Stendhal intime

Avant de se lancer à lire « la vie d’Henry Brulard » de Stendhal, je recommande de lire « Souvenirs d’égotisme » en folio dans l’édition de Béatrice Didier. C’est un premier canevas autobiographique spontané et brillant d’humour. Stendhal écrit à son ami Domenico Fiore : » je m’amuse à écrire de jolis moments de ma vie ; ensuite, je ferai probablement comme avec un plat de cerises, j’écrirai aussi les mauvais moments, les torts que j’ai eus et ce malheur que j’ai eu de déplaire toujours aux personnes auxquelles je voulais trop plaire. » il ajoute : » je ne m’épargne nullement ! « 
Revenons à la chronologie. Apres la publication de « Le  rouge et le noir » -qui a l’estime des connaisseurs de l’époque sauf Hugo- fin 1830, Stendhal n’a aucun projet littéraire précis. Il est nommé à « Civita- Vecchia »,port connu pour son bagne, et surtout consulat de troisième zone surveillé par la police du Vatican – mais heureusement à cinq heures de diligence de Rome. Stendhal, -on dirait placardisé aujourd’hui- a dans la tête un projet autobiographique :  tout dire dans son « journal intime », de ce qu’il est, de ce qu’il pense des autres. Sans prudence, dans ce texte, il nous renseigne sur la société réactionnaire de l’époque qu’il méprise lui qui adule Napoléon et qui déteste la monarchie de Bourbon de retour. Il revient aussi et surtout sur son chagrin d’avoir été quitté par sa maitresse Clémentine Curial. Il songe qu’il y a 11 ans écoulés après son départ de Milan après le désastre de sa relation avec Métilde Dembowski en 1819. Et aussi là il jette sur le papier son insolence et son franc parler dans les salons parisiens ( il rédige parfois plus de vingt pages en une journée…), lui soupçonné de carbonarisme par les autrichiens et tenu en laisse par le Paris monarchiste qui n’oublie pas son bonapartisme.

Pourquoi je recommande de lire les « Souvenirs d’égotisme » ? Parce qu’il n’a pas l’intention de publier et qu’il se « lâche » .Complètement. Sans prudence. On possède là le Stendhal, incisif, râpeux, vrai, agaçant, égoïste-égotiste, mais fait des portraits si vrais de ses proches, amis ou simples rencontres.il est d’une telle drôlerie intelligente, navré, méprisant,, ironique, tendre, si fantasque…désarmé, audacieux .et toujours conscient que le « Moi » est insaisissable.. d’autant qu’il n’en a rien à faire de la vanité ».. qui est le moteur de son ennemi intime, Chateaubriand.. C‘est ainsi qu’il découvre qu’il est dans les salons un « exagéré sentimental », un dépressif qui craint tellement à chaque minute que l‘ennui lui tombe sur le dos qu’il en rajoute dans la bouffonnerie. Ces notes jetées le montrent à la fois lucide, don juan raté, mais d’une subtile distance avec ses défauts..» dés qu’il a bu du punch il choque, devient un« esprit infernal » , affirmant des vérités politiques dérangeantes pour cette Restauration.. si lourde.
«  Je me jetterais par la fenêtre plutôt que de me laisser mener dans un salon ennuyeux ».
Il revient sur le sujet des femmes allemandes et leur « adorable simplicité » (voir « Mina de Vanghel.. ») mais ce qui est le plus étonnant c’est qu’il avoue d’ une femme qu’il convoite : » je le regardai comme une chose ».Et il en a honte.


Ou bien il déclare :» les Bourbons, c’était pour moi une boue fétide ». On sent que le chagrin l’envahit le matin au réveil. Dans les fins de soirée ,quand les salons se vident, il a le mal de mer et ps envie de revenir dans sa chambre….. Métilde est toujours là.. fantôme et tourment. Métilde, Métilde soupire-t-il, car il en est inguérissable, mais pour notre bonheur, la conversion du chagrin en confidence littéraire vraie, en digression, en vitesse d écriture, en liberant des pulsions et surtout en n’essayant jamais de » remplir les blancs » par une stricte rigueur intellectuelle.

Il s’acharne à se donner une discipline d’écriture pour tenir le coup pendant jours et mois et soirées mornes ;.on le sent ballotté par des bouffées de tristesse, et se rassurant sur des dates, des chiffres, des amitiés anciennes, tellement il se sent seul dans son port et sa douane  et son secrétaire dont il se méfie à raison.. Lisez le : entrain, insolence, aveux, fou rires, déprime, tout est fouetté, vif, laconique, rude, net, clair, il est d’une susceptibilité maladive, prêt à tirer au pistolet sur qui le regarde avec froideur ou de travers. ; mais son esprit, sa distance, son ironie font merveille
toutes ces facettes se trouvent dans ce texte qui permet de mieux comprendre les grands héros, de Julien à Fabrice… pas publié de son vivant ; sans cesse il veut se corriger, s’améliorer, sortir du chagrin amoureux lancinant et infranchissable… et s’améliorer moralement. Quel écrivain digne d’attention et de respect dans son auto analyse comme si le mécanisme de l’intelligence devait surpasser et équilibrer les abimes et désordres du cœur et les pentes fatales du chagrin.

170 commentaires sur “Stendhal intime

  1. Margotte, c’est là :

    pauledelblog [point] fr [slash] 2021 [slash] 15 [encore un slash] le-feu-follet-de-drieu-la-rochelle [slash] [dièze] comments

    le tout « attaché », sans espaces, bien sûr. J’ai été obligée d’écrire en ttes lettres entre crochets les signes, car sous sa forme normale l’adresse bloque mon commentaire.

    Il faut parcourir tt le fil pour trouver les commentaires les plus récents car la fonction « répondre » est activée (& les réponses à un commentaire se trouvent donc placées directement sous le commentaire en question). Cela facilite la lecture, surtout qd plusieurs conversations évoluent chacune pour son compte, mais en contrepartie on a plus de mal à savoir où l’on en est.

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  2. Peux pas poursuivre et affiner mes propos sur les oeuvres de sur Kieffer. Tantôt je retrouve l’accès à ton nouveau blog, tantôt non …

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  3. je signale que ce blog est désormais fermé et qu’ il faut migrer ,chère petite tribu, comme les bernaches, vers pauledelblog.fr pour découvrir mes merveilleux carnets qu’on s’arrache à l’étranger , ça va de John Le Carré à Fenoglio.et des surprises dans les prochaines semaines.

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  4. Flaubert et ce qu’il dit de son roman  » Madame Bovary » à Louise Colet
    « Tout ce qu’on invente est vrai , sois en sûre. La poésie est une chose aussi précise que la géométrie. L’induction vaut la déduction; et puis ,arrivé à une certain point, on ne se trompe plus quant à tout ce qui est de l’âme. Ma pauvre Bovary, sans doute, souffre et pleure dans vingt villages de France à la fois, à cette heure même ».
    Lettre de Flaubert à Louise Colet, Trouville dimanche 14 aout 1853
    A ceux qui répètent la célèbre phrase « Madame Bovary, c’est moi »( dont on ne garde aucune trace), il est préférable de se fier à Flaubert écrivant ceci à Louise Colet, le 26 juillet 1852 en pleine rédaction du roman:
    « Les livres que j’ambitionne le plus de faire sont justement ceux pour lesquels j’ai le moins de moyens. Bovary, en un sens, aura été un tour de force inouï et dont moi seul jamais aurai conscience: sujet, personnages, effet, etc., tout est hors de moi. Je suis, en écrivant ce livre, comme un homme qui jouerait du piano avec des balles de plomb sur chaque phalange. L’Art n’a rien à démêler avec l ‘artiste. »

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  5. Margotte, à propos de romans picaresques, un conseil pour vous y initier.
    Lire  » la vie de Lazarillo de Tormes » d’un auteur inconnu qui vivait sans doute à la même époque de Cervantes. c’est un roman de vagabondage dans cette Espagne de prêtres, de mendiants, de tricheurs, c’est un héros réaliste,débrouillard, pas regardant sur la méthode pour survivre , dans ce pays plein de corruption et de beaux parleurs religieux. Bref Lazarillo n’a aucun scrupule et un jugement sec et pessimiste sur les autres, c’est du brutal, amoral. Les scènes où les prêtres s’empiffrent pendant les repas de funérailles, c’est du pur Buñuel.

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  6. Effectivement, que le point de vue vous indispose n’empêche pas qu’il soit juste. On ne peut pas faire dire n’importe quoi à un texte, sauf à faire du feu Alain Viala, sociocrate parfaitement inculte, ce qui n’a en rien nui à sa carrière. Il y a des limites dans le Contresens comme institution, de même qu’il y en a pour les betassonnes qui sévissent sur la Rdl en prétendant refaire l’Histoire de ce malheureux pays, et trouvent des chevaliers servants pour les défendre. Triste spectacle,

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  7. Janssen J-J je ne comprends pas votre argumentation.je n’ai rien contre cette autrice, ni contre son féminisme, et je me réjouis de savoir qu’elle est agrégée de grammaire . Là n’est pas la question. on ne peut simplement pas affirmer n’importe quoi à propos de la correspondance de Flaubert. les lettres sont là, il suffit de les lire, pas vraiment compliqué car Faubert est clair. Par ailleurs, qu’on n’apprécie pas Flaubert, je le comprends tout à fait. et Puck sur la RDL a brillamment défendu -avec des arguments recevables-son point de vue anti-Flaubert.. .Ma » zone de confort »? ça me fait rire.., ça me fait penser à mon canapé avec mes deux chats en train de bailler.

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  8. bonjour Paul,
    (***petit et dernier retour sur la dinde de noël, encore de saison !)…
    Je crois que vous en faites des tonnes à ne pas vouloir comprendre une banale réaction d’exaspération ‘féministe’ télévisée. La leçon de pédagogie au sujet d’un Flaubert, en saint puriste de l’Ecriture souffrant de son personnage peu sympathique pour se décrire lui-même en dindon de la farce… participe d’un dogme qui a fini par indisposer pas mal de générations, à la longue… Y compris parmi celles et ceux qui connaissent aussi bien que vous, sinon mieux, l’œuvre entière de cet écrivain provincial du Second Empire…
    Que vous n’appréciez pas les écrivaines transfuges de classe et néanmoins agrégées de grammaire d’aujourd’hui (susceptibles d’indisposer votre « zone de confort » ou de prétendue spécialité), peut se comprendre, bien sûr… Mais n’en dégouttez pas les autres, avec des arguments aussi maladroits que suffisants.
    Voilà ce que je souhaitais vous dire, et vous pouvez bien sûr, effacer ce message s’il vous indispose.
    Merci surtout de bien vouloir clore cette parenthèse bovaryste en revenant sur le sujet stendhalien du jour
    (une clôture dans l’échange à laquelle je m’engage pour ma part, ayant exprimé ce que j’avais à dire).
    Belle journée malouine ou romaine, je vous la souhaite sincèrement …

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  9. Margotte, lisez le Diable boiteux de Lesage, qui a francisé avec talent bien des picaresques espagnols. Sinon, le Lazarillo. Des originaux français comme le Francion de Sorel, ou le Roman Bourgeois de Furetiere constituent egalement des œuvres très drôles quelque part entre la postérité de Rabelais et la génération de Molière. Bien à vous. Mc

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  10. Il a écouté Cimarosa, Stendhal, une sorte de Mozart italien mort trop tôt dont le Matiage Secret tient toujours. Et aussi Pergolese, l’homme du Stabat mais aussi de la Servante. Plus peut-être ou autant que Rossini. Deux musiciens de génie fétus de note qui s’aiment. Quelque chose de ça passe dans la Chartreuse, avec une économie des moyens auquel Chateaubriand tourne le dos. Or si l’on regarde le fond des arguments anti-Hugoliens de Stendhal, c’est cette légèreté et cette économie absentes qui soulèvent les griefs Stendhaliens. Chateaubriand a quelque chose du Karajan de la fin. Goût du beau son ample hérité de Rousseau, et du tableau à la Turner . « J’ai vu l’ Acropolis » etc , dans l’Itineraire, quand ce n’est pas le cri à la limite du tolérable façon « Leonidas! Leonidas! »poussé sur les ruines de Sparte. C’est d’un maître dangereux. Il est à noter que le Nerval du Voyage en Orient ne lui ressemble pas.Et le moi chateaubriantesque, himalayen, est à l’ opposé de Stendhal.

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  11. En effet.
    … je ne connais rien au roman picaresque …

    Sinon évidemment, évidemment, évidemment, Homère intègre des récits d’Ulysse sur ses propres aventures dans l’Odyssée. Il se raconte à Circé et surtout au père de Nausicaa.
    mais l’Odyssée est poème et point roman.

    « Bon voyage, notre hôte ! au pays de tes pères, quand tu seras rentré, garde mon souvenir ! »

    mais que c’est joli-joli : j’écris Nausicaa et un rayon de soleil éclaire d’un coup le mur d’en face (!)

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  12. Pour soleil vert et autres :
    Stendhal / Chateaubriant :
    Je ne peux mettre de lien donc référence :
    voir Cairn.info
    Patrizia Lombardo « Tendresse et pudeur chez Stendhal » Dans Nouvelle revue d’esthétique 2014/2 (n°14), pages 131 à 141

    sinon concernant l’usage du « je » et la question de la voix narrative : je viens de tomber sur le début d’un article sur l’Etranger de Camus qui m’impressionne sachant que j’ai très mal à la tête ce matin :
    « La Voix Narrative répond aux questions telles que : Qui raconte ? Qui est le Narrateur ? Quel est le degré de son implication dans l’Histoire qu’il raconte ? Passe-t-il de Narrateur-Narrant en Narrateur-Narré ? Y a-t-il une polyphonie provoquant des changements considérables dans le niveau narratif  »
    in Cahiers de narratologie
    Le « je » polyphonique du monologue intérieur dans L’Etranger de Camus.
    Cvetanka Conkinska

    et du coup, je me demande quel auteur, parmi les premiers, a utilisé le « je », non au sein d’un dialogue, non le « je » autobiographique, non le « je » du monologue intérieur, mais le « je » d’un personnage maître à temps plein ou à temps partiel du récit.
    C’est Sterne ?

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  13. Soleil vert, pour prendre une comparaison musicale, pour les styles de nos deux auteurs je trouve que Chateaubriand joue du violoncelle admirablement, phrases en coup d’archet réussis; Stendhal ce serait plutôt le clavecin du XVIII° avec parfois un style parlé soudain coupé d’un un peu de bel canto italien(surtout dans « La chartreuse ) ce qui nous éloigne de tout réalisme pour devenir air d’opéra.
    Dans les paysages (les lacs italiens) il y a une affectivité mélodieuse qui investit et aère et délivre la phrase. Stendhal , fou d ‘opéra italien prenait des leçons de chant et ca se sent . Vers la fin de sa vie, il trouvait que son style dans « le rouge et le noir » était raide, amidonné, manquait de souplesse. Cette souplesse mélodique de « la chartreuse » s’appuie aussi -c’est ttes original- de changements soudains de ton(allant de la délectation morose à une gaieté gazouillante, de l’a-aparté malicieux au style cavalier de la péripétie picaresque ).bonheur, prison, solitude, chronique cynique, hésitions ou embrasements, Stendhal fait opéra de tout.. arrive soudain, admirable, dans « La chartreuse » une rêverie de l’intimité et des affectivités en compagnie de son lecteur et ami…..c’est dans « Mina de Vanghel » de Stendhal qu’on trouve même un pastiche des harmonies de Lamartine : »Les sons portés par les eaux qui les adoucissent prennent une teinte de douce mélancolie et de résignation er semblent dire à l ‘homme vie s’enfuit, ne te montre point si difficile envers le bonheur qui se présente. « 

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  14. Et l’on revient à la formule de Thibaudet. Soleil Vert: il y a deux manières d’écrire le français.Le style du lieutenant) Stendhal) et le style du Vicomte. ».

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  15. « Soleil vert, c’est déjà fait depuis longtemps. Stendhal veut écrire aussi sec que le Code Civil. »

    L’intérêt de cette sècheresse est surtout qu’elle l’amène à passer d’un mode de narration à un autre sans transition. Au sein d’une description le « Je » apparait. On passe grammaticalement de la troisième personne du singulier à la première personne. C’est théâtral (vous parlez d’une personne et elle apparait brusquement, cf l’aparté) et tout ça rompt l’harmonie à la Chateaubriand par des inclusions.

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  16. @M. Court
    « Comme quoi les différences d’état et d’ opinions n empêchent pas de singulières rencontres. »
    exact. certains de vos échanges avec Christiane, ou moi, le montrent d’ailleurs.

    « Parce que le mouvement de pensée est par essence anticonformiste et refuse cette norme globalisante et effarante qui fait -comment, si ce n’est par la pensée magique?- chacun responsable du sort du monde. Il s’agit là d’un transfert de responsabilité cynique et aberrant des élites à la collectivité. »
    Vous faites allusion ici au « chacun fait sa part » (du colibri), c’est bien cela ? et vous trouvez que c’est la norme ? ça se saurait quand même … OK Pierre Rabhi est mort récemment , et une cohorte lui a tressé des lauriers, mais ses aspirations, ses idées et pratiques ne font pas l’unanimité. Je perçois davantage un slogan dans l’air, une récupération, des velléités ou pour être moins pessimiste des idées qui font leur chemin qu’une masse conséquente d’individus, en Europe et aux USA disons, en train de remettre en cause et changer ses modes de consommation et de vie.

