, après relecture du Lessico famigliare de N. Ginzburg (je devrais dire: lecture enfin complète, car c’est un autre ouvrage qui m’a longtemps résisté, question de « voix » sans doute). J’ai ressorti il Mestiere (d’abord pour avoir le « contrechamp » en qq sorte) & j’y grapille régulièrement (voilà pourquoi je l’ai cité, c’était plus frais ds mon esprit, tt simplement).
    Pour bien faire, il faudrait que je parvienne à me consacrer de nouveau à Pavese en immersion totale, (relecture & découvertes, car je n’ai pas encore lu sa correspondance) — je ne demande pas mieux, mais quand ? (& Max Frisch ? (Andorra & L’Homme apparaît au quaternaire m’attendent) & Bernanos ? (après l’Imposture j’aurais dû enchaîner sur La Joie) & Tchekhov ? sans parler des lectures plus ou moins « contraintes », & la vie…)
    Le roman de Pavese qui m’avait le plus impressionnée était La luna e i falò. De mémoire, « le sens du détail concret », oui. Mais je n’ai pas le souvenir de m’être particulièrement « retrouvée » ds Ginia (mon adolescence était peut-être atypique ?) — à vérifier par une relecture (ce texte est court après tt).

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  33. elena.. deux choses finissent par « perturber » et brouiller l’analyse et le sens même des textes de Pavese:1) son suicide évidemment! Il jette un voile morbide sur toute son oeuvre et ça crée une distorsion navrante. alros qu’elle a des cotés solaires, pour raconter la nature, les dimanches d’été,les baignades, les soirées qui finissent à l’aube, tout un coté primitif, presque sauvage qui enchante..Et puis 2) son fiasco sur le plan sexuel…La déception amoureuse,l’echec deviennent un moteur d inspiration, ca donne une urgence dans ce qu’il écrit, ça aussi attise chez lui sa lucidité,son intelligence une une quête de l’Autre qu’il sait mettre en scène et incarnet avec aisance, volubilité, sens des détails concrets,comme Stendhal…
    Il possède des moyens littéraires exceptionnels,par exemple
    son génie du discours indirect libre et de monologue intérieur, ça lui permet de d’épanouir sa sensibilité pour exprimer des personnages féminins d’une richesse incomparable. L’attraction des femmes sur lui ,cette recherche passionnée d’une impossible union et harmonie entre les sexes.c’est le fil rouge de bien de ses récits..On n’oublie pas sa Clélia du « Bel été ».ni cette oreille si fine pour écouter les femmes entre elles et es hommes dans ce qu’elles expriment et aussi dans ce qu’elles taisent. » Le Bel été » en est le parfait exemple.
    Relisez ses lettres aux femmes aimées,notamment à la Pivano. Elles son,t vertigineuses dans l’analyse..Il y a enfin un appétit une âpreté à « cueillir » l’instant,une véracité d’observation,et une ferveur face à la vie qui me sidèrent toujours. un courant vital traverse ses proses,même si le ton parait parfois modeste voire minutieux.
    J’aime moins les abstractions et problématiques de certaines pages de son « Métier de vivre » alors qu’il y a aussi des éclairs.

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  34. j’ai peut-être eu tort de me précipiter — après tt, une autre interprétation est possible, s’agissant de Pavese & de sa hantise du fiasco

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  35. « ajoutez un délicat parfum de prostitution sociale si acceptée »

    Il mestiere di vivere
    17 genn. [1938]
    « Le puttane battono a soldi. Ma quale donna si dà altro che a ragion veduta? »

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