    OK je tente de faire ma part. depuis des années. (et sans l’aide de Rabhi) parce que je n’ai pas de grands besoins, parce que j’ai le sentiment que rien ne vient.
    Mais je doute aussi très fort de l’efficacité de l’équation goutte d’eau + goutte d’eau + ….. = vivifiant torrent de changements … le consommateur détient un pouvoir, mais encore faut-il faire masse.
    je ne sais pas ce que vous mettez derrière « élites » mais pas mal vu et épinglé ce travers : ce « transfert cynique de responsabilité vers la collectivité ».

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  17. JJJ énoncer des contre vérités à la tv sur Flaubert à une heure de grande écoute, je n’apprécie pas vraiment car la critique, comme les sciences humaines, si ce n’est pas une sciences exacte est quand même une pédagogie sérieuse ; de plus on a la chance que Flaubert a pris grand soin sur des milliers de pages, dans sa correspondance, d’expliquer et de commenter son travail. MHL écrit peut-être d’excellents livres et notamment sur « Un coeur simple » mais hier soir, elle était navrante.elle n’a pas lu Flaubert avec sérieux.
    c’est dommage car les autres intervenants de l’émission de Busnel ont tous été précis, fins, intelligents.

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  18. JJJ Je rejoins la sévérité de Paul Edel si la Correspondance est une pose et la Bovary une dinde! Quand on a écrit « Ma pauvre Emma Bovary vit et pleure dans cent villages de Province à la fois, » on a au moins une empathie pour son personnage. Mais il est très mode de détester Flaubert. J’ajouterais que celui-ci reçoit pour son exactitude un bien curieux renfort, celui du Cardinal Dupanloup: « tout est vrai là dedans, mais pour le savoir, il faut avoir confessé en Province ». Comme quoi les différences d’état et d’ opinions n empêchent pas de singulières rencontres. Bon, si la Sasseur lit ça, je vais encore être traité d’intégriste! Mais la vérité d’abord!
    MC

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  19. je vous trouve bien injuste à l’égard de MHL… Elle n’aime pas le personnage d’Emma Bovary, certes, en revanche, elle a écrit des pages admirables à l’égard du coeur simple, mais vous ne les connaissez pas…
    Vous ne pouvez pas tout connaître, et vous êtes comme tout le monde, victime de ce que vous entendez et voyez sur la télévision… C’est plutôt rassurant, pour nous autres, les ploucs incultes qui n’avons que bunuel au dentifrice étincelant…, un liseur un brin plus varié…
    Bàv,

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  20. Et maintenant qui nous parle de l’écriture, du style de Stendhal ? Qu’est ce qui évolue depuis Chateaubriand ?

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  21. Vu hier soir l’émission tv consacrée à Flaubert, par Busnel sur la 5 .les intervenants étaient intéressants, notamment l’historien biographe Michel Winnock et la romancière Cecile Coulon(qui dit tres bien son obsession des corps, des chairs et l’importance des sensations, et sa manière de balancer toute psychologie sentimenatle..)..) , aussi l’universitaire qui travaille à Rouen Hélas, la pauvre Marie-Helène Laffon a multiplié les fausses pistes et erreurs, qualifiant Madame Bovary de » dinde. ». ou racontant que Flaubert prend la pose et la posture dans ses 5000 pages de lettres!!! alors que c’est le contraire; dans ses lettres, il dénoue sa cravate et parle librement, détendu, à ceux qu’il aime de ses émotions de la journée, de ses regrets, de sa solitude cherchée puis haie, du passé, de sa morale, de la politique , de la bourgeoisie, de ses fantasmes, de tout ce qu’il expérimente dans son écriture(seul auteur qui ait laissé autant de commentaires sur son fonctionnement d’écrivain avec ses brouillons, ses reprises, ses aveux de difficultés à surmonter, ses doutes, ses accès de dépression, ses hantises…. Lire par exemple la manière dont il veut faire une plongée fusionnelle dans la matière avec sa « tentation de saint Antoine » ou la manière admirable dont il résume « Un cœur simple »:
    « c’est tout bonnement le récit d’une vie obscure, celle d’une pauvre fille de la campagne, dévote mais pas mystique, dévouée sans exaltation et tendre comme du pain frais. Elle aime successivement un homme, les enfants de sa maîtresse, un neveu, un vieillard quelle soigne, puis son perroquet, -et quand le perroquet est mort, elle le fait empailler, -et en mourant à son tour, elle confond le perroquet avec le Saint-Esprit. Cela n’est nullement ironique, comme vous le supposez, mais au contraire très sérieux et très triste. »(à edma roger des genettes) .
    Ainsi, après son travail usant sur la phrase ,dans la journée, il se rapproche de ses amis et parle à cœur ouvert, comique, délirant, rigolo morose , ou d’une sincérité nue désarmante à certaines périodes de sa vie.. Il écrit avec une tendresses inouïe à Sand, à sa nièce, ou avec une tentative de séduction de gros ours si évidente pour Edma Roger de Genettes(« je travaille comme un phrénétique; Pourquoi je n’en sais rien! Mais j ‘ai vraiment le diable dans le corps.je ne me couche plus qu’au soleil levant et je gueule dans le silence du cabinet à me casser la poitrine, laquelle ne s ‘en trouve que mieux.
    Il ne cache pas quand il a le moral à zéro, n ‘adoucit pas ses colères, rugissantes car c’est un Flaubert qui n’est plus emberlificoté dans sa recherche usante presque mystique de la phrase réussie, musicale, vraie, belle, polie et repolie faite pour traverser les siècles comme le marbre.. son épuisante recherche du beau et du vrai impersonnel,le mine. quand il commence une lettre, son style change, naturel, éclairage intime, Il est là, en chaussettes, grommelant ou enthousiaste, hanté dés sa jeunesse par une lassitude d’être qui devient vertige devant le spectacle de la vie courante , obsédé par d’éblouissants soleils psychiques », des orgies charnelles sidérantes comme il le confie à Louise Colet, cette pauvre Louise qu’il a tant malmené.
    Oui il est là tout entier dans les lettres , en toute liberté suit sa pente naturelle, confie tout sur son travail, dans un style enfin spontané, drôle ,précis ,enjoué ou désolé, mais rêvant toujours dans son Afrique intérieure avec ses rêves de Carthage, de barbarie d' »anéantissement des uns par les autres ».. Il cherche à rompre les amarres avec cette basse réalité triviale pluvieuse, ce Yonville normand qui le corrode mais l ‘attire ….vraie saoulerie d’imagination.. , Il faut apprécier ses fureurs(sa lettre contre » les misérables » de Victor Hugo est « hénaurme »..) et aussi cette éternelle contradiction: il ne supporte pas les humains, voudrait vivre dans le désert, comme il dit,mais ne peut s’empecher d ‘écrire deux ou trois lettrs par jour à ceux qu’il aime.
    Quelques jours avant de mourir d’une hémorragie cérébrale, Flaubert écrit à Madame des Genettes:
    « J’ai passé deux mois et demi absolument seul, pareil à l’ours des cavernes, et en somme parfaitement bien puisque ne voyant personne, je n’entendais pas dire de bêtises! l’insupportablité de la sottise humaine est devenue chez moi une maladie (il souligne le mot), et le mot est faible .Presque tous les humains ont le don de m’exaspérer(l souligne le mot) et je ne respire librement que dans le désert. »
    Sacré Flaubert.

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  22. Parce que le mouvement de pensée est par essence anticonformiste et refuse cette norme globalisante et effarante qui fait -comment, si ce n’est par la pensée magique?- chacun responsable du sort du monde. Il s’agit là d’un transfert de responsabilité cynique et aberrant des élites à la collectivité. Pensée puérile que de faire dépendre le sort du monde d’un ticket de caisse, sauf à prendre Al Gore le bien nommé pour un profond penseur. Je récuse cette mythologie de castors juniors positivement idiote. Quant à Paris, force est d’avouer que Chirac savait tenir son monde, et que Madame Hidalgo ne le sait pas.La décadence à commencé sous Delanoë finissant. MC

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  23. Je veux bien croire que les termes vertueux, durable, responsable soient « tendances », mis à toute les sauces et notamment par les équipes marketing et communication de certaines boîtes qui ne le sont pas … et donc pervertis. C’est une des constantes de notre époque : la récupération de thèmes socio-politiques à des fins publicitaires et commerciales.

    Par contre, je ne comprendrai jamais ce mouvement de pensée qui pointe du doigt, raille, déforme voire stigmatise la prise de certaines mesures et la défense, dans certains contextes, des valeurs de non-violence, de bienveillance, d’égalité, d’anti-racisme, de respect de ses semblables, des animaux et de l’environnement, la protection des enfants. ni en quoi cela relève de la nunucherie, de la naïveté, et de la bien-pensance…
    C’est vrai, il y a le ton, l’art et la manière. Personnellement, les propos moralisateurs qu’ils soient de droite, de gauche ou d’extrême droite me cassent la tête et les oreilles. Moi, je discute ou je la ferme et j’agis.

    Cela dit, à force de rabâchage des mêmes refrains et vu la tournure prise par la vie politique française actuellement, j’en viens à croire que, maintenant, et vu ce que je lis et entends, c’est la dénonciation à tout-va de ces valeurs qui relèvent de la bien-pensance … mais bref.

    Pour finir, je vis dans un département où la saleté et la pollution (d’origines très diverses) dans bien des communes règnent : déchets divers en bas des immeubles, dans les parcs, poubelles renversées, dépôts sauvages de déchets (on ne sait par qui ni à quelle fins … pour conforter ou déstabiliser des équipes municipales en place ? hé pourquoi non ?), usines malodorantes et aux abords hideux, terrains irrémédiablement pollués et jamais assainis sur lesquels on construit, bidonvilles, campements.
    cette saleté, à côté de laquelle celle de Paris dénoncée par des anti-Hidalgo ou non n’est pas rien mais disons moindre, à force, déprime, met en colère, résigne, use, fatigue, déprime …
    alors les gens qui jettent parfois d’une voix suave, je leur dis parfois « Pardon, mais … vous avez perdu quelque chose. » au risque évidemment de ramasser un regard qui tue ou une bordée d’insultes.

    Bon, mais on s’éloigne de la littérature, là. quoique … je lis (par pur curiosité) le dernier Lydie Salvaire sur Don Quichotte, et ma foi, on semble en plein dedans.

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  24. Oh là ! Il est simplement question de la dérive d’une pensée logique, sinon sympathique en un ordre moral entre autres écolo sinon logique, relayé par des messagers de bonne volonté qui font du Rousseau sans le savoir, sauf qu’eux mettent la vertu à toutes les sauces , y compris les plus douteuses. Ce n’est pas obligatoire mais c’est vivement conseillé un conditionnement udiovisuel fait le reste, et dès nunuches vous plongent dans des situations aberrantes avec leur prétention à sauver le monde. L’autre jour , trait vécu,devant une grande brasserie parisienne, sur les boulevards, je jette un ticket de caisse dans le caniveau. Le Garçon en pause à l’extérieur me dit « ‘Oh Monsieur, c’est un sale geste pour la planète! » devant l’insigne bêtise de la réflexion, je lui réponds en avoir assez de ce conditionnement mortifère, et j’ajoute suave: «  Vous vous souciez à ce point de la planète? Ramassez-le! »Pour s’en tenir à cet exemple là, Le degré d’idiotie des militants est insondable….et les bonnes œuvres de la religion verte à Paris et ailleurs commencent sérieusement à me faire regretter les autres…

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  25. « dictature de la Vertu, (déjà en germe dans le Traité Theologico-politique de Spinoza,) dictature qui nous revient en boomerang ces temps-ci façon soyez vertueux , consommez vertueusement, roulez vertueusement, et meme baisez vertueusement.  »
    Mais qu’est-ce que cette histoire de vertu et de dictature ?

    La limitation à 90 et une conduite responsable et prudente visent à réduire un nombre encore trop important de morts. et ces mères avec bébé en poussette, ces enfants ou ados sur lesquels des automobilistes foncent car cela les amuse ? et ces parents fauchés par un chauffard ou des jeunes gens tués brutalement ou sournoisement par un accident ? et les ravages que cela fait dans les familles ? peut-être n’en connaissez-vous pas … mais moi oui.
    = rien à voir avec la vertu mais avec une question de sécurité routière, de vous et moi, de nos enfants, de tous.

    Quant aux MST et au SIDA, les protections sont préconisées, non obligatoires. Un traitement à vie dès 20 ans, ou une mort précoce, vous savez ce que sait ?
    = rien à voir avec la vertu c’est une question de santé publique.

    et que pensez-vous de toutes ces marchandises produites de manière outrancière (surproduites donc) à l’autre bout du monde dans des conditions de travail qui approchent de l’esclavage dont on nous inonde, sans besoins ?
    tous ces produits, ces stocks difficiles à écouler, non recyclables, déversés je ne sais où au final …
    = je suis d’ailleurs certaine que vous avez dans vos armoires des fringues qui datent de Mathusalem avec étiquette made in France … et je vous imagine vraiment mal tous deux dans la surconsommation alimentaire, textile, technologique, de matière plastique ou de en train de renouveler sur un caprice tous les 3 mois la décoration de votre chambre et le mobilier de votre salon ou de vous payer 3 bagnoles dont un gros 4×4 pour circuler dans Paris …

    Mais regardez-vous un peu …
    Là, vous me faites penser à ces gens partisans de la fin des 35h alors alors qu’en creusant, on s’aperçoit qu’ils n’ont jamais bossé plus de 40h dans toute leur vie et ne savent absolument pas ce que sont des semaines entre 55 et 70h … ou encore à ces gens qui dénoncent l’assistanat en tout genre alors qu’ils sont incapables de faire le ménage chez eux, de se faire cuire un oeuf à la coque ou de changer les couches de leurs bébés.

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  26. Merci Monsieur Court. Mes commentaires n’ont pas été postés en vain : j’étais certaine que vous nous en diriez plus au sujet du droit coutumier.

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  27. Sur les 1000 pages environ que compte son « journal », Stendhal consacre 8 pages et demi (oui, pas davantage)à son  » Journal de ma campagne de Russie en 1812″.Le contraire de la grandiloquence et de l’emphase.
    Au fond, c ‘est encore à sa sœur Pauline, et à la comtesse Pierre Daru, qu’il donnera quelques détails sur l’incendie de Smolensk et celui Moscou ,et les chamailleries entre régiments,et sur les invraisemblables richesses de belles demeures moscovites réduites en cendre.. et il dit tres peu sur l’effroyable retraite de la grande armée affamée, gelée, harcelée par les cosaques, les pillards et les paysans russes. Il raconte une nuit terrible, comme d’il rédigeait un simple procès-verbal militaire, et même comme si il n’était qu’un simple spectateur. Tout ça fut raconté dans une totale distance., et dégout de toute surchauffe romantique à la Chateaubriand.
    Je crois que c’est Julien Gracq qui résume le mieux cette disposition à ne pas en faire tout un plat de cet épisode Russe au cours de laquelle il faillit vraiment mourir une nuit.
    Gracq: » Un des traits de Stendhal qui, dans l’écriture , ‘l’apparentent le plus étroitement au dix huitième siècle est la désinvolture avec laquelle il évoque toujours la mort violente, à la guerre, en duel, par assassinat, suicide ou exécution; c’est toujours chez lui le ton de l’abbé Prévost : »Tiens, voilà Lescaut:il ira ce soir souper chez les anges! » celui de la guerre en dentelles et des aristocrates au hasard de la guillotine. »(« en lisant, en écrivant »)

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  28. Oui Paul Edel. La différence avec Rousseau c’est qu’il n’y a pas chez lui cette dictature de la Vertu, (déjà en germe dans le Traité Theologico-politique de Spinoza,) dictature qui nous revient en boomerang ces temps-ci façon soyez vertueux , consommez vertueusement, roulez vertueusement, et meme baisez vertueusement. Je crois que ce monde-ci horrifierait Stendhal. Sur les femmes , il est bon de lire le droit coutumier pour voir ce dont elles disposent. Il est usuel ,entre autres, que les mères, si le Père est étranger et sans lettre de naturalite, puissent conclure un mariage.Elles ne peuvent être mariées contre leur gré, et un âge trop précoce ( 12 ans) est un motif d’annulation. Dans la logique d’un sacrement perçu comme indissoluble, Il n’y a pas de divorce, mais une séparation rendue possible si les époux ne s’entendent pas. Ce sont en général les religieux qui s’en chargent. La pratique du Douaire subsiste partout pour sceller l’union( ?) . Je cite la Coutume de Bretagne: « Femme conquiert son douaire dans son lit aux pieds de son maître et seigneur ». C’est une sorte de pension de réversion s’il arrive quelque chose au mari.D’où ce titre de Douairière, un peu ridicule mais correspondant à une catégorie socio-professionnelle assez large incluant villes et campagnes. L’enseignement des femmes est pris en main par Le Prêtre Lorrain Pierre Fourier qui a compris les enjeux d’une éducation rurale. Il est relayé après 1643 date de sa mort par les maisons Qu’il a fondées, dont celle de Barenton que préside a la fin du siècle un prêtre de grande valeur: Mr Cresthey. De manière générale, le clergé semble avoir réalisé vers 1640 l’importance de l’éducation des campagnes , éducation assurée souvent par le relationnel de personnalités exceptionnelles : Yvan à Aix, Crestey en Normandie, Fournier en Lorraine.D’autres ordres éducatifs dans des villes de moyenne importance complètent le tableau.( Ursulines, Visitandines, etc) on y révolutionne peut-être pas le monde, mais on en sort sachant tenir une maison. Les témoignages de gratitude cités me semblent fiables. Pour conclure .Dans le film Belles de Nuit, un professeur de musique s’évade dans le passé ne pouvant faire jouer son Opera dans son époque. Mais les bloquages demeurent: aucune époque n’est meilleure , n’est plus belle qu’une autre. Elle peut avoir de grands côtés, mais encore faut-il les saisir. « Vous ne voudriez pas habiter un château au dix-septième siècle ? »m’ ont demandé récemment des jeunes gens polis. La question en elle-même justifiait ma réponse. Les époques peuvent fasciner si on n’en voit que le bon côté, pour autant, il n’en est pas de meilleures que d’autres. Il en est peut-être de plus ennuyeuses, et là, nous retrouvons Stendhal.
    Bien à vous. MC

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  29. Margotte vous vous moquiez gentiment de mon émotion quand je m’attarde au cimetière Montmartre devant la tombe de Stendhal. C’est qu’il n’y est pas depuis longtemps (1962). Ce sont ses amis qui ont provoqué cette deuxième cérémonie funéraire tant celle sous le pont Caulaincourt était sale, abandonnée, délabrée.
    J’aime lire sur la stèle « Arrigo Beyle, Milanese, / Scrisse, Visse, Amo ».
    Aimer et avoir écrit…
    Oui, il laisse des livres que l’on lit encore…

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  30. JJJ,
    Je reviens à votre raccourci avec la chanson de Brel.
    Michel Crouzet explique bien que « Métilde a interdit toute mention de son amour ». Alors « il a découvert qu’il peut écrire comme auteur. » pour « parler de loin et de biais à Métilde. »
    Son « Art d’aimer » est une « analyse de sa passion » interdite, une façon de « mettre son cœur à nu, de se justifier devant elle. » C’est un plaidoyer.
    Et Crouzet écrit « Alors « soupir » devient « vérité » et beauté. Stendhal peut vivre et ne pas vivre son désespoir ; être sa douleur et éprouver qu’il est plus qu’elle. Il se projette dans ces mensonges qui heroïcisent Dominique et Métilde, tout épisode amoureux est dans une lumière mythique. (…) Et tout l’effort de Stendhal pour donner vie et langage à son amour, à lui-même consiste à entrer dans le « roman ». A y revenir si l’amour-passion est avant tout le roman. Tout le travail positif, analytique, psychologique de stendhal le conduisait au mensonge vrai de la fiction et réintégrait son expérience dans le roman dont elle sortait. (…) le Narcisse stendhalien sait que l’amour a un sens : la cristallisation (…) le désir est magnifiant par définition. La beauté est l’objet dernier du désir. »

    Et, il n’y a pas de beauté sans lointain…

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  31. eh bien … les femmes au XVIIIème siècle dépendaient d’abord de leur père, puis de leur(s) frères si le père venait à disparaître, puis de leur époux. je ne sais comment les veuves étaient perçues (mais il est clair que lors des siècles précédents, la femme seule ou veuve était source d’inquiétude, de surveillance et de contrôle social voir pire).

    … C’est vrai, j’y suis allée fort en ayant recours au terme « mythe » … il y eut des avancées, il y eut des avancées (notamment pour les femmes de la haute société) : pouvoir tenir un salon influentissime où se diffusent des idées (mais aux dernières nouvelles, les philosophes femmes, à cette époque, ne courent pas les rues …), pouvoir entrer à l’académie de peinture (mais dans des catégories de genres mineurs « Portrait », « nature morte »), des raretés deviennent scientifiques (Mme Lavoisier), ou travaillent ,échangent avec leur mari et leur distillent peut-être bien des idées hyper progressistes qu’à la base ils n’ont pas forcément (derrière le grand homme : cherchez la femme : Sophie de Condorcet)
    Enfin, en tous cas, même si la pratique de la lecture se répand toujours plus largement en France à cette époque, toujours très peu de filles et femmes ont accès à une éducation équivalente à celle des garçons et hommes.
    hmmm … Par ailleurs, il y a également les filles de commerçants et d’artisans. statut différent. Elles peuvent aider aux affaires voire prendre la tête d’une échoppe.
    bon bref.

    Quant à Stendhal. ok les Lettres, Condillac, Rousseau. Merci d’entrer autant dans le détail, cela devient vraiment passionnant.
    mais je suis convaincue qu’il y a aussi l’esprit de la Révolution française et de l’Empire qu’il regrette. moins d’actions, moins d’étincelles pendant une plusieurs années. et tu nous a dis qu’il avait participé à la campagne de Russie… comment survit-on psychologiquement à une campagne de guerre aussi terrible ? Comment ne pas se sentir décalé, désoeuvré après pareil évènement historique ?
    Il y a de cela chez Julien Sorel (qui certes n’a pas connu cette période car comme le dit très pertinemment M. Court, il arrive « trop tard »). A noter que si Stendhal suit de près certaines campagnes napoléoniennes, il rate complètement la révolution de juillet 1830 …

    Pour comparaison sans grand rapport : il y en a qui se sont vachement ennuyés après Mai 68 quand Giscard a pris le pouvoir …

    Mais bon, le grand ennui de Stendhal eut pour résultat, comme on l’a déjà dit, une grande fécondité littéraire.

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  32. Margotte, tout ce que vous dites du rôle er de la position sociale des femmes est peut-être vrai ,je n’en sais rien. je ne parle que d’un cas bien précis , celui de Stendhal et de sa formation intellectuelle et sensible. Or, il rêve le XVIII° siècle qu’il ne connait que par des lectures qui furent si formatrices pour lui.. Notamment à travers le sensualisme de Condillac; il y a chez lui un gout pour la psychologie mondaine, mais pas que, car le rousseauisme marque fort Stendhal, cette recherche du « naturel » -dans le langage notamment- et dans l’écoute de ses émotions de l’instant. .L’importance de la Nature et des sentiments spontanés, oui, un drôle de mélange chez Stendhal sous appellation de » l ‘âme sensible » chez un homme de désir. Stendhal privilégie comme un élan du corps vers le monde. Stendhal rejoint aussi Helvétius quand ce dernier écrit: « nos désirs sont nos moteurs, et c’est la forme de nos vices et de nos vertus ». Stendhal a sans doute idéalisé et rêvé sur ce XVIII° que Condillac appelait « l’âme sensible » ,cette « âme sensible » est au centre du système stendhalien, qui est loin d’être un libertinage sec, intéressé, égoïste et systématique mais qui va déjà vers le rousseauisme des sentiments tendres et transparents. On devine bien que grand lecteur de Rousseau, Stendhal va privilégier le « sentiment, » en
    mettant en évidence l ‘instable de la sensation du moment… Avec toujours chez lui une connotation maternelle ,qui ne le quittera jamais.. connotation maternelle et et protectrice vraiment capitale Cela prendra la forme romanesque des les beaux personnages de Madame de Rênal ou de La Sanseverina, ce que Rousseau a exprimé dans ses » Confessions » avec son apprentissage sentimental par rapport à Madame de Warrens.

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  33. et enfin, oui, Stendhal s’ennuie, se révolte et ronge son frein (et pas que lui) après la vague révolutionnaire et le 1ère empire et leurs vagues d’actes révolutionnaires, d’évènements, réformes, de désordre, d’ordre, de sang versé, de conquêtes et de guerres.

    La restauration, quel contre-coup pour lui et la jeunesse en effet : retour à l’Ancien régime, au moralisme, le catholicisme mais empreint de pruderie, le repli sur la vertu et la bien-pensance catholique et légitimistes, les comportements compassés, la frilosité d’action, la peur terrible enracinée dans le corps et sur plusieurs générations de se faire décapiter.

    La 1ère partie de Lucien Leuwen montre très bien, tout en finesse d’observation et en ironie, tout cela (dont la grande peur (assez légitime, cela dit) de se faire couper la tête). sans parler du Cabinet des antiques de Balzac, plus cruel encore, je trouve …

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  34. @Monsieur Court et Paul Edel
    Merci pour vos longs commentaires fort intéressants et quel peu divergents .

    Je suis toutefois perplexe concernant l’expression « l’art et la douceur de vivre du XVIIIème siècle » : mais dans quel milieu, dans quel contexte et pour qui ? On parle de quoi là exactement ? de la monarchie et de son système inégalitaire ou bien des Lumières ou bien du libertinage ? Il y a eu des guerres au XVIIIème siècle en Europe et la France y a pris part. et de la faim. Les lumières, l’encyclopédie, les revendications à davantage de droits et de liberté ne sortent pas du néant. et si la fin du XVIIIème siècle s’est soldée par une révolution forte et violente, c’est qu’il y a bien des raisons … les hommes ne se révoltent jamais sans motif. ce qu’ils ou plutôt elles (car ce sont les femmes qui ont bougé à un moment donné) sont allés demander à Versailles, c’est le retour de la famille royale à Paris (sortie de l’entre-soi) et du pain.

    Stendhal n’est pas du tout monarchiste. ce dont Stendhal a la nostalgie relève sans doute davantage de l’art de la conversation, des débats d’idées multiples et foisonnants, du souffle de liberté qui s’amplifie.

    Par ailleurs, je pense qu’il est plus que temps de casser le songe de la liberté féminine au XVIIIème siècle. Elles dépendaient de leur époux en tout. étaient jugées inférieures économiquement, civiquement. cantonnées à la sphère privées. oui, Julie de Lespinasse, oui Mme de Pompadour. Oui, plus tard, Mme Roland, Olympe de Gouges, Théroigne de Méricourt mais qui sont des exceptions et qui d’ailleurs en ont batailé et au final payé le prix fort pratiquement tout au long de leur vie.
    car quoi ? au XVIIIème siècle, une femme reste une femme, un peu plus qu’un esclave aux colonies, une présence non négligeable dans la sphère privée et domestique, mais une inférieure, sans pouvoir juridique, avec peu de voix, avec peu droit – – donc peu de chose.
    La liberté de la femmes au XVIIIème siècle jugée plus grande que celle des femmes du XIXème siècle me semble relever de pas mal de préjugés voire du mythe. et la Révolution ne leur a ni accordé le droit de vote, ni l’égalité.

    Enfin, les danseuses plus ceci plus cela que les femmes du monde qui doivent tenir leur rang et savoir préserver leur réputation. On est en tous points dans le Neveu de Rameau. chacun à sa place. chacun ses courbettes. Chacun dans son rôle. Pour moi, les danseuses et actrices, en dépit de leur talents artistiques, de leur sens de la repartie, de leur esprit, se devaient de plaire, être fraîches set roses en rapport avec l’image que les hommes se faisaient d’elles et de ce qu’ils attendaient d’elles et s’y conformaient si elles voulaient sortir la tête de l’eau, de leur condition initiale.
    Je ne souhaite pas généraliser mais de plus, il y avait du maquereautage dans ce milieu (notamment des mères, des tantes, des tuteur ou tutrice).
    et que devenaient ces jeunes filles une fois atteintes de la vérole, de la syphilis ? une fois jugées âgées et disons-le périmées ? qui s’en préoccupaient pas grand monde. Il s’agissait d’une des lies de la lie.

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  35. Ou celle-ci, réservée au Garde des Sceaux Hercule de Serre, plus cruelle encore: « il a fini par marquer sa place parmi ces hommes d’état sans caractère et sans vertu qui se sont succédés au ministère depuis la Restauration »

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  36. Dans le Dictionnaire des Ministrss de 1791 jusqu’à nos jours, circa 1825, récemment acquis, on lit ceci a l’article Carnot, qui me semble refléter assez bien les opinions de Stendhal, cette fois dans une démarche historique :« la marche faible et fausse du premier gouvernement des Bourbons avait alarmé tous les amis de la liberté «  On ne saurait mieux dire…

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  37. Oui Paul Edel, il y a une vision complètement déformée de la Monarchie du Dix-Huitieme e qui revient en boomerang dans la mesure où elle est perçue comme la dernière période où l’on peut s’amuser librement. Selon Ginzburg certaines phrases laissent penser que même l’ Empire n’est pas épargné. On rejoint ici Talleyrand :«  Qui n’a pas connu les dernières années de l’ Ancien Régime n’a pas connu la douceur de vivre. « A cela près que Stendhal ne l’a probablement pas connue, mais recréée. Et qu’il ne procède pas par Mémoire mais par romans. MC

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  38. On voit bien qu’avec Stendhal, l’ennui (qu’il ressentit si fort à la fin de sa vie) n’est pas une simple donnée psychologique mais nait d’une lucidité sur le mouvement de l’Histoire, d’un constat historique :une immense désillusion, puisque l’élan révolutionnaire émancipateur s’est évanoui. Il vit mal le retour à un désolant train-train d’une nouvelle bourgeoisie d’argent. .L’exemple en est donné de manière éclatante par Lucien Leuwen, en garnison à Nancy. ce fringant lieutenant qui rêvait de conquêtes héroïques sur les champs de bataille et dans les salons ne fait que tourner en rond, avec son cheval, dans Nancy; et s’il doit sortir la lame du fourreau, ce n ‘est pas pour délivrer l’italie de la tyrannie autrichienne ,mais pour frapper quelques pauvres ouvriers en grève au fond d’une impasse. Et ,de plus, il apprend par son père à l’intelligence si formatrice, la triste vérité: que la politique n’est plus qu’une vaste « coquinerie » ou « friponnerie »

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  39. Oui, MC. et pour Margotte..
    Le paradoxe,c’est que la bourrasque révolutionnaire 1789-93 et le passage bousculant des armées de va nu pieds napoléoniens sur l’Europe des rois et princes ,au nom de la Liberté, qui exaltèrent tant le jeune Stendhal, et qui fait de la conscience individuelle quelque chose d’intrépide, avec une charge érotique évidente chez Stendhal , tout ça se heurte soudain à une pratique REACTIONNAIRE avec la Restauration qui met en place une bourgeoisie conservatrice et mercantile (ce que Stendhal appelle » l’éteignoir »)qui impose aux femmes des comportements et des contraintes familiales beaucoup plus strictes (train train domestique ,soin des enfants etc ) avec le retour d’un religieux , ce foutu » parti prêtre » bête noire de Stendal.. Notre auteur rêve alors des libertinages des aristocrates du XVIII° siècle . La Sanseverina est une femme du XVIII° siècle. C’est aussi pour cela que Stendhal se refugie (dans sa vie réelle)auprès des comédiennes, qui restent des aventurières, plus libres de mœurs, mal vues de la nouvelle bourgeoisie. Le programme d’émancipation des femmes exalté par la Révolution, est complètement escamoté en 1830. D’où la trajectoire scintillante et finalement tragique de Julien Sorel qui percute cette bourgeoisie provinciale basse de plafond. Il en perdra la tête.

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  40. Margotte, le héros de Stendhal est comme son créateur, imprévisible. Il ne se moule pas dans une Société et part volontiers en guerre contre elle. Tirer sur Madame de Rénal est un acte de refus en même temps qu’un suicide assuré. La Guillotine n’est qu’une conséquence. Octave partira pour la Grèce, non pour s’y couvrir de gloire mais pour s y suicider. Je ne suis pas sur que Leuwen y échappe avec son amour fou que la société de l’époque ne programme pas. De Furetière à la Baronne Staffe, la Société n’a pas beaucoup évolué, et on en est encore au « Tarif des Partis sortables » cher au Roman Bourgeois.
    Ce point est radicalement différent de Balzac , ou il s’agit neuf fois sur dix de se couler dans le Monde, de s’y intégrer. On pourrait dire que le héros stendhalien, sans en ignorer les codes, se développe souvent en marge de la société, laquelle ne lui laisse pas sa place. Que faire pour le Monde d’Alors d’un héros impuissant à vivre comme Octave? d’un fils venu trop tard de l’épopée Napoléonienne comme Julien Sorel? d’un énarque de l’époque en proie à l’Amour Fou? Leur situation vis-à-vis de L Ecole – représentation écrasante de Polytechnique dans deux cas sur trois,- montre des jeunes que rien ne prépare à la complexité de la vie, et surtout pas la rumination des heures glorieuses façon Mémorial de St Hélène comme Julien. On retrouve ici, surtout dans le Rouge, quelque chose de parfois racinien: l héroïsme nécessairement affaibli des fils d’une grande époque qui doivent se contenter de celle qu’ils ont. Il y a un coté « je pars perdant dans un temps qui ne me mérite pas », et ce contraste entre un Monde Lugubre, ranimé tant bien que mal (Le roi est à Prague chez Lucien infiltrant les milieux légitimistes, il faut lire la Quotidienne!) et la jeunesse des caractères, nous les rend proches et sympathiques mieux que des Mémoires ne sauraient le faire. Les jeunes gens de Stendhal montrent la difficulté de vivre et de s’insérer dans un régime sans grandeur qui n’a pour but que sa propre survie et non ce que j’appellerai faute de mieux leur épanouissement. C’est la machination machiavélique de cette vieille momie de Commandeur de Soubirane, Ou la « vocation » à hauts risques de Julien Sorel. Leuwen ne se termine bien peut-être que parce qu’il n’est pas terminé, car que penser d’un auxiliaire du Gouvernement de Juillet qui tombe amoureux d’une égérie légitimiste?!
    Bien à vous, en espérant vous avoir répondu.
    Bonne journée. MC

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  41. « Stendhal revendique l’art de vivre du dix-sept dix-huitième siècle, avant l’ avènement de la norme bourgeoise et ce qu’on pourrait appeler la robotisation des comportements. Ceci me paraît très actuel.  »
    Monsieur Court, qu’est-ce qui vous paraît actuel ?je ne comprends pas bien. Pouvez-vous développer s’il vous plaît ?

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  42. Très fine analyse, M.Court, qui rejoint celle Paul Edel.
    Des héros juvéniles, intrépides qui s’opposent par leurs choix à l’hypocrisie moralisatrice du XIXe siècle.
    C’est pour cela que j’ai écrit qu’il crée l’Histoire, une contre-histoire qui suit les soubresauts du cœur de ses héros.
    Je vais relire avec plaisir Le fil et les traces – Vrai faux fictif de Carlo Ginzburg.
    Page 464 il cite Balzac dans l’avant-propos de La Comédie humaine : « Peut-être pouvais-je arriver à écrire l’histoire oubliée par tant d’historiens, celle des mœurs… »
    Défi grandiose liant érudition, imagination et talent.

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  43. Ginzburg dit aussi que Stendhal n’a plus que le roman pour écrire l’Histoire de son temps, que c’est un choix conscient. On aurait beau jeu de voir le procédé s’enclencher dès le dix-huitième siècle avec le mentir -vrai d’un Laclos entre de supposées archives grenobloises (tiens…) et l’incipit tonitruant «  j’ai vu les mœurs de mon temps , alors j’ai publié ces lettres. » Ou le Narrateur s’abrite derrière une fiction de réalité. Le problème est que Stendhal ne se situe pas dans ce courant dénonciateur façon dictature de la Vertu tendance 1793, et ceci me paraît très intéressant. Stendhal revendique l’art de vivre du dix-sept dix-huitième siècle, avant l’ avènement de la norme bourgeoise et ce qu’on pourrait appeler la robotisation des comportements. Ceci me paraît très actuel. On rejoint là l’ atypisme des héros de l’auteur, dont le destin ne s’explique que par le refus de ces comportements normés. On rejoint ce que Paul Edel nous disait sur la perception de l’auteur par ses contemporains. Cordialement. MC

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  44. Ce qui m’a le plus frappée dans la pensée de Carlo Ginzburg dans ce domaine, M.Court, c’est l’entrelacement qu’il trouve dans les romans de Stendhal entre la réflexion historique et la fiction. Et la part d’opacité, d’éléments qui échappent au contrôle du romancier. L’interprétation reste infinie. Comme dans la vie de chacun d’entre nous où le vrai, le faux, le fictif s’entrelacent. Comme dans certains face à face des tableaux de Magritte…
    Pour Stendhal c’est un peu l’inverse, l’écrivain part de faits et des personnages inventés pour se rapprocher , créer une vérité historique. Mais il ne peut le faire qu’en s’appuyant sur une connaissance précise de la situation politique et économique pendant la Restauration.
    Et l’ennui de cette époque (salons) sourd dans le roman.

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  45. on arrive toujours à mette des liens icite avec cricri, je vois pas pourquoi jazzie dit qu’il y arrive pas… ! farceur le robot ?

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  46. @ Ch… mais chacun se livre à des associations libres, voyons donc ! Ne cherchez pas plus loin les tomates farcies pour me les jeter…… Moij, c’était juste pour jeter un pont à propos de la matilde de stendhal et celle de jaques brel… Epicétou…. Voulez tjs nous mettre trop de rationalité là où il n’en faut point, car il y a tjs une possibilité de ludisme même chez le très sérieux blog de Paul Edel, non ?
    Bien à vous, mama-thilde de la môle ! Tombé de cheval ce matin, j’ai mal aux Rênal, Madame de… Ai des bleus noirs et du rouge partout (comme des des Emma Tomes ymboliques)… Suis bin courbaturé, en surpoids, et on se moque de moi… Mais je me vengerai un jour, vous verrez !

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  47. M.Court, pourquoi diantre me parlez-vous de Jean-Yves Mollier ? J’évoquais suite à votre commentaire cette expo à la BNF (site Richelieu) en 2013 « Les Rothschild en France au XIXe siècle » car justement on y évoquait « la haute finance » dans le monde de personnalités emblématiques de la haute banque « éclairée » du XIXe siècle, tels les Rothschild, Pereire et Camondo, leur vie mondaine, leurs résidences luxueuses, leurs liens avec le monde de l’art et de la littérature (leurs collections de livres rares). Monde qui inspira des personnages à Balzac (La Maison Nucingen), Zola (L’Argent), Stendhal (Lucien Leuwen)… L’argent et l’imaginaire… c’était le temps des feuilletons ! Des œuvres d’art aussi dont « L’Angelus » de Millet , le portrait de Betty de Rothschild (élégante femme du XIXème siècle, en robe de soirée, peinte par Ingres, tableau qui a inspiré un fameux roman à P.Assouline.
    Je venais de découvrir le musée Nissim de Camondo grâce à un billet de P.Assouline.
    Il y avait beaucoup de manuscrits, tableaux, photographies et documents d’archives. Passage à une société bourgeoise ! Et puis c’était dans la galerie Mansart si belle.

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  48. Eh non Christiane, je n’ai du lire que Jean-Yves Mollier -Panama m’intéresse depuis longtemps comme krach en quelque sorte prototypal (!) et je crois Bruhat . Leurs orientations opposées à la mienne n’empêchent pas que ce soient d’excellents historiens qui ne se sentent pas le besoin , pour paraître sérieux, de commettre 450 pages. Il y a aussi tout ce que la littérature de l’époque sous-entend mais ne dit pas. La multiplicité des domiciles d’ Arsène Houssaye dans le Paris d’ Haussmann et son train de vie , tous deux évoqués dans ses Confessions, s’explique en bonne partie je le crains parce que notre époque judiciairisante appellerait un délit d’initié. Mais comment un homme qui reçoit le tout-Paris pourrait-il ne pas être au courant? Et il n’est sûrement pas le seul.La Fête impériale à des ressorts financiers bien réels !

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  49. Distinction fine, M.Court. je vois bien ce monde ainsi. Aviez-vous vu en 2013 l’Expo à la BNF sur ce monde ? Passionnante.

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  50. Margotte.
    Du livre « Une journée particulière – 3 juin 1819 – Stendhal » (publié chez Lattès) auteur J-P. Amette. 1994.
    Pages 137 à 139 :
    « Le 17 juillet 1819, Stendhal se réfugie dans un petit village. Il domine Florence. L’orage tourne sur la vigne. L’écrivain a déposé ses bagages dans une grande bâtisse grise, il a pris sa veste sur l’épaule, il est parti dans la chaleur des champs. Il s’est retourné et a vu les rues vides et tièdes. Il s’est senti fatigué et s’est laissé tomber dans les herbes du talus.
    Personne d’autre que toi.
    Un vieil homme affalé, tête sur la poitrine, cheveux collés par la sueur. Quel âge lui donner ?
    Il fredonne :
    Cosi fan tutte
    Il chantonne :
    J’ai entendu sa voix et je me suis mis à la revoir
    car avant j’étais aveugle.
    Ce n’est plus de la souffrance, je me suis éloigné de la souffrance…
    (…) Il regarde les vagues noires de la mer, mais il n’y a pas de mer, ici, ce sont les vagues de la nuit sur les champs.
    Soir après soir,
    Je suis seul sans toi
    Matilde.
    Je sors peu de ma chambre, tu sais ; je parle peu, je n’aborde pas les jeunes Anglaises à tête de brochet pour rester avec toi, Matilde.
    Je n’ai pas trouvé quelqu’un pour te remplacer.
    Non, je suis éclairé par toi, mais vide.
    Non je ne t’oublie pas. (…)
    Le sentier qui monte vers lui est plus solitaire, moins de vent.
    L’abandon.
    Un ami, un vieil ami à lui vivait ici, quelque part dans ces vignes, dans une villa,mais il est parti comme les meilleurs amis.
    Il reste la blessure et la ferveur, quelque chose qui intéressera un lecteur de l’an 2000, quand il lira un de ses romans qu’il n’a pas encore écrit. Mais il suffit d’écrire pour soi ; ensuite, le lecteur se multiplie par dix, puis cent, puis mille…
    Ceux qui pensent que l’intimisme est une infirmité ne découvriront jamais rien sous leur plume. Leurs mots seront morts, leur fragilité deviendra leur infirmité. »

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  51. L’Argent représente très bien le clivage de tout le dix-neuvième siècle entre la « Haute Banque », prudente, tactique, qui évite les placements peu durs façon Mirés sous le Second Empire, ou Panama sous la Troisième, et la petite, qui ne repose que sur le coup, la spéculation, le charisme du dirigeant. Difficile de ne pas penser à Tapie devant Aristide Saccard. Il est révélateur je crois que l’on dise alors Haute Banque de la même manière que, pour les affaires sensibles et touchant au sommet de l’état, on dise » Haute Police », l’une quadrillant les fortunes solides , et l’autre, les salons par un système d’indicateurs mondains , titrés, dont la soumission est assurée

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  52. @Paul
    je ne sais pas ce que ce que tu as écrit en pp. 138-139 mais on ‘na pas trop envie de te dire bravo : voilà chère Christiane plongée dans des pensées mélancolici-sentimentalo-morbides …
    ça mériterait presqu’un gage : trois tours dans la cour à cloche-pied avec trois encyclopédies sur la tête.

    Monsieur Court à la rescousse, invitez Christiane à une soirée « friends », « Monthy Pyton », « marx brothers » ou à revoir « un jour sans fin » avec Bill Murray.

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  53. Voilà, Paul, ce chemin près de Stendhal « intime » s’achève. Je viens de relire les dernières pages de votre ouvrage (138-139).
    Oui, il est triste, seul et il souffre. C’est cela que j’ai ressenti en passant près de sa tombe.
    Bonne suite avec vos carnets et merci pour l’accueil sur cette page.
    Christiane

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  54. et chez Mouchkhine, on voit Molière parfois écrire certaines de ses pièces en rigolant, sur ses genoux, ou sur une table improvisé en plein air, en voyageant de ville en ville
    car « du val de Loire au bord du Rhin, on les appelle les forains, la route est leur domicile ».

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  55. Margotte, coïncidence : j’avais failli ajouter un commentaire hier soir, par association d’idées avec les banquiers mentionnés — il se trouve que c’est chez Fould que Joseph & Abraham Mendelssohn (celui qui a dit : « Auparavant, j’étais le fils de mon père, maintenant je suis le père de mon fils ») ont fait ce que l’on n’appelait pas encore un stage. Felix Mendelssohn Bartholdy n’était pas écrivain, & parmi les compositeurs J. Haydn fournissait déjà un contre-exemple. (L’inconvénient du mythe du malheur fécond & de la postérité compensatrice, serait d’amener à sous-estimer les artistes non déchirés, non poursuivis par le guignon, s’il entretenait le soupçon que seuls les « albatros » sont capables de « profondeur » ds la création. De là à se détourner de ceux qui n’auraient pas plus le physique que la biographie de l’emploi & l’on bouclerait la boucle stendhalienne.)

    On a aussi échappé à mes élucubrations (récurrentes) ou du moins à mon hypothèse à propos de la chute de cheval comme « défaut de sprezzatura » (qui pourrait se rattraper par le « naturel » de la réaction, comme on le voit avec Julien), deux préoccupations stendhaliennes (pas tjs conciliables) me semble-t-il.

    (En revanche, j’ai laissé en guise de test un commentaire sur l’unique page ouverte des Carnets (Beppe Fenoglio), il est pour l’instant en attente de modération.)

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  56. Pour écrire ?il faut surtout une pièce tranquille ,un bon café (« la chambre à soi » de Virgina Woolf..), une ville porteuse de bonheur comme Rome(j’ai jamais autant écrit qu’à Rome .,sur des bancs, dans des trattoria, sur un muret, dans un tram, il m’arrive parfois de prendre des notes à une terrasse au milieu de bavards, des joueurs de PMU, même compagnie d’un bon bouquin qui donne envie d’écrire, ou ou face à un beau paysage . le chagrin? suis pas sûr que ce carburant ça aide vraiment. .Enfin moi, surtout pas. plutôt je parie sur la bonne humeur , de l’entrain matinal, la joie d’écrire,le papier blanc qu’on glisse dans le rouleau -oui ça fait ancien- et quand on entend le clavier qui crépite à un bon tempo tout roule…

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  57. « Il faut du cran pour écrire, de la solitude et du chagrin. »
    alors là, je sais pas …

    Un sondage auprès de milliers d’écrivains serait le bienvenu à ce sujet. Est-ce que ce n’est pas là conforter le topos de l’écrivain maudit, tourmenté, de l’artiste qui ne peut créer que parce qu’ayant connu tristesse et douleur et qui devient stérile au contact de moments de bonheur, de sérénité et de paix ? (héritage du XIXème siècle) Il y en a qui dise également que mariage, couple, famille nuisent à la création. sans parler des couples composés d’artistes (compréhension, complémentarité, travail en commun, échanges mais aussi tensions, rivalité, jalousie)…

    je veux bien croire (mais comme certains autres boulots) qu’écrire puisse tourner à l’ennui, au fastidieux, au blocage, à moult questionnement à la fatigue, à la douleur voire à la dépression et à l’épuisement. mais il doit bien y avoir des écrivains/artistes qui écrivent/créent, non dans la facilité, mais dans l’excitation heureuse, la joie (?)
    et … il y en a qui ont écrit / écrivent dans des cafés plus ou moins bondés.

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  58. Pour des raisons mystérieuses je ne peux plus rédiger de nouveaux articles sur ce site, je ne peu que commenter. Si vous voulez me rejoindre pour de nouveaux articles, il vius faut rejoindre mes « Carnets » pauledelblog.fr
    désolé de ce déménagement.

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  59. Margotte et Paul, vous revenez à la littérature et c’est bien là l’essentiel. A la façon d’écrire de Stendhal et ça c’est passionnant. Au XIXe siècle si justement.
    Quand je marche au cimetière Montmartre vers la tombe de ma mère, je passe devant celle de Stendhal et mon cœur se serre. Inexplicablement. D’où surgit cette émotion ? Il faut du cran pour écrire, de la solitude et du chagrin.

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  60. Ce qui me fascine chez Stendhal c’est qu’aucun de ses romans ne part de son imagination ou d’une idée personnelle.
    « Lucien Leuwen », son troisième roman est né de la lecture d’un manuscrit, qu’une amie, Madame Gaulthier,lui confie en 1833 pour avoir un jugement sur ce travail. C’est un manuscrit qu’elle vient d’achever, « Le Lieutenant ». Comme à son habitude, Stendhal le lit et commence à faire de vertes critiques sans cacher un seul instant les défauts nombreux.
    Il écrit à l’auteur « le langage, suivant moi, est horriblement noble et emphatique. Tout cela est lourd.. le dénouement est plat.. « En fait il barbouille le manuscrit d’annotations, de questions,de remarques, d’exclamations, suggère un autre dénouement et un autre titre: « Leuwen ou l’élève chassé de Polytechnique ».
    De plus, il avoue quand même, pour finir, à cette madame Gaulthier « je suis tout plein du « Lieutenant » que je viens de finir. Le roman le marque car repose sur un bon sujet.
    On n’a jamais, je crois, retrouvé trace de ce manuscrit Gaulthier. mais le dispositif l’a intéresséLe thème,l’ennui en province d’un lieutenant ambitieux le fascine tant qu’il nous a laissé 2200 pages d ‘un chantier pris et repris ,avec de constantes additions, retours en arrière, surcharges ,qu’il n’achèvera jamais. Mais l’intention de le publier était certaine. C ‘est à Civita Vecchia , en 1834 et 1835 dans ce petit port mortellement ennuyeux qu’il développe et réécrit ce roman qu’il appellera « Leuwen, puis l’Orange de Malte,puis le Bois de Prémol, puis Le chasseur vert, le Rouge et le blanc.. On sait que Stendhal avait besoin d’un canevas ou d’une charpente prise ailleurs pour partir et galoper sur le chemin romanesque. Ce sont deux articles découpés dans les journaux qui le mènent à écrire « Le rouge et le Noir » , l’affaire Berthet ,ce séminariste et aussi l’affaire Lafargue ,un ouvrier qui assassine par amour. C’est en fouillant dans les chroniques italiennes du XVI° siècle « Origine des grandeurs de la famille Farnèse » qu’il trouve le sujet de « La Chartreuse de Parme » en transposant à son époque l’histoire d’Alexandre Farnese, enfin c’est dans un roman de Madame de Duras « Olivier ou le secret » qu’il trouve le sujet d’Armance » , son premier roman écrit à 43 ans.. sujet: un impuissant sexuel.

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  61. @Christiane
    Stendhal dans tout ça ? le romancier.
    oui, mais il a écrit Lucien Leuwen excellent roman où se brassent avec brio les thèmes de l’amour, du sexe intéressé, des alliances matrimoniales, des accointances entre monde de la finance, de la banque et des ministères avec en arrière-plan les retours des immigrés chasés par la Révolution, l’essor et langage de la bourgeoisie, la Restauration et La Monarchie de juillet.

    thèmes également chers à Balzac et Zola (La Curée, l’Argent) voire à Flaubert dans l’Education sentimentale.
    Le réel du XIXème siècle.
    et thèmes qui régissent le monde d’hier et d’aujourd’hui.

    Dans ces romans : littérature, étude et analyse de moeurs, modes masculine et féminine, dissection des comportements et des sentiments, histoire sont étroitement liés.
    Personnellement, c’est que j’aime très particulièrement dans la littérature française du XIXème siècle : ces multiples angles d’observation, ces passerelles entre « disciplines », ce principe de vase communicants. qui incitent à se constituer un bagage très divers pour comprendre ces bouquins.

    Sans parler de leur permanente acuité et actualité.

    mais bon .. j’adore l’histoire du XIXème siècle.
    … et chacun est libre de lire comme bon lui semble. 🙂

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  62. Toujours le détail qui porte à ne pas désespérer de l’âme humaine, M.Court ! Le monde des banquiers qui mène de la banque au ministère pour Leuwen, de la banque à la présidence pour un autre… Oui, du mécénat, du goût pour l’art, les soupers où l’on brille entre hommes de bonne compagnie, les investissements dans les grands projets de l’époque. Mais aussi spéculation, hydre prenant le pouvoir d’un continent à l’autre. Ruine pour les petits actionnaires, pour les emprunteurs qui ne peuvent rembourser leurs crédits.
    Je résiste à ce monde par la lecture, l’écriture, l’art, le rêve.
    Le réel m’ennuie, je ne désire plus aller à l’amble d’un autre.
    Les mots plus que les corps, la solitude plus que la désillusion.
    Écrire et lire ici me repose. Charmante compagnie de fins lettrés, humour au coin des mots, respect, distance et ce plaisir infini de pouvoir s’éloigner, se taire, disparaître sans donner de raison.
    Un roman de P.Quignard « Villa Amalia » me fait sourire.
    Bonne journée à vous et aux passant(e)s de ce blog.

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  63. Saluons le Baron Seillere, grand bibliophile de l’époque de Proust axé sur le Moyen Âge,à une époque où James de Rothschild terminait sa journée rituellement chez le libraire Damascène Morgand, a deux pas de la Bourse, sur le Boulevard, a la recherche d’une édition rare, qu’il éditait parfois à petit nombre. Les libraires du quartier en parlent encore, du moins ceux qui ont de la mémoire. Pour le reste, lire l’ Argent du Père Zola, beau roman et beaux portraits.

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  64. Qu’apporte mon Jacques Laffitte ? Christiane .vous souvient-il de l’anecdote de l’épingle ramassée dans la cour de l’hôtel particulier par ce banquier si…économe , alors petit garçon,qu’on ne rougissait pas de donner cette anecdot dans les cours de morale laïque pour illustrer les vertus de l’économie bien comprise.?!A la réflexion,je ne garantis pas que tout ramasseur d’épingle devienne un Jacques Laffitte, mais cela, on ne le disait pas…😏. PS. Cette anecdote a du me semble-t-il être recyclée de manière parodique par Mark Twain! Joli doublé, non?

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  65. Margotte, des recherches que je ne ferai pas. Ce monde est loin de me faire rêver… Suite à choisir des riches je préfère des industriels qui ont créé des entreprises encore que le sort des ouvriers ou employés est souvent loin d’être enviable.
    Ce monde de la grande bourgeoisie industrielle qui est le terreau de tant de romanciers du XIXe siècle est souvent nauséabond et offre la souffrance et l’humiliation des petits et l’arrogance des riches..
    Stendhal dant tout ça ? Le romancier plus que l’homme…

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  66. eh bien …
    Peut-être un modèle pour Leuwen Père et pour le baron de Nucingen.
    Comme Rothshild, Les Pereire, les Fould, les Seillière, Beer, Humann et d’autres, c’est un des instigateurs et acteurs de la mutation du monde des affaires, de la finance (gestion d’actifs et spéculation en bourse) et de la banque au XIXème siècle.
    Une rue à Paris.
    le développement de la Ville de Maisons et la raccourcissement du parc du château.
    les courses de chevaux de Maisons.
    du mécénat artistique.

    Tapez Persée, Vieille banque et banque nouvelle : la révolution financière du XIXe siècle, David S Landes sur internet. vous trouverez un article dressant un panorama européen de tous ces personnages et de leurs actions.

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  67. Un peu d’humour au soir tombant… Comme de dire « Santé » !
    Alors votre Lafitte avec 2 t qu’apporte-t-il à la saga du peuple des pauvres banquiers ?

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  68. Je ne suis pas sûr que Jacques Laffitte ait quelque liens avec les terres du Bordelais amendées par Jacques de Ségur deux siècles avant. En tous cas, ses Mémoires, assez décevants il est vrai, n’en parlent pas.

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  69. Sur cette ambiance de tripotage financier, il y a les Memoires d’Ouvrard, qui avait vu dans l’expédition d’ Espagne l’occasion de se refaire une fortune. C’est un pittoresque personnage dans un plaidoyer pro domo qui n’a trompé personne. Un peu Leuwen Père. Mais c’est indéniablement sympathique à lire, comme le sont ceux d’une aventurière dont le nom m’échappe mais qui n’est pas Ida de St Elme,et qui dénonce sa ruine à travers les tripotages du Baron de Corveto,Ministre des Finances de Louis Dix-huit. Quand la réalité rejoint la fiction..,Je remarque qu’on invoque souvent Rothschild, mais qu’on oublie Lafitte…

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  70. Lisant, Paul, le portrait que vous dressez du père du personnage Lucien Leuwen, je comprends mieux ce reste de suspicion qu’il m’était resté de la première partie du roman. Ce riche banquier l’aime et l’aide, oui, avec tous ces conseils, ces introductions vers ce monde hypocrite et souvent malhonnête des affaires des gens riches et influents de province, des intrigues, vers une position ssociale, vers ce désir de mariage arrangé mais aussi donc vers la perte de l’innocence et d’une certaine délicatesse d’âme qui ne seront réveillées que par sa passion pour madame de Chasteller, par la musique italienne et le panache du regiment des lanciers, la cavalerie.
    Ce père, si je me souviens bien, compare les fils à des créanciers.

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  71. S’il y a un moment délicieux dans ce manuscrit laissé en chantier, « Lucien Leuwen », c’est bien la tendresse de Leuwen père, banquier tut puissant, pour son fils, et les conseils à la fois réalistes et cyniques qu’il donne à Lucien pour réussir dans ce milieu de voyous bien élevés et d’hypocrites qui mènent la politique de la Restauration. Leuwen père sait combien son fils est une âme tendre, vertueuse, mais trop naïve, et il devine combien il a souffert en province de sa passion pour Madame de Chasteller .il devine aussi qu’il a aussi souffert des jalousies médiocres des petits salons ultras de Nancy et de tout ce coté bas de plafond de cette société nanceienne..il veut donc lui offrir un joli poste, par piston, lui épargner les mauvais coups car il sent qu’il sera dupe de toutes ses passions.. Parmi ses conseils les plus suculents ,il lui dit. et aussi lui présenter une tres jolie Madame Grandet (Stendhal s’est d’ailleurs demandé si Balzac ne serait pas ennuyé qu’il emprunte ce nom) qui est calque sur le modèle de Valentine Delessert, qui fut un grand amour de Mérimée., ce fut une femme de banquier qui voulut jouer un rôle littéraire (façon Madame de Staël) dans son salon..remarquons qu’elle fut la maitresse de Maxime Du Camp, l’ami de Flaubert ,et que ce dernier s’en est servi pou créer le personnage de Madame Dambreuse dnas « l’éducation sentimentale ».. rien ne se perd.. .
    Leuwen père, donc, est à la fois un banquier, un mari tres attentif et amoureux de sa femme, et en même temps un cynique plaisant voire rigolard, car il fait et défait les ministères, il préfigure Mosca. dans « La chartreuse »…il s’amuse de tout ,tant son pouvoir est grand ,mais il manifeste une bonté vraie pour son fils en le guidant dans les allées du Pouvoir. , et il lui donne bcp de conseils, et notamment celui- là quand Lucien doit se présenter devant un ministre le matin même « tu as l’air bien jeune! va prendre un habit moins frais, un gilet noir, arrange mal tes cheveux ..tousse quelque fois….et tâche de te donner vingt huit ou trente ans….La première impression fait beaucoup avec les imbéciles, et il faut traiter un ministre comme un imbécile., il n’a pas le temps de penser. »
    Là Stendhal se fabrique un père idéal et sur mesure, celui qui lui a tant manqué.

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  72. et j’abonde une dernière fois dans le sens de Ch. Je trouve qu’en l’occurrence, elle situe très exactement l’enjeu d »une discussion légitime par rapport au billet de Paul E. On peut en être gênée face à son silence et à ses possibles interprétations… Cela dit, y’a pas mordome… hein !. Relativisons et sachons rester courtois.es. Bàv.

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  73. Il me semble que c’est Paul Edel par le titre donné à son billet, le billet et les commentaires, qui a orienté les échanges vers ces journaux « intimes » de Stendhal, les éclairant tantôt par des fragments de biographie tantôt par les personnages des romans. C’est de Stendhal que nous parlons, non de Paul Edel, Margotte. Mais c’est Paul Edel qui mène la recherche. Est-il alors incongru de poser la question du fictif dans cette tentative ?

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  74. Plus que les Pinçon-charlot, souvent plus charlots que pinçon, il me semble que le travail de Jean Bruhat (?), Les Rothschild,est autrement documenté pour venir des memes horizons….pour le reste, la formule de Chateaubriand »on ne peint bien qu’avec son cœur » est susceptible de bien des acceptions l’éloignant d’un biographisme idiot et étroit. Encore faut-il s’en aviser. MC

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  75. Bonjour Margotte.
    Pour Lucien Leuwen, ce que vous en dites, ce qu’en dit M.Court est lumineux. Il me faudra le relire… 30 ans… L’histoire s’est estompée…
    Pour ce qui est de la vie personnelle de Paul Edel par contre, vous vous trompez. Nulle curiosité. Qu’il coule des jours heureux à Saint Malo. Ce qui m’importe et que vous avez mal interprété c’est l’écriture qu’il réserve aux romans et romanciers et en particulier pour Stendhal. Il y a une part de fiction, (autofiction ?) liée à une analyse scrupuleuse. Un style reconnaissable. Ce sont des créations littéraires plus que des biographies, des traversées de miroir (Cocteau), un peu comme dans cette collection enchantée « L’un et l’autre » (Gallimard). J’avais aimé « Le pays de Pavese » , « Bonjour monsieur Courbet » de J-P. Ferrini, ceux de J-M. Delacomptee…
    C’est cela qui m’intéresse et fait durer la lecture infinie.
    La vie intime des quelques écrivains qui tiennent un blog me laisse indifférente, seule l’oeuvre m’importe.

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  76. bon, al’hors, perso, j’achève d’insister… si ça devient trop lourdingue… Je comprends votre gêne… merci, bàv !

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  77. @Christiane.
    « c’est la chute sociale quand il est renvoyé de polytechnique. »
    non-non.
    Lucien Leuwen se remet très bien de tout cela, de même que sa famille qui veille de près à ce qu’il fait.
    L’un des modèles de Leuwen père est apparemment James de Rothschild qui en termes d’affaires, de solidité en termes de liens familiaux, de transmission et de future de sa progéniture s’y entendait et tolérait mal les dérives en la matière. (cf. « le portrait » de Pierre Assouline ou les Pinson-Charlot)

    Renvoi de polytechnique : ha oui, c’est ainsi que s’ouvre génialement le livre.
    Le père de Lucien Leuwen est certes très loin d’être enchanté des idées républicaines de son fils (mais on sent assez vite que cela lui passera au fils … selon l’adage anarchiste à 20 ans, bourgeois à 30 ans) qui reste ensuite au chaud auprès de sa maman et ne me semble point trop maltraité par son père contrairement à Julien Sorel. Il y a des scènes de complicité familiales et filiales dans ce roman.

    Lucien retombe sur ses longues jambes, perd une partie de sa candeur et sa fraîcheur de jeunesse, se laisse gagner par l’ampleur cynique de l’époque – voir la seconde partie du livre et sa participation à la campagne électorale tout en corruption.

    C’est l’amour qui le ravage et le dessèche, me semble-t-il, et le fait terminer en une espèce d’Arthur Rimbaud. (mais comme le livre est inachevé. on ne sait si la fin devait être aussi sèche et abrupte).

    @Christiane et JJJ
    je suis un peu gênée, là. je vous trouve un poil insistants.

    Moi, vous savez, je n’ai jamais eu spécialement de curiosité concernant la vie privée et très intime de Paul Edel. et cela est réciproque. et je ne crois pas que cela va changer.
    Paul Edel, je passe le voir ici depuis plus de 15 ans je crois bien. Je lui rends visite. Je regarde simplement comment il se porte, ou je le salue rapidement ou bien je prends le temps de m’installer et de discuter.
    Au fil du temps, il y a un lien un peu étrange qui s’est formé (tout à la fois mince et solide). c’est bien ainsi.
    Je prends ce qu’il veut bien (me) livrer de lui, ici ou ailleurs, ses billets comme ils viennent, comme il nous les offre. je ne le force à rien (si ce n’est à ma compagnie quand je commente plusieurs jours d’affilée et parfois longuement ici, mais bref … j’ai eu moi aussi mes longues éclipses). Il y a de lui dans chacun des billets. et ces billets sont très personnels et particuliers, oui tout à fait. Il ne s’agit pas de critiques prêtes à porter fabriquées en série selon le même moule de la période, quoi.
    C’est tout l’intérêt de ce blog et une des raisons pour lesquelles j’y reviens toujours.

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  78. En fait on a le roman de l’impuissance à vivre, Armance, celui du trop tard venu dans l’ Histoire, le Rouge, – ne pas oublier la lecture du Mémorial et sa chute dans le bief du moulin !- celui qui fait partie de l’Histoire sans la comprendre au moment où elle se déroule, Fabrice. Leuwen est encore celui qui s’en tire peut-être le mieux par un juste équilibre entre le Rêve et la Vie, pour reprendre la formule d’Aurelia.Pas de secret à la Octave, et l’homme d’une seule passion menée jusqu’à sa cristallisation ; » tu es à moi, dit-elle en le couvrant de baisers » .Toute projection au delà l’affaiblirait.

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  79. « ce si beau compagnonnage »…, /// la phrase reprise n’a pas été relue… oups !… tjs le même agaçant pb, hen !

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  80. Merci pour Crouzet… PE… (que j’ignorais)… Christiane exprime certainement le mieux à votre égard ce que je cherchais à vous dire aussi, un peu plus tôt… (Margotte, je ne sais pas, j ne la connais pas assez)… Je crois que vous avez bien compris le message, Paul, mais c’est votre droit le plus strict de répondre à côté de la plaque de verglas… Je me souviens assez combien vous avez signifié détester parler de votre vie privée… (et sans doute de devoir répondre à ce que vous considérez peut-être comme des injonctions d’internautes hors de mise)… N’empêche que, sans doute à votre insu, vous évoquez sans cesse publiquement votre vie privée avec Stendhal, de façon directe ou indirecte. En conséquence de quoi, nous sommes fondés à vous solliciter d’aller plus loin dans un témoignage plus personnel de cette si beau compagnonnage … Et Il ne s’agit en rien de vous obliger, croyez le bien, PE… Je vous souhaite une bien belle journée…: ,la pluie de l’ouest repart vers l’est, et nous aurons sans doute un rayon en début d’après midi ! Il fait beaucoup plus doux, pour inciter à prendre le vélo !…

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  81. Christiane. J’ai écrit liste, et cela ne désigne que le trio Le Rouge, la Chartreuse , ( très vinicole tout ceci!) Lucien Leuwen. Cela dit la pire caricature reste le Commandeur de Soubirane, prototype de tout ce que Stendhal déteste. Une dévotion archaïque et peu éclairée mariée à un sens de la fourberie bien réel… Polytechnique: vous me faites souvenir qu’Octave de Malivert en sort quand Lucien en est effectivement renvoyé! Parler de chute sociale me paraît un peu exagéré dans la mesure où, via son père, il va rebondir.Mais ce sera dans la cuisine politicienne des Bourbons, avec l’impossible essai de torpillage d’un être comme Mr (de?) Mairobert, contre lequel on ne peut rien. Alors oui, peut-être peut-on voir là une corruption nécessaire de l’âme du héros, un brin initiatique, valant découverte du monde. Corruption contrebalancée par l’égérie Bathilde, qui plane comme un bon ange au dessus de tout ce marécage…. Bien à vous. MC

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  82. Je ne doute pas, Paul, de la qualité de la recherche exhaustive de Crouzet mais ce n’est pas l’exactitude des faits, des personnages que je cherche comme M.C en venant vous lire ici, c’est la façon dont vous façonnez ce qui vous importe de lui et de ses livres. Comme dans ces commentaires, billets ou dans ce livre lyrique et lucide que vous avez écrit en 1994 « Une journée particulière – 3 juin 1819- Stendhal », paru chez Lattès.
    JJJ, Margotte, cherchent aussi semble-t-il une création où vos voix de mêlent. Vous êtes un excellent critique littéraire mais là le réel se mêle à une fiction à double visage.

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  83. Où décrit-il sa campagne de Russie? demandez vous Margotte. Non il ne la décrit pas, il l’expédie avec pudeur en quelques pages cette terrifiante expérience dans son « Journal » publié en Folio et qui compte 1200 pages. Présentation de Dominique Fernandez. On sait par de multiples témoignages concordants qu’il fut admiré par son courage (il se rasait par moins 20° chaque matin) ..Pour vraiment tout savoir de fiable sur la vie, les amis, les défauts, les amours, les maladies, les rêveries, les soirées, les découragements, il faut se reporter à la biographie de Michel Crouzet « Stendhal ou monsieur moi même » qui résume tout ce qu’on connait de lui .C’est en bio Flammarion et c’est la Bible des Stendhaliens. j’ai souligné une ligne sur deux sur mon exemplaire!..

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  84. Merci pour votre remarque, M.Court.
    Les pères violents (je n’ai pas écrit « atroce ») c’est pour deux de ses personnages Julien Sorel et Fabrice del Dongo qui sont maltraités, humiliés, par leur père. La violence pour Lucien Leuwen est différente mais provoqué aussi sa fuite, c’est la chute sociale quand il est renvoyé de polytechnique.
    Quant à leur côté « adolescent », voir mon premier commentaire.
    Je ne crois pas avoir fait de listes…
    L’enfance de l’écrivain est marquée par la tendresse du grand-père et l’absence du père après la mort de sa mère qu’il semble avoir aimée passionnément. Je relis ce qu’il en évoque dans la première partie des « Mémoires d’Henry Brulard ».

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  85. L’Abbe Rey.,,Est-ce la même famille qui cofondit la maison Arthaud. Originellement Rey et Arthaud. Pauvre homme, qui ne faisait que son métier et ne sut pas qu’il s’attirait l’irrésistible rancune d’un moutard de sept ans!

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  86. En effet, pour les chutes, bien moins Diderot, dont le texte de l’édition Goethe repose sur une copie incomplète et dont l’originale ne paraît dans la petite bibliothèque elzevirienne qu’en 1877. Après, le monde du livre se divise entre les bouquinistes qui le savent-ils sont nombreux – et ceux qui ne le savent pas.
    La Vierge des Tueurs est egalement un beau film. MC

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  87. Il n’y a peut-être pas d’enfance mais il y a un côté adolescent prolongé. Au demeurant, je ne crois pas que cette absence d’enfance soit dirimante. Elle s’inscrit dans une réaction anti-rousseauiste . Et en dehors de Rousseau l’enfance du héros n’est pas un topo romanesque . Je pourrais développer avec Berquin et les Berquinades, sorte de littérature enfantine homologuée , et particulièrement niaise mais j’arrête la. Après tout nous n’en savons pas plus sur l’enfance de Nerval. Dans la liste de Christiane, il y a une erreur. Mr Leuwen si c’est de lui qu’il s’agit, n’est pas un père atroce, il a comme l’auteur la phobie des « ennuyeux » et agirait plutôt comme un père de rêve c’est peut-être lié à la relecture du rouge ou à un souci de ne pas être prévisible par des personnages stéréotypés. Bien à vous. MC

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  88. euh … ? (moment de solitude)

    et où décrit-il sa campagne de Russie ? également dans ses mémoires-souvenirs ou bien dans sa correspondance ?

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  89. Margotte, Stendhal a perdu une grande partie de ses cheveux pendant la retraite de Russie.Mais il a surtout perdu toutes ses illusions sur l’humanité.

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  90. je ne sais pas où sont tes autres billets consacrés à Stendhal. mais je n’ai pas souvenir que l’on avait jusqu’à présent abordé les sujets « Stendhal et l’Espagne/l’espagnolisme », « Stendhal et ses défauts » et « Stendhal et la chute de cheval ».
    comme quoi… .

    … Quand on en sera à Stendhal et la chute des cheveux, on devra peut-être davantage s’inquiéter 😉

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  91. Quand j’ai lu « Une journée particulière – 3 juin 1819 – Stendhal. (J-P. A), j’ai commencé à relire les romans et les journaux de Stendhal. Il devenait vivant, attachant, passionnant par ce livre.
    Depuis, quand je viens ici, je découvre tant de raisons de continuer cette lecture infinie.
    Merci Margotte et Paul.

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  92. Stendhal contre le parti prêtre.
    on sait qu’une des sources de la haine de Stendhal pour « le parti prêtre » vient de son enfance, et précisément de l’abbé Rey, grand vicaire, adversaire de la Révolution très lié à la famille Beyle à Grenoble .C’est lui qui a dit à Cherubin Beyle, le père, quand la mère de Stendhal est morte: » Mon ami, ,ceci vient de Dieu ». l’enfant, qui a 7 ans, n’oubliera jamais cette parole qui l’a a jamais scandalisé. Stendhal précise qu’il n’a pleuré qu’ un an après la mort de sa mère.

    Pourquoi tant de chutes de cheval chez les héros, Lucien Leuwen, ou Del Dongo? Réponse. Ce qui est assuré c ‘est que longtemps il fut balourd, maladroit empoté sur un cheval. Comme il était pistonné par son cousin Daru, il fut considéré par les dragons comme un civil, un civil parvenu, mais n’ayant pas l ‘étoffe ni l’esprit ni l’éducation d ‘un vrai militaire.Il n’avait pas passé d’heures au manège.. De plus, soupçonné de couardise (ceci fut effacé pendant la retraite de russie ou il resta enjoué, dynamique,attebtif aux autres et brave dans les pires circonstances..) .IL fur remarquer que longtemps, il ne porte l’uniforme des dragons, il reste un gratte-papier de l’Intendance, bref méprisé. Il endosse l’uniforme qu’assez tard. En 1800 ce fut le capitaine Burelvillers qui lui apprit à se tenir un peu mieux sur un cheval pour passer le saint-bernard ..Quand il passa les Alpes plus d’escarmouches ou peu, Il chuta souvent, toujours considéré comme « un bleu » ! Il révèle dans ses lettres qu’il s ‘est mis « volontairement sous le feu » parce qu’il en avait assez de passer pour une poule mouillée; donc il connut pas mal d’humiliations avec les chevaux et prit longtemps des leçons d’équitation pour s’améliorer. Mais les rires es dragons de son régiment durent tinter longtemps à ses oreilles..il est évident qu’il enviait les grands hussards ou les colosses dragons , lui, pataud, jambes courtes, bedonnant , déjà gros à 20 ans.
    la plus belle scène de chute de cheval est dans « Lucien Leuwen », ce roman (resté à l’état de chantier) situé à Nancy ( souvenirs de son séjour à Brunswick) ,et madame de Chasteller ayant pour modèle Wilhelmine de Griesheim, blonde, visage plein, avec une expression de candeur et de fraicheur qui le marqua longtemps.. quand il passe sous les fenêtres de la belle Madame de Chasteller cette chute est le souvenir cuisant et l’humiliation qu’il devra réparer pendant des mois et des mois , pas seulement aux yeux de cette belle Chasteller mais de tous les militaires en garnison à Nancy et les notables dans les milieux ultra, car la rumeur tue dans cette ville.
    Stendhal qui se rêvait dandy, désinvolte, élégant, était donc malheureux d’être un pot à tabac maladroit à cheval. c ‘est aussi sans doute une métaphore de sa très encombrante et maladive timidité qu’il ne réussit à vaincre que tard dans sa vie.
    Oui, ses stratégies de conquête amoureuse commençaient par des gaffes et la chute de cheval marquant le fait qu’il se sentait déplacé, incongru, même soupçonné dans les milieux qu’il fréquentait d’être un vantard un peu escroc.

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  93. @christiane
    Eh oui : bien des questions, rien qu’à partir d’un cheval. tu as mis en route ma machine à cogitation.
    et … dans la vie : au fil des ans, quelques réponses. mais surtout des questions, des questions 😉

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  94. Tout cela est plausible, Margotte. Je retiens le questionnement. J’ai toujours préféré les questions aux réponses surtout en ce domaine.
    J’aime que vous bondissiez de l’espièglerie au sérieux. Paul a bien delà chance d’accueillir votre présence sur ce blog.erci pour ces commentaires. Ils me reposent des alphabets énervés…

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  95. je me trompe, pardon : Julien tombe, convaincu certes de savoir bien monté (or ce n’est pas le cas comparé à l’entourage masculin de Mathilde de La Mole) mais … en voulant éviter un cabriolet qui roule trop vite. Lors d’un repas, il raconte sa mésaventure, fait rire, il suscite l’intérêt, la curiosité ; on lui trouve de la grâce et n’est pas méchamment moqué.

    Puis on l’emmène au manège et il manque à maintes reprises de tomber.
    Il se fait alors traiter de « casse-cou ».

    Pourtant, ce n’est pas un cheval qui le lui abîmera définitivement mais le bourreau.

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  96. @christiane
    Chute de cheval des héros stendhaliens.

    Stendhal apparemment aimait les chevaux. Mais je ne sais pas s’il montait, s’il s’est lui-même cassé la figure dans un contexte humiliant, ridicule ou drôle, si les chutes des fringants jeunes garçons le faisaient rire.

    De fait, on peut y voir beaucoup de choses …
    Un ressort comique. Un gag. cf. les chutes, ou les tarte à la crème dans la face, ou les coups de pied aux fesses de Charlot.
    Hommage au comique de Diderot mais aussi à son sens de la critique sociale (au bout d’une trentaine de pages à cheval, c’est le maître qui tombe, pas le valet).
    Anti-héroïsme et si formidable ironie stendhalienne.
    Un apprentissage : mon garçon, tu es jeune et fougueux, joli comme un coeur, énergique mais naïf, sans expérience et pas encore fini (Lucien et Fabrice aime beaucoup leur maman).
    Une sexualité balbutiante : mon garçon tu as encore du chemin à parcourir avant de devenir un étalon (!)
    Une petite vengeance personnelle de l’auteur : tu es jeune, beau et riche (ou en pleine ascension sociale) mais … pas toujours … exemple : quand tu tombes dans l’eau ou la gadoue.
    Un élément moral : tu es issue d’une riche famille (Fabrice, Lucien) mais la roue de la fortune peut tourner, sois don un peu humble. Fais d’abord tes preuves. Quand Fabrice tombe : il se rêve tout de même en Maréchal Ney !

    Si j’en juge les extraits que j’ai relus :
    Fabrice (cavalier émérite) tombe à Waterloo (chute ultime de Napoléon),
    Lucien (militaire à cheval et donc maîtrisant a priori sa monture) tombe dans la boue sous les fenêtre de sa chérie (et plus tard se fera jeter de la boue dessus lors de la fameuse campagne électorale),
    Julien (né sans petite cuillère d’argent dans la bouche et donc ne sachant pas monter comme un aristocrate ou un riche bourgeois), lui, manque d’être désarçonné, de se rompre le cou (osons) mais ne tombe pas.

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  97. c’est formidable de pouvoir réfléchir en écrivant, et sans se relire…! Jade Mire, pmp…, vraiment !…

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  98. À Margotte qui se dit « assez faiblarde en littérature sud-américaine » et qui me demande « Mario Levrero ? comment-est-ce ? »  :
    Pour qualifier mes propres connaissances en la matière on a le choix entre insuffisantes, déficientes, indigentes, quasi-inexistantes, proches de zéro (même chose en ce qui concerne la littérature espagnole…)
    Un certain nombre de choses me passent donc peut-être au-dessus de la tête en raison de ces manques (même si j’ai l’impression que c’est plutôt à cause de son côté décalé qu’il est devenu un « auteur culte » après sa mort) ; je manque d’autant plus de recul pour en parler que je n’ai encore lu que Le discours vide & les 173 premières pages (& les 32 dernières) sur les 574 du Roman lumineux.

    Pour essayer de répondre qd même : ce que je note a priori c’est une sorte de tension ou de contradiction apparente (à moins qu’il ne s’agisse d’une oscillation, d’un équilibre instable & d’autant plus attachant qu’il est instable — comme le public « accompagne » mentalement le fildefériste ?) entre le sentiment d’échec, de ratage, les difficultés & les trivialités du quotidien d’une part & une confiance ds la productivité de l’écriture &/ou de l’interprétation (des rêves, des signes) de l’autre — ce qui constitue sans doute des pts communs avec les surréalistes, mais l’effet n’est pas le même me semble-t-il. On est davantage ds la ténacité, l’obstination, la reprise que ds la fulguration & la flamboyance (la prose plutôt que la poésie ?)
    Là où je suis bien embêtée c’est que j’aurais envie de parler d’ « honnêteté » (alors que je considère qu’il s’agit, en matière artistique, d’une erreur de catégorie — même en tenant compte du « pacte autobiographique »). Elle participe en tt cas à cette oscillation & à ce titre on pourrait dire qu’elle est efficace : ces textes avec leurs matériaux on ne peut plus ordinaires, peu prometteurs (quoi de plus ennuyeux le plus souvent que les rêves ou les bonnes résolutions des autres, la vulgate psychanalytique ou encore qq crans en-dessous, celle du « développement personnel »), au point que l’on craint parfois de s’enliser ds le trivial, apportent tt autre ch que des articles de magazine ou des livres relevant de ces genres (& se lisent tt autrement) ; cela a sûrement à voir avec l’intelligence & la personnalité du narrateur mais aussi avec cette insistance (ce pari ?) sur une forme de « temps réel » : pas seulement « en direct » mais plutôt une durée réelle, avec sa pesanteur, sa résistance — les moments où ça tourne à vide, les discontinuités ds les relations avec les autres. Je ferais mieux de m’arrêter, vs allez croire qu’il faut être maso pour le lire (pas du tt, il y a même du suspense, bien que sa source soit inhabituelle) ou que c’est informe (non plus ; le pigeon mort & sa « veuve » : à la fois motif & balise ds Le roman lumineux ; & il y a une cohérence thématique, la part de réflexivité n’apparaît jamais gratuite).
    Pardon pour la longueur, je réfléchissais en écrivant (ou tentais de le faire).

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  99. Pourquoi l’écrivain provoque ces chutes ? A-t-il du mal à diriger ses personnages ? Ceux-ci veulent-ils être différents, aller ailleurs, refuser leur destin ? Tomber pour lui rappeler sa chute ? Pour lui prédire une chute ? Pour lui rappeler qu’on l’a laissé tomber quand il était enfant ou quand il était amoureux ?
    Question passionnante… Quignard et ses « Désarçonnés »… Camus et « La Chute »…

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  100. LA question du jour :
    Pourquoi les héros stendhaliens tombent-ils ou manquent-ils de tomber de cheval ?
    Stendhal dans ses mémoires-journaux-souvenirs raconte-t-il une chute qu’il aurait fait ? Une chute à laquelle il aurait assisté et qui l’aurait fait rire ?
    ça m’a toujours frappée ces héros (Fabrice qui s’étale à Waterloo, Julien qui tient mal sur sa mouture, Lucien qui tombe sur le pavé juste sous les fenêtre de sa chérie) qui se cassent la gu… comme ça. C’est rare dans les romans.

    Pour certains spécialistes, il s’agirait d’un clin d’oeil au comique de Jacques Le fataliste, et à la chute du maître : « « Ah ! monsieur, c’est une terrible affaire que de rarranger un genou fracassé ! » et à son maître de lui répondre comme auparavant : « Allons donc, Jacques, tu te moques. » Mais ce que je ne vous laisserais pas ignorer pour tout l’or du monde, c’est qu’à peine le maître de Jacques lui eut-il fait cette impertinente réponse, son cheval bronche et s’abat, que son genou va s’appuyer rudement sur un caillou pointu, et que le voilà criant à tue-tête : « Je suis mort ! J’ai le genou cassé ! »

    ??

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  101. Volatile, espiègle, ludique, loufoque, ébouriffé… un délice !
    Des mots pour maintenir un contact infini avec les livres lus…

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  102. @elena
    et donc, Mario Levrero ? comment-est-ce ? pas trop surréaliste et baroque ? ou bien ?

    C’est que je viens de terminer La vierge des tueurs de F.Vallejo. (oui, je sais, j’étais censée m’embarquer pour l’Afrique et finalement voilà que je me retrouve en Amérique …)
    donc oui, la Vierge des tueurs. Que, ma foi, j’ai trouvé tout à la fois horrible, complètement barré, beau et drôle. et surtout, mais là, je suppose que j’enfonce une porte ouverte avec mes bonnes bottes d’hiver (mais je suis assez faiblarde en littérature sud-américaine) : bien loin, ce qui n’est pas si mal, de certains romans foisonnants de Fuentes, Garcia Marquez, Carpentier ou Vargas Llosa.

    Disons qu’en faisant une indigestion de balles dans le front, la tête ou le coeur (et de visites d’églises), je n’ai pas eu de crise de foie due à un trop-plein de mots.

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  103. Paul Edel 28 nov. à 11:40 : « Enfin il donnait souvent l’impression de n’être pas un Moi stable, mais plusieurs autres qi se battaient entre eux. »
    On peut aussi penser que ses choix formels ont qqch à voir avec son rapport à lui-même, sa conception de l’identité plus « épisodique » que « diachronique ». Pour ceux qui seraient intéressés, je me permets de signaler à nouveau l’article du philosophe Galen Strawson, « Contre la narrativité », que l’on trouve en traduction française sur le site Fabula (mars 2012).

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  104. Je ne suis jamais allé à Genoble.sur le site de Stendhal grenoble, on peut découvrir le manuscrit de la Vie d’Henry Brulard. avec les croquis..

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  105. Dans « La vie d’Henry Brulard » il évoque plus son grand-père aimé que son père qu’il juge sévèrement et pour lequel il exprime une grande « antipathie ». Il semble que son enfance s’est terminée à la mort de sa mère qui l’a laisser hagard, stupéfait.
    Dans un passage où il évoque l’amour torride qu’il portait à sa mere (« Je voulais couvrir ma mère de baisers et qu’il n’y eût pas de vêtements »), il écrit : « J’abhorrais mon père quand il venait interrompre nos baisers. » et, plus loin « j’avais de l’éloignement pour mon père et de la répugnance à l’embrasser. (…) Mon excellent grand-père fut dans le fait mon véritable père et mon ami intime. »
    C’est pour cette exploration de l’enfance que j’ai plus de bonheur à lire ce livre plutôt que « Souvenirs d’égotisme ». Toutefois dans ces souvenirs on découvre comment Stendhal se comportait au milieu des femmes et des hommes qui aimaient paraître dans les salons parisiens dans les années 1830. Tous en représentation, y compris lui. On l’imagine impertinent, aimant les joutes oratoires, désinvolte, brillant, moqueur, drôle, mais aussi un peu vieux garçon… loin des confidences car il ne les livre que dans l’écriture de ces souvenirs qu’il laisse… interrompus. Écrire pour se désennuyer de ce monde factice.
    Avez-vous vu le précieux manuscrit à Grenoble, Paul ?

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  106. merci milfois de plus, PE (et merci à Ch. pour son rebond)… En effet, vous êtres un avocat très brillant, et surtout vous aimez aimer. C’est tellement rare… Je vous crois très mûr pour écrire une (auto) biographie fraternelle imaginaire de/avec Stendhal… Mais suis quasi sûr qu’elle est déjà là, sur le papier, ou en gésine… Resterait le coup de pouce…Serait trop dommage qu’on dût la découvrir en posthume !… Bien sûr nous en disposerions des traces et pourrions toujours les rassembler… Mais il serait tellement plus juste de les rassembler vous-même et de vous fendre d’une belle intro pour justifier l’entreprise dont vous seriez récompensé par la gratitude de vos lecteurs de votre vivant, non ? J’en forme l’espoir, pmp. Bàv,

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  107. J-J J, j’ai repris la lecturede « Vie de Henry Brulard ». Dans le premier chapitre « Qu’ai-je été », il écrit : « Qu’ai-je donc été ? Je ne le saurais. A quel ami, quelque éclairé qu’il soit, puis-je le demander ? (…) A quel ami ai-je jamais dit un mot de mes chagrins d’amour ?
    Et ce qu’il y a de singulier et de bien malheureux, me disais-je ce matin, c’est que mes victoires (comme je les appelais alors, la tête remplie de choses militaires) ne m’ont pas fait un plaisir qui fût la moitié seulement du profond malheur que me causèrent mes défaites. »

    Se connait-on soi-même ? Certains biographes et critiques littéraires qui approfondissent une vie avec ténacité, lectures, recherches, approchent parfois de la vérité d’un homme. Je crois que c’est le cas ici si on réunit tous les billets et commentaires que Paul Edel consacré à Stendhal depuis tant d’années. Et puis il y a le style qui amplifie, ici, le bonheur de lire cette approche infinie.

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  108. Janssen, je n’arrive pas à faire la comptabilité de ses défauts, à Stendhal. Sans doute désinvolte, vite renfermé blessé, blessant, sommaire dans certains jugements, expéditif et de mauvaise foi devant ceux -des hommes- qu’il nommait « fats », c’est-a-dire- mélange de prétentieux, de hauteur et de superficialité mondaine. ce qui me frappe chez lui c’est le fossé entre le causeur bouffon, négligé, fantasque, que ses amis connaissaient..et l ‘écrivain secret rêveur, romantique, tendre, profond.
    à son époque il passe pour un être vraiment « singulier », qui déconcerte. De Sainte Beuve à Mérimée, à de Fiori Mareste le mot revient: il est « singulier », inclassable, à part, déconcertant, énigmatique par sa passion du trait brillant, son ironie caustique portée comme un masque, son parti de légèreté forcée, son refus du sérieux politique (qui lui coutera cher), son culte du bon mot, ses improvisations soudaines ratées ou réussies. Donc à l’époque il n’est qu’un brillant causeur de salon ayant publié quelques brochures.. et tout le monde à paris est surpris en lisant « le rouge et le noir » ce roman révolté et puissant qui ne passe pas du tout inapercu.il fut surtout jugé comme un brillant esprit à la manière du XVIIIe siècle. Tous les témoins disent qu’il surprenait, tantôt provocateur irritant, tantôt rare, tantôt charmeur, galant, tantôt inquiétant avec son débit haché, bizarre avec ses allusions trop elliptiques, ses moqueries, sa manière de prendre systématiquement le contre pied de ce qui se disait(ca pouvait aller jusqu’à l’humiliation sans problème)…mais tous reconnaissent qu’il était souvent étincelant comme s’il voulait faire oublier sa laideur par un discours plein d’esprit. Il débarquait toujours plein d’anecdotes, gaffeur, disant des gros mots, insolite parmi des gens graves, avec une telle peur de s’ennuyer-sa bête noire- qu’il faisait tout un cirque autour de lui.. certains le trouvaient « truqueur » dans son numéro. ses amis proches soupçonnaient qu ‘il cachait une blessure. Enfin il donnait souvent l’impression de n’être pas un Moi stable, mais plusieurs autres qi se battaient entre eux.. Lui s’amusait par exemple à faire un grand numéro de haine anti religieuse. dissimulant le tendre et le rêveur, J’insiste : les parisiens, ses intimes, furent extrêmement surpris de la force et de la profondeur de son roman le « Rouge et le noir » pour radiographier la Restauration, comme si l’amuseur ou le provocateur salonnard avaient caché un insoupçonnable écrivain sérieux. N’oublions jamais qu’il voulut être acteur, chanteur, et a vécu pendant plus de 15 ans avec l’idée décrire des comédies à la manière de Molière.

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  109. Paul, il y a un trou dans ces évocations des romans de Stendhal et peut-être dans sa vie. Vous n’évoquez jamais l’enfance de ses héros. Que ce soit celle de Julien Sorel, celle de Lucien Leuwen ou de Fabrice del Dongo. Tous ont eu des pères détestables, brutaux, violents qu’ils ont dû fuir parce qu’ils étaient humiliés, en danger.
    Fuir, s’évader quite à risquer leur vie, à mourir.
    Comme s’ils voulaient être les héros d’une vie imaginaire. Et tout change, ils entrent dans un monde parallèle où le rêve et l’imagination les détachent de leurs chagrins d’enfance.
    L’écriture devient alors cette liberté d’exister, d’être heureux.

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  110. Paul, comment vous dire mon trouble à constater votre systématique défense de Stendhal, en dépit de ces innombrables « stendhaliens acharnés à mettre des noms sous ses amantes »..?. etc.
    Je me souviens que Philippe Lejeune, l’inventeur et théoricien du « pacte autobiographique » reconnaissait chez les diaristes invétérés à leur impossibilité de dire toute la vérité d’eux-mêmes, puisque par définition, cette « vérité » leur était en partie inconnue et/ou travestie » (et Aragon en a sans doute été le témoin le plus lucide)… Comment d’autres pourraient-ils prétendre mieux connaître la vérité d’un auteur à partir de vérifications historiques du contenu de son diarisme, sans y projeter un amour suspect de soi-même susceptible de s’y retrouver autant ? A l’instar de Christiane., j’aimerais pouvoir saluer « ce que vous devinez de lui, comme si vous…lisiez en lui », c’est un très beau et juste compliment de sa part…, Mais je résiste à cette fleur, car pour ma part elle est toujours frappée d’une objection mentale immédiate : quelle serait, chez vous, la zone d’ombre et le doute qui vous effleurerait encore chez l’admirable Bayle ?… Qu’est-ce qui vous ferait encore tiquer chez lui, où serait le manque pour aller vers une harmonie ou totale adhésion ? Ne me dites pas qu’il n’en existe pas, Paul !… Car, si vous l’aimez comme un ouf, (cet écrivain à qui vous ressemblez peut-être tel un frère que vous comprendriez intimement depuis longtemps -et nous avons tous ), que seriez-vous néanmoins capable de lui reprocher encore…, que vous n’apprécieriez pas chez lui (donc, peut-être et sans doute, chez vous-même) ?…
    Bref, je crois que toute épreuve de vérité doive en passer par cette question légitime, cher Paul Edel… Et j’ai pftmt conscience d’abuser d’une curiosité que vous pourriez croire malsaine. Ce n’est pas le cas… Il va de soi que vous n’êtes nullement tenu, en tant que personnage public, de fournir de réponse à l’égard d’une mienne fascination pour toute démarche et geste empathiques comme les vôtres…, à l’égard d’un Stendhal extime.
    Bàv, cher PE, -ce que j’apprécie par dessus tout, c’est votre absence de snobisme et la passion littéraire qui vous anime encore, c’est très beau, je trouve !-…

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  111. JJanssen toute sa vie, Stendhal s’est demandé qui il était! Il s’était donné ce devoir de moraliste très tot.et noter ses instants dans leur vérité volatile. question lancinante qui revient. ses héros Sorel ,Leuwen ou Del Dongo sont des projections idéalisées (pas toujours d’ailleurs) de lui même. On retrouve d’un texte à l’autre les mêmes obsessions(il se voit face aux femmes entre ces deux figures contradictoires, Don Juan et Werther).. ll faut bien comprendre qu’il s’est imposé dés sa jeunesse un « pacte autobiographique » de sincérité absolue. Ne jamais mentir-c’est pour ca que le consul vieilissant ,prudent s’évertue ,quand il prend des notes sur ce qu’il ressent -se méfiant de ses secrétaires- à multiplier les phrases codées ou en abrégé.. enfin il y a eu tellement de stendhaliens acharnés qu’on sait aujourd’hui quels noms réels mettre sous les noms de ses personnages de roman. Exemple: Angela Pietragrua a nourri largement sa duchesse Sanseverina.

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  112. François le Lyonnais. Voilà un nom qu’il ne fallait pas prononcer devant Jose Corti, qui lui règle son compte dans ses Souvenirs Désordonnés. Il lui doit la mort de son fils,…Dur a blanchir, même pour la Pléiade. Curieuse absence de ce médecin qui écrivit dans l’immédiat après-guerre une sorte de Nuit et Brouillard. Le premier en tous cas à mettre en rapport le titre nazi et l’expérience des camps… heureux retour de Cayrol, qui mériterait bien sa Pléiade. Bon retour, Christiane.

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  113. Tout ce chagrin mais l’écriture virevoltante, rapide, jamais morbide. Un feu follet dans un corps un peu lourd. Dédoublement de personnalité ? Ce journal est comme ivre d’écriture. Il bataille, met à terre ceux qu’il méprise puis se laisse glisser dans la torpeur douce du vent dans les pins avec son chagrin bien présent, blotti en lui. Prêt à partir, à fuir, à bondir. Un exilé dans son siècle… Un exilé dans ses amours… Je ressens tout cela à lire ce que vous devinez de lui, comme si vous…lisiez en lui.

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  114. @ paul… Je me demande si vous ne parlez pas de vous-même, de votre vie sentimentale plutôt que de celle de Stendhal… Car enfin, sauf identification extrême, comment pouvons-nous être si sûr à 200 plombes d’intervalle, des méandres de la déréliction érotomane de cet écrivain lesbien ?… Quel est votre rapport à votre mère, m’a demandé de vous demander un pote passionné par la vie de JPA, mais qui n’osait pas le faire ouvertement, trouvant cela fort impudique. Je lui ai dit que j’essaierais, qu’on verrait bien votre réponse…, qu’on devait tout essayer sur les réseaux sociaux au risque de la goujateire. Amicalement à vous,

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  115. Christiane, Stendhal a toujours préféré les stratégies de séduction, ,souvent lentes et tenaces (ce qu’il appelle joliment « la cristallisation » et il ne peut vivre que parmi les plaisirs de la conquête qu’il prefère visiblement aux signes bien concrets de la victoire.
    Visiblement le » manque » féminin et maternel n’a jamais cessé chez lui. La femme est ,au fond, toujours l’être absent à retenir, et quand il obtient les faveurs d’une femme, il lui arrive d’être tellement sidéré, déconcerté qu’il a, parfois, ce qu’il appelle joliment « le fiasco » au sens sexuel. .Il a connu des moments de vénérations et il faut bien remarquer que souvent l’être aimé(Madame de Rênal ou Clélia Conti) est comparé physiquement à ces Madones qui sont en peinture dans les églises italiennes. donc vénération très rapide chez lui. D ailleurs les scènes de chapelles et d’églises se multiplient et sont toujours capitales dans ses romans. Elles marquent le moment où la passion atteint un degré suprême de combustion.il y a même climat de violence. Le plus grave échec de sa vie, ce fut bien sûr la milanaise Métilde Dembowski follement aimée. Il a mis plusieurs années à se remettre de cet échec, hanté par le suicide pendant des mois, errant de café en café.
    Dans ses journaux intimes et quelques lettres on comprend qu ‘il a traversé une grave dépression de 2 ans au moins. .Chaque soir, à Paris, ou Rome,ou même dans des villes de province de passage , il court d’un salon à l’ autre à partir de 9 ou 10 heures.. pour séduire une comtesse , voire une duchesse, une maitresse du salon, ou la femme piquante de l’endroit, .Il est toujours en train de se faire remarquer de quelques femmes.et, dans le même mouvement, il aime déplaire aux autres hommes du salon. En être hypersensible, quand sa parole, ses blagues, ses traits d’esprit sa conversation ne retiennent pas, ou ne sont pas appréciés, il se refugie dans le punch, quitte alors à scandaliser par des paradoxes, des maladresses , des vantardises, et des propos qui ne sont pas du meilleur gout. Le lendemain matin, le réveil est amer, il s ‘en veut.

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  116. Paul vous présentez dans ce billet Stendhal envahi du chagrin d’avoir perdu Métilde mais n’a-t-il pas provoqué dans sa vie comme dans ses romans le départ de ces femmes, comme si l’amour avait besoin de la femme aimée absente. La mort de sa mère n’a t’elle pas fait de ses héros des adolescents – plus que des hommes, cherchant dans leurs amours des images maternelles ?

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  117. Oui, JiCé, c’est exactement cela. Un observateur très fin de notre monde offrant par ses chroniques littéraires, comme à travers une fissure son regard sur les choses et les êtres.

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  118. je reciommande de lire ; je recommande la lecture… etc;
    Reconnaissez, Paul que la fromule a plus d’élégance que « Il faut lire »…
    Merci pour ce progrès remarquable sous votre plume… Perso, j’y suis très sensible…
    Et à l’hommage mérité à Jean Cayrol et aux textes mémoratifs… Déjà très largement connus… D’autres, plus obscurs auraient mérité d’y figurer… bien sûr… et notamment ces millions de textes qui n’ont pas été écrits mais furent néanmoins pensés… Bàv,

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  119. Dans le numero de Liberation daté du 27 novembre,cette semaine, je recommande la lecture d’une double page consacrée au nouveau volume Pleiade « L’espèce humaine » qui regroupe huit écrivains de langue francaise ayant traversé l’épreuve des camps d’extermination nazis:
    David Rousset, Robert Antelme, François Le Lionnais, Jean Cayrol, Elie Wiesel, Piotr Rawicz, Charlotte Delbo, Jorge Semprun. ce qui est passionnant ce sont les réflexions des deux universitaires, Dominique Moncond’huy et Henri Scepi, qui ont établi les textes et donné de nombreuses notes de contextualisation. Ils insistent sur l’importance de l’écrivain Jean Cayrol, le seul qui était écrivain avant d ‘etre envoyé en camp et qui a fondé aprés guerre une « littérature lazaréenne » parce qu’il était chrétien. Précisons qu’il fut longtemps dans les années 55-70, un directeur littéraire capital aux éditions du Seuil, fin découvreur d’une génération de jeunes écrivains, et auteur du scénario « Muriel » tourné par Alain Resnais.
    Ces deux universitaires remarquent que des écrivains comme Claude Simon, Beckett, Perec, ou l’essayiste Roland Barthes ont été influencés par cette écriture témoignage. Il insistent aussi sur le fait que c’est Cayrol (on se souvient de son film « Nuit et brouillard ») a été un « ouvreur » pour le Nouveau Roman. enfin ils répondent à la question:
    « Pourquoi selon vous faut-il lire ces textes »?
    « Ce ne sont pas de textes commémoratifs, ce sont des textes mémoratifs, ils travaillent la memoire sur la longue durée, alors que la commémoration est faite pour libérer les gens du souci de se souvenir. »
    Pas mal vu.

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  120. Christiane,
    Bienvenue sur le balcon de la montagne magique de Saint Paul !
    Tous malades, allongés par l’usure certes, mais si bien soignés qu’on se prend à rêver de guérison ….

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  121. Margotte,
    vous écrivez : « j’ai un peu de temps, alors je commente à nouveau ici. (pas forcément de manière très inspirée mais je m’en moque). »
    C’est justement ce décalage qui fait le charme de vos commentaires. Jamais de surenchère de culture mais beaucoup d’humour. Et cela depuis des années.
    Les billets de Paul Edel se suffisent et portent plus à la réflexion, au bonheur de le lire qu’à des longs compléments d’information aussi passionnants soient-ils.
    Je le lis comme un journal littéraire infini.

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  122. Oui Elena Max Frisch a tenu des journaux passionnants pour ses portraits d autres écrivains de G.Grass à Brecht et ses voyages.

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  123. Je garde un bon souvenir des Journaux de Galtier-Boissière qui plus que d’autres m’avaient donné l’impression de me retrouver de « plain-pied » ds l’époque (question de « ton » ?)
    Même si mon préféré pour cette période reste Léon Werth (je me répète) : réactions à chaud non retouchées après coup, portraits et analyses du microcosme provincial (puisqu’il s’était réfugié, mais pas caché, en Franche-Comté) et au fil des saisons et des modifications du paysage de très belles descriptions (il avait l’œil d’un très bon connaisseur de peinture).
    J’ai suffisamment dit ici à quel point la fréquentation de Max Frisch m’enchantait — ses Journaux sont très composés, autour de quelques thématiques centrales (variables selon l’époque) et mêlent notations au jour le jour (sélectionnées), ébauches de romans ou de pièces & réflexions (quasiment des essais). En revanche je ne saurais trop redire ma gratitude à Paul Edel pour m’avoir permis de découvrir Perros. Plus éloigné encore de la forme « journal », malgré son titre, Le livre de mon bord de Pierre Reverdy donne tt de même le sentiment d’un compagnonnage avec un homme remarquable (que l’on peut prolonger avec En vrac).

    Parmi les non mentionnés : je ne suis sans doute pas la seule ici à lire avec plaisir les Carnets d’André Blanchard, mais y a-t-il d’autres amateurs de l’uruguayen Mario Levrero que je lis en ce moment ? (commencé par Le discours vide, j’en suis au Roman lumineux.)
    On se trouve au ras du quotidien (rêves nocturnes compris, quand même, & des comptes-rendus de ses lectures), de la procrastination, des rapports compliqués de qqn qu’on ne connaissait pas, pas même indirectement à travers ses autres œuvres (mais peut-être sont-elles ttes du même genre ?) avec ses proches, son chien ou des artisans qui ne viennent pas, de ses phobies ou de ses pbl de santé — & pourtant, « ça prend » (au moins sur la lectrice qui vs en parle…). Étonnant.
    Comme il l’écrit à propos de S. Maugham, qu’il s’accuse d’avoir sous-estimé : « Avec le temps, on découvre que le sujet n’a guère d’importance » — contrairement à la manière de raconter. (La « musique » de la langue n’entre pas non plus en jeu, puisque je le lis en traduction — comme lui lisait Maugham).

    (Je ne sais plus si j’avais déjà mentionné La ville de plomb de Jean Meckert. Le mélange des genres pourrait faire penser à celui que pratique Frisch, à une différence près : là c’est le fait d’un des personnages du roman, Marcel, modeste employé et apprenti-écrivain. Cohabitent ds le même livre 1) un récit ds lequel il est loin d’être le personnage principal (éclipsé par un copain moins cérébral, moins timide ; le lecteur a accès aux points de vue de ces deux-là mais aussi à celui de la dactylo qu’ils draguent) & Meckert joue évidemment sur les décalages de l’un à l’autre, 2) les entrées du Journal de Marcel (j. intime & journal d’écriture) & 3) des extraits du texte de SF qu’il écrit. Lecture due cette fois à M. Nadeau & facilitée par la réédition chez J. Losfeld.
    L’ « ouverture » vers l’utilisation (feinte, détournement, appropriation) du format du Journal intime ds la fiction a son intérêt aussi.)

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  124. désolée pour les fautes .. depuis que j’ai été malade, et alors qu’il y avait déjà régression avant en la matière, je contrôle difficilement mon orthographe … (ce fichu virus …).

    @Paul
    Bien que toujours un peu gênée soit par le fait que des écrits si personnels soient publiés (notamment post mortem), soit par le fait que leurs auteurs les tiennent en vue justement d’être lus, j’ai un faible pour les journaux intimes. merci pour ces exemples.

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  125. @Christiane
    Bonjour 🙂
    j’ai un peu de temps, alors je commente à nouveau ici. (pas forcément de manière très inspirée mais je m’en moque).

    @JJ Janssen
    pourquoi tant de manières ? parce que dedans figure Oui Oui, TéléZ et playboy ? sortez votre liste de lecture ou ne la partager pas. mais décidez-vous.

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  126. Oui, J-J J, j’ai toujours beaucoup de plaisir à lire les billets et les livres de Paul Edel et de Pierre Assouline et les poèmes de Raymond Prunier. Et certains commentaires…
    Ici, c’est calme. Donc je laisse quelques mots.
    Et puis Stendhal, bien que seul et blessé ouvre l’espace du rêve et se bat contre les crapules. Beaucoup d’innocence préservée. Beaucoup de bonheur à le lire.

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  127. bonjour christiane…, quel bonheur si vous êtes la même que jadis et naguère !…
    Permettez-moi la familiarité de vous embrasser… Justement je parlais de vous sur l’autre chaine…
    Eh Paul Edel ! itou, pour les journaux intimes que vous jugez ennuyants à la longue (Juliet, Claude Mauriac, Gide et Green j’en sais rien…) et valorisez (Gombro…), et en temps de guerre (Junger, oui) à quoi j’ajouterai, est-ce un paradoxe, l’inégalé et angoissant journal de Viktor Klemperer… Etc. Bàv,

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  128. Lire Stendhal pour marcher d’un pas plus léger dans ces temps sombres. Prendre ses distances avec les opinions courantes.

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  129. Je n’ai rien à priori contre les journaux littéraires intimes bien que de André Gide à Charles Juliet,ceux qui le tiennent avec une régularité métronomique deviennent monotones avec un souci de parler de soi qui vire à une forme de narcissisme.
    En revanche certains journaux tenus très irrégulièrement, avec un esprit buissonnier (ceux de Gombrowicz en Argentine ou à Paris et Berlin),polémiques, frémissants, ou les « papiers collés » de Georges Perros sont souvent des morceaux composés à chaud, sous le coup de l’émotion. Ils proposent des pages passionnantes. souvent rédigés sous le coup de l’émotion ou pour éclaircir un sentiment, une réaction, une impression bien précise, forte, après un spectacle,une journée, une soirée peu ordinaire, une scène de rue, ou des moreaux qui relatent des rencontres qui sortent de l’ordinaire, ou le journal-atelier de l’artiste qui fait part des soucis de l’écrivain face à par eemple à l’écriture, au sexe, à l’Italie, à l’engagement politique « (le métier de vivre » de Pavese) avec des portraits ou des réflexions sur la culture, l’argent, l’exil,
    Intéressants aussi les journaux qui sont tenus pendant une guerre. Genre le journal pendant l’Occupation d’un Montherlant, de Galtier Boissière, de Jünger, de Claudel, ou » les carnets de la drôle de guerre » de Sartre. Je ne peux oublier les fascinants carnets de Camus de Mai 1935 à février 1942 qui dessinent un changement du paysage francais, de sa population, en profondeur avec une vibration de compassion sèche et un grand sens de la concision .là, du grand art dans l’honnêteté

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  130. @ margotte-marmotte (ou recherche fantazy désespérément), si je pouvais vous convaincre de l’éclectisme de mes lectures pillées n’importe (entre 12 et 18 ans), et sans l’aide de quiconque, vu l’état du désert culturel au sein duquel je naquis, pas sûr que vous me croiriez… (***je veux bien retirer le terme de haute bourgeoisie, dont je n’ai pas douté qu’il allât vous faire tiquer, vu son caractère gratuitement polémique)… Essayons, si vous insistez, de vous faire entrevoir la nature de cet éclectisme… il faudrait que Paul Edel le permette… ça risque d’être pas marrant marrant, hein…

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  131. « pour le rest ma vie inréieure ressemble à un apparteent ide. rb »
    ah je retrouve ici la frappe de mots Edel si singulière ! …

    J’ai du mal à te croire.
    Si tu pouvais t’astreindre à noter minute après minute tout ce qui te vient à l’esprit, toutes les pensées, réflexions, les souvenirs qui affluent : tu te rendrais compte que ton appartement est très plein.

    @JJ Janssen
    Vous le savez bien, quand adolescent, on limite fermement et soigneusement vos sorties (mise en pension, internat, parents, Raiponce ou Barbe enfermée dans la tour) : une des échappées belles (si livres à portée de vos mains il y a) est … la lecture de tout, de rien (romans, journaux, fanzines, magazines, BD).
    enfin, je parle peut-être d’un temps révolu … (?)

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  132. Margotte. j’ai lu Buck Danny en classe de 6° et 5°. et Bob Morane!
    Stendhal fut plus tard..je ne tiens pas de journal intime .En revanche, j’ai des carnets entiers de notes sur des paysages, des villes (Rome,Berlin, ou Strasbourg, saint-malo, qyuvedes cotes vers paimpol ou le cap ferretn des bords de garonne vers Langon ou Marmande..et Munich, et Soreze et la Montagne noire dans le Tarn. j’ai davantage aimé les villes que des gens, souvent petits dessins ou des quarelles rapidesdeux exceptions rés.. pour le rest ma vie inréieure ressemble à un apparteent ide. rb

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  133. et en parallèle, je lisais des tonnes de BD dont … dont des Buck Danny rachetés par mon père en souvenir de sa jeunesse ! 😉

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  134. Vous êtes bien nerveux, vous.

    C’est dommage que mon commentaire avec lien pour vous vers un article consacré à Stendhal et l’espagnolisme n’ait pas été publié sur le blog. Cherchez si cela vous chante sur internet via les mots-clés Stendhal, espagnolisme et génie comique. ceci vous conduira à un article de Pierre Louis Rey qui répond à certaines de vos questions. (Stendhal / Cervantès / Don Quichotte). sinon taper Stendhal et l’Espagne, vous ouvrirez un opuscule sur le sujet, mis en ligne.
    Quand on cherche, on trouve …

    Pas étudié Stendhal, ni Balzac, ni Flaubert, en classe. Pourquoi ? je ne sais pas. Collège au milieu de cités et lycée de centre ville mais pas spécialement huppé (donc rien à voir avec vos préjugés concernant ceux qui aiment depuis leur adolescence les « classiques de la littérature française », comme certains disent, et qui seraient en lien avec la haute bourgeoisie).

    Font partie de ces auteurs que j’ai lus seule (avec appareil critique et notes de bas de page mais pas toujours). entre 13 et 25 ans. parfois en une nuit blanche. avec enthousiasme, jubilation et grand plaisir.

    (et tout comme Paul Edel, jamais pu lire le Don Quichotte de Cervantès. « Le manuscrit trouvé à Saragosse », oui, par contre.)

    Quand on a 16 ans (et même bien plus tard), suivre Fabrice Del Dongo, Julien Sorel, ou Frédéric Moreau et Félix de Vandenesse dans leurs formations, leurs déboires, leurs amours, leurs réussites et leurs ratages, leurs réflexions, leurs aventures et leurs pérégrinations relève de la fantaisie, bien sûr, et a bien du charme.

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  135. Janssen la pension dans une Normandie pluvieuse et des dimanches entiers à trois dans le dortoir prédisposé à la lecture mais j ai préféré Stendhal à Buck Danny ..nul n’est parfait

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  136. ben voui, qoui, c’était au programme scolaire de la seconde !… Quels pensums et quels barbes, ces mathilde de la mole et julien sorel , sans compter les salambo et autres bovary, et le père goriot et l’eugénie grandet… Oufl !… Des lectures fulgurantes, (ou fantaisistes).., ça ?…. à 15-17 balais ???! Non mais je rêve ! Mais où donc avez-vous été scolarisés, bondious ? … Dans la haute bourgeoisie, ou quoi ?

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  137. @Paul
    ça-re-mar-che ! hiiihaaa (comme font les cow-boys)

    Comme je n’ai lu que le Stendhal « scolaire » (mais JJ Janssen, késaco le Stendhal scolaire ? j’ai toujours trouvé que les romans de Stendhal étaient aux antipodes du « scolaire ») et que je ne lis actuellement que des romans très tristes et que la vie manque franchement de fantaisie (mais c’est fou : la fantaisie reviendra-t-elle, un jour, nous visiter ?), je vais me laisser tenter par ton programme.

    Toi aussi tu écris un journal où tu te lâches ?
    Moi non – pas en ce moment, du moins.

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  138. Il se trouve que sur vos conseils de l’an passé, moi qui connaissais peu Stendhal jusqu’alors (hormis le rouge et noir scolaire), j’ai lu les deux, dans l’ordre où vous dites les avoir relus ci, et je vous ai été bien reconnaissant de m’initier un brin, avec un appui de Philippe Berthier, je crois, qui s’est assez peu émancipe de la lecture critique de B Didier, m’a-t-il semblé…… Cela dit, je dois quand même avouer avoir été gêné par cette chrono…, j’aurais, je crois, mille fois mieux profité de mon plaisir de ces 2 lectures dans la foulée, si j’avais lu d’abord la vie de Brulard; PUIS les souvenirs d’égotisme. En effet, ceux-ci ne se comprennent beaucoup mieux pour le novice, qu’à la digestion préalable de la rationalisation ultérieure du journal de Brulard… Même si je sais parfaitement bien que ce ne fut pas la démarche du projet de Bayle.. assez peu prémédité, au demeurant.-
    Dites-nous si ce n’est pas abuser d’une indiscrétion, quelle fut votre manière de faire… lors de votre première découverte de Stendhal, (si vous en avez souvenance)… Merci de ce retour éventuel sur la découverte de votre auteur de prédilection… Car décidément vous avez la reconnaissance du ventre littérataire solidement arrimé… Ne vous vengez pas trop cependant sur Stendhal de n’avoir jamais trop supporté le pauvre Cervantès ! En avait’il pensé qq chose du Quijote, votre ami Henry ? Quid ???
    Bien à vous, cher Paul Edel,.

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  139. Dans « le Fil et Les Traces », Ginzburg laisse un commentaire passionnant de cette image de l’ Ennui assimilée à la Restauration ,opposée à la France gaie et libertine du Dix-Huitième siècle. Mais il remarque aussi que c’est par le personnage que Stendhal ambitionne d écrire l’Histoire. En ce sens, le Rouge est « âpre et vrai », trop même à la relecture au gré de l’ auteur, qui réagit par la Chartreuse.On peut dés lors se demander si ces « Souvenirs » ne correspondent pas à une option laissée à l’écrivain, celle des Mémoires ou l’on peut tout dire, même et surtout ce que l’on ne doit pas. On se souviendra qu’à l exception de Chateaubriand l’intouchable, la plupart des Mémoires de l’Epoque sont parus entre vingt et cinquante ans après 1830, et qu’ils sont fertiles en mauvaises langues. Ceci pour replacer cette démarche dans ce qui peut-être son contexte.
    Bien à vous.
    MC

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